Que peut-on en déduire ?
Les principes généraux exposés dans le Manifeste demeurent exacts, lorsqu’ils sont confirmés et vérifiés par la vie. Il en est ainsi, en particulier, de la thèse générale (primauté de l’infrastructure sur la superstructure), de la méthode (le matérialisme dialectique), de la nécessité de la révolution prolétarienne, et des tâches du prolétariat.
L’application de ces principes généraux varie suivant les circonstances historiques données, selon la conjoncture.
Beaucoup de passages du Manifeste ont vieilli, ne sont plus d’actualité, et datent un peu (en particulier il en est ainsi de la plus grande partie du chapitre III, « Littérature socialiste et communiste », qui analyse les différentes tendances qui se réclament du socialisme : cette analyse, naturellement, s’arrête à l’année 1847, et elle est vraie pour la période concernée).
Un point théorique – capital – a varié, étant donné l’expérience historique accumulée par le prolétariat international – et surtout par le prolétariat français – c’est la conception de l’Etat. Engels écrit : « La Commune a démontré que la classe ouvrière ne peut se contenter de prendre la machine de l’Etat et de la faire fonctionner pour son propre compte.» (27).
On peut donc distinguer deux conceptions de la machine de l’Etat :
La première conception de l’Etat est celle qui est partagée par Marx et Engels jusqu’à l’expérience de la Commune de Paris, et c’est donc celle qui est implicitement contenue dans le Manifeste. Selon cette conception, l’Etat est un instrument neutre, au-dessus des classes. Conséquence : il faut l’arracher des mains de la bourgeoisie, actuelle classe dominante, et s’en servir pour réaliser les intérêts de la classe ouvrière. Selon ce point de vue, l’Etat, représentant les intérêts de la classe entière, est accaparé par une classe particulière pour servir ses intérêts propres.
Mais, en tenant compte des enseignements de la réalité, Marx et Engels n’ont jamais hésité à réviser des points de doctrine.
Aussi la seconde conception de l’Etat, tirée de l’expérience de la Commune de Paris, et exposée dans le livre de Marx, la Guerre civile en France (28), affirme que l’Etat est un instrument de classe : il porte la marque de la classe dominante. Il faut non pas s’emparer de l’ancien appareil d’Etat, mais le détruire, le briser, pour le remplacer par un nouvel Etat, pour édifier un Etat propre à la nouvelle classe dominante.
CHAPITRE II
INTRODUCTION DU MANIFESTE ET PLAN DE L’OUVRAG
INTRODUCTION
Le communisme (idéal des ouvriers) constitue déjà une force, dont on ne peut pas ne pas tenir compte. Il constitue un spectre et fait peur aux classes dirigeantes de tous les pays qui se liguent contre lui, car il constitue l’ennemi abhorré commun de tous les privilégiés. Souvent, ce mot joue un rôle de repoussoir, d’injure, d’épouvantail entre ennemis politiques. Ceci démontre que la classe ouvrière, à l’étape de sa formation en tant que classe, constitue déjà une puissance.
Mais il devient nécessaire d’exposer clairement quel est le programme des communistes, pour l’opposer aux mensonges, aux calomnies et aux préjugés dont est victime le communisme.
Une question qui, aujourd’hui, est plus que jamais actuelle, se pose : qu’est-ce que Marx entend par parti ? Est-ce l’ensemble de la classe ouvrière ? Est-ce l’ensemble potentiel des chefs du prolétariat ? Est-ce l’avant-garde ? Et puis aussi, qu’est-ce qui dans cette conception marxiste du parti demeure valable et qu’est-ce qui est dépassé et appartient à l’histoire ?
PLAN
Le Manifeste du parti communiste est composé de trois chapitres.
Dans le Chapitre I, « Bourgeois et prolétaires », après avoir dessiné rapidement le tableau de l’histoire jusqu’à leur époque, Marx et Engels font une description sociologique des deux classes essentielles qui caractérisent le système social moderne, le capitalisme. Quelle est la genèse de ces classes, leur développement et leur avenir ?
Dans le Chapitre II, « Prolétaires et communistes », Marx et Engels définissent le rapport entre la classe ouvrière et le parti communiste, ainsi que le but ultime, final, du mouvement ouvrier : le communisme.
Enfin dans le Chapitre III, « Littérature socialiste et communiste », Marx et Engels exposent une vue générale de toutes les tendances dites « socialistes », développées à leur époque, et plus particulièrement, quel est le rapport que les communistes entretiennent avec ces autres courants se réclamant du socialisme.