(Partie 3) Moi, résidente en maison de retraite, anciennement femme de ménage, centenaire et en fin de vie, je témoigne des maltraitances dans les maisons de retraite, y compris dans les établissements gérés sous statut associatif !
Si donc du côté des résidents, c'est la pauvreté psychologique, culturelle, sexuelle, etc. , du côté de la direction, que ce soit une maison de retraite soumise au droit privé, associatif ou au droit public, c'est bien l'organisation du vol des économies (et des héritages éventuels des résidents et de leurs familles. Tout est au service des actionnaires capitalistes et des notables locaux , en organisant une vie de chien pour les personnes âgées .
Bien évidemment, le personnel qui accompagne les personnes âgées (soignants, infirmiers, aide-ménagères, cuisiniers, etc.) est tout à fait étranger à ce système et il en serait même plutôt lui-même l'une des victimes.
Il est certains que le personnel des maisons de retraite et les résidents ont tout à fait le même intérêt : celui d'un changement de fond en comble de la manière de gérer les personnes âgées et en particulier les personnes handicapées et dépendantes.
Sans doute, il y a une minorité du personnel qui fait subir aux résidents des événements plus ou moins traumatisants , les traitant de façon infantile, et parfois allant jusqu'au coups , de manière sadique. Mais ce n 'est pas le cas général.
Le personnel est pris entre le marteau et l’enclume : il fait avec les moyens qu'on lui donne. Les statistiques , jamais rendues publiques, établissent que, en moyenne, par jour, on s'occupe au maximum une heure d'une personne âgées, et dans cette heure, on comprend le réveil , la douche quand il y a , l’habillement,
L'élément dont je veux témoigner, et non le moindre, c'est le coût total d'hébergement d'une personne comme moi dans un EHPAD.
Le coût total s'établit à 3831,54 € par mois. Sur ce total il y a diverses déductions, dont :
-Pour la Dépendance GIR 2 couverte par l'APA versée par le département de la Moselle : 450,00 €
Le ticket modérateur de dépendance de 165,90 €
La déduction forfaitaire soin 2 versée par la CPAM de 948,60 €
La déduction APL de 124,00 €
Soit des déductions (aides publiques) de 1688,50 €.
Le montant total de la facture s'élevant à 3831,54 €, il reste à ma charge un montant de 2143,04 €.
En matière de recettes, je cumule les retraites de mon époux (décédé en 1973), ouvrier, et de moi-même (aide-ménagère) de 1195,07 €.
La différence entre ce que coûte mon hébergement dans une simple chambre d'hébergement et mes revenus mensuels – ces données concernent le mois de juin 2021), est donc de 977,97 €. A la charge des économies du résident, ou de la famille. Une vraie rapine organisée.
Je rappelle que, selon les statistiques nationales, le coût des repas par personne hébergée est de 5 € par jour en moyenne. Pour ce prix là, soit 150 € par mois, vous comprenez bien que la qualité nutritive de nos repas n'a rien à voir avec les repas de nos soi-disant « représentants » politiques dans les divers palais, nationaux ou locaux de la république bourgeoise.
De plus, selon ces mêmes statistiques nationales, le personnel des résidences s'occupe en moyenne une heure par jour de chaque résident. Vous comprenez bien que , pendant une heure, il est difficile de s'occuper du coucher, du lever, de la douche quotidienne, des activités diverses de chaque résident.
Voilà donc déjà quelques éléments de réflexion : Chaque mois, un résident moyen comme mois est obligé de verser de l'ordre de 1000 € à partir des économies réalisées au cours de toute une vie de labeur. Ou alors cela est réclamé à la famille. En somme, c'est le principe du ruissellement vers le haut pour les vieux Français, depuis la poche des classes laborieuses et des classes moyennes dans la poche des très riches.
Mais ni les résidents, ni leurs familles ne sont informées du coût précis et exact de leur hébergement.
Comme cet hébergement est affecté à des entreprises privées, qui cherchent à rémunérer des actionnaires et des partenaires, comme les notables , on peut considérer cela comme du vol, et même du vol d'argent public et de biens communs.
Comme vous pourrez le constater les dépenses des centres d'hébergement de personnes âgées (ou « maisons de retraite »), sont largement minorées (achat de conserves diverses et d'aliments à bas prix, embauche de personnel sous-payé et insuffisant, etc. ). Il suffit parfois de jeter un œil discret sur les poubelles à l'entrée des établissements. Ceci afin de grassement rémunérer divers investisseurs, déjà très fortunés par ailleurs (les « très riches », ou bourgeois), qui n'ont pas besoin de cet argent supplémentaire.
Ainsi, on peut voir diverses publicités relatives à un investissement privé dans les résidences pour personnes âgées, avec un rendement pouvant aller à 8 % et plus de l'apport en investissement, publicités qui se trouvent entre d'autres publicités d'investissement, comme pour la Française des Jeux, ou des parkings pour voitures.
Les membres âgés de la classe moyenne, de plus en plus clients potentiels des maisons de retraite sont peu habitués à la maltraitance et aux humiliations diverses : Les mots de « maison de retraite » leur font peur. Ils sont traumatisés par la souffrance et le désarroi. Parqués dans un coin du réfectoire, ou devant une télévision, les soignants qui leur parlent comme à des enfants : « On n'a pas fini son assiette aujourd'hui, c'est pas bien ça ! » La seule animation ,c'est le jeu de loto. Dans le réfectoire, personne ne parle, tout le monde est assoupi. Certains résidents ne sortent de leur chambre, parfois de leur lit que pour aller manger. Des moments gênants où l'aide soignant vous accompagne aux toilettes et vous aide à vous essuyer. C'est comme vivre dans un hôpital ou une prison jusqu'à ce que la mort vous emporte. Tout est fait pour dépérir. Avec une odeur de désinfectant un peu partout. Ces personnes ont bien du mal à vivre une condition de vie qui ressemble à une prison, avec , comme dans une prison la possibilité de cantiner, ou encore la nécessité de négocier une heure de « parloir ».On peut aussi cantiner comme dans les prisons, c'est-à-dire améliorer l'ordinaire, par l'apport , par la famille, de diverses denrées, ou des objets d'entretien, ce que les personnes issues des classes moyennes peuvent encore faire. Supprimer le « parloir », c'est-à-dire la rencontre avec la famille peut être une mesure punitive, non motivée. Et pourtant, voici que d'anciens commerçants de la ville de Metz apparaissent dans les rangs des résidents de la maison de retraite. Et par la presse , on apprend que d'autres membres de la classe moyenne, journalistes, petits entrepreneurs locaux, même des parents d'acteurs du show-biz, deviennent les proies de la razzia par des capitalistes indélicats, qui mettent la main sur les économies de ces personnes dépendantes, et leur font subir des maltraitance, avant de les laisser mourir dans des conditions indignes et indécentes. De plus en plus de personnes, y compris au sein des classes moyennes sont happées par la déclassification et la paupérisation , et celles-ci deviennent donc des clients de choix des EHPAD, avec vol des économies des résidents et de leurs familles.
Ainsi, on ,ne peut s'habituer à voir une personne âgée, déambuler dans le réfectoire, avec un déambulateur, portant une couche bien visible, sous le pantalon, mais néanmoins avec le pantalon maculé d'urine. Cette personne allait presque à chaque heure, avec son déambulateur, aux toilettes, à pas lents, prise d'une envie irrépressible d'uriner. Pourtant, du point de vue médical, des traitements sont possibles ! Personne décédée depuis …
Par contre, il convient de ne pas sous-estimer la résistance du peuple laborieux à la souffrance et à l'humiliation. On oublie un peu vite que les personnes qui vont entrer actuellement dans les maisons de retraite, sont les baby-boomers qui ont déclenché ou participé à Mai 1968 . Les anciens ont gardé toute leur virulence de jeunesse.
La forte mortalité dans les établissements pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) pendant la pandémie de la COVID-19 a été aggravée par le manque de personnel et les conditions de travail, ainsi que les conditions de séjour des résidents. A voir s'il y aura une réelle enquête à la fois administrative et judiciaire autrement plus sérieuse que celle qui a suivie la période de chaleur et la canicule de l'année 2003, notamment auprès des familles, ainsi que des préconisations à mettre en œuvre pour améliorer la situation à venir.
Pour 600 000 personnes résidant dans 7000 établissement EHPAD, près de 34 000 sont décédées du fait de la pandémie entre mars 2020 et mars 2021. Cela ne résulte pas seulement de la fragilité des résidents, mais estime la Cour des Comptes dans un rapport de février 2022, également de difficultés structurelles liées à ces établissements. Les médecins représentent moins de 1 % des 377 000 équivalents temps plein que comptent les EHPAD, soit en moyenne , un seul médecin pour environ 600 résidents, déjà fragilisés par ailleurs. Sans compter, en raison des conditions de travail imposées sans vergogne, un taux d'abstention du personnel de 20 %, ainsi que des bâtiments inadaptés. Ainsi , la maison où je réside est fort ancienne, et voilà déjà cinq ans qu'il y a un projet en cours de reconstruction d'un nouveau bâtiment, qui semble-t-il , manque de financement. Voilà ce qu'en dit la presse locale : « C’est le groupe Avec (anciennement DocteGestio) qui a la paternité de ce projet. En 2017, il avait acquis le terrain du Sansonnet, c’était avant la crise sanitaire. Et ce n’est pas un virus, en l’espèce, qui a ralenti le projet mais un manque de financements. »
A noter également dans ma maison de retraite, l'absence d'une réponse adéquate au désir de spiritualité de certains résidents. S'il y a bien une salle qui sert de lieu de prière, en raison de la crise des vocations de prêtres, une est dite une fois par mois, au lieu d'une fois par semaine. Ceci pose également un problème quant à l'absence de respect du principe de laïcité dans les EHPAD. En effet, si l'on trouve parfois, dans l'enceinte des maisons de retraite, des églises, par contre, il n'y a pas d'autres lieux pour d'autres cultes, ou des lieux de spiritualité. L'une des raisons à cela est l'absence délibérée parmi les résidents de personnes issues des classes laborieuses des quartiers populaires de Metz, parfois de confession musulmane, bouddhiste ou autres (originaires d'Afrique du Nord, ou d'Afrique Noire, de Turquie, etc.). Par ailleurs, s'il y a à Metz, une maison de retraite confessionnelle, un « Home israélite » , à proximité de la synagogue, je peux témoigner par la présence d'amies du quartier dans celui-ci, que le traitement réservé aux résidents est quasiment le même que celui de ma propre maison de retraite. Espérons l'application des principes et la fin de la ségrégation entre Français de souche et Français immigrés et l'instauration d'une réelle égalité entre hommes et femmes, qu'ils soient blancs gaulois ou d'origine immigrée et de couleur, riches ou pauvres.
Les résidents des EHPAD étant considérés comme des choses, voilà longtemps qu'ils ne sont plus des citoyens à part entière. Même les principes de la démocratie bourgeoise ne sont plus appliqués par la classe bourgeoise (élections, suffrage universel, informations politiques, etc.). Aucun effort n'est fait pour faire participer les personnes âgées aux diverses échéances électorales.
Voilà de nombreuses années que les résidents des maisons de retraite sont tenus à l'écart du suffrage universel ; ils ne comptent pour rien dans la vie politique et sociale. Alors que lors des diverses échéances électorales, il suffirait d'un bureau de vote ambulant, dans un autobus , par exemple, comportant un représentant de chaque candidat pour empêcher les fraudes. Cet autobus pourrait sillonner les rues pour s'arrêter devant tous les lieux où des personnes sont confinées (maisons de retraite, prisons, hôpitaux,...) afin de permettre aux personnes qui ne peuvent pas se déplacer de participer aux divers votes !
Enfin , je voudrais insister sur la pire de toutes les humiliations, et le summum de la maltraitance, réservées aux personnes âgées, c'est le fait d'obliger à porter les « grenouillères de la république bourgeoise » . De quoi s'agit-il ? C'est une sorte de camisole de force que je suis obligée de porter depuis un an jour et nuit.
Pourquoi une grenouillère ? Pour les personnes âgées, ou à mobilité réduite, la grenouillère est un vêtement que l'on enfile, et dont l'achat est facturé à la famille. Ce vêtement est muni d'une fermeture à glissière, qui se trouve dans le dos, jusqu'à l'entrejambe, afin de faciliter les gestes d'habillage et les soins quotidiens, en limitant les manipulations.
Mon fils s'est opposé à ce que je porte une grenouillère. Il a rencontré les responsables de la maison de retraite, en exposant tous le éléments qui allaient à l'encontre d'une telle torture qui m'est infligée. En effet, j'ai l'habitude de porter une culotte et une chemisette, alors que cette grenouillère se porte sur la peau au-dessus de la couche. Jusque là j'avais aussi l'habitude d'aller seule aux toilettes, mais là cela devient impossible, car la grenouillère s'ouvre dans le dos. C'est une ultime dépossession du corps, et une façon de faire en sorte que la personne baigne dans les odeurs des excréments et de l'urine, perdant toute humanité.
Les arguties pour obliger à porter cette grenouillère, sortes de camisole de force, est d'affirmer à mon fils que je me dénude devant les autres résidents, en arrachant ma couche. Mais la vraie raison est d'économiser encore le temps consacré à mon entretien et au changement des couches. Cette façon de lutter contre la dignité humaine se retrouve , par exemple, dans les entreprises, où les capitalistes , pour ne pas perdre de temps, car « le temps, c'est de l'argent », obligent les employés à porter des couches, pour faire leurs gros et petits besoins, et éviter ainsi de consacrer du temps aux toilettes. C'est une véritable dépossession de mon corps. L'une des conséquences est de tenir à l'écart du peu d'activités sociales existant dans un tel environnement . Heureusement que les jours de visite, mon fils change la couche polluée ! C'est une volonté méchante de faire dépérir encore plus vite les personnes dépendantes.
Ma retraite est de 1000 € environ par mois, alors que le coût mensuel de l 'EHPAD est de 2200 € à la charge de la famille. Dernière humiliation subie , et atteinte à ma dignité, les derniers temps de vie, je suis obligée de porter une grenouillère : instrument moyenâgeux, une grenouillère est une sorte de seconde peau, qui enferme le corps , et le rend prisonnier, obligeant à garder une couche imbibée d'urine et d'excréments, pendant une longue durée , entre deux changes de la couche. Ceci par manque de personnel : le ratio de personnel prôné par les professionnels est de huit encadrants pour dix résidents ! Cet élément détermine bien la situation d'esclavage : malgré les protestations, la classe bourgeoise applique des mesures iniques pour favoriser les profits, au détriment de la dignité des êtres humains. A noter que, jusqu'à aujourd’hui, la fraction la plus aisée de la bourgeoisie moyenne a toujours refusée de loger et de mourir dans une maison de retraite, préférant , et de loin, demeurer dans leurs luxueux appartements, et y mourir. C'est une possibilité que les gouvernants bourgeois offrent de moins en moins ; bien évidemment la fraction supérieure des grands bourgeois très riches, là aussi , vit dans un monde parallèle : les personnes âgées sont entourées d'une large domesticité, parfois même de personne médical, jusqu'à la fin de leur vie !
Le mardi 24 janvier 2023, à 14 heures 50, lors d'une visite de mon fils, celui-ci me découvre en pleurs, dans le réfectoire de la maison de retraite, entourée de trois aides-soignantes qui tentent en vain de me consoler. Chaudes larmes. C'est dur de voir sa mère pleurer. Un crève-cœur. Je dis à mon fils : « Je suis perdu ! Personne ne s'occupe de moi ! » J' avais tout simplement envie de faire le gros besoin. Mais rendue prisonnière dans la grenouillère, il m' était impossible de me présenter seule sur la cuvette des toilettes. Obligé de me changer, fortement polluée par le pipi et le caca, dans sa chambre, mon fils me change , refusant de me remettre une grenouillère, et me mettant une petite chemise et un slip, vêtements que j'ai toujours portés ! Un retour, pour un court instant , dans le monde des vivants !
Voilà les conditions de vie des résidents dans des maisons de retraire sous statut associatif, et voilà donc ce que de plus en plus de personnes dépendants vont vivre dans l'avenir, si elles ne se révoltent pas aux côtés de leurs familles. Cette déshumanisation va également gangrener les divers personnels de ces établissement, empêchés par le système de faire un travail intelligent et dignement rémunéré.
Vous trouverez des éléments d'information complémentaire également sur deux sites Facebook :
-Mon site personnel, sous le pseudonyme de Thérèse Ditz : https://www.facebook.com/therese.ditz/
-Le site de l'AMAPA, sous le nom de AVEC Mon EHPAD: https://www.facebook.com/residences.avec/.
Ainsi que sur l'encyclopédie Wikipédia à propos du groupe Doctegestio :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Avec_(Groupe)
et le site du Républicain Lorrain :