• RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 47)

    Pour le revigorer, Thérèse réplique : « Ne t’en fais pas, reste paisible, et laisse toi aller, les médecins sont là pour te guérir ! ». Plus tard, elle avouera à ses fils qu’elle a craint que Pierre ne mette fin à ses jours, et se jette par la fenêtre de la chambre d’hôpital, refusant de se voir partir ainsi à petit feu, dans d’atroces souffrances.

     

     

     

    RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 47)

     

     

    Voilà les marches de l’escalier qu’il faut gravir pour atteindre la mansarde, sous le toit de l’immeuble. Chaque marche de l’escalier, en bois, est frappée par les pieds lourds de Pierre, et résonne comme un coup frappé au cœur. Lorsqu’il revient ces jours-là, dans cet état, sa femme Thérèse menace de le quitter. Alors, elle ôte son tablier, met son manteau, en pleurant, puis reste assise sur le lit, en pleurant : où aller ? Et puis les enfants, si elle s’en va, que deviendront-ils seuls ?

    Il est déjà dix-sept heures : Pierre sommeille, la main posée sur le ventre. Penser à tout cela l’a fatigué. Il verra un médecin demain !

     

    La mort.

    Pierre est étendu sur le lit d’hôpital, lit que les infirmières ont entouré d’un cadre métallique, car elles craignent visiblement qu’il ne glisse et tombe à terre, en raison de ses faibles forces. La famille de Pierre l’entoure, et le scrute, parlant de choses anodines de la vie courante, pour écarter toute pensée de ce qui préoccupe réellement au fond, la maladie mortelle et la fin inéluctable de Pierre.

    Thérèse raconte que la « petite » Madeleine ne se tient pas toujours tranquille. Pierre maugrée et la met en garde : « Tâche d’être sage ! »dit-il.

    « Manges-tu bien ? » interroge Thérèse. Sans répondre explicitement, Pierre baisse les yeux, et d’un geste lent, lève le drap et la couverture, découvrant son corps presque nu, recouvert d’un pyjama d’hôpital fermé d’un cordon dans le dos. Très amaigri, on devine partout le dessin formé par les os, adjacents sous la peau, que la chair a déserté. Voyant sur les visages de l’assistance la grimace de la commisération et presque de dégoût et de peur face à la maladie inéluctable de la leucémie, Pierre éclate en sanglots, son corps squelettique complètement secoué. Par dignité, se rappelant qu’un homme ne pleure pas en public, ayant honte de s’être laissé aller, devant sa famille, il se calme et déclare : « Je ne supporte même plus la bière. J’ai essayé de boire la bouteille que tu m’as apportée, et j’ai tout revomi. »

     

    Dix mai 1985 : le corps de Pierre est étendu sur le marbre de la morgue de l’hôpital, le visage cireux et froid, semblant apaisé.

     

     

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