• Le secret maçonnique (Partie 14)

    C’est la lutte contre l’oppression militaire. Robespierre, tant qu’il siège à la constituante, se méfie des officiers de l’armée, qu’il trouve suspects, en particulier La Fayette. Robespierre est d’abord hostile à la guerre.

    Le secret maçonnique (Partie 14)

     

    La Mère enseigne que l’Incorruptible est le nouveau Messie, l’incarnation de l’Etre suprême, envoyé sur la terre pour faire de la France le Paradis. A la convention, huit jours après la fête de l’Etre suprême, Barère fait éclater sa bombe : Robespierre était le disciple d’une vieille folle mystique ! C’est Catherine Théot, la Mère de Dieu, qui a inventé l’Etre suprême et qui a persuadé l’Incorruptible qu’il était le nouveau Messie ! La police trouve chez Catherine Théot une recette pour fabriquer une épée magique qui rend invisible, mais surtout de nombreux brouillons de lettres, toutes adressées à son « cher fils » Robespierre, et dans lesquelles elle le gratifie du nom de « Guide des milices célestes » et d’ « ange du Seigneur ».

    Alors que Robespierre présidait la convention, dans un Rapport du 27 prairial (15 juin 1794), Verdier prétendit dévoiler la conspiration de Catherine Théot – spirituellement rebaptisée Théos -- , une vieille illuminée. Parmi ses adeptes se trouvaient l’ancien constituant dom Gerle, à qui Robespierre avait fait délivrer un certificat de civisme, et un médecin mesmérien, Quesvremont Lamotte. Deux manœuvres semblent avoir été dirigées pour ridiculiser Robespierre :

    • Le 15 juin 1794, Marc Vadier (1736-1828), membre du comité de sûreté générale, lit un rapport prouvant que la fête de l’Etre suprême a été organisée en liaison avec un groupe d’illuminés se réunissant rue de la Contrescarpe, comprenant le chartreux dom Gerle (1736-1801), les prophétesses Suzanne Labrousse (1747-1821), et Catherine Théot (1716-1794). Ce groupe saluait Robespierre comme le Messie.
    • On exécute, le 17 juin 1794, revêtus de chemises rouges Cécile Renault (1774-1794), accusée d’avoir voulu poignarder Robespierre le 23 mai, et 52 autres accusés considérés comme ses « complices ». L’opinion publique est choquée de la mégalomanie du « tyran » (qui n’a rien fait pour interdire la mascarade).

    Lors de la fête du 20 prairial an II apparaissent les premières manifestations antirobespierristes, trouvant le cérémonial étonnant : « Parmi ceux qui dirent beaucoup d’injures à Robespierre pendant la procession, confie Baudot, je distingue particulièrement Thirion, Ruamps, Montaud, Duhem, Le Cointre de Versailles. » Tous étaient de la Montagne, et trois d’entre eux passaient pour proches de Danton, dont Le Cointre, qui aurait alors déclaré : « Robespierre, j’aime ta fête, mais toi, je te déteste ! ».

    Robespierre ne suit pas Jean –Jacques Rousseau dans sa rigueur lorsqu’il autorise le bannissement de l’incroyant « non comme impie, mais comme insociable ». Ainsi, lorsque le 26 floréal (15 mai) 1794, le jeune Julien (de Paris), agent du comité de salut public, et commissaire à l’Instruction publique, propose aux Jacobins une adresse de félicitations à la convention où figure la proposition de bannir les athées de la république, Robespierre demande le retrait de ce paragraphe, sur le motif que « ce serait inspirer trop de frayeur à une grande multitude d’imbéciles ou d’hommes corrompus ». Et de conclure : « Je crois qu’il faut laisser cette vérité dans les écrits de Rousseau, et ne pas la mettre en pratique ». A la même séance, d’ailleurs, il prend la défense du Montagnard Joseph Lequinio, accusé d’athéisme pour ses écrits « Les préjugés détruits » et « Du bonheur » : « Lorsque nous avons développé les principes immortels qui servent de base à la morale, dit Robespierre, nous en avons parlé en hommes publics et sous le rapport de l’intérêt sacré de la liberté (…). Que nous importe ce que tel a dit, ce qu’il a écrit ? Ce qui nous intéresse est de savoir si tel est un conspirateur ».

    Robespierre, dans son Rapport, dénonçait bien sûr l’Eglise et ses « prêtres ambitieux », qui avaient voulu légitimer les monarchies (le despotisme) et s’étaient érigés en autorités intermédiaires (tyranniques) entre l’homme et la divinité. Rien de très original, ici, en cette fin du XVIII° siècle. De cette conception de l’Etre suprême, de Robespierre, résulte la double conception suivante, qui vise à maintenir la religion, tout en permettant la possibilité de la science :

    • Du point de vue de sa pratique, le savant est résolument matérialiste et athée (la raison seule, déterminisme, méthode expérimentale, observation et expérimentation) ;
    • Du point de vue de sa vie privée, le savant peut croire en une religion (la foi, Dieu, la création,…).

    Cette conception du monde repose sur le cartésianisme (métaphysique idéaliste chrétienne, physique matérialiste athée), et la conception déiste de Voltaire : « Si Dieu n’existe pas, il faut l’inventer », car c’est une conception utile pour contenir les velléités de libération du peuple. A la différence que Robespierre instaure une religion d’Etat. Ce sera un obstacle à la mise en œuvre du principe de laïcité, qui devra attendre 1902. A cette conception s’oppose la conception résolument matérialiste et athée des déchristianisateurs, des enragés, puis de Babeuf. On a chez Rousseau (« Profession de foi du vicaire savoyard ») la base du culte de l’Etre suprême, un dieu statique réfutant les tendances religieuses, au nom du pur individualisme. Ce culte de l’Etre suprême sera la base idéologique et culturelle de l’Etat bourgeois français, né de la révolution bourgeoise de 1789.

     

    A)   La guerre extérieure :

     

    C’est la lutte contre l’oppression militaire. Robespierre, tant qu’il siège à la constituante, se méfie des officiers de l’armée, qu’il trouve suspects, en particulier La Fayette. Robespierre est d’abord hostile à la guerre. Il prend en compte l’impréparation de l’armée française, dont les officiers ont pour la plupart rejoint l’émigration. Robespierre, avant de précipiter la France dans une guerre à laquelle elle n’est pas préparée, préconise un certain nombre de mesures : ne pas déclarer la guerre actuellement, fabriquer des armes, armer le peuple au besoin avec des piques, surveiller de près les ministres et les punir s’il le faut, s’occuper du peuple et de sa misère avant de se lancer dans un conflit coûteux… Et il convient avant tout de pourchasser les prêtres réfractaires qui constituent à ses yeux un foyer de contre-révolution. Robespierre sait bien que la Cour peut tirer profit d’une guerre et qu’elle intrique dans ce sens. L’obsession de Robespierre, qui sur ce point n’a pas tort, reste l’encadrement des armées par des officiers naturellement issus de l’ancien régime et peu enclins à servir le nouveau pouvoir. Ainsi dénonce-t-il sans cesse leur trahison.

    Il convient de distinguer au XVIII° siècle, deux types de guerres : les guerres de rapines, guerres pour se procurer des richesses, et les guerre de libération, guerres contre l’oppression. Les premières sont des guerres injustes, les secondes sont des guerres juste. Ainsi, la guerre pour dominer la Belgique, entre l’Angleterre et la France, est une guerre de rapines. Par contre, la guerre contre les rois coalisés par la France républicaine est une guerre juste pour propager les idées nouvelles en Europe et au-delà. Robespierre s’est opposé aux guerres injustes  et a prôné les guerres dans l’intérêt général. Robespierre a bien entrevu l’aspect impérialiste des guerres entreprises par une partie de la haute bourgeoisie (Belgique, colonies,…). Il s’est rendu compte également que les fauteurs de guerre (la Cour, les Girondins,…) avaient pour objectif réel et caché d’affaiblir et de faire envahir le territoire français par les ennemis de la République. Robespierre s’opposait à l’extension des droits révolutionnaires par les fusils : les idéaux révolutionnaires et la destruction des systèmes féodaux ne s’exportent pas par la force armée. Cependant, il a su mener le combat pour préserver les acquis révolutionnaires.

    Selon Engels : « Toute la Révolution française est dominée par la guerre de coalition ; toutes les pulsations en dépendent. L’armée de la coalition pénètre-t-elle en France ? – prédominance du vagus, battement de cœur violent, crise révolutionnaire. Est-elle contrainte de déguerpir ? Alors le sympathicus prend le dessus, les battements de cœur se ralentissent, les éléments réactionnaires se poussent de nouveau au premier plan, les gens de la plèbe […] sont mis à la raison et rangés à l’ordre ».

     

     

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