(Partie 5) Moi, résidente en maison de retraite, anciennement femme de ménage, centenaire et en fin de vie, je témoigne des maltraitances dans les maisons de retraite, y compris dans les établissements gérés sous statut associatif !
CHAPITRE II : LE PROJET DE VIE
A) Voici la demande de la famille ( 25 octobre 2023 )
Voici ce que ma mère , Marie Ritt , peut déclarer, concernant son projet de vie:
"Afin d'établir un projet de vie cohérent avec ce qu'est chaque personne, il est important de partir de ce qu'est devenu chaque personne, et notamment de son état et de sa situation lorsqu'elle est entrée en l'EHPAD.
Je suis entrée à la maison de retraite le 3 juillet 2018, à l'âge de 96 ans. Voici donc les différents paramètres dont il convient de tenir compte:
MANGER
- Nourriture : Pour ce qui est de la nourriture, j'ai toujours effectué trois repas par jour, composé d'une alimentation variée. Longtemps, au moins jusqu'à 85 ans, j'ai réalisé moi-même les repas, en faisant les courses pour l'achat des denrées. Puis , c'est diverses assistantes maternelles de l'AMAPA qui se sont chargées, à la fois de faire les courses, et de préparer les repas. Il s'agissait du petit déjeuner (café au lait et tartines , pain , beurre et confiture), un repas chaud à midi, avec un hors d’œuvre et un dessert, et pour le soir une assiette froide, avec de la charcuterie et divers légumes , plus un dessert (yogourt ou fruit).
La nourriture est le premier médicament, et il ne faut pas économiser les herbes et les épices , qui regorgent de substances médicales.
Pourquoi ne pas utiliser plus souvent les médecines douces, comme l'homéopathie ? Par doctrine , et par appât du gain concernant la médecine allopathique ?
Lors de mon arrivée à l'EHPAD, j'ai été placé à droite du réfectoire , en entrant, à une table avec deux autres résidents. La nourriture , de collectivité, était néanmoins plutôt variée, avec des repas chauds à midi et le soir. Mais ensuite, j'ai été placé à gauche du réfectoire, et je pense que la nourriture s'est un peu dégradée, car , plus que souvent, je mange seule dans ma chambre.
Il est connu que je mange lentement, ce qui est un facteur permettant la bonne digestion.
Je demande à manger un peu de pain, et aussi du fromage, du camembert découpé en petits morceaux, et pas seulement des aliments sans saveurs , moulus. Et ceci doit se passer dans le réfectoire ! N'est-il pas recommander de manger cinq fruits et légumes par jour, et de varier au maximum les nutriments ?
Un diététicien devrait se pencher sur la nourriture qui est servie.
DORMIR
Il s'agit de dormir suffisamment. Le corps a besoin de sept à neuf heures de sommeil pour fonctionner de façon optimale. Mais la façon de "mettre au lit" , en traitant la personne comme une plante verte est contre-productif ...
-Sommeil : A mon domicile, j'avais un bon sommeil, de sept à neuf heures par nuit. Maintenant , étant donné que l'on me laisse dans ma chambre, plus que de raison, parfois la journée entière, en particulier le week-end , et le reste de la semaine, on me couche bien tôt , je passe mon temps à dormir et je n'ai plus sommeil la nuit. Outre les risques d'escarres , étant toujours couché , même si le sommier est adapté, je passe les nuits éveillées. Il serait utile, sans que cela ne coûte rien à l'EHPAD, qu'un spécialiste du sommeil puis analyse celui-ci (apnée , etc.) Dire que "je suis toujours fatigué" ne peut être un argument valable.
On ne peut justifier le fait de scinder les résidents en deux groupes: un groupe qui continue d'être nourri un peu près normalement, à table, au réfectoire, et un groupe qui demeure dans sa chambre, souvent au lit, ce n'est pas justifié par des raisons médicales, ou de fatigue, etc. Mais c'est bien le manque de personnel ( deux ou quatre personnes, les week-end, pour s'occuper de l'ensemble des résidents, cela ne permet plus un fonctionnement normal , et donc près de la moitié de l'effectif est condamnée çà des conditions de vie indignes et inhumaines. Mouroir, vous avez dit mouroir ?
ETRE PROPRE
-Toilette: Il est important d'effectuer au moins une douche complète par semaine et ne pas se contenter d'une bassine avec une éponge ou un gant de toilette. Surtout , ne pas demander à la famille d'acheter un flacon d'eau de Cologne, pour faire disparaître les odeurs par temps très chaud ! Les inconvénients semblent toujours reportés sur le maillon faible, à savoir les résidents les plus vulnérables: mais pourquoi, en cas de fortes chaleurs, ne pas donner une douche en plus , et changer plus souvent la couche ? Par manque de personnel ?
Mon placement en maison de retraite a été fait surtout en raison de porter des couches, car je ne tenais plus l'urine et les excréments, ni ,la nuit, ni la journée. C'est pourquoi, les agents de l'AMAPA ont proposé mon placement en résidence , car les membres de la famille ne pouvaient assurer ce service 24 heures sur 24. j'ai longtemps pu me rendre seule au WC. Maintenant que l'on m'a imposé une grenouillère, cela n'est plus possible, et je garde les urines et les excréments, soit pendant le reste de la nuit, soit trop longtemps en journée.
Un jour, par exemple, j'avais envie de déféquer, vers quatre heures du matin. Mais en raison , à la fois de la barrière installée sur le lit, de la grenouillère, et du manque d'effectif;, j'ai du faire le besoin dans ma couche, et n'être changée que le lendemain matin : où est la dignité ?
ETRE EN BONNE SANTE
- Santé : Au domicile, j'étais suivi , à la fois par un médecin, au moins une visite par mois, ainsi qu'une infirmière, qui passait deux fois par jour, le matin et l'après-midi, pour les divers traitements (mise d'une bande autour du bas des jambes, et prises des médicaments, prises de sang, etc.
J'ai toujours beaucoup marché à pied, chaque jour , et j'ai toujours marché sans canne, ni bien sûr sans déambulateur.
Une fois en maison de retraite, j'ai commencé avec un déambulateur, et je suis très vite passé à un fauteuil roulant.
- Aspect médical: Lorsque j'étais à mon domicile, je ne prenais pas les médicaments prescrits par mon médecin et qui avaient de sévères effets secondaires. le fait que j'étais en bonne santé , et que je suis devenu centenaire, sans avoir de graves maladies , démontre que j'avais raison de procéder ainsi. Sans contester la compétence des médecins, je ne peux que constater, à la maison de retraite, que diverses pathologies ne sont pas prises en compte , pour être soignée. Par exemple: cas d'énurésie, d'un monsieur, qui, lors du repas de midi, est obligé de se rendre de nombreuses fois aux WC, parce qu'ayant sans doute une infection urinaire, avec une couche et donc un pantalon mouillé, se rendant aux WC, avec un déambulateur. On ne peut pas dire que:
-faire mettre à une personne âgée une grenouillère,
-ne pas suffisamment changer les couches
-mettre une personne au lit , tout au long de la journée ,etc.
soient des prescriptions médicales: la médecine a bon dos.
C'est, bien évidemment des solutions que l'on a trouvé pour faire face aux manques cruels de personnel .
Donner des médicaments qui font dormir, serait pire que tout. ou qui jouent sur le mental. ou qui ont de forts effets secondaires.
BOUGER
Même âgé, il faut faire bouger le corps , rester actif en faisant un sport doux. Cette gymnastique améliore la posture et l'équilibre. Il est conseillé de bouger au moins trente minutes par jour.
Auparavant, j'ai toujours beaucoup marché, évitant de prendre l'autobus pour me rendre chez moi, allant à pied du centre ville au quartier du Sablon. De plus , je veillais à ne pas dépasser quatre-vingt kilogrammes, quant au poids ...
- Forme physique: Bien évidemment, il ne s'agit pas de reporter sur la maison de retraite, les diverses dégradations de mon état physique: l'âge est là, et il est normal que, tant pour le psychique que pour le physique, il y ait dégradations. Par contre, il convient d'examiner si, en raison des causes diverses, dont le manque d e personnel, cette dégradation ne va pas s'accélérant .
Par exemple, est-il fait suffisamment d'efforts pour faire marcher, par exemple en tenant l’arrière de son fauteuil ? Y a-t-il une stimulation à l'effort, une participation suffisante aux exercices en groupe de gymnastique douce , etc ?
Si le kinésithérapeute intervient parfois, les efforts effectués pendant quelques heurs sont annihilés , faute de pratique tout au long de la semaine...
Il faudrait encourager des activités simples, peu coûteuses, mais utiles pour le mouvement et les repas, comme jardiner, élever des poules ou des lapins, etc.
AVOIR UNE VIE SOCIALE
Les personnes âgées devraient vivre dans un environnement paisible et stimulant, dans la mesure du possible. Les gens qui entretiennent de bonnes relations saines, vivent plus longtemps (ce dont je peux témoigner, ayant plus de cent ans !) et vieillissent plus heureux. Tout en restant positif . Encore convient-il de respecter la dignité de chacun!
Il faut activer ses neurones avec les loisirs et donner un sens à sa vie, notamment avec la religion.
Vie sociale: Les contacts sociaux sont insuffisants. Il serait utile d'être aussi souvent que possible, dans le réfectoire, seule pièce ayant l'air conditionnée, donc rafraîchie en été , par fortes chaleurs et bien chauffée en hiver ,;.. et surtout permettant de voir d'autres personnes, et de participer à quelques activités (jeu du loto, spectacles, etc.) Il serait utile de multi^plier les activités permettant de mieux mettre en œuvre les neurones, comme par exemple la lecture des journaux, des ateliers de dessin, de couture, etc.
Par exemple , participer à la messe, le mardi 17 octobre 2023, a été un vrai bonheur, et j'ai , avec un grand sourire, remercié la personne qui accompagne le prêtre, qui a eu la réflexion suivante me concernant: "Elle est heureuse !"
Que l'on scinde les résidents en deux parties: d'un côté , les personnes qui continuent d'avoir une vie sociale "normale", de l'autre côté , les résidents que l'on juge "pas sociable" (qui mangent mal, ont des habitudes qui peuvent surprendre ou choquer, etc.) , cela peut se concevoir. Cela correspond à une séparation entre la classe sociale, dite "moyenne", et la classe sociale plus populaire. les styles de vie, le langage, etc. sont différents, et ces personnes d'origine sociale différente ne se côtoient pas non plus à l'extérieur. Mais ce qui n'est pas acceptable, c'est que cette ségrégation des "pauvres" conduit à un problème d'équité: chaque résident paie de la même façon sa "place", et l'on ne saurait admettre des discriminations du genre: repas dans le réfectoire pour les uns, réfectoire dans la chambre (au lit ?) pour les autres,... Grenouillère pour les uns ... Pas de participation à certains ateliers d'animation pour les uns, sorties organisées pour les autres à l'extérieur , etc. En somme, les plus pauvres financent l'hébergement et les loisirs des plus aisés. Et il n'est pas vrai que les uns soient plus valides et moins dépendants que les autres: des deux côtés , on trouve des déambulateurs et des fauteuils roulants, mais il est vrai que plus du côté des "pauvres": ceci explique cela (un moins bon traitement général )? En sachant qu'à terme, si elles vieillissent, même les plus aisées finiront par se retrouver dans le côté "gauche " du réfectoire,... Il est plus juste et équitable de permettre à chacun d'accéder à tous les services, même limités, proposés, en organisant un tour de rôle ! Par exemples: participer aux repas , à tour de rôle, dans le réfectoire et dans la chambre, participer aux sorties extérieures et aux diverses activités à tour de rôle , etc.
MANQUE DE MOYENS FINANCIERS, VRAIMENT ?
On peut estimer, sauf avis contraire, la participation moyenne par résident à 4500 € par mois, répartis de la façon suivante: Participation de la famille du résident: 2500€ par mois, dont environ 1000€ de retraite, et 1500 € d'aides publiques. Les charges de santé sont remboursées par la sécurité sociale et la mutuelle. Il existe donc un budget qui paraît suffisant pour louer une chambre avec salle de bain et un réfectoire collectif, budget qui devrait donc permettre de rémunérer convenablement un personnel suffisant.
Mais la Gestion des maisons de retraite devrait être assurées par les services publics, ne serait-ce qu'en raison des engagement publics pris par les collectivités territoriales. Nous sommes tous concernés par le vieillissement et la mort, soit chacun de nous, soit les membres de notre famille, et sûrement de plus en plus par la grande dépendance (sauf si nous mourons avant, bien sûr). . Les élus locaux (les maires en premier lieu) sont responsables des dérives des EHPAD, tant publiques que privées. A savoir : L'argent des résidents et de leurs familles est accaparé par les responsables, comme ceux de l'AMAPA en Moselle, soit par les actionnaires des groupes comme ORPEA ou KORIAN) aux dépends de la qualité des services pour les résidents (nourriture qui laisse à désirer, pas d'animation, sous-effectif du personnel soignant ou accompagnant, etc.) ainsi qu'aux dépens des divers salariés (sous-payés, en sous-effectif, exploités à merci, etc.). Voici par exemple ce que l'on peut lire sur Facebook : « J'ai été défaillante au niveau des paiements de l'EHPAD et la directrice m'assigne au tribunal ... J'aurais besoin de conseils car je vais devoir vendre ma maison pour payer l'EHPAD de ma mère. Je dois dire que je ne m'y attendais pas du tout : un accord avait été conclu. J'essaie de tenir le coup. En un an de confinement, ma mère a glissé tant et plus et a perdu force, équilibre et marche. On la laisse dans son fauteuil, sans stimulation. Dernier RV chez le gériatre : l'EHPAD n'a pas ouvert à l'ambulance, bien à l'heure, car ces messieurs -dames mangeaient. Les ambulanciers n'ont pu partir qu'à l'heure du RV et le Dr a attendu pendant 3/4 d'heure. Quant il a voulu consulter son dossier médical, c'était le dossier d'un autre résident qui était glissé dans l'enveloppe ! J'aimerais savoir comment déclarer les graves dysfonctionnements, toujours étouffés. Merci . » C'est pourquoi, pour ma part, j'engage mes amis à , simplement , dans un premier temps , témoigner.