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blog de réflexion sociale

Le secret maçonnique (Partie 15)

Le secret maçonnique (Partie 15)

 

Robespierre n’était pas partisan de la guerre d’expansion et de l’épopée militaire : en cela, il cessait d’être l’homme représentatif de la bourgeoisie révolutionnaire. Dans le « Discours contre la guerre », il déclare : « C’est pendant la guerre que le pouvoir exécutif déploie la plus redoutable énergie et qu’il exerce une espèce de dictature qui ne peut qu’effrayer la liberté naissante ; c’est pendant la guerre que le peuple oublie les délibérations qui intéressent ses droits civils et politiques pour ne s’occuper que des événements extérieur, qu’il détourne son attention de ses législateurs et de ses magistrats pour attacher tout son intérêt et touts ses espérances ç ses généraux et aux ministres du pouvoir exécutif ». Le 18 décembre 1791, Robespierre précise : « La nation ne refuse point la guerre si elle est nécessaire pour acheter la liberté ; mais elle repousse tout projet de guerre qui serait proposé pour anéantir la liberté et la constitution sous le prétexte de la défendre ». Il fait allusion au parti de la guerre autour du roi « qui espère que celle-ci nous sera défavorable et rétablira le souverain dans ses droits anciens ». Le 20 avril 1791, l’assemblée législative décide de déclarer la guerre « au roi de Bohême et de Hongrie ». Robespierre précise : « Puisque la guerre est déclarée […] il faut faire comme je l’ai proposé plusieurs fois, non pas la guerre de la cour et des intrigants dont la cour se sert, mais la guerre du peuple : il faut que le peuple français se lève désormais et s’arme tout entier, soit pour combattre au-dehors, soit pour surveiller le terrorisme au-dedans ». La déclaration de guerre est pleine d’arrière-pensées, selon que l’on est favorable ou non à la révolution :

  • Les brissotins veulent, avec la guerre, briser la monarchie ;
  • Pour d’autres, la guerre peut permettre de relancer la révolution ;
  • La guerre peut permettre au roi de retrouver tous ses pouvoirs.

Il y a donc deux conceptions différentes de la guerre :

  • La guerre contre les émigrés et leurs alliés, les rois de l’Europe, guerre populaire ;
  • La guerre bourgeoise pour la suprématie commerciale et pour les colonies.

Pour Robespierre, la guerre présente trois risques :

  • L’occupation des peuples ;
  • La diversion et le retour du mouvement de réaction en France ;
  • Le despotisme, si l’aspect militaire prend le dessus.

Robespierre est pacifiste par rationalité. Puis, quand la guerre éclate, il faut gagner la guerre, mais ne pas faire une guerre d’annexion. Lorsque l’ennemi extérieur entre sur le territoire national, la guerre révolutionnaire est une guerre juste, de défense de la révolution. Lorsque l’armée française pénètre sur le territoire étranger, c’est une guerre injuste, de rapines et de butins, par les annexions, et une guerre de conquête.

Pour financer la guerre, la bourgeoisie utilise en général l’impôt ou l’emprunt. La bourgeoisie révolutionnaire a financé sa guerre en détroussant les pauvres gens. Les conséquences sont une hausse rapide des denrées de première nécessité d’une part, et la pénurie de ces mêmes denrées, d’autre part. Les représentants du peuple (Roux, Leclerc, Varlet) entrevirent que la guerre – la guerre bourgeoise, la guerre pour la suprématie commerciale – aggravait la grande escroquerie de l’inflation, source de profits inouïs pour les riches, ruineuses pour les pauvres.

Le développement intrinsèque de la révolution devait à lui seul conduire à une différenciation au sein du tiers-état. Mais un événement extérieur à la révolution et qui se greffa sur elle, accéléra le processus de scission entre bourgeois et « bras nus » : la guerre. La bourgeoisie finança la guerre par l’inflation . La guerre, l’inflation, procurèrent à la bourgeoisie des profits énormes. Mais, parallèlement, l’émission désordonnée de signes monétaires eut pour conséquence la disette et la vie chère. Le contraste, chaque jour plus criant entre l’opulence bourgeoise et la détresse populaire, creusa, surtout dans les villes, un embryon de scission entre les riches et les pauvres. Malgré leur lutte commune contre l’ancien régime, les deux fractions du tiers-état s’opposèrent l’une à l’autre, commencèrent à se constituer en deux classes distinctes aux intérêts antagonistes. A Paris, notamment, une avant-garde aperçut, bien qu’encore confusément, que cette révolution à laquelle elle avait prêté la force de ses bras, et pour laquelle elle avait versé son sang, ne lui apportait pas en fait l’égalité proclamée en droit, qu’elle enrichissait les uns et appauvrissait les autres.

La guerre, du côté français, avec la prétention d’apporter la liberté aux pays voisins, semble n’avoir été qu’un prétexte recouvrant des appétits très matériels.

Qui paiera la guerre ? Puisque la bourgeoisie ne voulait pas payer (ni impôt, ni emprunt), il ne restait qu’une seule ressource : puiser les milliards nécessaires à la guerre, pour une part, dans les poches des contre-révolutionnaires et, pour une part beaucoup plus importante, dans les poches du peuple. La bourgeoisie confisqua les biens du clergé et des émigrés, et elle se lança dans l’inflation. Selon Saint-Just : « La république, entraînée dans la guerre universelle, fut obligée de multiplier les monnaies pour subvenir à d’énormes dépenses ».

En raison de conceptions divergents sur la question de la guerre, Robespierre se brouille avec Carnot. Robespierre n’ayant pas réussi à éliminer Carnot, ce fut Carnot qui liquida Robespierre. Les relations entre les membres du comité de salut public s’étaient dégradées depuis floréal an II, notamment entre Carnot et Saint-Just. La campagne s’était mal engagée sur la frontière du Nord, des considérations stratégiques opposèrent bientôt les deux hommes. Carnot s’était déjà prononcé pour la guerre de conquête, en 1793, et proposait l’annexion de la Flandre maritime, alors que Saint-Just prônait une tactique strictement défensive sur la Sambre. Dans le domaine militaire, Carnot se situait aux antipodes de Robespierre, Saint-Just ou bien, Billaud-Varenne.

 

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