• La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle. (Septième partie)

    Selon le témoignage de Louise Michel, dans La Commune, plusieurs francs-maçons « combattirent comme ils l’avaient promis et moururent bravement. »

    La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle. (Septième partie)

     

    • Meeting de Londres pour la Commune de Paris:

    Journal Officiel de la Commune du 20 avril 1871.

    Dimanche 16 avril, un meeting populaire était convoqué dans Hyde Park, à Londres ; -- grande manifestation de la Ligue démocratique en faveur de la Commune de Paris.

    Trente ou quarante mille citoyens ont répondu à l’appel. Le Times constate, non sans regret, que le nombre des paletots l’emportait sur celui des blouses. Plusieurs orateurs ont parlé avec autant d’énergie que de conviction ; puis l’assemblée a voté par acclamation cette adresse de félicitations à la Commune de Paris :

    Frères,

    Nous vous saluons, au nom de la République universelle, et nous vous remercions du fond du cœur pour la grande œuvre que vous accomplissez en ce moment, au nom de la liberté et pour la défense de vos droits communaux.

    Nous vous saluons comme pionniers et les constructeurs d’un nouvel état social, tandis que nous regardons vos adversaires, les hommes de Versailles, comme les dignes émules de l’homme de Décembre, lâches instruments des despotes de l’Europe. Elus pour la plupart par des campagnes encore sous le joug des prêtres romains et des baïonnettes prussiennes, pour décider seulement les conditions de la paix, ils ont accompli leur mission par la vente honteuse qu’ils ont faite d’une partie de vos compatriotes aux hordes du Nord. Néanmoins, ils veulent encore exercer l’autorité ainsi usurpée, et ils osent s’arroger le droit de vous maîtriser et de vous opprimer.

    Malgré les efforts de nos gouvernements aux abois, d’accord avec les félons de Versailles pour appeler l’intervention étrangère et amener l’anéantissement de vos droits, nous, le peuple de Londres, assurés que vous combattez pour la liberté et l’affranchissement du genre humain tout entier, nous vous tendons la main de l’amitié et de la fraternité.

    Nous regardons votre proclamation de la Commune et de l’autonomie (self-government) comme la résurrection de cette ère glorieuse de votre histoire où la Constitution de 93 (articles 58, 59, 60) mit le gouvernement direct du peuple par le peuple entre les mains des Communes d’alors.

    Nous nous réjouissons de voir qu’au milieu de tant de difficultés, d’obstacles et de luttes, vous délibérez néanmoins sur d’importantes questions de réforme sociale, toutes intimement liées à la chose publique. Nous n’avons qu’un regret, c’est que notre éducation politique, de ce côté du détroit, ne soit pas encore assez complète pour nous entraîner à suivre votre noble exemple.

    Après la lecture et le vote unanime de cette adresse, le meeting s’est séparé aux cris mille fois répétés de : Vive la République universelle !

     

    • Annonce parue dans le Journal Officiel de la Commune le dimanche 23 avril 1871 :

    Réunie hier, vendredi, la franc-maçonnerie parisienne a défini le mandat à donner à ses délégués, qui ont dû partir aujourd’hui pour Versailles. Ce mandat se divise en deux parties :

    1. Obtenir un armistice pour l’évacuation des villages bombardés ;
    2. Demander énergiquement la paix à Versailles, basée sur le programme de la Commune, le seul qui puisse amener la paix définitive.

    Ce mandat a été voté à l’unanimité. Il a été décidé ensuite qu’un appel serait fait à tous les francs-maçons de Paris, pour entendre le résultat de cette délégation, lundi, à deux heures, salle des Arts-et-Métiers, et prendre telle décision qu’il conviendra, suivant le résultat.

     

    • Adresse de la loge maçonnique de Limoges.

    Journal Officiel de la Commune du 25 avril 1841 :

    Aux citoyens membres de la Commune de Paris.

    La loge maçonnique écossaise de Limoges, sous le titre l’Etoile limousine, après avoir pris communication d’une délibération arrêtée en assemblée générale par les loges diverses de la ville de Bordeaux, le 12 avril 1871, et conçue dans les termes suivants :

    « En présence de la lutte fratricide depuis trop longtemps engagée entre les troupes de Versailles et les gardes nationaux de Paris, la maçonnerie manquerait au plus sacré de ses devoirs si elle restait impassible et muette.

    Au nom de la fraternité, au nom de la liberté, au nom de la République, elle conjure les combattants de désigner immédiatement des délégués chargés de mettre fin à un combat qui déshonore la patrie et met le comble à ses douleurs.

    Il est un terrain de conciliation sur lequel tous les citoyens honnêtes doivent franchement qu’elle est déterminée à maintenir la République et à établir les franchises municipales ; que la Commune de Paris répudie énergiquement toute usurpation sur le gouvernement de la France ; le soupçon fera place à la confiance, et l’ordre renaîtra, car il aura pour défenseurs tous ceux qui veulent en finir avec les révolutions. »

    S’inspirant des sentiments de liberté et de fraternité qui ont dicté cette délibération déclare à l’unanimité de ses membres s’associer au vœu qu’elle exprime et protester de toute son énergie contre la lutte fratricide, qui, non seulement ensanglante le sol français, mais ajoute encore aux malheurs de la patrie en aidant l’ennemi dont elle dit la joie, dans l’œuvre impie de démembrement qu’il poursuit avec une fureur jalouse qui s’attache à toutes les idées de civilisation et de progrès dont la France fut et sera toujours la grande initiatrice, au nom de la République universelle.

                              Le vénérable de la loge l’Etoile limousine

    1. Fonsagrive

     

    • Réception des francs-maçons à la Commune.

    Journal Officiel de la Commune du 27 avril 1871.

    Séance du 26 avril 1871 :

    Les membres de la Commune ont reçu, dans la cour d’honneur, une députation de francs-maçons qui venaient déclarer qu’ayant épuisé tous les moyens de conciliation avec le gouvernement de Versailles, la franc-maçonnerie avait résolu de planter ses bannières sur les remparts de Paris, et que si une seule balle les touchait, les F.°. M.°. marcheraient d’un même élan contre l’ennemi commun.

    Le F.°. Térifoque a déclaré que, depuis le jour où la Commune existe, la franc-maçonnerie a compris qu’elle serait la base de nos réformes sociales.

    « C’est, dit-il, la plus grande révolution qu’il n’ait jamais été donné au monde de contempler.

    Si, au début du mouvement, les francs-maçons n’ont pas voulu agir, c’est qu’ils tenaient à acquérir la preuve que Versailles ne voulait entendre à aucune conciliation quelconque avec leurs juges. »

    Un membre de la Commune, le citoyen Jules Vallès, après avoir remercié la députation en quelques mots partis du cœur, donne son écharpe au F.°. Térifoque, qui déclare que cet emblème restera dans les archives de la franc-maçonnerie, en souvenir de ce jour mémorable.

    Le citoyen Lefrançais, membre de la Commune, déclare ensuite que depuis longtemps déjà, il était de cœur avec la franc-maçonnerie, ayant été reçu dans la loge écossaise n° 133, passant, à cette époque, pour une des plus républicaines ; qu’il était depuis longtemps assuré que le but de l’association était le même que celui de la Commune : la régénération sociale.

    Le citoyen Allix, membre de la Commune, ajoute que la Commune de Paris met en pratique, sous une forme nouvelle, ce que la franc-maçonnerie a depuis longtemps affirmé : que la construction du temple fut, certainement, pour l’époque, la réorganisation du travail.

    L F.°. M.°. de la Rose écossaise, dans une chaleureuse improvisation, annonce que la Commune, nouveau temple de Salomon, est l’œuvre que les F.°. M.°. doivent avoir pour but, c’est-à-dire la justice et le travail comme bases de la société ;

    La députation, composée de plus de deux-mille francs-maçons, s’est retirée après avoir enguirlandé sa bannière avec l’écharpe du citoyen Jules Vallès, et emporte un drapeau rouge, après deux triples batteries aux rites français et écossais.

    Une délégation de la Commune reconduit la députation maçonnique jusqu’à la rue Cadet. Elle est acclamée sur son passage par la foule enthousiasmée, et l’on se sépare après une vive et patriotique allocution au citoyen Ranvier, membre de la Commune. Tous les cœurs battent à l’unisson.

     

    • Annonce des francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du 28 avril 1871 :

    Les francs-maçons, réunis au Châtelet ont décidé qu’un appel serait fait à toutes les LL.°. de l’Or.°. de Paris, à l’effet de se réunir, bannière en tête, samedi matin, à neuf heures, cour du Louvre.

     

    • La franc-maçonnerie à l’Hôtel-de-Ville. Journal Officiel de la Commune du dimanche 30 avril 1871 :

    Hier, 29, la ville de Paris présentait une animation à laquelle on n’était plus accoutumé depuis longtemps : on savait que les francs-maçons devaient essayer leur dernière démarche pacifique en allant planter leurs bannières sur les remparts de Paris, et que s’ils échouaient, la franc-maçonnerie tout entière devait prendre parti contre Versailles.

    Dès neuf heures du matin, une députation des membres de la Commune sortit de l’Hôtel-de-Ville, musique en tête, se dirigeant vers le Louvre, à la rencontre de la manifestation franc-maçonnique.

    A onze heures, la députation était de retour, et les francs-maçons faisaient leur entrée dans la cour d’honneur de l’Hôtel-de-Ville, disposée à l’avance pour les recevoir. La garde nationale faisait la haie.

    La Commune tout entière s’était placée sur le balcon, du haut de l’escalier d’honneur, devant la statue de la République, ceinte d’une écharpe rouge et entourée des trophées des drapeaux de la Commune.

    Les bannières maçonniques vinrent se placer successivement sur les marches de l’escalier, étalant aux yeux de tous, les maximes humanitaires, qui sont les bases de la franc-maçonnerie et que la Commune s’est donnée à tâche de mettre en pratique.

    Une bannière blanche entre toutes les autres a frappé notre attention. Elle était portée par un artilleur, et on y lisait en lettres rouges : « Aimons-nous les uns les autres ! ».

    Dès que la cour fut pleine, les cris : »Vive la Commune ! Vive la franc-maçonnerie ! Vive la République universelle ! » se font entendre.

    Le citoyen Félix Pyat, membre de la Commune, prononce d’une voix forte et émue les paroles suivantes :

    « Frères, citoyens de la grande patrie, de la patrie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Egalité, Fraternité, et plus logiques que la Ligue des droits de Paris, vous, francs-maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions.

    Aujourd’hui les mots sont peu, les actes sont tout. Aussi, après avoir affiché votre manifeste, -- le manifeste du cœur, -- sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d’humanité sur les remparts de notre ville assiégée et bombardée.

    Vous allez protester contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle. (Bravos unanimes et cris de : Vive la République ! Vive la Commune !).

    Aux hommes de Versailles, vous allez tendre une main désarmée, -- désarmée, mais pour un moment – et nous, les mandataires du peuple et les défenseurs de ses droits, nous les élus du vote, nous voulons nous joindre tous à vous, les élus de l’épreuve, dans cet acte fraternel. (Nouveaux applaudissements. – Vive la Commune ! – Vive la République !).

    La Commune avait décidé qu’elle choisirait cinq de ses membres pour avoir l’honneur de vous accompagner, et il a été proposé, justement, que cet honneur fût tiré au sort ; le sort a désigné cinq noms favorisés pour vous suivre, pour vous accompagner dans cet acte glorieux, victorieux. (Marque d’approbation.).

    Votre acte, citoyens, restera dans l’histoire de la France et de l’humanité.

    Vive la République universelle ! »

    (Applaudissements. – Vive la Commune ! – Vive la République !).

    Le citoyen Beslay, membre de la Commune : «  Citoyens, je me suis associé, comme vous, aux paroles que vous venez d’entendre, à ces paroles fraternelles qui rassemblent ici tous les francs-maçons.

    Le sort ne m’a pas favorisé, hier, lorsqu’on a tiré les noms des membres de la Commune qui devaient aller recevoir les francs-maçons. Nous avons voulu qu’il y eût un tirage au sort des noms, parce que toute la Commune de Paris voulait s’associer, dès le commencement, à cette grande manifestation ; je n’ai pas eu le bonheur d’être désigné, mais j’ai demandé pourtant à aller au-devant de vous, comme doyen de la Commune de paris, et aussi de la franc-maçonnerie de France, dont j’ai l’honneur de faire partie depuis cinquante-six ans.

    Que vous dirai-je, citoyens, après les paroles si éloquentes de Félix Pyat ? Vous allez faire un grand acte de fraternité en posant votre drapeau sur les remparts de notre ville et en vous mêlant dans nos rangs contre les ennemis de Versailles. (Oui ! oui ! – Bravos !).

    Citoyens, frères, permettez-moi de donner à l’un de vous l’accolade fraternelle. »

    (Le citoyen Beslay embrasse l’un des francs-maçons placé près de lui ; -- Applaudissements. – Vive la Commune ! – Vive la République !).

    Un franc-maçon, une bannière en main : « Je réclame l’honneur de planter la première bannière sur les remparts de Paris, la bannière de la Persévérance, qui existe depuis 1790. » (Bravos.)

    La musique jour la Marseillaise.

    Le citoyen Léo Meillet : « Vous venez d’entendre la seule musique que nous puissions écouter jusqu’à la paix définitive.

    Ce drapeau doit accompagner vos bannières pacifiques : c’est le drapeau de la paix universelle, le drapeau de nos droits fédératifs, devant lequel nous devons tous nous grouper, afin d’éviter qu’à l’avenir une main, quelque puissante qu’elle soit, ne nous jette les uns sur les autres autrement que pour nous embrasser. (Applaudissements prolongés).

    C’est le drapeau de la Commune de Paris, que la Commune va confier aux francs-maçons. Il sera placé au-devant de vos bannières et devant les balles homicides de Versailles.

    Quand vous les rapporterez, ces bannières de la franc-maçonnerie, qu’elles reviennent déchirées ou intactes, le drapeau de la Commune n’aura pas faibli. Il les aura accompagnées au milieu du feu, -- ce sera la preuve de leur union inséparable ». (Nouveaux applaudissements).

    Le citoyen Térifoque prend le drapeau rouge des mains du citoyen Léo Meillet et adresse ces paroles à l’assemblée :

    « Citoyens, frères,

    Je suis du nombre de ceux qui ont pris l’initiative d’aller planter l’étendard de la paix sur nos remparts, et j’ai le bonheur de voir à leur tête la bannière blanche de la loge de Vincennes, sur laquelle sont inscrits ces mots : « Aimons-nous les uns les autres ! ». (Bravo).

    Nous irons présenter cette bannière la première devant les rangs ennemis ; nous leur tendrons la main, puisque Versailles n’a pas voulu nous entendre !

    Oui, citoyens, frères, nous allons nous adresser à ces soldats, et leur dirons : Soldats de la même patrie, venez fraterniser avec nous ; nous n’aurons pas de balles pour vous avant que vous nous ayez envoyé les vôtres. Venez nous embrasser, et que la paix soit faite ! (Bravos prolongés. – Sensation.).

    Et si cette paix s’accomplit, nous rentrerons dans Paris, bien convaincus que nous aurons remporté la plus belle victoire, celle de l’humanité !

    Si au contraire, nous ne sommes pas entendus et si l’on tire sur nous, nous appellerons à notre aide toutes les vengeances ; nous sommes certains que nous seront écoutés, et que notre maçonnerie de toutes les provinces de France suivra notre exemple ; nous sommes sûrs que sur chaque point du pays où nos frères verront les troupes se diriger sur Paris, ils iront au-devant d’elles pour les engager à fraterniser.

    Si nous échouons dans notre tentative de paix et si Versailles donne l’ordre de ne pas tirer sur nous pour ne tuer que nos frères sur les remparts, alors nous nous mêlerons à eux, nous qui n’avions pris jusqu’ici le service de la garde nationale que comme service d’ordre, ceux aussi qui n’en faisaient pas partie, comme ceux qui étaient déjà dans les rangs de la garde nationale, et tous ensemble, nous nous joindrons aux compagnons de guerre pour prendre part à la bataille et encourager de notre exemple les courageux et glorieux soldats défenseurs de notre ville. » (Adhésion générale. – Applaudissements prolongés. – Vive la Commune ! Vive la franc-maçonnerie !).

    Le citoyen Térifoque agite le drapeau de la Commune qu’il tient entre ses mains, et il s’écrie :

    « Maintenant, citoyens, plus de paroles, à l’action ! ».

    Les députations de la franc-maçonnerie, accompagnées des membres de la Commune, sortent de l’Hôtel-de-Ville.

    Pendant le défilé, l’orchestre joue la Marseillaise.

     

    Faits divers. Journal Officiel de la Commune du dimanche 30 avril 1871 :

    Ce matin, à neuf heures, les francs-maçons se sont réunis dans la cour grillée des Tuileries.

    Tous les maçons présents à Paris s’étaient rendus à l’appel de leurs loges. Les dignitaires portant le cordon rouge ou bleu en sautoir, et les reins ceints du tablier symbolique, affluaient de tous les points, bannières et musique en tête, au milieu d’une foule compacte que l’attente de ce spectacle avait attirée là dès la première heure.

    La conviction avait été faite pour la cour du Louvre, mais l’obstacle apporté à cette réunion solennelle par une foule enthousiaste, qui emplissait la rue de Rivoli, la place du Louvre, celle du Palais-Royal, et, d’un autre côté, les quais, força les délégués des loges de se rendre à la cour des Tuileries par la place du Carrousel.

    Plusieurs bataillons de la garde nationale forment la haie et contiennent les curieux qui se poussent aux cris de : « Vive les francs-maçons ! Vive la Commune ! » Auxquels répondent d’autres cris : « A bas Versailles ! ».

    Les maçons se forment par rangs de quatre, la musique militaire joue la Marseillaise, le défilé commence.

    Cinquante-cinq loges sont représentées, bannières déployées, formant environ 10 000 citoyens de tout âge, de tous rangs, tous, suivant leur grade, porteurs de larges rubans de diverses couleurs. Une loge de femmes est particulièrement saluée de cette foule émue par ce spectacle unique dans l’histoire de la franc-maçonnerie.

    Le cortège, accompagné des six membres de la Commune délégués à cette réception, se met en marche au son d’une musique au rythme étrange, sévère, impressionnant.

    En tête la musique, les généraux et officiers supérieurs des gardes nationaux, et enfin les grands maîtres.

    Derrière eux marchent les six membres délégués par la Commune.

    Après le défilé des loges, les cris de : « Vive la république ! Vive la Commune ! » retentissent sur tout le parcours.

    La tête du cortège arriva sur la place de l’Hôtel-de-Ville, où sous un dais élevé, devant le buste de la République et le trophée de drapeaux rouges se trouvent les membres de la Commune.

    Des discours sont prononcés par les citoyens Monière et Térifoque, vénérables des loges.

    Tous les membres de la Commune présents se sont joints aux francs-maçons, tenant à les accompagner dans leur mission périlleuse. Le défilé commence, prend la rue de Rivoli, partant de l’Hôtel-de-Ville, et suit les grands boulevards depuis la Bastille jusqu’à l’Arc-de-Triomphe.

    Toujours même foule sympathique sur tout le parcours. Acclamations générales. La députation arrive aux avant-postes.

    Ordre est donné d’arrêter le feu. Quatorze mille francs-maçons sont à l’Arc-de-Triomphe. Ils demandent à aller planter en corps leurs bannières sur les remparts.

    Pluie incessante d’obus, reçue aux cris de : « Vive la Commune ! Vive la République universelle ! ».

    Une délégation, composée de tous les vénérables, accompagnés de leurs bannières respectives, s’avance par l’avenue de la Grande-Armée. Les bannières sont plantées sur les remparts aux postes les plus dangereux.

    Enfin, vers 5 heures 30 minutes du soir, le feu cesse du côté versaillais. On parlemente, et trois délégués de la franc-maçonnerie se rendent à Versailles.

    Il est convenu de part et d’autre que le feu ne pourra reprendre qu’après le retour des délégués.

    A Paris, dans l’après-midi, le bruit s’est répandu que deux francs-maçons auraient été blessés sous la pluie de projectiles qui tombaient sur l’avenue de la Grande-Armée. Jusqu’ici, d’après toutes nos informations, nous n’avons aucun renseignement de cette nature. Ce que nous sommes en droit d’affirmer, c’est qu’à la porte Maillot, deux bannières ont été trouées par les balles.

     

    • Annonce des francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du 2 mai 1871 :

    Faits divers. Les francs-maçons de tous les rites sont convoqués mardi 2 mai, à 2 heures très précises, place de la Concorde, pour aller reprendre les bannières arborées sur les remparts de Paris, et que le feu de Versailles n’a pas su respecter.

     

    • Manifeste des francs-maçons de Rouen. Journal Officiel de la Commune du vendredi 5 mai 1871 :

    On nous prie de publier le document suivant, qui émane de la franc-maçonnerie rouennaise :

    Les francs-maçons de Rouen, réunis en assemblée générale, convaincus que la paix, c’est-à-dire l’apaisement des haines sociales, la reprise du travail et du commerce, le rétablissement de l’économie et de la science, les nobles labeurs de l’agriculture, sont un besoin impérieux pour la France.

    Déclarent donner l’adhésion la plus complète au manifeste officiel du conseil de l’ordre de la maçonnerie française qu’ils s’approprient.

    MANIFESTE DE LA FRANC-MACONNERIE.

    Paris, le 8 avril 1871.

    En présence des événements douloureux devant lesquels la France entière gémit, en présence de ce sang précieux qui coule par torrents, la franc-maçonnerie, qui représente les idées d’humanité et qui les a répandues dans le monde, vient une fois encore affirmer devant vous, gouvernement et membres de l’Assemblée, devant vous, membres de la Commune, les grands principes qui font sa loi et qui doivent être la loi de tout homme ayant un cœur d’homme.

    Le drapeau de la maçonnerie porte, inscrite sur ses plis, la noble devise :

    Liberté. – Egalité. – Fraternité.

    La maçonnerie prêche la paix parmi les hommes, et, au nom de l’humanité proclame l’inviolabilité de la vie humaine.

    La maçonnerie maudit toutes les guerres, elle ne saurait assez gémir sur les guerres civiles.

    Elle a le devoir et le droit de venir au milieu de vous et de vous dire : Au nom de l’humanité, au nom de la fraternité, au nom de la patrie désolée, arrêtez l’effusion du sang, nous vous le demandons, nous vous supplions d’entendre notre appel !

    Nous ne venons pas vous dicter un programme, nous nous en rapportons à votre sagesse, nous vous disons simplement : Arrêtez l’effusion de ce sang précieux qui coule des deux côtés, et posez les bases d’une paix définitive qui soit l’aurore d’un avenir nouveau !

    Voilà ce que nous vous demandons énergiquement, et si notre voix n’était pas entendue, nous vous disons ici que l’humanité et la patrie l’exigent et l’imposent.

    Pour extrait conforme :

    Le président d’honneur de la maçonnerie rouennaise, Desseaux,

    Le vén.°. des Arts-Réunis, Hédiard,

    Le vén.°. de la Persévérance-Couronnée A. Lorond,

    Le T.°. S.°. du chapitre des Arts-Réunis, Hédiard,

    Le vén.°. de la Vérité, F. Deschamps,

    Le vén.°. de la Constance-Eprouvée, membre du conseil de l’ordre, E. Vienot,

    Le T.°. S.°. du Chapitre de la Persévérance-Eprouvée, Goudy,

    Le président du Conseil philosophique, Dieutée.

    Par mandement des Ateliers-Réunis de l’Orient de Rouen, le sec.°. Jules Godefroy.

     

    • Appel du 5 mai 1871 des Francs-maçons. Journal Officiel de la Commune du 11 mai 1871 :

    Le 29 avril 1871, une délégation de francs-maçons, alla sur les fortifications, entre l’armée de Versailles et celle de la Commune. A leur retour, les francs-maçons publièrent l’appel suivant :

    « Fédération des francs-maçons et compagnons de Paris

    Les francs-maçons et compagnons de Paris à leurs frères de France et du monde entier.

    Frères,

    C’est à vous tous que nous nous adressons :

    Francs maçons de tous les rites et de tous les orients,

    Compagnons de toutes les corporations,

    Vous le savez, les francs-maçons sont des hommes de paix, de concorde, de fraternité, d’étude, de travail ; ils ont toujours lutté contre la tyrannie, le despotisme, l’hypocrisie, l’ignorance.

    Ils défendent sans cesse les faibles courbés sous le joug, de ceux qui les dominent, leurs adeptes couvrent le monde : ce sont des philosophes qui ont pour précepte la morale, la justice, le droit.

    Les compagnons sont aussi des hommes qui pensent, réfléchissent et agissent pour le progrès et l’affranchissement de l’humanité.

    A l’époque malheureuse que nous traversons, lorsque le fléau de la guerre a été déchaîné par les despotes pour anéantir plus particulièrement la noble nation française ;

    Quand cette belle France qui, pour tout le monde, est l’espérance des opprimés, se voit réduite à merci et que Paris, sa capitale, est le but d’attaques épouvantables et fratricides ;

    Les francs-maçons et les compagnons sortent les uns et les autres de leurs sanctuaires mystérieux, tenant de la main gauche la branche d’olivier, symbole de la paix, et de la main droite le glaive de la revendication.

    Attendu que les efforts des francs-maçons ont été trois fois repoussés par ceux-là mêmes qui ont la prétention de représenter l’ordre, et que leur longue patience est épuisée, tous les francs-maçons et compagnons doivent prendre l’arme vengeresse et crier :

    Frères, debout ! que les traîtres et les hypocrites soient châtiés.

    Frères de la maçonnerie universelle, frères compagnons, écoutez !

    Les francs-maçons ont, dans la journée du 22 avril, envoyé à Versailles porter au chef du pouvoir exécutif des paroles d’apaisement et de conciliation, leurs délégués étaient accompagnés de deux citoyens désignés par les chambres syndicales de paris, ils n’ont pu obtenir qu’une trêve de neuf heures pour faire sortir les malheureuses et innocentes victimes qui périssaient dans les caves de Neuilly, des Ternes, de Levallois, de Clichy.

    Les hostilités ayant été reprises avec une haine indescriptible par ceux qui osent bombarder Paris, les francs-maçons se réunirent le samedi 26 avril au Châtelet et décidèrent que le samedi 29 ils iraient solennellement faire adhésion à la Commune de Paris, et planter leurs bannières sur les remparts de la ville, aux endroits les plus menacés, espérant qu’elles amèneraient la fin de cette guerre impie et fratricide.

    Le 29 avril, les francs-maçons, au nombre de 10 à 11 000 se rendirent à l’Hôtel-de-Ville, suivant les grandes artères de la capitale, au milieu des acclamations de toute la population parisienne ; arrivés à l’avenue de la Grande-Armée, malgré les bombes et la mitraille, ils arborèrent 62 de leurs bannières en face des assaillants.

    Leur bannière blanche : Aimons-nous les uns les autres, s’avançant sur les lignes ennemies versaillaises, fit cesser le feu de la porte Dauphine à la porte Bineau : la tête de leurs profondes colonnes atteignit seule la première barricade des assaillants.

    Trois cents francs-maçons furent admis comme délégués.

    Ces délégués n’ayant obtenu qu’une courte trêve des généraux auxquels ils s’étaient adressés à Neuilly, à Courbevoie et à Rueil, où les populations les acclamaient aux cris de Vive la Maçonnerie, Vive la Commune, deux d’entre eux, cédant à l’instance des généraux qui déclarèrent d’ailleurs qu’ils ne pouvaient pas être leurs interprètes, allèrent à Versailles, sans mandat et contrairement à la ligne de conduite qu’ils s’étaient tracée, mais pour démontrer une fois de plus que toute tentative nouvelle de conciliation était inutile.

    Ils n’obtinrent rien, absolument rien, du chef du pouvoir exécutif.

    Le feu, interrompu le 29 à quatre heures de relevée, recommença plus formidable, accompagné de bombes incendiaires, le 30 à 7 h. 45 mn du soir. La trêve n’avait donc duré que 27 h. 45 mn.

    Une délégation de francs-maçons placée à la porte Maillot a constaté la profanation des bannières.

    C’est de Versailles, que sont partis les premiers coups, et un franc-maçon en a été la première victime.

    Les francs-maçons et compagnons de Paris, fédérés à la date du 2 mai s’adressent à tous ceux qui les connaissent.

    Frères en maçonnerie et frères compagnons, nous n’avons plus à prendre d’autres résolutions que celle de combattre et de couvrir de notre égide sacrée le côté du droit.

    Armons-nous pour la défense !

    Sauvons Paris !

    Sauvons la France !

    Sauvons l’humanité !

    Paris, à la tête du progrès humain, dans une crise suprême, fait appel à la Maçonnerie universelle, aux compagnons de toutes les corporations, il crie : A moi les enfants de la Veuve !

    Cet appel sera entendu par tous les francs-maçons et compagnons ; tous s’uniront pour l’action commune, en protestant contre la guerre civile que fomentent les souteneurs de monarchie.

    Tous comprendront ce que veulent les frères de Paris, c’est que la justice passe de la théorie à la pratique, que l’amour des uns pour les autres devient la règle générale, et que l’épée n’est tirée du fourreau, à Paris, que pour la légitime défense de l’humanité.

    Non ! Frères maçons et compagnons, vous ne voudrez pas permettre que la force brutale l’emporte, vous ne supporterez pas que nous retournions au chaos, et c’est ce qui adviendrait si vous n’étiez pas avec vos frères de Paris qui vous appellent à la rescousse.

    Agissez de concert, toutes les villes ensemble, en vous jetant au-devant des soldats qui combattent bien malgré eux pour la plus mauvaise cause, celle qui ne représente que des intérêts égoïstes, et entraînez-les à servir la cause de la justice et du droit.

    Vous aurez bien mérité de la Patrie universelle, vous aurez assuré le bonheur des peuples pour l’avenir !

    Vive la République ! Vivent les Communes de France fédérées avec celle de Paris !

                                                                    Paris, 5 mai 1871.

    Pour les francs-maçons, et les délégués compagnons de Paris.

    Thirifocq, ancien vénérable de la loge J.°. E.°. Orateur de la L.°. E.°. L.°. E.°.

    Masse, trésorier de la fédération, président de la réunion des originaires de l’Yonne.

    Baldue, ancien vénérable de la Loge la Ligne droite.

    Deschamps, Loge de la Persévérance.

    J. Remy, de l’orient de Paris, orient de la Californie.

    J.-B. Parche, de l’orient de Paris.

    De Beaumont, de la Tolérance.

    Grande-Landes, orateur de Bagneux.

    Lacombe, de l’orient de Paris.

    Vincent, de l’orient de Paris.

    Grasset, orateur de la Paix, union de Nantes.

    A. Gambier, de la Loge J.-J. Rousseau, Montmorency.

    Martin, ex-secrétaire de la Loge l’Harmonie de Paris.

    E. Louet, du Chapitre des Vrais amis de Paris.

    A. Lemaître des Philadelphes, orient de Londres.

    Conduner, de la Loge des Acacias.

    Louis Lebeau, de la Loge la Prévoyance.

    Gonty, de la Loge la Prévoyance.

    Emm. Vaillant, de la Loge de Seules.

    Jean Baptiste Elin, des Amis triomphants.

    Léon Klein, de l’Union parfaite de la Persévérance.

    Budaille, des Amis de la paix.

    Pierre Lachambeaudie, de la Rose du parfait silence.

    Durand, garant d’amitié de la Loge le B.°. de Marseille.

    Magdelenas, de la Clémente Amitié cosmopolite.

    Mossurenghy, du Grand Orient du Brésil.

    Fauchery, des Hospitaliers de Saint-Ouen.

    Radigue, de l’Etoile polaire.

    Rudoyer, des Amis de la paix d’Angoulême.

    Rousselet des Travailleurs de Levallois.

     

                              Les délégués compagnons :

    Vincent, dit Poitevin, l’Ami de l’intelligence.

    Cartier, dit Draguignan, le bien-aimé.

    Chabanne, dit Nivernais-noble-cœur.

    Thevenin, dit Nivernais, l’Ami du tour de France.

    Dumnis, dit Gâtinais le Protecteur du devoir.

    Gaillard, dit Angevin l’Ami des arts.

    Thomas, dit Poitevin Sans-gêne.

    Ruffin, dit Comtois le Fidèle courageux.

    Auriol, dit Carcassonne C.°. M.°.D.°. D.°. .

    Francoeur de Marcilly.

    La Liberté le Nantais.

    Lassal, la Vertu.

    Lyonnais, le Flambeau du devoir. ».

     

    Selon le témoignage de Louise Michel, dans La Commune, plusieurs francs-maçons « combattirent comme ils l’avaient promis et moururent bravement. »

     

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