• « Karma-Bhakti-Jnâna-Râja » (Partie 35) (Action, Travail, Amour, Prière, Dévotion, Connaissance)

    Je suis d’accord avec toi : il ne faut pas hésiter une seconde à s’allier partout où s’est possible avec la frange de la bourgeoisie française qui résiste à Hitler. Mais à tout moment, le Parti communiste doit conserver la direction du mouvement de résistance, et se préparer à recevoir des coups de couteau dans le dos de de Gaulle. La tâche principale actuelle, de l’heure, c’est de bouter les hordes nazies hors de France. Ce sont les intérêts de la bourgeoisie. Ce sont aussi les nôtres ? Tactiquement, les intérêts sont les mêmes. Stratégiquement, non. Stratégiquement, les intérêts de la bourgeoisie, c’est de chasser les boches pour instaurer à nouveau un système d’exploitation de l’homme par l’homme en France. Nos intérêts à nous, c’est d’instaurer le socialisme. Dans le processus de la lutte actuelle, chacun des adversaires va chercher à amasser des forces et à diriger la résistance pour, à l’issue de la guerre, instaurer un régime à sa guise.

     

    « Karma-Bhakti-Jnâna-Râja » (Partie 35) (Action, Travail, Amour, Prière, Dévotion, Connaissance)

     

    La propagande, c’est notamment la diffusion de l’ « Humanité » clandestine. Chaque triangle doit faire son possible pour diffuser aussi une feuille volante, dénonçant l’occupation allemande, les collabos, et appelant à la lutte unie.

    N’oubliez pas le recrutement, afin de développer notre mouvement et remplacer les vides faits dans nos rangs par l’ennemi. De toute façon, vous devez vous fondre dans le peuple et être lié au peuple comme les lèvres aux dents. Si l’un de vous est connu et repéré comme militant communiste, par les flics ou les collabos, il doit disparaître du coin.

    Denis : C’est enthousiasmant, et le Centre a vraiment repris les choses en main. Nous désespérions, et cette autocritique du Centre renforce notre confiance dans le Parti : les choses n’ont que trop attendu, et par les hésitations, nous étions en décalage par rapport à la réalité. Maintenant, je sens que nous allons plus coller aux événements.

    Mais dans ton intervention, tu as oublié tout un aspect des choses : le peuple a faim. Tout ce que nous autres, produisons, va en Allemagne. Aussi les ouvriers haïssent les Allemands et « à chacun son boche » est un mot d’ordre juste. Les syndicats ont un grand rôle à jouer.

    Il y a aussi le problème des prisonniers de guerre : les forces vives sont en Allemagne.

    Que représentons-nous, nous autres communistes, par rapport à cela ?

    Les Allemands et les Vichystes surinent que les communistes ne sont pas des Français à part entière, et leur propagande hystérique n’est pas sans porter des fruits au sein des masses. Ne risquons-nous pas, en entreprenant des attentats, d’être encore plus isolés du peuple, et d’être éliminés ? Ne faut-il pas s’attacher à des revendications économiques ?

    Raoul : Je crois que le camarade Thierry a bien parlé. Je suis d’accord pour la cible : c’est le fascisme.

    Mais quels sont nos alliés ? La bourgeoisie française est objectivement complice des fascistes allemands : par peur des mouvements sociaux du Front populaire et par peur des ouvriers, la bourgeoisie a préparé la débâcle de 1940. Songez à Munich, camarades ! Aujourd’hui encore, la bourgeoisie a plus peur de nous, communistes, que des Allemands, et elle est prête à pactiser avec le diable pour garder ses usines et ses profits. Aussi, la « bourgeoisie complice » implique : pas d’unité d’action avec la bourgeoisie.

    Thierry : La situation a changé. Les Nazis s’emparent de la richesse des bourgeois français et les exproprient. Prenez le cas de de Gaulle : c’est un représentant de la haute bourgeoisie financière. Bourgeoisie française et bourgeoisie allemande sont devenues ennemies. Tactiquement, bourgeois et ouvriers français sont alliés contre le danger immédiat : le nazisme. Mais j’aimerais que d’autres camarades s’expriment là-dessus.

    Claude : Le nœud du débat est ceci : depuis la fondation de notre Parti, suivant les différentes étapes concrètes, notre programme fondamental est de renverser le capitalisme, de faire la révolution prolétarienne et d’instaurer le socialisme, la dictature du prolétariat, à l’image de ce qu’ont fait Lénine et Staline en U.R.S.S.

    La situation actuelle, c’est l’occupation de notre sol par le fascisme. Aussi, la lute actuelle est une lutte pour la libération nationale, contre le nazisme. Mais nous voulons que l’aboutissement de cette lutte soit une France nouvelle, socialiste, car notre bourgeoisie s’est avérée incapable de diriger le pays économiquement et de le défendre contre l’hitlérisme. Ce qu’il nous faut, c’est le socialisme.

    Thierry : Nous ne devons pas mettre notre programme communiste au rancart et l’oublier, tels des opportunistes. Mais ce qui nous est demandé, à l’heure actuelle, est une lutte nationale pour libérer le territoire et, pour cela, il faut unir quatre-vingt quinze pour cent des Français. Seuls, nous n’y arriverons pas. Et si nous mettons en avant notre programme stratégique, l’insurrection nationale, nous allons nous isoler du peuple, et nous courrons à l’échec : les bourgeois, les paysans et les autres classes sociales n’oseront pas s’unir à nous, combattre l’ennemi commun avec nous, de peur d’être nationalisés. Nous serons seuls à combattre l’ennemi dans notre coin, refusant l’aide et les moyens des autres couches de la population. C’est courir à l’échec certain.

    Le socialisme n’est plus – ou pas encore – à l’ordre du jour. Ce qu’il faut, c’est un front national pour bouter l’ennemi hors du territoire national. Là, nous ferons œuvre d’internationalistes prolétariens, apportant notre pierre à l’édifice de la révolution mondiale. Athée ou croyant, bourgeois ou ouvrier, ponctuellement, la lutte est la même : nous sommes embarqués sur le même bateau, et nous laverons notre linge en famille, entre nous, une fois franchie l’étape actuelle.

    Le peuple français doit décider lui-même, à la fin du conflit actuel, quel régime il désire instaurer : le capitalisme ou le socialisme. Nous, communistes, nous sommes pour le socialisme, et nous mettrons tout notre poids dans la balance pour que ce soit un régime socialiste qui s’établisse dans le pays. Nous ne cachons jamais notre programme fondamental. Mais aujourd’hui, quand je dis que le socialisme n’est pas à l’ordre du jour, je veux dire qu’il faut mettre ce programme en sourdine, et se consacrer aux tâches immédiates que le peuple attend de nous : la lutte antifasciste. Il y a le programme stratégique et le programme tactique. C’est tout.

    Pierre : Si je te comprends bien, il s’agit d’une seule et même lutte. Pour faire la révolution, il faut tenir compte de la situation concrète, de l’étape actuelle. Autrement dit, pour faire la révolution demain, résistons aujourd’hui. Il faut donc préparer ces lendemains.

    Tu peux être sûr que, si la bourgeoisie s’allie avec nous, elle, de son côté, ne le fait pas non plus sans arrière-pensée : elle prépare des lendemains capitalistes.

    Je suis d’accord avec toi : il ne faut pas hésiter une seconde à s’allier partout où s’est possible avec la frange de la bourgeoisie française qui résiste à Hitler. Mais à tout moment, le Parti communiste doit conserver la direction du mouvement de résistance, et se préparer à recevoir des coups de couteau dans le dos de de Gaulle. La tâche principale actuelle, de l’heure, c’est de bouter les hordes nazies hors de France. Ce sont les intérêts de la bourgeoisie. Ce sont aussi les nôtres ? Tactiquement, les intérêts sont les mêmes. Stratégiquement, non. Stratégiquement, les intérêts de la bourgeoisie, c’est de chasser les boches pour instaurer à nouveau un système d’exploitation de l’homme par l’homme en France. Nos intérêts à nous, c’est d’instaurer le socialisme. Dans le processus de la lutte actuelle, chacun des adversaires va chercher à amasser des forces et à diriger la résistance pour, à l’issue de la guerre, instaurer un régime à sa guise.

     

     

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