• RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 15)

    Sous l'empire de Bacchus, il était très fier et scandait, en martelant les mots de violents coups de poing sur la poitrine :

    « Les Quader sont des durs ! », justifiant à ses yeux son existence par ce leitmotiv : « J'ai choyé quatre enfants. Je ne suis pas un fainéant. Maintenant qu'ils ont dénoué le noeud et sont grands, je pallie encore tous les jours à leur nourriture par mon travail ! ». C'est travestir la vérité, car il n'a pas entamé grande chose pour que les événements se combinent différemment ou mieux qu'ils ne se sont passés et Pierre Quader ne se cramponnait à ses enfants qu'aux moments de grand cafard.

     

    RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 15)

     

    Sous l'empire de Bacchus, il était très fier et scandait, en martelant les mots de violents coups de poing sur la poitrine :

    « Les Quader sont des durs ! », justifiant à ses yeux son existence par ce leitmotiv : « J'ai choyé quatre enfants. Je ne suis pas un fainéant. Maintenant qu'ils ont dénoué le noeud et sont grands, je pallie encore tous les jours à leur nourriture par mon travail ! ». C'est travestir la vérité, car il n'a pas entamé grande chose pour que les événements se combinent différemment ou mieux qu'ils ne se sont passés et Pierre Quader ne se cramponnait à ses enfants qu'aux moments de grand cafard.

    Quel hasard de circonstances conduit au mariage entre Pierre Quader et Thérèse Ditz qui, à défaut de la grande passion, vivront ensemble pendant près de trente ans ? Pour Pierre il était question de se fixer puisque âgé de trente trois ans, âge où l'on se départit de sa vie de garçon ou bien on s'encroûte et prolonge définitivement une vie de vieux célibataire endurci. Ce qui poussait Pierre Quader dans les bras de sa future femme c'est incontestablement parce qu'on affichait celle-ci comme une « bonne affaire », et il attendait de son futur beau-père une dot rondelette pour s'installer à son compte dans un magasin de boulangerie-pâtisserie, et s'il était incapable par lui-même de machiner ce calcul parions qu'on peut l'imputer à madame Quader. Pour Thérèse Ditz, la nécessité de s'amouracher avec quelqu'un du village limitait forcément le choix : d'ailleurs que savait-elle de ce qui se tramait hors du village ? De son propre aveu ce qui la séduisait est que Pierre Quader, un peu dégrossi, avec des manières, était différent des paysans qu'elle côtoyait tous les jours : certains jours, il s'accoutrait d'un costume de satin vert comme il n'y en avait pas deux au monde. L'objectif pour Thérèse Ditz était de se délivrer du milieu familial, triste et monotone, à la rencontre d'un monde nouveau, même inconnu, de copier certaines de ses amies qui avaient déjà la bague au doigt et de ne pas rester en rade pour coiffer la sainte Catherine. Sans être étranger au terroir, natif du même village, grâce à Pierre Quader, Thérèse Ditz escomptait une vie différente de ce qu'elle avait expérimenté jusqu'alors : le travail sans fin. A défaut d'aventures extraordinaires elle se prémunirait et se protégerait tout au moins de l'emprise de son père tyrannique dont elle soupçonnait à son égard le complot suivant : « Ma fille me servira jusqu'à ce qu'elle ait trente ans, puis je la marierai à un riche propriétaire foncier du voisinage ! » Les désirs de Thérèse Ditz s'opposant frontalement à ceux de son père et le père n'ayant jamais accepté le mariage de sa fille, ce fut l'origine du conflit brouillant père et fille.

    Peut-être est-ce là de purs procès d'intention de la part d'un misanthrope aigri et trop assagi ou le recul du temps qui offre cet angle de vue de l'amour entre Pierre et Thérèse ? Qui sait, à l'origine, la chair tendre d'une passion inconditionnelle et infinie recouvrait le squelette de tous ces calculs mesquins. Si une raison pécuniaire accolait Pierre Quader et Thérèse Ditz, au début, elle n'était qu'inconsciente, et s'avérait dans sa crudité sordide que par la suite, après qu'un certain temps se sera écoulé, alors que l'amour romantique d'origine s'élimait et s'érodait sur les aspérités de la vie. Au moins cet amour désintéressé saillissait-il du côté de Thérèse Ditz, personne encore ingénue, incapable de manœuvrer égoïstement, car sans doute il fallait du courage et une forte volonté, qualités que l'amour corrobore, pour se libérer de l'emprise autoritaire de son père et s'affranchir de ce lien envahissant ? A moins que ce ne soit que la révolte créée et menée par l'instinct de vie. Pour vous convertir à ces soupçons, sachez ceci : Thérèse Ditz attestait n'avoir jamais réellement joui dans les bras de Pierre Quader, affectait ne pas savoir ni quand ni comment elle avait pu en avoir quatre enfants et refusait tout contact physique avec son mari les dernières années de sa vie car alors il la dégouttait trop. Toujours est-il que lors de leur mariage, Thérèse Ditz était enceinte de trois mois et son père, dans l'embarras, consentait à une union qu'il jugeait contre-nature, mais craignant un scandale plus grand encore : être taxé de père indigne d'une fille mère. Quelle tristesse que ce premier et unique amour sans amour !

    Madame Quader désespérait : finirait-elle par caser ce dadais de fils déjà fort âgé. ? Elle lui dressait épisodiquement, subrepticement, un tableau des filles du village bonnes à marier – liste en peau de chagrin et il n'y aurait plus personne s'il tardait trop – et mettait l'accent en particulier sur « la fille de chez les Ditz » Thérèse, parti convenable. « Rends-toi compte un peu de ton âge, observait-elle, tu as trente ans et en ce moment la plupart de tes amis ont déjà des enfants. Il est temps de te ranger et d'avoir une situation sérieuse. »

     

     

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