Le secret maçonnique (Partie 41)
I) La ligne révolutionnaire vaincue par la ligne opportuniste
La ligne opportuniste de Maurice Thorez à la Libération (1944-1945) :
François Mauriac a reconnu : « La classe ouvrière, seule, dans sa masse, aura été fidèle à la France profonde ». C’est pourquoi son avant-garde, le Parti Communiste Français, a été le premier parti de la résistance en France. A l’issue de la guerre, il disposait de nombreux atouts lui permettant d’engager éventuellement l’insurrection, de détruire l’Etat bourgeois et de prendre le pouvoir en France, de construire l’Etat socialiste, afin d’instaurer le socialisme. Cependant pour atteindre ce but, il aurait fallu préparer cela, bien en amont. Notamment en étant dirigé par une idéologie autonome prolétarienne, une « Pensée ».
Dès 1944, la tendance dominante de la direction du Parti Communiste Français, représentée par Maurice Thorez, est de rendre les armes, de dissoudre les milices populaires et de placer le parti sous la direction de la bourgeoisie, représentée par de Gaulle. C’est que, depuis quelques temps déjà, régnait à la direction du Parti Communiste Français une ligne révisionniste, opportuniste de droite, qui l’avait emportée, dans le cadre de la lutte entre les deux lignes. En conséquence, du fait de cette ligne opportuniste, le Parti n’avait plus d’autonomie, mais était rattaché à la classe bourgeoise, développant un point de vue uniquement légaliste, bientôt électoraliste. Le Parti Communiste Français avait fait le choix de s’intégrer dans les institutions bourgeoises, et avait donc renoncé à les détruire. C’est ce qu’avait bien compris le représentant de la classe bourgeoise, de Gaulle. En novembre 1944, une amnistie rendit possible le retour de Russie en France de Maurice Thorez, secrétaire du Parti Communiste Français. En expliquant pourquoi il y consentit, de Gaulle note : « Compte tenu des circonstances d’antan, des événements survenus depuis, des nécessités d’aujourd’hui, je considère que le retour de Maurice Thorez à la tête du parti communiste peut comporter, actuellement, plus d’avantages que d’inconvénients. […] Dès le lendemain de son retour en France, il aide à mettre fin aux dernières séquelles des « milices patriotiques » que certains, parmi les siens, s’obstinent à maintenir dans une nouvelle clandestinité. Dans la mesure où lui permet la sombre et dure rigidité de son parti, il s’oppose aux tentatives d’empiètement des comités de libération et aux actes de violence auxquels cherchent à se livrer des équipes surexcitées. A ceux – nombreux – des ouvriers, en particulier des mineurs, qui écoutent ses harangues, il ne cesse de donner comme consigne de travailler autant que possible et de produire coûte que coûte ». (Charles de Gaulle, « Mémoires de guerre », tome 3, Le salut, 1944-1946, Plon, Paris, 1959, pages 100-101).
Il est important de comprendre :
La ligne révisionniste se manifeste par des références à la nation, non comme le cadre de la révolution prolétarienne, mais comme un objectif : il s’agit d’être les meilleurs défenseurs de la nation française, en oubliant que celle-ci est alors sous domination bourgeoise. C’est un reniement évident de la lutte des classes. Sont mises en avant les références au drapeau « national », bleu, blanc, rouge, à la « Marseillaise », à la reconstruction de l’économie, d’une armée nationale, etc. le Parti se présentant comme le meilleur défenseur de la nation, à l’avant-garde de la lutte contre le fascisme, « oubliant » qu’il est aussi le parti de la classe ouvrière, qui devrait être à l’avant-garde de la lutte pour le socialisme. Cette ligne opportuniste de droite se manifeste également par une cible étriquée, limitée aux « trusts », aux « deux-cent familles », à « l’oligarchie financière »… qui ont trahi les intérêts nationaux. La cible, après la victoire sur le nazisme, n’est donc pas la bourgeoisie en tant que classe, mais une partie conséquente de celle-ci, dite la « bourgeoisie nationale, est intégrée au sein du peuple. Il y a une mauvaise délimitation des amis et des ennemis. Est niée la contradiction antagonique entre bourgeoisie et prolétariat au profit d’une nouvelle contradiction entre, d’une part, la nation française, comprenant une partie de la bourgeoisie dominante, et d’autre part, une infime minorité des représentants des trusts, qui ont trahi la nation au profit de la collaboration avec l’occupant nazi. L’ennemi se réduit à « l’oligarchie financière » : l’objectif stratégique n’est donc plus de renverser la bourgeoisie et de prendre le pouvoir par les armes, mais simplement d’ « épurer » la société française, en la débarrassant de ses mauvais éléments collaborationnistes. Sans jamais se poser la question de quelle classe détient le pouvoir politique et économique réel dans la société. En fin de compte la classe bourgeoise peut se montrer tout à fait satisfaite d’une telle ligne, qui lui permet, en fin de compte, en tant que classe, de conserver la domination sur la société.
Une fois cette ligne imposée aux membres du Parti Communiste Français, la bourgeoisie pouvait être rassurée et mettre en place les nouvelles institutions de la IV° république, ceci avec la complicité des dirigeants « communistes ». Certains historiens justifient ce reniement du marxisme-léninisme par le contexte international : la France était alors occupée par les forces armées alliées qui n’auraient pas laissé se propager une insurrection sociale en France ; un autre frein invoqué, la ligne de Staline de partage du monde entre l’Est et l’Ouest, la France tombant dans l’escarcelle de l’Ouest,… On peut à cela opposer la situation en Chine : occupée par les fascistes nippons, avec un Kuomintang fortement aidé par les Etats-Unis, le Parti Communiste Chinois, sous l’impulsion de Mao Tsé-Toung, avait une ligne révolutionnaire juste ; il a su prendre le pouvoir et instaurer un Etat socialiste en 1949.
Le point clé à saisir est la lutte au sein du Parti Communiste Français, entre la ligne opportuniste bourgeoise et la ligne révolutionnaire. Ou bien, c’est une ligne opportuniste qui l’emporte, qui nie la contradiction principale entre la bourgeoisie et le prolétariat, et lui substitue une lutte entre la « nation » et une infime minorité de « traîtres » à la nation, ou bien, c’est une ligne révolutionnaire qui n’oublie jamais son objectif stratégique « classe contre classe », et qui abouti à terme au renversement de l’Etat bourgeois auquel est substitué un nouvel Etat socialiste. Et ceci quelque soit le contexte : guerre internationale ou guerre civile, mais en appliquant la stratégie aux réalités de ce contexte.
Ce ne sont que par les critiques formulées par le Parti Communiste d’Union Soviétique, dirigé par Staline, qu’a été freiné et empêché le déferlement du mouvement du Parti Communiste Français dans la fange révisionniste.
Le courant opportuniste de droite est apparu dès les années trente, et il a pu s’affirmer et dominer ouvertement après la mort de Staline, et le changement de régime en URSS. Alors, les révisionnistes, représentés par Maurice Thorez et Jacques Duclos, ont pu se vautrer dans les idées bourgeoises, et vendre le parti ouvrier à la bourgeoisie. L’influence de l’URSS socialiste sur le Parti Communiste Français a été un frein jusqu’en 1953, puis, après la mort de Staline, l’influence de l’URSS social-impérialiste a été un accélérateur.
Dès sa naissance, in parti communiste doit intégrer une ligne révolutionnaire, comportant une partie clandestine, et ensuite, dans le cadre de la lutte entre les lignes au sein du parti, faire en sorte que la ligne révolutionnaire demeure dominante. Du point de vue militaire, cela signifie que le parti communiste, dès sa création, doit avoir une ligne claire sur les objectifs, légaux et « illégaux » : préparation d’un renversement violent de l’Etat ancien, en ne perdant jamais de vue à chaque période tactique, la cible principale.