RESUME DE LA THESE GENERALE DU MANIFESTE : LE MATERIALISME HISTORIQUE.
Selon l’aveu même de Engels, le Manifeste, quoique œuvre commune et collective, appartient pour l’essentiel à la main de Marx : celui-ci était en possession des idées qui y sont contenues dès 1845. En quoi consistent ces idées ?
SUPERSTRUCTURE ET INFRASTRUCTURE
Dans toute société de classes, on peut distinguer deux aspects :
D’une part, la production des biens, et leur répartition, leur distribution. C’est l’infrastructure.
D’autre part, un ensemble d’institutions, des appareils d’Etat (justice, armée, éducation, etc.) et des appareils idéologiques (religions, partis, etc.). C’est la superstructure.
Qu’est-ce qui est premier et fondamental ? C’est le mode de production et d’échange, et c’est lui qui détermine la superstructure : la structure sociale dérive de l’infrastructure, elle en est un effet et une conséquence. Autrement dit : avant que de penser, l’homme mange et produit, travaille.
CONCEPTION DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITE
De cette idée fondamentale, matérialiste, (base matérielle d’abord, structure sociale, « société civile » ensuite) découle la conception historique de Marx et Engels, selon laquelle on peut distinguer trois étapes :
Avant l’histoire (avant l’ « histoire écrite »).
L’homme sort de l’état animal. C’est l’organisation sociale primitive, caractérisée par la propriété commune de la terre. Il n’y a pas de classes sociales et donc pas encore d’Etat.
L’histoire.
Apparaissent les classes sociales et donc les luttes de classes, les rapports exploitants/exploités, avec des classes dominantes et des classes dominées.
Marx distingue différents modes de production (16) : jusqu’à son époque l’humanité a parcouru trois étapes dans les pays de l’Europe, l’esclavagisme, le féodalisme et le capitalisme.
Après l’histoire.
C’est le but à atteindre, le communisme supérieur, où n’existeront plus ni classes sociales, ni Etat. C’est en somme la fin de l’histoire, la fin de l’histoire « animale » au cours de laquelle l’homme lutte non seulement contre la nature, mais aussi contre l’homme, et exploite son semblable.
Il y a donc – à travers différentes étapes – un progrès dans l’histoire.
L’époque actuelle (l’époque de Marx) est celle qui se caractérise par l’opposition entre la bourgeoisie et le prolétariat : la classe la plus opprimée, le prolétariat, en se libérant de la bourgeoisie, libère l’ensemble de l’humanité, et permet d’accéder à l’étape supérieure de l’humanité.
IMPORTANCE DE LA THESE
Cette thèse (l’infrastructure fonde la superstructure) est la base de la science de l’histoire. Elle rend une conception scientifique de l’histoire possible. On peut établir un parallèle entre Marx et Darwin (24) : de même que Marx a révolutionné la science historique, Darwin a introduit, dans les sciences naturelles, les idées du transformisme (25).
CE QUI A CHANGE DEPUIS 1847
Depuis la rédaction et la publication du « Manifeste », l’histoire n’a pas cessé de progresser. Le Manifeste conserve-t-il encore son actualité en 1888 (et aujourd’hui, pourrait-on également se demander) ? A-t-il vieilli, et n’est-il plus qu’une pièce de musée ? Est-ce encore un livre vivant qui correspond à la vie actuelle ?
Les principaux progrès de 1847 (rédaction du Manifeste) à 1888 (rédaction de la « Préface » d’Engels) sont : les progrès de la grande industrie, les progrès dans l’organisation de la classe ouvrière et les nouvelles expériences pratiques du mouvement ouvrier (révolution de février 1848 et Commune de Paris (26) en particulier).