• Le secret maçonnique (Partie 12)

    La bourgeoisie hésite à chaque instant entre la solidarité qui l’unit au peuple contre l’aristocratie et celle qui unit l’ensemble des possédants contre les non-possédants. Mais elle redoute davantage le péril rouge que le péril blanc.

    Le secret maçonnique (Partie 12)

     

    La bourgeoisie hésite à chaque instant entre la solidarité qui l’unit au peuple contre l’aristocratie et celle qui unit l’ensemble des possédants contre les non-possédants. Mais elle redoute davantage le péril rouge que le péril blanc.

    Bien des auteurs vont sentir le danger qu’il y a à la trop grande disproportion des fortunes. Sylvain Maréchal, futur compagnon de Babeuf, écrit dans « Des pauvres et des riches », en 1791 : « Ce sont les pauvres qui ont fait la révolution, mais ils ne l’ont pas fait à leur profit, car depuis le 14 juillet, ils sont à peu près ce qu’ils étaient avant le 14 juillet 1789. » Le problème essentiel, qui est au cœur de la révolution française, c’est bien entendu celui de la propriété et du pouvoir que donne cette propriété. Marat, dans la « Constitution, ou projet de déclaration des droits de l’homme »  (1789), écrit : « Dans une société où certains privilégiés jouissent dans l’oisiveté, le faste et les plaisirs, des biens du pauvre, de la veuve et de l’orphelin, la justice et la sagesse exigent également, qu’au moins une partie de ces biens aille enfin à leur destination, par un partage judicieux entre les citoyens qui manquent de tout : car l’honnête citoyen que la société abandonne à sa misère et à son désespoir, rentre dans l’état de nature, et a droit de revendiquer à main armée des avantages qu’il n’a pu aliéner que pour s’en procurer de plus grand ; toute autorité qui s’y oppose est tyrannique, et le juge qui le condamne à la mort n’est qu’un lâche assassin ».

    La différenciation au sein du tiers-état était déjà accentuée et ne cessa pendant les cinq années de la révolution, de s’approfondir. Le bourgeois de 1789 était déjà un personnage considérable. Propriétaire terrien, gros négociant, industriel, titulaire d’une charge (office de justice, de finances, etc.), son genre de vie, ses manières, son costume même, l’apparentaient bien davantage à la classe aristocratique qu’à celle des travailleurs manuels. L’inflation, la vie chère d’un côté, et de l’autre, les fructueuses acquisitions de biens nationaux, les énormes bénéfices réalisés sur les fournitures de guerre creusèrent un début de scission entre bourgeois et sans-culottes. Le pauvre se paupérise davantage, tandis que la richesse du riche se fit plus insolente. Alors que les « bras nus » mènent la révolution bourgeoise jusqu’à son terme, un divorce se fit dans la bourgeoisie révolutionnaire, notamment entre Girondins et Montagnards.

    Girondins et Montagnards sont les membres de la même classe. Il n’y avait entre eux aucune divergence fondamentale. Ils étaient, les uns et les autres, de zélés défenseurs de la propriété privée. Les Montagnards, comme Maximilien de Robespierre, de Saint-Just de Richebourg, Héraut de Séchelles, Barère de Vieuzac, Danton, Marat, Hébert, Billaud-Varenne, prônaient aussi le caractère intangible et sacré de la propriété privée, tout comme les Girondins, comme Vergniaud, Roland et Condorcet.

    Girondins et Montagnards dénoncèrent avec une égale horreur la « loi agraire », la communauté des biens. Ils avaient la même crainte de la démocratie directe, de l’intervention du peuple souverain en armes dans la vie publique, du fédéralisme populaire, le même attachement à la fiction parlementaire et à la légalité, au centralisme politique. Les uns et les autres étaient les adeptes convaincus du libéralisme économique. Ils vantaient en termes identiques, les avantages de la liberté sur la contrainte. Ils étaient, du point de vue des principes, hostiles à tout réglementation, à toute taxation.

    Qu’est-ce qui les différencie ? Les uns, les Montagnards, n’hésitent pas à solliciter le concours des « bras nus » pour sauver la révolution bourgeoise et poursuivre la guerre jusqu’à la victoire ; Les autres, les Girondins, en arrivèrent à souhaiter transiger avec la contre-révolution intérieure et extérieure, plutôt que de lâcher la bride, même temporairement, aux sans-culottes. Selon Baudot : « Les Girondins voulaient transporter l’action du pouvoir dans les classes comprises dans l’aristocratie secondaire de la société, la Montagne voulait y faire participer la population entière ». Entre les deux fractions bourgeoises, il y avait des différences d’intérêts. Les Girondins étaient soutenus par la bourgeoisie intéressée au commerce et à l’exportation des biens de consommations. Les Montagnards, au contraire, représentaient la fraction de la bourgeoisie à qui l’inflation, l’acquisition des biens nationaux, les fournitures aux armées, et plus tard, les fabrications d’armes, procurèrent des bénéfices énormes. Les Girondins ne veulent pas payer le concours des « bras nus ». Le conflit mettait aux prises, non pas deux classes, mais deux fractions d’une même classe, avec des alliés différents :

    • D’un côté, les Girondins, alliés aux contre-révolutionnaires à l’intérieur et à l’extérieur ;
    • De l’autre côté, les Montagnards, alliés aux « bras nus ».

    Le spectre de la loi agraire sera agité dès le mois de septembre 1792, à propos d’un texte de Momoro « De la convention nationale » (1792). On découvre dans ce texte les germes de conflit qui devait opposer la Commune de Paris à la convention, et finir par la révolution du 31 mai 1793. J. P. Rabaud écrit dans « De l’égalité » (1793) : « Le gouvernement démocratique ne peut subsister longtemps avec l’immense inégalité des fortunes ». Le député Harmand, de la Meuse, déclare dans un Discours : « Mais comment les institutions sociales peuvent-elles procurer à l’homme cette égalité de fait que la nature lui a refusée sans attenter aux propriétés territoriales et industrielles ? Comment y parvenir sans la loi agraire et sans le partage des fortunes ? » et Dupont : « L’homme ne tient de la nature qu’un seul droit de propriété, celui du fruit de son travail : tous les autres sont l’effet de la loi (…). Je pose donc pour second principe que nul individu dans la république ne doit exister sans travailler ».

    Si on fait un parallèle par rapport à aujourd’hui, le rapprochement que l’on peut faire entre Girondins et Montagnards serait la droite et la gauche des assemblées bourgeoises, avec d’un côté les Républicains (ex-UMP), et de l’autre côté, le Parti Socialiste.

     

    A)   Le défi de l’égalité et des politiques sociales :

     

    Le 25 janvier 1790 est débattu le point de la contribution d’un marc d’argent pour avoir le droit d’être élu à l’assemblée nationale. Robespierre s’oppose à cette proposition de décret et demande que « tous les Français seront admissibles à tous les emplois publics sans autre distinction que celle des vertus et des talents ».

    Le 22 février 1790, il s’écrit en pleine constituante : « Qu’on cesse de calomnier le peuple, que les ennemis de la révolution ne viennent pas lui reprocher des barbaries ».

    Le 5 décembre 1790, il s’oppose à une proposition de l’assemblée nationale constituante qui exclurait les citoyens dits passifs, c’est-à-dire désargentés, de la garde nationale. Il déclare : « Les gardes nationales ne peuvent être que la nation entière pour défendre, au besoin, ses droits ; il faut que tous les citoyens en âge de porter les armes y soient admis sans aucune distinction. […] Aussi, qui a fait notre glorieuse révolution ? Sont-ce les riches ? Sont-ce les hommes puissants ? Le peuple seul pouvait la désirer et la faire ; le peuple seul peut la soutenir pour la même raison… On veut diviser la nation en deux classes dont l’une ne semblerait armée que pour contenir l’autre, comme un ramas d’esclaves toujours prêts à se mutiler… ».

    La bourgeoisie, puissante, ambitieuse, est décidée à confisquer au peuple la révolution, à déclarer la révolution achevée, alors que, Robespierre ne cesse de clamer qu’elle n’est pas achevée.

    Saint-Just a écrit : « Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. La révolution nous conduit à reconnaître ce principe que celui qui s’est montré l’ennemi de son pays n’y peut être propriétaire. […] Les propriétés des patriotes sont sacrées, mais les biens des conspirateurs sont là pour tous les malheureux. Les malheureux sont les puissances de la terre. Le gouvernement repose sur la liberté, l’état-civil sur l’aristocratie. […] Pouvez-vous rester loin du peuple, votre unique ami ? […] Osez ! Ce mot renferme toute la politique de notre révolution. […] Ne souffrez point qu’il y ait un malheureux ni un pauvre dans l’Etat. »

     

     

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