• « Karma-Bhakti-Jnâna-Râja » (Partie 8) (Action, Travail, Amour, Prière, Dévotion, Connaissance)

    Quel hasard de circonstances conduit au mariage entre Pierre Quader et Thérèse Ditz qui, à défaut de la grande passion, vivront ensemble pendant près de trente ans ? Pour Pierre il était question de se fixer puisque âgé de trente trois ans, âge où l'on se départit de sa vie de garçon ou bien on s'encroûte et prolonge définitivement une vie de vieux célibataire endurci. Ce qui poussait Pierre Quader dans les bras de sa future femme c'est incontestablement parce qu'on affichait celle-ci comme une « bonne affaire », et il attendait de son futur beau-père une dot rondelette pour s'installer à son compte dans un magasin de boulangerie-pâtisserie, et s'il était incapable par lui-même de machiner ce calcul parions qu'on peut l'imputer à madame Quader. Pour Thérèse Ditz, la nécessité de s'amouracher avec quelqu'un du village limitait forcément le choix : d'ailleurs que savait-elle de ce qui se tramait hors du village ? De son propre aveu ce qui la séduisait est que Pierre Quader, un peu dégrossi, avec des manières, était différent des paysans qu'elle côtoyait tous les jours : certains jours, il s'accoutrait d'un costume de satin vert comme il n'y en avait pas deux au monde. L'objectif pour Thérèse Ditz était de se délivrer du milieu familial, triste et monotone, à la rencontre d'un monde nouveau, même inconnu, de copier certaines de ses amies qui avaient déjà la bague au doigt et de ne pas rester en rade pour coiffer la sainte Catherine. Sans être étranger au terroir, natif du même village, grâce à Pierre Quader, Thérèse Ditz escomptait une vie différente de ce qu'elle avait expérimenté jusqu'alors : le travail sans fin. A défaut d'aventures extraordinaires elle se prémunirait et se protégerait tout au moins de l'emprise de son père tyrannique dont elle soupçonnait à son égard le complot suivant : « Ma fille me servira jusqu'à ce qu'elle ait trente ans, puis je la marierai à un riche propriétaire foncier du voisinage ! » Les désirs de Thérèse Ditz s'opposant frontalement à ceux de son père et le père n'ayant jamais accepté le mariage de sa fille, ce fut l'origine du conflit brouillant père et fille.

     

    « Karma-Bhakti-Jnâna-Râja » (Partie 8) (Action, Travail, Amour, Prière, Dévotion, Connaissance)

     

    Il n'avait même aucune ambition de réussite sociale et professionnelle à force du poignet ou, s'il en avait à l'origine, celle-ci s'anémiait et s'annihilait bien vite, sans laisser aucune trace sur le tard. Déjà fort jeune, très instable, il changeait plus d'une fois de patron, chutant de déchéance en déchéance, de Thionville à Metz, de Metz à Strasbourg, d'une boulangerie à l'autre, puis viré de la dernière place de boulanger pour faute professionnelle, résiliant un métier après l'autre, jamais satisfait longtemps au même poste de travail. Quand il confectionnait des pâtisseries, il travaillait avec hâte, sans goût, et le résultat était sans grâce et médiocrement bon. De son métier initial il n'héritait que d'un surnom emprunté par toutes ses connaissances pour le dénommer avec une note quelque peu ironique, même plus tard quand il renoncera à cette profession, on l'appellera encore « le boulanger ». Néanmoins quand le jeu en valait la chandelle, Pierre Quader, consciencieux, livrait une grande quantité d'efforts décuplés. Mais la plupart du temps il raisonnait ainsi: « A quoi bon me surmener pour abattre beaucoup d'ouvrages, je serais toujours un pauvre type, et si j'encaisse plus que de coutume, le gouvernement en place sera là pour me surimposer et m'escroquer les fruits de mes efforts ». Aussi s'escrimait-il pour ne pas mourir de faim, abruti toute la journée par le poids de sa triste condition, car pour les patrons et les gens bien pensants, il était un matricule, sans plus, quelqu'un d'interchangeable, un tâcheron qui enchérit quand, à certains moments, on a recours à lui, et que l'on rejette comme une coque vide à d'autres moments. Il intériorisait cette façon d'analyser son sort et se comportait effectivement comme un robot. Qui avait intérêt à mieux sonder son âme ? Personne. Il était le seul, horriblement seul. Il n'avait plus d'âme. Etait-il conscient de cette absence de vie et se révoltait-il contre la situation qu'on lui imposait ? Nullement. Il était malheureux, tristement malheureux. Qui lui restituerait son âme ?

    Inutile d'imaginer Pierre Quader heureux et corrigeant ces déboires du point de vue de sa vie affective et familiale ! Sans doute, il chérissait sa mère d'une tendresse débordante et, saoul, geignait que c'était « la seule femme qu'il aimât jamais ! » : pour cet être faible, cette bouée de sauvetage était l'ultime recours contre les écorchures de la vie. Mais en fait il avait mené la vie dure à sa mère : adolescent de vingt ans, alors en chômage au village, sa mère le chargea de ramasser des pommes de terre. Il s'orienta en direction du champ et, hors de vue, le contourna et, par un détour, aboutit tout droit au débit de boisson du bourg voisin, où il s'exerça jusque tard dans la nuit au jeu de quilles : les pommes de terre pourrirent sur pied ! A la mort de sa mère, Pierre Quader diffusa cette tendresse excessive sur ses nombreux frères : il les affectionnait fortement, vraiment, se croyant rétribué en retour : « La famille, c'est sacré ! » confiait-il. Cependant pour ses frères, il était en fin de compte un objet de raillerie et de mépris, un familier que l'on cache parce qu'il fait honte. Ils ne piaffaient pas après lui et il ne les intéressait que médiocrement : durant l'enfance il était déjà pour eux un souffre-douleur. Quant à ses copains de rencontre, gens à son image, ils s'accointaient et s'encanaillaient avec autrui tant qu'ils espéraient en tirer quelque profit. A défaut d'affection et d'amour véritables, Pierre Quader eut à peine son comptant de plaisirs simples : quand il récapitulait et brandissait comme autant de victoires les innombrables plaisirs qu'il avalisait et prétendait avoir accumulé, il parvenait à peine à blouser son auditeur, et d'ailleurs il ne s'agissait que de parties de cartes, de loterie et de tiercé, de discussions de piliers de bar et de beuveries, les vapeurs d'alcool, véritable drogue, en constituant le pivot.

    Sous l'empire de Bacchus, il était très fier et scandait, en martelant les mots de violents coups de poing sur la poitrine :

    « Les Quader sont des durs ! », justifiant à ses yeux son existence par ce leitmotiv : « J'ai choyé quatre enfants. Je ne suis pas un fainéant. Maintenant qu'ils ont dénoué le noeud et sont grands, je pallie encore tous les jours à leur nourriture par mon travail ! ». C'est travestir la vérité, car il n'a pas entamé grande chose pour que les événements se combinent différemment ou mieux qu'ils ne se sont passés et Pierre Quader ne se cramponnait à ses enfants qu'aux moments de grand cafard.

    Quel hasard de circonstances conduit au mariage entre Pierre Quader et Thérèse Ditz qui, à défaut de la grande passion, vivront ensemble pendant près de trente ans ? Pour Pierre il était question de se fixer puisque âgé de trente trois ans, âge où l'on se départit de sa vie de garçon ou bien on s'encroûte et prolonge définitivement une vie de vieux célibataire endurci. Ce qui poussait Pierre Quader dans les bras de sa future femme c'est incontestablement parce qu'on affichait celle-ci comme une « bonne affaire », et il attendait de son futur beau-père une dot rondelette pour s'installer à son compte dans un magasin de boulangerie-pâtisserie, et s'il était incapable par lui-même de machiner ce calcul parions qu'on peut l'imputer à madame Quader. Pour Thérèse Ditz, la nécessité de s'amouracher avec quelqu'un du village limitait forcément le choix : d'ailleurs que savait-elle de ce qui se tramait hors du village ? De son propre aveu ce qui la séduisait est que Pierre Quader, un peu dégrossi, avec des manières, était différent des paysans qu'elle côtoyait tous les jours : certains jours, il s'accoutrait d'un costume de satin vert comme il n'y en avait pas deux au monde. L'objectif pour Thérèse Ditz était de se délivrer du milieu familial, triste et monotone, à la rencontre d'un monde nouveau, même inconnu, de copier certaines de ses amies qui avaient déjà la bague au doigt et de ne pas rester en rade pour coiffer la sainte Catherine. Sans être étranger au terroir, natif du même village, grâce à Pierre Quader, Thérèse Ditz escomptait une vie différente de ce qu'elle avait expérimenté jusqu'alors : le travail sans fin. A défaut d'aventures extraordinaires elle se prémunirait et se protégerait tout au moins de l'emprise de son père tyrannique dont elle soupçonnait à son égard le complot suivant : « Ma fille me servira jusqu'à ce qu'elle ait trente ans, puis je la marierai à un riche propriétaire foncier du voisinage ! » Les désirs de Thérèse Ditz s'opposant frontalement à ceux de son père et le père n'ayant jamais accepté le mariage de sa fille, ce fut l'origine du conflit brouillant père et fille.

    Peut-être est-ce là de purs procès d'intention de la part d'un misanthrope aigri et trop assagi ou le recul du temps qui offre cet angle de vue de l'amour entre Pierre et Thérèse ? Qui sait, à l'origine, la chair tendre d'une passion inconditionnelle et infinie recouvrait le squelette de tous ces calculs mesquins. Si une raison pécuniaire accolait Pierre Quader et Thérèse Ditz, au début, elle n'était qu'inconsciente, et s'avérait dans sa crudité sordide que par la suite, après qu'un certain temps se sera écoulé, alors que l'amour romantique d'origine s'élimait et s'érodait sur les aspérités de la vie. Au moins cet amour désintéressé saillissait-il du côté de Thérèse Ditz, personne encore ingénue, incapable de manœuvrer égoïstement, car sans doute il fallait du courage et une forte volonté, qualités que l'amour corrobore, pour se libérer de l'emprise autoritaire de son père et s'affranchir de ce lien envahissant ? A moins que ce ne soit que la révolte créée et menée par l'instinct de vie. Pour vous convertir à ces soupçons, sachez ceci : Thérèse Ditz attestait n'avoir jamais réellement joui dans les bras de Pierre Quader, affectait ne pas savoir ni quand ni comment elle avait pu en avoir quatre enfants et refusait tout contact physique avec son mari les dernières années de sa vie car alors il la dégouttait trop. Toujours est-il que lors de leur mariage, Thérèse Ditz était enceinte de trois mois et son père, dans l'embarras, consentait à une union qu'il jugeait contre-nature, mais craignant un scandale plus grand encore : être taxé de père indigne d'une fille mère. Quelle tristesse que ce premier et unique amour sans amour !

     

     

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