(Partie 2) Moi, résidente en maison de retraite, anciennement femme de ménage, centenaire et en fin de vie, je témoigne des maltraitances dans les maisons de retraite, y compris dans les établissements gérés sous statut associatif !
Pour être précis, les relations entre résidents et personnel divers , sont plutôt bonnes. Le personnel, dans la mesure des moyens qu'on lui donne, est plutôt dévoué. Seule une minorité de personnes sont malhonnêtes. Et l'on peut dire, d'ores et déjà, que cela tient à l'absence de contrôle de la part des encadrants eux-mêmes, qui préfèrent souvent fermer les yeux.
Ainsi, dans la résidence où je suis , il y a souvent des vols. Les règles d''hygiène ne sont pas toujours respectées et suivies. Souvent, lorsque l'on en fait la remarque, la réponse conventionnelle toute trouvée est de dire : « Cela dépend des équipes en place ! ».
Ainsi l'association où je suis résidente, s'occupe également d'aide à domicile. Et j'ai pu constater par expérience, que, les personnes âgées étant très vulnérables, et faisant souvent confiance « en aveugle », celles -ci sont victimes de vols et d'escroqueries divers (faire payer de la main à la main des prestations déjà payées à l'association par la famille, de façon double à l'agent d'entretien, comme les promenades, garder par devers soi de l'argent liquide destiné à faire les courses, etc.) . Si les familles ne sont pas vigilantes, ces pratiques peuvent durer des mois. Lorsqu'elles sont découvertes, les responsables de l'association préfèrent étouffer l'affaire et licencier les personnes indélicates en cause. Mais la très grande majorité du personnel est composé de personnes foncièrement honnêtes.
Voilà déjà une première indication de l'état d'esprit à la fois des résidents et de leurs familles lorsqu'une personne dépendante est plongée brusquement dans le milieu d'une maison de retraite. Celle-ci passe d'un milieu qui lui est connu et familier, où parfois elle vit seule, dans une grande solitude, mais avec des habitudes bien ancrée, et elle atterrit brusquement dans une collectivité, au milieu d'inconnus, avec d'autres habitudes, et souvent une grande
promiscuité, en tout cas la suppression de toute intimité, tant en ce qui concerne sa toilette, ses repas, et toutes ses heures passées dans le réfectoire. Ce qui ne veut sûrement pas dire qu'il y a le retour d'une richesse des relations sociales et humaines. Et pour la famille, elle qui ne pouvait plus s'occuper d'un père ou d'une mère , d'un grand-père ou d'une grand-mère, devenus impotents, c'est une source d'un sentiment de culpabilité, qui interdit presque tout sentiment de révolte face à des conditions parfois inacceptables. De cette rupture, de ce passage d'un foyer familier à une résidence où tout est nouveau et étranger, sans préparation aucune, résulte un sentiment d'abandon et de culpabilité qui fragilise et conduit souvent à détériorer une situation déjà fragile. Combien de fois n'a-t-on pas entendu parler d'une personne âgée, ainsi transplantée, dont l'état physique et mentale dégénère, passant à une vie végétative, puis à la mort en quelques mois. On dit parfois que telle personne, pourtant coquette en entrant, ne met plus ses bijoux, ne se farde plus, ne mange plus, ou bien « se laisse aller », « se laisse mourir ».
Mais il convient aussi de donner quelques indications sur d'autres interlocuteurs importants pour les personne de santé fragile. Et d’abord bien sûr , sur le personnel médical, qui compte en premier lieu, le médecin de famille.
Mon médecin de famille, appelons-le Jacadi, voulait, dès 2013 déjà, me « placer » en maison de retraite. « J'y serais bien » disait-il. Je lui répondais chaque fois qu'il enchaînait sur ce point : « La maison de retraite, c'est pas la fête ». C'est dire que , dans les discussions que l'on pouvait avoir entre personnes âgées, aller en maison de retraite, ce n'était pas un brillant avenir, mais une mort lente assurée. D’autant plus que l'on connaît tous des personnes plutôt aisées, de la classe moyenne, pour celles qui ont encore les moyens, elles font tout ce qui est possible pour rester à la maison, où trouver des solutions alternatives, autres que les sinistres maisons de retraite. Mais, lorsqu'il ne devenait plus possible de me maintenir à domicile, entourée de personnel aidant, et que ma famille, devant travailler et ne pouvant pas s'occuper de moi vingt-quatre heures sur vingt quatre, j’ai dû me résoudre à abandonner mon foyer pour m'installer dans une « cellule » de la maison de retraite de la Grange aux Bois, à Metz.
D 'abord, donnons quelques considérations générales sur la médecine, en France, en ce début du XXI° siècle. Sans aucun doute, la médecine a fait de considérables progrès, contribuant à allonger la durée de la vie. C'est son aspect positif. Mais c'est aussi une médecine qui se développe dans un contexte bourgeois et capitaliste : c'est dire que son moteur essentiel, c'est l'argent. Et cela touche tous les domaines, depuis la fabrication des médicaments – ne dit-on pas que les laboratoires pharmaceutiques sont parmi les entreprises les plus corrompues et les plus lucratives, les deux étant sans douté liées – jusqu'à la distribution des médicaments par les pharmaciens – si vous connaissez un pharmacien qui ne paie pas l'impôt sur la fortune, c'est que c'est soit un jeune pharmacien, qui vient de s'installer, ou un pharmacien qui n'a pas un bon profil marketing – en passant par toutes les professions paramédicales (marchands de lunettes, d'appareils auditifs, de masseurs, etc) . Mais il est évident qu'il y a aussi le prolétariat de la médecine, les « petites – mains », infirmiers, aides-soignants dans les hôpitaux, secrétaires médicales, préparateurs en pharmacie, enfin tous les salariés , dans les hôpitaux et ailleurs, sous payés, corvéables à merci, au service des grands « mandarins ». Les personnes âgées, particulièrement exploitables par cette engeance , en connaissent un rayon.
Ainsi, sur le tard, ayant des problèmes auditif, je me suis rendu chez un spécialiste ORL pour me faire poser éventuellement un appareil auditif ; je me suis fait répondre par ce spécialiste, sans doute un grand défenseur de la sécurité sociale, mais surtout connu pour être un grand militant du Rassemblement pour la République : « Vous n'avez qu'à lire sur les lèvres ! ».
La présente crise de la COVID-19 a démontré , s'il en est besoin, la compromission des hautes sphères de la médecine avec les puissances d'argent. Ne dit-on pas que le meilleur représentant du laboratoire PFIZER n'est autre que le président de la république ?
On classe souvent les maisons de retraite qui entrent dans la catégorie des EHPAD en trois types : les entreprises privées, du genre ORPEA et KORIAN. Ce qui prime ici, entre les actionnaires, le personnel, et les résidents, ce sont évidemment les bénéfices versés aux actionnaires, ceci aux dépens du nombre de personnel nécessaire, du salaire équitable de ceux-ci, et surtout de la qualité des services, tant d'hôtellerie que de santé ,donnés aux résidents. Puis , deuxième type, les entreprises publiques. Et enfin, les établissements qui relèvent du monde associatif.
Le suivi des établissements est assuré par les services des Agences Régionales de Santé (ou ARS). Voici quelles sont les missions des ARS : Les agences régionales de santé sont chargées du pilotage régional du système de santé. Elles définissent et mettent en œuvre la politique de santé en région, au plus près des besoins de la population. Mais soit par manque de personnel, soit par désintérêt, à ma connaissance, il n'a jamais été vu la moindre présence de cet organisme qui devrait exercer un pouvoir de tutelle sur les maisons de retraite. En tout cas s'il y a des rapports pour décrire la réalité de ces établissements, ils ne sont suivis d'aucune prérogatives et d'aucune réalisation pratique. Par ailleurs, vu le montant des fonds publics versés , soit aux maisons de retraites, soit aux résidents, il devrait y avoir également un contrôle exercé par l’État, ainsi que les conseils départementaux, et sinon, les services sociaux des communes d'implantations de ces établissements. Mais là aussi le vide sidéral de tout contrôle. Pour tout dire, il y a même l'absence de tout contrôle par les structures elles-mêmes sur leur personnel, tant dans l'accompagnement au domicile, que dans les résidences de personnes âgées. Des médecins , et toutes les personnes des secteurs paramédicaux (dentistes, kinésithérapeutes, etc.) sont censés suivre chaque personne âgée : interviennent-elles tant soit peu sur les conditions de vie imposées aux résidents et au petit personnel des maisons de retraite ? Nullement. Et les syndicats ? Grands absents. Il y a bien diverses commissions au sein des établissements , comprenant des représentants des différents corps de métier présents sur le terrain, y compris la direction, et des représentants du personnel et des résidents, ou de leurs familles, mais tous ces postes sont squattés par des affidés de la direction et sont bouche bée sur tout ce qui se passe : c'est le silence absolu, et la défense de parler.
Cependant, étant résident d'un établissement géré par une association, je peux apporter des précisions sur le type de gestion ainsi assuré. Que nenni, ce n'est guère mieux que les établissement gérés par le capital privé. Il y a un système de gestion mis en place qui vise, c'est triste à constater, uniquement à surexploiter les personnes âgées et leurs familles, et à exploiter le personnel.
Voici par exemple, ce qui se passe à Metz, et sans doute dans tout le département de la Moselle. Je donne d'abord le portrait-robot d'un responsable , président d'une association de gestion de maisons de retraite, et ce n'est pas du tout fictif. Le président de ces établissements a différentes casquettes ; C'est d'abord un médecin, le bon docteur Jacadi. Puis c'est un élu politique, cumulard de chez cumulard : non seulement député, mais aussi conseiller départemental et conseiller municipal. Il peut être responsable du secteur santé (Centre Communal d'Action Social, CCAS ou autre) d'une commune. Lorsque la réglementation a interdit le cumul excessif des fonctions élues, rien ne l'a empêché de faire endosser certains de ces postes lucratifs, payés par les contribuables, par son épouse, ou un autre membre de sa famille. Et pour pimenter le tout, c'est aussi un grand ponte du Rassemblement pour la République (RPR) devenu Les Républicains (LR). Y compris, pour se couvrir un peu plus, un éminent notable, membre des loges francs-maçonnes locales. Voilà donc que l'unité est faite au sein de la dispersion de tous les organismes chargés de contrôler les maisons de retraite, au niveau d'une seule et même personne, par les différents fonctions qu'il occupe : représentation nationale, département, commune, médecine, etc. Le « bon docteur Jacadi » est le pivot de tout un système . La couleur politique n'y change rien : les mêmes mœurs de l'entre-soi vont de la droite à la « gauche », Parti dit « Communiste » inclus. L'extrême droite est en marge, sans aucun doute parce qu'elle n' a pas pu accéder à ce jour à cette galette. La preuve en est que la commune de Metz, de droite de 1971 à 2008, est passée à « gauche », de 2008 à 2020, pour repasser à droite en 2020.
Chacun connaît les pratiques corrompues des partis politiques. Ainsi, en Moselle, le président de l'association qui gère les maisons de retraite a été mis en cause au niveau judiciaire, pour l'embauche de personnes gérant soit sa carrière personnelle, soit comme colleurs d'affiches lors des campagnes électorales (Emplois fictifs, utilisation des moyens comme le secrétariat,les photocopies pour mener campagne électorale). C'est donc autant de personnels non affectés pour s'occuper des personnes âgées, mais personnes rémunérées par les fonds publics ou par les fonds versés par les résidents ou leurs familles. On sait que c'est le cas de nombreuses autres associations ou entreprises diverses, dite para-municipales, ou départementales, comme les établissements qui gèrent des Habitations à Loyers Modérés. Ainsi de nombreuses associations dites para municipales sont utilisées par les élus de toutes obédiences pour placer des militants politiques et utiliser les moyens de ces associations à des buts personnels ou partidaires.
Faire en sorte que le système soit perçu comme une machine anonyme, quelque chose de nécessaire, et ainsi dédouaner les vrais responsables que sont les élus, depuis la représentation nationale jusqu'aux élus de la base, voilà quelque chose qui est mis en place. Il est entretenu une confusion administrative, où tout est camouflé, souterrain, de sorte que cela apparaisse comme un mal nécessaire, irréformable. Mais quelques « élus » et notables savent bien vivre sur cette « bête ». Mais le jeu mené dans ces organismes est de plus en plus apparent et discrédité, et voilà pourquoi il n'est pas étonnant que ces élus soient de plus en plus pris à partie et parfois de façon violente, car il s'agit vraiment de truands « aux cols blancs », mais aux mains sales.
Chaque fois qu'un scandale éclate (sang contaminé, morts excessive dans les EHPAD, publication d'un plaidoyer, comme « Les Fossoyeurs »), les élus font semblant de découvrir le problème. Ou alors ils minimisent le problème en le circonscrivant à un établissement particulier. Mais surtout , il ne faut pas mettre au grand jour le système en son entier : ce serait la fin de leur « commerce » lucratif et inhumain. Alors, ils s'insurgent, créent des commissions d'études, et font en sorte de faire retomber le soufflé. « Circulez, il n'y a rien à voir ». Et le système peut poursuivre sa marche inexorable.
Ainsi, il est normal qu'il y ait une justice qui s'applique à tous ces élus, notamment aux maires de la ville de Metz. Mais bien entendu, quand il y a un recours juridique la justice bourgeoise est purement formelle, rien à voir avec une justice populaire, qui irait au fond des choses.
Peut-être tous ces élus, maintenant très âgés , parfois dépendants et utilisant des déambulateurs et des fauteuils roulants, voudront-ils libérer leurs consciences avant de mourir, et alléger leurs bagages pour passer dans l'au-delà. ? Imaginons-le ... De toutes façon, ; il y a de nombreuses personnes qui savent, actuellement à la retraite, et libres de paroles, plus soumises à divers chantages, anciens membres du personnel des maisons de retraite, ou des organismes publics. Libérées de toute contrainte de la part de leurs anciens employeurs (AMAPA, CCAS, Conseil départemental, etc.) les bouches sont prêtes à s'ouvrir. La classe dominante, qui comporte les plus riches, par égoïsme, ne lâchera rien, si elle n'est pas contrainte par la force.
L'appauvrissement des classes moyennes et des classes laborieuses conduit à faire passer l'argent des poches des résidents et de leurs familles dans les coffres-forts et les paradis fiscaux des plus riches, tel est bien leur objectif.
Il y a déshumanisation du personnel en même temps que des résidents. Cette déshumanisation ressemble beaucoup à celle qui touche beaucoup d'autres métiers, tels que les fossoyeurs ou les agents travaillant dans les abattoirs. Il serait temps de prendre en compte les maltraitances quotidiennes subies par le vieilles femmes comme moi dans le cadre des luttes féministes, ce ne serait pas du luxe.. A force d'être traités de façon inhumaine, en contradiction avec tous les beaux principes énoncés par les juristes bourgeois, tels que la liberté, l'égalité, la fraternité, etc. tous les êtres humains sont traités comme des riens et des choses. Humaniser la société, ce serait en somme détruire ce régime pour le remplacer par un régime populaire, qui met véritablement en œuvre les principes essentiels des déclarations des droits de l'homme et de la femme. Il serait temps qu'une association, similaire à l'association de défense des animaux , tel que L 214, soit créée pour défendre les mamies et les papys maltraités. Par exemple, s'il y a bien la présence de sonnettes d'alarme dans chaque chambre – obligatoires- encore faudrait-il qu'à l'autre bout de la sonnette, il y ait une personne pour répondre (infirmière, aides-soignants, etc.) . Ainsi, quelle absence de personnels les week-end, lors des périodes de vacances, ou même en temps ordinaire ! Ainsi, une personne âgée, tombée de son lit, est morte un dimanche, étouffée dans son vomi, sans que personne ne trouve rien à redire. Ou bien une personne passe sa journée à pleurer et à crier : »J'ai mal... J'ai mal ! » sans cesse , alitée dans sa chambre, la porte grande ouverte, sans que personne n'intervienne, au plus grand scandale des visiteurs.
Ce que l'on ressent, comme la pire des maltraitance psychologique, c'est l'ennui. Passez à n'importe quelle heure dans une maison de retraite, vous rencontrerez tant dans les chambres que dans le réfectoire, l'ennui.
Ennui qui déprime, appauvrie les facultés intellectuelles, et fait dégénérer à grande vitesse vers la sénilité. Quand la remarque en est faite au personnel, la réponse est automatique : « Les vieux sont toujours fatigués » « et ils n'ont envie de rien », etc.
Par manque de moyens de personnel d'animation et de moyens financiers , il y a très peu d'activités culturelles, qui puissent mettre en œuvre tant le physique que le mental. Par exemple, de la gymnastique, de la lecture, de s rencontres diverses, etc. Tout repose souvent sur le bénévolat et l'intervention de personnes extérieures (musique, thérapie avec des rencontres animales, etc.)
Ne parlons même pas de la négation des besoins sexuels : dans ma maison de retraite, seul deux personnes vivent en couple.
Lorsque des sorties sont organisées -rares- elles sont réservées à des résidents privilégiés, ce que les autres appellent les compères ou commères petits-bourgeois, une caste volontairement mise à part. Ceci alors que tous les résidents paient leur part pour le séjour en maison de retraite. Là aussi, les réponses fusent, de façon quasi automatique, de la part du personnel, lorsque celui-ci est confronté à de telles injustices : « Votre maman (ou votre papa) ne le demande pas ! ». Comme s('il ne fallait pas organiser un tour de rôle, et obliger chacun à sortir , et s'échapper de la grisaille quotidienne (visites diverses, dont des musées, des théâtres, etc. restaurants à l'extérieur, à la charge des résidents, etc) !