• SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 46)

    « Nous avons toujours su, toujours dit, toujours répété qu’on ne peut pas « introduire » (par des plans) le socialisme, qu’il apparaît au cours de la lutte de classes la plus intense, la plus aiguë, la plus âpre, la plus farouche, et au cours de la guerre civile, qu’entre le capitalisme et le socialisme s’étend une longue période « d’enfantement douloureux », que la violence est toujours l’accoucheuse de la vieille société, qu’à la période de transition de la société bourgeoise à la société socialiste correspond un Etat spécial (c’est-à-dire un système spécial de violence organisée à l’égard d’une classe donnée), à savoir : la dictature du prolétariat. Mais la dictature du prolétariat présuppose et exprime un état de guerre latent, des mesures militaires pour lutter contre l’adversaire du pouvoir prolétarien. » (204)

     

     

    SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 46)

     

    3)         UN ETAT D’UN AUTRE TYPE

     

    Le passage d’un régime à un autre est un processus long et complexe et pour faciliter ce passage, un pouvoir politique fort est indispensable. Dans la société capitaliste, la bourgeoisie détient le monopole de la contrainte légale, et elle exerce la violence contre la masse populaire : il s’agit de la dictature d’une minorité sur la majorité. La minorité, c’est-à-dire ceux qui possèdent les usines, les instruments de production, les terres, en un mot les moyens de production, exploite la majorité. La minorité bourgeoise organise l’Etat, ses institutions parlementaires et l’appareil productif, de telle façon à en écarter les masses laborieuses.

    Ce qu’il y a de commun entre la dictature du prolétariat et celle des autres classes, la dictature des propriétaires fonciers au moyen âge, la dictature de la bourgeoisie dans tous les pays capitalistes, c’est qu’elle est due à la nécessité de briser par la violence la résistance de la classe qui perd sa domination politique. Ce qui distingue la dictature du prolétariat de celle de toutes les autres classes, c’est que ces dernières exerçaient la violence et la contrainte d’une minorité sur une majorité, alors que la dictature du prolétariat est la répression par la violence de la minorité de la population, les capitalistes et les propriétaires fonciers : cette violence est exercée par l’ensemble des masses laborieuses, qui organise l’Etat, ses institutions et son appareil administratif, de telle façon à en écarter la classe bourgeoise et à assurer le maximum de démocratie socialiste au peuple.

    « Nous avons toujours su, toujours dit, toujours répété qu’on ne peut pas « introduire » (par des plans) le socialisme, qu’il apparaît au cours de la lutte de classes la plus intense, la plus aiguë, la plus âpre, la plus farouche, et au cours de la guerre civile, qu’entre le capitalisme et le socialisme s’étend une longue période « d’enfantement douloureux », que la violence est toujours l’accoucheuse de la vieille société, qu’à la période de transition de la société bourgeoise à la société socialiste correspond un Etat spécial (c’est-à-dire un système spécial de violence organisée à l’égard d’une classe donnée), à savoir : la dictature du prolétariat. Mais la dictature du prolétariat présuppose et exprime un état de guerre latent, des mesures militaires pour lutter contre l’adversaire du pouvoir prolétarien. » (204)

     

    CHAPITRE VII

     

    L’IMPÉRIALISME D’ETAT ET LA NATION

     

    « Selon le point de vue léniniste, la victoire finale d’un pays socialiste réclame non seulement les efforts du prolétariat et des larges masses populaires de ce pays, elle dépend encore de la victoire de la révolution mondiale, de l’abolition du système de l’exploitation de l’homme par l’homme, qui apportera l’émancipation à toute l’humanité. » Mao

     

    Cependant s’imaginer que le prolétariat pourra établir une dictature du prolétariat, dictature révolutionnaire au service du peuple simplement en brisant l’appareil d’Etat de la bourgeoisie capitaliste ne relève pas simplement d’une méconnaissance du léninisme mais aussi d’une ignorance grave de l’histoire ; en bref, c’est de l’enfantillage.

    Pour le marxisme-léninisme, qu’est-ce qui détermine le développement d’un phénomène, d’une société, les facteurs extérieurs (ou causes externes) ou les contradictions internes (ou causes internes) ? Il est clair que ce qui est déterminant ce sont les contradictions internes :

    « Selon le point de vue de la dialectique matérialiste, les changements dans la nature sont dus principalement au développement de ses contradictions internes. Ceux qui interviennent dans la société proviennent surtout du développement des conditions à l’intérieur de la société c’est-à-dire des contradictions entre les forces productives et les rapports de production, entre les clases, entre le nouveau et l’ancien. » (205)

    « La dialectique matérialiste exclut-elle les causes externes ? Nullement. Elle considère que les causes externes constituent la condition du changement, que les causes internes en sont la base, et que les causes externes opèrent par l’intermédiaire des causes internes. L’œuf qui a reçu une quantité appropriée de chaleur se transforme en poussin, mais la chaleur ne peut transformer une pierre en poussin, car leurs bases sont différentes. » (206)

     

    Prenons un exemple : celui de la société française depuis 1945. Le capitalisme est passé par différentes phases de son développement, et il a atteint après la guerre de 1914-1918 son stade suprême, celui du capitalisme monopoliste d’Etat. Dans le système capitaliste, la contradiction principale se situe entre le prolétariat et la bourgeoisie capitaliste. Cependant il existe, entre ces deux classes, d’autres classes et couches sociales, notamment la petite bourgeoisie des villes et des campagnes. Le prolétariat se demande à chaque moment quels sont ses amis et quels sont ses ennemis, et s’allie avec ceux qui ont intérêt objectivement à renverser la bourgeoisie, c’est-à-dire l’ensemble des travailleurs. Aussi, la contradiction fondamentale dans notre pays réside de plus en plus entre la petite poignée des exploiteurs capitalistes et les exploités qui représentent la grande majorité des travailleurs dans notre pays. L’ensemble des contradictions de classe, déterminées en dernière instance par la contradiction antagonique entre le prolétariat et la bourgeoisie, représente les contradictions internes de la société française.

    Supposons qu’en octobre 2010 le cas où une révolution viendrait à éclater en France (ou dans d’autres pays européens) ; on peut être certain que la superpuissance américaine interviendrait militairement pour la réprimer et mettre en place des traîtres à leur service. Dans ce cas, il ne fait aucun doute que le peuple français ait à recourir à une guerre révolutionnaire de libération nationale. La guerre révolutionnaire de libération nationale serait une réponse à la guerre d’agression impérialiste. La contradiction principale s’établirait alors dans cette situation entre les impérialistes et les traîtres à la nation, et le peuple formé par l’ensemble des patriotes, le prolétariat, les classes moyennes et la bourgeoisie nationale dans leur ensemble. La situation extérieure mondiale influe donc sur les conditions internes du pays. Mais ces modifications se produisent par l’intermédiaire des conditions internes du pays, qui constituent la base du changement.

    Revenons à la réalité d’aujourd’hui : aujourd’hui aussi les peuples agissent les uns sur les autres ; il y a interaction. La France agit sur les autres peuples du monde, et les autres peuples du monde agissent sur la France. Les actions des autres peuples sur la France constituent les causes externes et celles-ci sont les conditions du changement. Les contradictions internes de la France sont les causes internes et elles sont la base du changement. Et les « causes externes opèrent par l’intermédiaire des causes internes. »

    Quelles sont les formes d’action dominantes exercées par les autres pays sur la France et par la France sur les autres pays ?

    La France, puissance moyenne dans le monde contemporain, présente la particularité d’être à la fois colonisatrice et colonisée. La France est un pays impérialiste dominé par l’impérialisme américain depuis 1945. Les contradictions internes (essentiellement la contradiction entre la bourgeoisie capitaliste et le prolétariat et ses alliés) ne peuvent trouver leur solution (le socialisme) que dans une France totalement débarrassée de l’impérialisme, mais aussi du capitalisme. La question qui se pose alors est : vu le rapport de force international entre les divers pays, entre les deux camps impérialiste et socialiste, entre le Tiers-monde et la superpuissance américaine, vu la situation de la France (dominée par l’impérialisme américain, tendant à l’indépendance dans le cadre d’une Europe unie politiquement et économiquement) comment résoudre la contradiction principale bourgeoisie-prolétariat du point de vue des intérêts du prolétariat, comment faire la révolution prolétarienne ? Quelle partie de la bourgeoisie refusera les avances de l’impérialisme et refusera de vendre son pays à l’étranger, quelle partie de la bourgeoisie ne sera jamais l’alliée du prolétariat et du peuple (la « bourgeoisie compradore ») ?

    Si dans notre pays la contradiction principale oppose la bourgeoisie et le prolétariat, cependant les masses populaires, le prolétariat, et à plus forte raison son avant-garde révolutionnaire ne peuvent se désintéresser des conséquences de l’évolution de la situation internationale sur les conditions mêmes de la révolution en France. Il faut procéder pour cela à une analyse sérieuse du développement des diverses contradictions et des rapports qu’elles entretiennent entre elles. Sans une telle étude fondée sur le matérialisme dialectique et historique, il serait impossible au parti prolétarien dans tout pays tant d’assurer son DEVOIR INTERNATIONALISTE que de mener le peuple de tout pays au socialisme.

    Karl Marx avait fixé pour tâche au prolétariat de « percer lui-même les secrets de la politique internationale, de suivre l’activité diplomatique des gouvernements, et en cas de nécessité de s’opposer à cette activité par tous les moyens dont il disposait. »

    Mais d’autre part, la révolution prolétarienne présente un aspect national : la révolution prolétarienne française par exemple est une lutte nationale du prolétariat et du peuple français contre la bourgeoisie capitaliste et impérialiste.

    « La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie n’est pas dans son fond, mais sera dans sa forme, une lutte nationale. Le prolétariat de chaque pays doit en finir d’abord avec sa propre bourgeoisie. » (207)

    Que signifient ces deux aspects ?

    Le capital a une tendance interne à la domination sur le monde. Dès le XIX° siècle, il a conquis et développé un marché international. Sa domination s’exerça d’abord essentiellement par la conquête de territoires par la force militaire : c’est l’époque du colonialisme. Puis sa domination s’exerça essentiellement par la conquête de débouchés pour ses produits et la rapine des matières premières entre autres par la voie économique et politique : c’est l’époque du néo-colonialisme. Il y eut également des guerres impérialistes de repartage du monde ; surtout la première guerre mondiale et la seconde guerre mondiale. Le capital est donc devenu un ennemi international. Mais d’autre part, le développement du capital même s’est fait de façon inégale. C’est aussi une loi interne du capital.

    « Le capitalisme ne se développe pas avec la même vitesse dans les différents pays et dans les diverses branches de l’économie nationale. (Le marxisme est assimilé de la façon la plus facile, la plus rapide, la plus complète et la plus durable par la classe ouvrière et ses idéologues, dans les conditions du maximum de développement de la grande industrie). » (208)

    Lénine a bien montré que les guerres de repartage sont absolument inévitables entre impérialismes. Et il a souligné qu’il s’agissait là d’une conséquence, notamment, du développement inégal des impérialismes. La situation militaire des impérialismes est une illustration parlante de ce développement inégal et du rapport des forces existantes.

    « Dans toute contradiction, les aspects contradictoires se développent d’une manière inégale. Il semble qu’il y ait parfois équilibre entre eux, mais ce n’est là qu’un état passager et relatif ; la situation fondamentale, c’est le développement inégal. »

    Il y a donc au sein de l’impérialisme des contradictions secondaires dont il faut tenir compte. Il y a un développement inégal d’un pays capitaliste à l’autre. Ceci a pour conséquence que :

    « La révolution (prolétarienne) grandit de façon inégale, les conditions de la vie politique variant d’un pays à l’autre, le prolétariat étant trop faible dans un pays, alors que dans un autre il est plus fort (…). Voilà pourquoi la révolution prolétarienne se développe de façon inégale, et voilà pourquoi la bourgeoisie s’est aperçue que son ennemi le plus fort était le prolétariat révolutionnaire. Elle serre les rangs pour freiner la faillite de l’impérialisme mondial (…). Plus la révolution progresse, plus la bourgeoisie serre les rangs. » (209)

    Le développement inégal du capitalisme a pour conséquence le développement inégal de la révolution. Elle a d’abord lieu là où se trouve le maillon le plus faible de l’impérialisme, c’est-à-dire là où les luttes de classes sont les plus aiguës : en Europe au XIX° siècle, en Russie de 1905 à 1917, puis en Asie. La seule façon de faire progresser la révolution socialiste mondiale, c’est de préparer (et de faire) la révolution prolétarienne là où on est ; Lénine disait :

    « Aujourd’hui, en luttant pour le régime socialiste en Russie, nous luttons pour le socialisme dans le monde entier. » (210)

    De même, la seule façon de faire progresser la révolution mondiale aujourd’hui, c’est de préparer la révolution et son après en France. Mais il s’agit de préparer et de faire la révolution dans son pays non pas du point de vue de son pays, mais du point de vue de la révolution mondiale, car « Ce n’est pas du point de vue de « mon » pays que je dois raisonner (car ce serait le raisonnement d’un benêt, d’un petit bourgeois nationaliste, qui ne comprend pas qu’il est un jouet entre les mains de la bourgeoisie impérialiste), mais du point de vue de ma participation à la préparation, à la propagande, aux travaux d’approche de la révolution prolétarienne mondiale. »(211)

    Croire qu’une des conditions de la révolution en France sera que le bastion impérialiste américain tombe, que la révolution ait d’abord lieu aux U.S.A., est de l’opportunisme. Mais il est urgent d’analyser la situation concrète des bourgeoisies des métropoles impérialistes (dont la France) dans leurs rapports au capital américain.

    Ce sont là des questions clés pour élaborer une stratégie révolutionnaire ; elles posent les problèmes de savoir ce qu’est la nation, l’impérialisme et leurs rapports. Ces questions sont d’une importance décisive. Il est évident que l’Etat actuel, qui est le nœud d’une stratégie révolutionnaire, ne peut être étudié que par rapport à la phase actuelle de l’impérialisme et par rapport aux effets de l’impérialisme sur l’Etat au sein de la zone des métropoles. Par exemple, quels sont les nouveaux rapports entre les formations sociales impérialistes (Etats-Unis, Europe, Japon) et leurs effets sur les appareils d’Etat ? Quelles sont les relations de ces Etats avec l’ « internationalisation du capital » ou les « firmes multinationales » ? De nouvelles firmes institutionnelles super étatiques tendent-elles à se substituer aux Etats nationaux ?...

     

     

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