« La vérité du monde est éternelle et vient de l’Eternité » (Partie 1)
« La vérité du monde est éternelle et vient de l’Eternité »
INTRODUCTION
SENTENCE :
La sentence est une brève formule où est condensé le cœur de l’enseignement maçonnique.
Souvent, par habitude, les sentences du rituel sont abordées sans leur donner leur véritable signification. Il peut en résulter alors un discours convenu et conformiste, dans le cas présent, sur la vérité et l’éternité, opposés au mensonge et au temps. Ce serait là un exercice redoutable devant une assemblée de « chercheurs de vérité » assidus. On peut aussi délivrer sur ce type de sentence un discours symbolique et poétique, ce qui permet d’aligner quelques phrases qui ne veulent rien dire, aussi vite oubliées, à peine entendue. Cela aussi serait redoutable devant une assemblée rodée à ce genre d’exercices, blanchie sous le harnais, et qui a cumulé de nombreuses années de franc-maçonnerie, et donc à qui on ne la fait pas. Enfin, prendre au premier degré cette sentence, c’est troubler une partie de l’assemblée, tout ceux qui ont choisi de suivre le rite écossais ancien et accepté, tout en étant de farouche opposant à toute « bondieuserie », c’est-à-dire les frères athées ou agnostiques. En effet, parler de vérité, et aussi d’éternité, et en plus en mettant des majuscules, c’est faire entrer Dieu dans le Temple, à tout le moins faire ressurgir le grand architecte de l’univers : cela sent la calotte.
Voilà donc quelques écueils que j’ai voulu éviter : à la fois, ne pas déplaire à ceux qui prennent les sentences des rituels maçonniques au sérieux, et ne pas plaire à ceux qui ne prennent pas les sentences des rituels maçonniques au sérieux.
Dans son sens premier, la sentence suscite et implique la Joie, le bonheur, la félicité, etc. Le rêve et la béatitude en quelque sorte. Et la sentence contraire : « La vérité du monde est temporelle et vient du Temps » nous ramène à notre condition la plus humaine, à savoir la maladie, la vieillesse et la mort. La vie quotidienne et immédiate, en quelque sorte, un cauchemar. Alors que l’on sait avec certitude, et c’est une des rares vérités, que la mort est au bout du chemin, comment accepter l’idée d’éternité ?
J’attire l’attention sur le sens que l’on peut donner à la sentence :
La sentence fait sens donc. Mais, et ce à quoi je m’engage, il ne s’agit pas de poser l’affirmation, de l’éternité en a priori, sans que ce ne soit une vérité qui puisse être expérimentée par tout un chacun. Cela ne doit pas seulement être une fiction que l’on accepte pour mieux vivre, pour vivre dans la joie : dans ce cas, les tenants de l’éternité seraient des imbéciles heureux, c’est-à-dire à la fois béats, mais tout à faits imbéciles, à l’image des « salauds » de Jean Paul Sartre, qui posent l’hypothèse frelatée de Dieu, sans rien démontrer, mais parce que c’est une idée consolante qui aide à vivre et à surmonter le scandale, à la fois absurde et inévitable, de la mort. Cela serait tromper sur la marchandise. Cela donne un autre sens à la mort et donc à la vie. La seule et unique réalité, c’est « Dieu ». Eternité ou temporalité, selon le cas, est une autre relation avec la maladie, la vieillesse et la mort. Prenons l’exemple de la mort d’un frère : Si l’on identifie le frère à son corps, le frère disparaît effectivement. Mais si ce n’est pas le cas, le frère est parti, tout en étant toujours là, car au-delà de l’espace et du temps. Seul son corps, qui n’est pas lui, est atteint par la naissance, mais aussi par la maladie, la vieillesse et la mort.
Pour être plus précis quant au sens de la sentence :
La question qu’il a été demandé de traiter est la suivante : « Que vous inspire la sentence : « La vérité du monde est éternelle et vient de l’Eternité » ». Cette sentence figure dans la bouche de l’Illustre Commandeur, lors du rituel d’élévation au 32° degré.
Une SENTENCE joue souvent un rôle pédagogique et mnémotechnique : elle est alors le résumé, le fossile d’un exposé, d’un récit ou d’un mythe qu’il est demandé de raviver. Après un long SILENCE, l’Illustre Commandeur ajoute : « Mes FF.°. ?., le 32° degré est le niveau où tout se concilie, où la véritable connaissance apporte l’apaisement, le recueillement, l’AMOUR. » Cette sentence peut donc être considérée comme le résumé de ce qui a été appris au cours des 32 degrés du rite écossais ancien et accepté.
Ce sont les juges qui prononcent des sentences. Prononcer une sentence c’est conclure définitivement une affaire, une conclusion n’est qu’un point final, une solution que l’on a adoptée, parmi tant d’autres, après avoir longtemps réfléchi et hésité. « En mon âme et conscience » n’est que l’aveu d’une intime conviction qui ne repose sur aucune preuve.