• La révolution de 1789 est le passage d’un monde ancien, marqué par la domination de l’agriculture, à celui de la « révolution industrielle ».

    LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION MILITAIRE

    Il convient de distinguer au XVIII+ siècle, deux types de guerres : les guerres de rapine, guerres pour se procurer des richesses, et les guerres de libération, guerres contre l’oppression. Les premières sont des guerres injustes, les secondes sont des guerres justes. Ainsi, la guerre pour dominer la Belgique, entre l’Angleterre et la France est une guerre de rapines. Par contre la guerre entre les rois coalisés et la France républicaine est une guerre juste pour propager les idées nouvelles en Europe et au-delà.

    Robespierre s’est opposé aux guerres injustes et a prôné les guerres dans l’intérêt général.

     

    1)  LA GUERRE EXTERIEURE :

    Deux guerres différentes :

    ·  La guerre contre les émigrés et leurs alliés, les rois de l’Europe ;

    ·  La guerre bourgeoise pour la suprématie commerciale et pour les colonies.

    Ces guerres coutèrent à la France, jusqu’en 1799, un peu moins de 500 000 hommes.

    Comportement par rapport à la guerre :

    Les Girondins sont favorables à une croisière de la libération en Europe. Ils veulent aussi un compromis avec le roi.

    Les paysans plutôt contre-révolutionnaires en Vendée.

    Robespierre estime qu’il y a trois risques dans la guerre :

    ·       L’occupation de peuples ;

    ·       La diversion : le retour du mouvement de réaction en France ;

    ·       Le despotisme si l’aspect militaire prend le dessus.

    Robespierre est pacifiste par rationalité.

    Puis, quand la guerre éclate, il faut gagner la guerre, mais ne pas faire une guerre d’annexion.

    Solutions pour financer la guerre : l’impôt, ou l’emprunt. Les biens nationaux. Refus de la bourgeoisie.

    L’inflation finance la guerre : Voici l’évolution d’un assignat de 100 francs :

    ·  Juin 1791 : 85

    ·  Janvier 1792 : 66

    ·  Mars : 53

    ·  Janvier 1793 : 55

    ·  Mars : 50

    ·  Avril : 47

    ·  Juillet : 33

    ·  Septembre : 29.

    Chiffes éloquents et qui tracent la courbe des souffrances et des colères populaires. Les conséquences : hausse rapide des denrées de première nécessité, d’une part, pénurie de ces mêmes denrées, d’autre part.

    Les représentants du peuple (Roux, Leclerc, Varlet) entrevirent que la guerre – la guerre bourgeoise, la guerre pour la suprématie commerciale – aggravait la condition des bras nus ; ils aperçurent la grande escroquerie de l’inflation, source de profits inouïs pour les riches, ruineuse pour le pauvre.

    La scission à éviter :

    Le développement intrinsèque de la révolution devait à lui seul conduire à une différenciation au sein du tiers-état. Mais un événement extérieur à la révolution et qui se greffa sur elle accéléra le processus de scission entre bourgeois et bras nus : la guerre. La bourgeoisie finança la guerre par l’inflation. La guerre, l’inflation lui procurèrent des profits énormes. Mais, parallèlement, l’émission désordonnée de signes monétaires eut pour conséquence la disette et la vie chère. Le contraste, chaque jour plus criant ente l’opulence bourgeoise et la détresse populaire creusa, surtout dans les villes, un embryon de scission entre les riches et les pauvres.

    Malgré leur lutte commune contre l’ancien régime, les deux fractions du tiers-état s’opposèrent l’une à l’autre, commencèrent à se constituer en deux classes distinctes aux intérêts antagonistes. A Paris, notamment, une avant-garde aperçut, bien qu’encore confusément, que cette révolution à laquelle elle avait prêté la force de ses bras et pour laquelle elle avait versé son sang, ne lui apportait pas en fait l’égalité proclamée en droit, qu’elle enrichissait les uns et appauvrissait les autres.

    La guerre, du côté français, la prétention d’apporter la liberté aux pays voisins semble bien n’avoir été qu’un prétexte recouvrant des appétits très matériels.

    Qui paiera la guerre ?

    Puisque la bourgeoisie ne voulait pas payer (ni impôt, ni emprunt), il ne restait qu’une seule ressource : puiser les milliards nécessaires à la guerre, pour une part, dans les poches des contre-révolutionnaires et, pour une part beaucoup plus importante, dans les poches du peuple. La bourgeoisie confisqua les biens du clergé et des émigrés, et elle se lança dans l’inflation. Saint-Just : « La république, entraînée dans la guerre universelle, fut obligée de multiplier les monnaies pour subvenir à d’énormes dépenses. »

     

    2)  LUTTE CONTRE LES ACCAPAREURS :

    Robespierre ne voit dans la grande misère et la grande richesse qu’un obstacle à la pure démocratie. C’est pourquoi il souhaitait établir une frugalité générale à la spartiate, établir la véritable égalité, celle des biens.

    Robespierre : « Les dangers intérieurs viennent des bourgeois ; pour vaincre les bourgeois, il faut rallier le peuple. Il faut… que les sans-culottes soient payés et restent dans les villes. Il faut leur procurer des armes, les colérer, les éclairer… ».

    Ce passage est typique de la grandeur et des limites de Robespierre : les maux sociaux sont ressentis comme gênants dans la mesure où ils freinent l’exercice de la pleine citoyenneté.

    Le régime économique de l’An II est caractérisé par la taxation, la réquisition et le rationnement.

    Points à examiner :

    ·  Les biens nationaux ;

    ·  Les taxations ;

    ·  La lutte pour la nourriture.

    La bourgeoisie accapare les biens nationaux. L’achat des biens nationaux fut la grande affaire de la révolution, la préoccupation constante et essentielle d’une fraction importante de la bourgeoisie.

    Beaucoup de bourgeois, qui avaient été Girondins, devinrent Montagnards dès l’instant où ils participèrent à des achats de biens nationaux.

    La vente des biens confisqués au clergé et aux émigrés fut la clé de voûte de tout le système révolutionnaire. Elle permit de financer la révolution et elle lia la bourgeoisie à la révolution. Barère s’écria à la Convention, le 18 mars 1793 : « Vous n’existerez, la république ne sera basée que sur les biens nationaux.

    Fayau, le 13 septembre 1794, constate : « Dans quelles mains sont passés ces domaines ? Dans des mains déjà pleines. Les hommes déjà propriétaires sont devenus acquéreur ; et il ne pouvait en être autrement d’après le mode adopté pour l’aliénation. Les vents à l’enchère éconduisent les sans-culottes, elles ne sont avantageuses qu’aux riches. […) Le malheureux a-t-il trouvé dans l’aliénation des domaines nationaux quelques soulagements à sa situation.  […] Qu’importe à l’indigent laborieux que ce soit le supérieur des Bénédictins ou tel accapareur de son voisinage qui lui commande d’arroser de ses sueurs le champ qu’il lui indiquera ? […] Le mode adopté pour l’aliénation des domaines nationaux est un mode aristocratique. »

    Le mouvement révolutionnaire en 1793 tenta (un moment) de dépasser les limites de la révolution bourgeoise, il alla jusqu’à la suppression de la religion, jusqu’à la suppression de la propriété privée, au maximum, à la confiscation.

    En pleine révolution bourgeoise, les enragés, puis les babouvistes, avaient introduit un embryon de révolution prolétarienne.

    La révolution française doit donc être considérée de deux points de vue :

    ·  Les conditions objectives de l’époque : la révolution bourgeoise ;

    ·  Le mécanisme interne du mouvement révolutionnaire : la révolution permanente et la tentative de dépasser la révolution bourgeoise.

     

    3)  LA PAYSANNERIE ET LA LOI AGRAIRE :

    Les Girondins ne veulent pas payer le concours des bras nus.

    Girondins et Montagnards appartenaient à la même class. Ils étaient les uns et les autres, de zélés défenseurs de la propriété privée.

    Montagnards : ils avaient des manières aristocratiques : Maximilien de Robespierre, de Saint Just de Richebourg, Barère de Vieuzac, Hérault de Seychelles, Danton, Marat, Hébert, Billard de Varenne,…

    Girondins : Brissot, Vergniaud, Roland, Condorcet, Clavière, Barbaroux, Ducos, Bailleul…

    Ils dénoncèrent avec une égale horreur, la « loi agraire », la communauté des biens. Ils avaient la même crainte de la démocratie directe, de l’instruction du peuple souverain en armes dans la vie publique, du fédéralisme populaire, le même attachement à la fiction parlementaire et à la légalité, au centralisme politique. Les uns et les autres étaient des adeptes convaincus du libéralisme économique.

    Le conflit mettait aux prises, non pas deux classes, mais deux fractions d’une même classe :

    ·  Les Girondins et les contre-révolutionnaires à l’intérieur et à l’extérieur ;

    ·  Les Montagnards et les bras nus.

    Le spectre de la loi agraire sera agité dès le mois de septembre, à propos d’un texte de Momoro De la convention nationale (1792). On découvre dans ce texte les germes de conflit qui devait opposer la Commune de Paris à la Convention et finir par la révolution du 31 mai 1793.

    J.P. Rabaut, De l’égalité (1793) : « Le gouvernement démocratique ne peut subsister longtemps avec l’immense inégalité des fortunes. »

    Le député Harmand, de la Meuse, dans un Discours : « Mais comment les institutions sociales peuvent-elles procurer à l’homme cette égalité de fait que la nature lui a refusée sans attenter aux propriétés territoriales et industrielles ? Comment y parvenir sans la loi agraire et sans le partage des fortunes ? »

    Dupont : « L’homme ne tient de la nature qu’un seul droit de propriété, celui du fruit de son travail ; tous les autres sont l’effet de la loi (…). Je pose donc pour second principe que nul individu dans la république ne doit exister sans travailler. »

     

    4)  LE DOUBLE POUVOIR ET LE RENFORCEMENT DU POUVOIR CENTRAL :

    Il y a synchronisation de deux dates :

    ·  Décret sur la liberté des cultes, le 6 décembre ;

    ·  Décret par lequel furent mis définitivement en place les premiers éléments d’un pouvoir central fort, le 4 décembre.

    La loi du 4 décembre : la bourgeoisie nous présente comme l’apogée de la révolution une loi qui, dans certaines de ses dispositions, marque le début de la réaction.

    C’est l’étape de la formation de la monstrueuse machine de l’Etat par laquelle la bourgeoisie va asservir le prolétariat aux siècles suivants.

    Ainsi, un des mobiles de l’évolution qui commence le 4 décembre semble bien avoir été la volonté de la bourgeoisie révolutionnaire de réduire – en attendant de le briser – le pouvoir des masses.

    Ce fut le Comité de Salut public qui, contre les masses populaires, amorça l’évolution qui ; d’étape en étape, devait conduire aux préfets d’Empire.

    Considérant le régime de 1793, il ne faut pas confondre, sous les divers mots de « dictature de salut public », « dictature montagnarde », « dictature jacobine », « gouvernement révolutionnaire », deux sortes de contraintes :

    ·  D’une part, un pouvoir populaire, démocratique, décentralisé, propulsé du bas vers le haut, celui des sans-culottes en armes, groupés dans leurs sections, leurs clubs, leurs communes, exigeant à l’occasion de revers extérieurs le châtiment impitoyable de l’ennemi intérieur ;

    ·  D’autre part, une dictature bourgeoise, autoritaire, centralisée, propulsée du haut vers le bas, et dirigée non seulement contre l’aristocratie, mais aussi et de plus en plus contre les bras nus, contre les organes du pouvoir populaire.

    La tendance vers le premier de ces types de pouvoir se manifeste dès le 10 août 1792 et dans les semaines qui suivent : au lendemain de la chute de Longwy et de Verdun, la Commune insurrectionnelle s’empare d’une partie du pouvoir et elle arrache à la bourgeoisie, ou prend elle-même, des mesures radicales en vue d’écraser la contre-révolution. Les massacres de Septembre marquent l’apogée de cette ébauche de contrainte populaire.

    Mais la bourgeoisie oblige le torrent à rentrer dans son lit, et, par ailleurs, la victoire militaire de l’automne 1792 et du début de 1793, rendent moins nécessaire un régime d’exception.

    La tendance à une contrainte populaire se manifeste à nouveau, en mars-avril 1793, lorsqu’on apprend successivement à Paris, le soulèvement de la Vendée, la trahison de Dumouriez, l’évacuation de la Belgique, l’invasion du territoire national. Les bras nus se soulèvent comme au 10 août, ils exigent que la république frappe vite et fort.

    La bourgeoisie montagnarde craint un instant une explosion du mouvement des masses, le renouvellement des massacres de Septembre, dont elle a conservé un si mauvais souvenir. Elle prend elle-même en main la Terreur. Elle la dirige d’en haut, pour éviter qu’elle ne surgisse d’en bas. Elle crée les rouages d’exception réclamés par les sans-culottes, mais elle les crée sous son contrôle, à son profit ; elle fait servir au renforcement du pouvoir central la pression des bras nus en faveur d’une dictature populaire ; le Comité de Salut public, le tribunal révolutionnaire voient le jour en tant qu’instruments de la domination bourgeoise. Les Girondins comprennent fort bien la différence qu’il y a entre une contrainte populaire, que les Montagnards redoutent autant qu’eux, et la dictature de salut public qui s’instaure. C’est pourquoi ils s’associent au vote des mesures d’exception. Ils en escomptent un renforcement de l’exécutif, dont eux-mêmes, du moins ils l’espèrent, pourront éventuellement tirer profit. C’est ainsi qu’ils essaieront d’utiliser le Tribunal révolutionnaire, peu après sa création, pour faire juger et condamner à mort Marat.

     

    A) LA LUTTE CONTRE LES REPRESENTANTS DES BRAS NUS :

    Fondamentalement conservatrice, la première révolution n’avait ni allégé l’impôt, ni détruit le féodalisme. Elle avait, en revanche, coïncidé avec une paupérisation accrue des masses et un schisme religieux.

    La Convention, au nom de la défense de la révolution, s’engagea de plus en plus dans la voie de l’extrémisme. Autour de Robespierre, certains commençaient à mettre en cause le libéralisme économique.

    Grâce à l’appui ambigu des sans-culottes, les jacobins réussirent à imposer leur dictature.

    Les bras nus se dressaient contre la révolution. Ils protestaient contre une révolution inachevée.

    Les 730 élus de la Convention firent cependant une politique économique favorable à la propriété privée et à la liberté du commerce des grains, hostile aux émeutes de subsistances et aux troubles agraires. Aucun conventionnel, même à l’extrême gauche, ne s’identifia jamais aux aspirations populaires sur ce point.

    La Commune de Paris : les militants parisiens obtinrent le 5 avril, un impôt forcé sur les riches, destiné à financer le pain des pauvres.

     

    A  partir de novembre 1793, Robespierre va se poser sous un aspect nouveau, « en guillotinant l’anarchie ». C’est ainsi qu’il appelait les premiers socialistes, Jacques Roux, etc. Au cœur de Paris même, dans les noires et profondes rues ouvrières (les Arcis, Saint Michel) fermentait le socialisme, une révolution sous la révolution. Robespierre s’alarma, frappa, et se perdit…Dès cette heure, il était perdu.

    Les enragés, les hébertistes et les babouvistes tentèrent de dépasser le cadre de la révolution bourgeoise. De 1789 à 1794, la révolution a progressé par bonds successifs. Ensuite, la bourgeoisie a empêché les sans-culottes de pousser plus loin.

    Fin novembre 1793, puis le 9 thermidor (27 juillet) 1794 sont les points où la révolution atteint son apogée, et où le reflux commence.

    Karl Marx : « La théorie devient une force matérielle lorsqu’elle s’empare des masses. » (Critique de la philosophie du droit de Hegel).

    Karl Marx : « Des idées ne peuvent jamais mener au-delà d’un ancien état du monde, elles ne peuvent jamais que mener au-delà des idées de l’ancien état de choses. Généralement parlant, des idées ne peuvent rien mener à bonne fin. Pour mener à bonne fin des idées, il faut des hommes qui mettent en jeu une force pratique. » (La Sainte Famille)

    Dans les fracas de l’écroulement d’une vieille société, en même temps qu’il faut se battre aux frontières, la contre-révolution est là, partout, avec ses traitres avoués, issus de l’ancien règne des rois et des prêtres, ou cachés en faux révolutionnaires qui ont peur d’être entraînés au-delà de leurs intérêts nés de la révolution.

    Ce qui distingue l’avant-garde des sans-culottes des Robespierristes et des Jacobins, c’est déjà une notion de classe, diffuse, certes, et que pour eux les mesures révolutionnaires ne sont pas de circonstance.

     

    1)  Hébert et les hébertistes :

    Plébéiens : par plébéiens, j’entends des hommes issus du peuple ou proche du peuple, mais déjà élevés au-dessus du peuple, différenciés de celui-ci, et ayant, par conséquent, des intérêts particuliers distincts des siens. Qu’ils fussent d’origine populaire, comme Chaumette et Rossignol, ou qu’ils fussent des bourgeois déclassés comme Hébert et Ronsin, ils n’étaient pas les interprètes directs et authentiques des bras nus.

     

    2)  Les sans culottes

    Jacques Roux, Théophile Leclerc, Jean Varlet. Les représentants principaux du mouvement révolutionnaire populaire.

    Il y a une différence entre les Jacobins (dont Robespierre) et les enragés. L’idéal des enragés n’est pas une société où richesse et pauvreté – avec moins d’écarts – s’équilibreraient harmonieusement. Ils ont bien senti que la richesse, en soi, était contre-révolutionnaire par les pouvoirs économiques et politiques qu’elle réservait à une minorité. Ce qu’ils souhaitent – mais il faut se sortir d’abord de la guerre, de la famine latente – c’est un bien-être en progression.

    Il y a donc des antagonismes entre les « hommes d’Etat », qui avaient à établir les armes à la main, la république bourgeoise, et les enragés qui, alors même que la république bourgeoise n’était pas assurée, tendaient vers une république populaire, sans avoir les moyens, eux, de faire de ce peuple – en immense majorité paysan – la classe dominante. Et ceci, en grande partie, à cause de la puissance de l’Eglise, objectivement alliée à la bourgeoisie possédante.

    Dès avant l’ouverture des Etats généraux, de nombreux auteurs opposent le riche et le pauvre tiers-états et estiment à l’approche des élections, en ce début de 1789, que les pauvres ne seront représentés que par des gens qui sont en opposition d’intérêt avec eux. Ce qui sera effectivement le cas.

    Exemple : le Chevalier de Moret, dans une lettre adressée à Necker en 1789 : « Cette classe du Tiers-Etat de la ville de Paris, dont les individus paient au-dessous de six livres de capitation… la dite-classe est sans contredit la plus nombreuse de la capitale, la plus utile et la plus précieuse à l’Etat. C’est elle en un mot, qui convertissant en or les matières les plus abjectes, est l’âme du commerce, donne l’existence et enrichit l’autre classe du Tiers-Etat. »

    Les enragés, Jacques Roux, Théophile Leclerc, Jean Varlet furent en 1793, les interprètes directs et authentiques du mouvement des masses. Pour Karl Marx, ils furent « les représentants principaux du mouvement révolutionnaire ».

    Avec Gracchus Babeuf, tous quatre pré »sentent un certain nombre de points communs. Ils avaient fait de bonnes études. Jacques Roux appartenait à une famille aisée. Il était fils d’un officier devenu magistrat. S’étant fait prêtre, il avait enseigné la philosophie et la physique expérimentale dans divers séminaires, pour exercer ensuite la fonction d’aumônier dans un château. Leclerc, fils d’un ingénieur des Ponts et Chaussées, avait reçu une certaine instruction. Varlet, commis des postes, appartenait également à une « bonne famille ». Il possédait un revenu annuel de 5800 livres et avait été un brillant élève du collège d’Harcourt. Babeuf, fils d’un officier, et lui-même arpenteur-géomètre et spécialiste du droit féodal, était fort instruit.

    Ils entrevirent que la guerre – la guerre bourgeoise, la guerre pour la suprématie commerciale – aggravent la condition des bras nus ; ils aperçurent la grande escroquerie de l’inflation, source de profils inouïs pour le riche, ruineuse pour le pauvre.

    Jacques Roux, le 25 juin 1793 : « La liberté n’est qu’un vain fantôme, quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un vain fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable. La république n’est qu’un vain fantôme, quand la contre-révolution s’opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. […]. Les riches […], depuis quatre ans, ont profité des avantages de la révolution. L’aristocratie marchande, plus terrible que l’aristocratie nobiliaire et sacerdotale, s’est fait un jeu cruel d’envahir les fortunes individuelles et les trésors de la république. […]. ». « Les biens du clergé et les domaines nationaux ont presque tous passé dans les mains de personnes enrichies du sang de la veuve et de l’orphelin. »

    Ne pouvant sortir du cadre de la propriété privée, les enragés se contentèrent de réclamer des mesures destinées à limiter, et non à supprimer, les effets du système capitaliste alors naissant.

     

    3)  Gracchus Babeuf et le communisme primitif :

    « La révolution française n’est que l’avant-courrière d’une autre révolution, bien plus grande, bien plus solennelle et qui sera la dernière. » (Manifeste des Egaux, 1796).

    La période de la chute des Girondins (31 mai 1793) à l’exécution de Babeuf (27 mai 1797) : c’est au cours de cette période que la lutte de classes entre bourgeois et sans-culottes, première manifestation de la lutte de classes modernes entre bourgeois et prolétaires, fait son apparition.

    Babeuf représente les paysans pauvres. Or, la paysannerie pauvre avait sur la question de la propriété une position plus hardie que la sans-culotterie urbaine.

    Dolivier, curé de Mauchamp, en 1790, voulait conférer la propriété du sol à la communauté : « La terre doit être considérée comme le grand communal de la nature. […] Les nations seules et, par sous-division, les communes, sont véritablement propriétaires de leur terrain. » A chaque individu serait reconnu « son droit de partage au grand communal », mais il ne cultiverait la terre qu’en possession viagère, la propriété du sol restant entre les mains de la communauté ». Babeuf fit sienne cette conception. La loi agraire, telle qu’il la comprenait, « cette loi que redoutent et sentent bien venir les riches », cette loi dans laquelle il voyait « le corollaire de toutes les lois », combinait le partage des terres avec la propriété commune de la terre et son inaliénabilité : collective, la propriété du sol, individuelle son exploitation.

    En 1789, le tiers-état, l’emportant sur l’aristocratie, abolit les privilèges et l’autorité seigneuriale : la déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame que, désormais, tous les Français étaient égaux devant la loi. Mais ceux qui, bientôt prirent le nom de sans-culotte, ne tardèrent pas à constater que l’ordre nouveau, conservant l’inégale répartition des richesses et procurant ainsi à la bourgeoisie la maîtrise politique et économique, ne les délivrait pas de l’assujettissement. Dans ce conflit de classe, Buonarroti et Babeuf embrassèrent la cause populaire.

    Toutefois, aux prises avec les contre-révolutionnaires alliés à l’étranger, une partie de la bourgeoisie, Montagnards et Jacobins, eurent recours aux sans-culottes pour s’emparer du pouvoir, en sorte que la politique du gouvernement révolutionnaire qu’ils formèrent répondit dans une certaine mesure aux vœux de leurs alliés. Sans oublier de rappeler que le Comité de Salut public asura la victoire de la révolution, c’est sur la portée sociale de son œuvre que Buonarroti fixe son attention : non sans raison, il en attribue le mérite à Robespierre et à Saint-Just, et ainsi estime-t-il que le 9 Thermidor interrompit l’évolution démocratique de la république. Sa vénération pour la mémoire de l’Incorruptible est telle que dans ses écrits, il incite à imaginer que les robespierristes furent des communistes avant la lettre, mais il laisse ignorer qu’ils s’associèrent à leurs collègues pour proscrire les enragés et les chefs populaires qu’on a coutume d’appeler hébertistes, en quoi ils contribuèrent en partie à leur propre perte.

    Entre Robespierre et Babeuf, il y a à la fois filiation, mais aussi dépassement.

    Les robespierristes, et d’autres révolutionnaires avant eux, avaient rêvé de multiplier les propriétaires, parce qu’à leurs yeux la propriété garantissait la liberté de l’individu, comme aussi d’ailleurs la paix sociale et la tranquillité de la bourgeoisie. Depuis le 9 Thermidor, Buonarroti et Babeuf estimaient l’échec patent ; au surplus, accroître le nombre des propriétaires ne constituait qu’un palliatif : l’inégalité sociale résultait de l’appropriation individuelle et héréditaire des moyens de production ; le mal, plus profond, ne comportait d’autre remède que leur attribution à la communauté.

    En tant que théoriciens, il s’en faut qu’ils fussent les premiers à la prôner. Au XVIII° siècle, Rousseau, Morelly, Mably, entre autres, en firent l’éloge et o, leur découvre des prédécesseurs jusque dans l’antiquité.

    Depuis 1789, la bourgeoisie redoutait la « loi agraire », expression empruntée à l’histoire romaine au cours de laquelle on partagea plusieurs fois, entre les citoyens et les citoyens pauvres, les terres que la conquête et les confiscations laissaient à la disposition de la république ; bien différente était la loi agraire qu’on dénonçait maintenant : elle aurait partagé les propriétés privées entre tous les citoyens. La Convention avait prononcé la peine capitale contre ceux qui la prêcheraient ; jusqu’en 1848, et plus tard, les socialistes se sont vus de ce chef affublés du surnom de « partageux ».

     

    B) POURQUOI LA CHUTE DE ROBESPIERRE ?

    Le 9 Thermidor ’27 juillet 1794), Robespierre fut renversé et ce jour inaugure une période de réaction qui débouche sur le premier Empire.

    La première république est la lutte de la bourgeoisie et du peuple contre la noblesse. L’Empire est le sacrifice du peuple armé au dehors et la domination de la bourgeoisie au-dedans. La Restauration est la tentative de restauration nobiliaire sous les Bourbons de la branche aînée. 1830 est le triomphe et le règne de la bourgeoisie.

    L’une des raisons de la chute de Robespierre est, par exemple, le Cercle social, organisation fondée pendant les premières années de la révolution de 1789, de 1790 à l’an VIII qui a compté près de 8000 membres. Un des principaux idéologues du Cercle social fur Claude Fauchet qui demandait que la terre fut distribuée en parcelles égales, que la grande propriété fut limitée et que tous les bourgeois fussent mis au travail. Un des chefs du mouvement des enragés, Jacques Roux, alla beaucoup plus loin encore.

    Les milliers d’auditeurs de l’abbé Fauchet, orateur du club radical du Cercle social, apprenaient de lui que tout homme avait droit, pour vivre, à la propriété de la terre.

     

    La Mère de Dieu :

    Catherine Théot, née le 5 mars 1716 à Barenton, décédée le 1° septembre 1794 à la Petite Force à Paris, est une mystique et une visionnaire française, prophétesse autoproclamée de la fin de l’ancien régime et de l’époque de la révolution française.

    En juin 1794, quelques semaines avant sa chute, les ennemis de Robespierre au Comité de sûreté générale, sans doute avec la complicité de certains membres du Comité de salut public, montent grâce à elle « une affaire »destinée à le ridiculiser ainsi que le culte de l’Etre suprême auquel il est associé.

    En 1793, les « enragés », rassemblés autour de Hébert, ont résolu d’en finir avec l’Eglise. Leur porte-parole, Chaumette, un philanthrope, inventeur d’une guillotine à roulettes, qui facilite grandement la besogne des trancheurs, est saisi d’une véritable frénésie anticatholique.

    Dans les cimetières, il fait remplacer les croix par des statues du Sommeil, puisque l’âme ne peut être immortelle, et aux évêques « jureurs », il demande de jeter la mitre, la crosse et l’anneau, et de proclamer : « Tous les titres du charlatanisme sont déposés à la tribune du peuple, nous sommes régénérés ! ».

    Robespierre ne veut pas extirper du cœur des Français le sentiment religieux. Mais il veut qu’ils embrasent une religion nouvelle. Qu’ils remplacent l’adoration de Dieu de l’Eglise par le culte de l’Etre suprême, fondé sur la raison et la fraternité. Le 18 floréal an II, ou 7 mai 1794, il fait voter par la Convention, où nul désormais n’ose le contredire, l’acte de naissance d’une religion dont il sera le grand pontife. Pendant … un peu plus d’un mois ! C’est déjà beaucoup trop pour les partisans de l’athéisme absolu. Certes Hébert vient d’être coupé en deux, mais ses amis, aux Jacobins et même à la Convention, cherchent et s’agitent. Pendant que Robespierre établit avec David, le peintre, et Chénier, le poète, les rites et les cantiques de la nouvelle religion, ils cherchent comment jeter au bas de ses autels cet Etre là, et son pontife.

    Ennemis de Robespierre, Vadier, député montagnard qui exècre tout autant Robespierre que sa divinité, et Barère, surnommé « l’Anacréon de la guillotine », montent de toute pièce l’affaire Catherine Théot, servante, illettrée, catéchèse, la Mère e Dieu.

    La Mère enseigne que l’Incorruptible est le nouveau Messie, l’incarnation de l’Etre suprême, envoyé sur la terre pour faire de la France le Paradis.

    Fête de l’Etre suprême. A la Convention, huit jours après, Barère fait éclater sa bombe : Robespierre était le disciple d’une vieille folle mystique ! C’est Catherine Théot, la Mère de Dieu, qui a inventé l’Etre suprême et qui a persuadé l’Incorruptible qu’il était le nouveau Messie !

    La police trouve chez Catherine Théot une recette pour fabriquer une épée magique qui rend invisible, mais surtout de nombreux brouillons de lettres, toutes adressées à son « cher fils » Robespierre et dans lesquelles elle le gratifie du nom de « Guide des milices célestes » et d’ « ange du Seigneur ».

     

    Eté 1794 : le règne de la Terreur était arrivé et n’importe qui en France pouvait être arrêté la nuit, jugé à midi et guillotiné à quatre heures, sans même avoir pu ouvrir la bouche. Les députés n’osaient plus coucher dans leur lit ; se glissaient dans les immeubles à deux étages, pour dépister les espions. Barras, dans ses Mémoires, raconte qu’un député, ivre de fatigue, se tenait à sa place, le front appuyé sur sa main. Soudain, on le voit bondir sur son siège, comme piqué par un scorpion. Simplement parce que Robespierre l’a dévisagé. Tremblant, décomposé, il se tourne vers un de ses collègues et balbutie : « Il va se figurer que je pense à quelque chose ! ».

     

    La victoire de Fleurus, le 26 juin, rendait la Terreur moins indispensable comme moyen gouvernemental d’exception.

    Robespierre songe à épurer quelques députés, dont Fouché, qu’il fit chasser des jacobins, et qui commença à conspirer contre lui.

    La Plaine, en échange de son appui, demande la fin de l apolitique de répression.

    Des divisions étaient intervenues au sein de l’équipe dirigeante, division au sein du Comité de salut public entre :

    ·  Les administratifs : Lindet, Carnot, Prieur de la Côte d’Or ;

    ·  Les idéologues : Robespierre, Couthon, Saint-Just.

    La dictature jacobine était devenue largement indépendante du mouvement populaire qui avait contribué à son établissement.

    Pendant une certaine période, de 1789 à novembre 1793, Robespierre a su jouer un rôle de médiateur entre bourgeois et bras nus, qui l’a porté et en a fait une personnalité de pointe de la révolution française.

    Mais quand il a fallu choisir son camp, il a rompu avec les enragés et les sans-culottes, se tournant contre les intérêts de ceux-ci. Il n’avait donc plus le soutien de cette partie du tiers-état.

    Cependant, il allait trop loin par rapport aux intérêts immédiats de la classe bourgeoise, et son rôle antérieur inspirait la peur à beaucoup. En conséquence, il avait joué son rôle historique, et la bourgeoisie n’avait plus besoin de lui. Il pouvait donc disparaître, assumant les excès de la Terreur.

    Aujourd’hui, la bourgeoisie règle les antagonismes en son sein, de manière pacifique, en ayant recours à la voie parlementaire et aux élections, pour choisir la fraction chargée temporairement de défendre ses intérêts au gouvernement.

    Pendant la révolution, ce choix était fait en ayant recours à la guillotine !

    Contre Jean-Jacques Rousseau qui la tenait pour nécessaire, Robespierre a combattu la peine de mort en matière pénale. A l’opposé des théoriciens de la démocratie politique qui la jugeait irréalisable dans un grand Etat, il a admis la possibilité d’une démocratie (en partie) représentative.

    Hostile à la loi agraire des partageux, il n’hésita pas cependant à désacraliser la propriété privée au profit d’un solidarisme social, aussi éloigné de l’utopie communautariste d’un Morelly que du dogme libéral des Girondins, lequel faisait la part belle aux riches et aux puissants. Selon le mot de Jaurès, la révolution était indissociablement bourgeoise et populaire.

     

    CONCLUSION :

    « Vive le Tiers Etat ! ». Le cri est aussi bien lancé par le bourgeois aisé, lecteur de Sieyès, que par le sans-culotte. Ce cri n’a certes pas le même contenu d’une bouche à l’autre.

    Bonaparte pourra dire : « La Révolution est close, ses principes sont fixés dans ma personne. »

    En la personne de Napoléon, la bourgeoisie libérale trouva encore une fois dressée contre elle la terreur ; sous les traits des Bourbons, de la restauration, elle trouva encore une fois en face d’elle la contre-révolution. C’est en 1830 qu’elle finit par réaliser ses désirs de 1789.

    Le monde créé par la révolution française est celui dépeint par Balzac, dans sa Comédie humaine.

    La révolution de 1789 est le passage d’un monde ancien, marqué par la domination de l’agriculture, à celui de la « révolution industrielle ».

    La révolution n’est pas terminée. Elle hante les esprits des hommes qui, ou bien l’exècrent (l’abbé Berruel), ou bien l’admirent.

    Créer un musée à Arras, afin d’honorer l’enfant du pays qu’est Maximilien de Robespierre, ce serait une excellente chose ; mais encore faudra-t-il exposer de façon scientifique, le double aspect du personnage :

    ·  Un bourgeois révolutionnaire qui, de 1789 à 1793, a contribué à détruire le féodalisme et à instaurer un régime bourgeois ;

    ·  Le réactionnaire qui, de novembre 1793 à sa mort en 1794, a contribué à maintenir en servitude les classes laborieuses, bras nus hier, ouvriers et paysans aujourd’hui ?

    Il est à noter que chaque république bourgeoise repose sur une défaite du peuple :

    ·    I° république : mort de Gracchus Babeuf, suivie du Directoire et de Napoléon I°

    ·    II° république : révolution de 1848, suivie de Napoléon III

    ·    III° république : la Commune

    ·    IV° république : la résistance communiste désarmée

    ·    V° république : la guerre d’Algérie, et de Gaulle.

    A chaque fois la bourgeoisie a bénéficié de la complicité ardente de la social-démocratie et du révisionnisme : II° Internationale et Jaurès, pour la boucherie de 14-18, Thorez et Duclos, puis Mitterrand et Marchais.

     

     

     

    ANNEXE 1 : « Eloge de la Rose »

     

     

     

     

     

     

     

     

    ANNEXE 2 : « Dédicace à Jean-Jacques Rousseau »

     

    « Robespierre Blanche Robespierre Noire »
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