18 août 2024
Un bout de terreur
pourrait se transformer en tente
La patrie a des murs en tissu
elle frissonnerait si le soleil se couchait
Pas de chiens dans notre ville
J'ai faim
Tout le monde veut hurler
ou pleurer
les rues regorgent de bruits
Tu es affable
tu ne te battras pas pour vivre une heure de plus
voire moins
Personne ne t'entend de toute façon
20 août 2024
Nous voici
sans patrie
sans maison
sans tente
sans trottoirs
Seules les files d'attente encerclent notre existence
22 août 2024
Imagine que tu résistes dans une ville où il n'y a rien d'autre que la mort et la peur dans les rues
Désolée, il n'y a pas de rues dans la ville où nous sommes
Je ne crois pas que tu puisses l'imaginer
car moi aussi je rejette cette image
24 août 2024
Je crois que toute cette mort ne passera pas sans que la terre ne se venge
29 août 2024
Nous sommes la botte de foin soupçonnée de cacher l'aiguille
Alors ils ont dressé un bûcher
30 août 2024
A la guerre tu ne peux écrire sur l'amour ou le temps qu'il fait
tu ne peux parler de ton café ni faire la grasse matinée
Je veux un temps ordinaire pour me cacher
avoir une rouge à lèvres dans mon sac par exemple
31 août 2024
Au milieu du jeu, un papillon meurt écrasé par les applaudissements
10 septembre 2024
Depuis hier les larmes bouillonnent en moi
J'essaie de trouver une issue pour évacuer cette brûlure
En allant au travail, je croise une file de cortèges funéraires
en provenance de l’hôpital Nasser
Le visage de la mort se tourne vers moi
Rien n'explique cette proximité entre moi et le sens caché par ce linceul
Les oiseaux dans ma tête essayent à la hâte de poser des questions
Pleurer à cet instant brouille la scène
16 septembre 2024
Douloureux lexique appris pendant cette guerre
jamais je n'ai autant senti la cruauté des mots qu'aujourd'hui
face au panneau Service de gestion des cadavres
20 septembre 2024
Le sens de chaque chose a changé en une année
la mer, le sel et même le sable parlent une nouvelle langue
chaque matin tu naîtras avec une nouvelle vision des choses
que tu poursuives le cycle de la vie ou le brises
c'est une action
26 septembre 2024
Chaque soir
j'étreins mes enfants
pour m'endormir
l'amour est une angoisse commune
27 septembre 2024
les héros ne meurent pas
ils attendent que les portes se referment pour ressentir la peur
30 septembre 2024
Démembrés, en morceaux, même la mort ne pourrait nous rassembler.
1° octobre 2024
Nous sommes traversés par une guerre régionale.
3 octobre 2024
A chaque nouvel enterrement croisé
le nombre d'accompagnants diminue
Dans mon pays les morts sont légion
Solitude des funérailles et fosses communes
4 octobre 2024
Une moitié de pays et une mort complète
11 octobre 2024
Un jour, ta survie t'achèvera
14 octobre 2024
Lorsque tu m'interroge sur ma peur
je parle de la mort du marchand de café
de ma jupe devenue le toit de la tenue
de la chatte abandonnée dans la ville vide
qui miaule dans ma tête
Je veux un gros nuage qui ne pleut pas
et un avion qui livre des confiseries
et des murs colorés
pour dessiner une petite fille avec des bras
qui sourit
Ce sont les rêves de tente
Je t'aime
j'ai assez de courage
pour escalader un bâtiment inexistant
pour me blottir dans tes bras
et avouer
que je vais bien
Tu peux répéter la question
18 octobre 2024
Tout le monde applaudit la survie des factions
Personne ne voit le peuple appelant à l'aide
depuis le grand bûcher
*
Ceci n'est pas une guerre mais un génocide
quiconque l'approuve par héroïsme et pour résister
est un criminel de guerre
23 octobre 2024
Faim
froid
errance
et mort
voilà toute notre fortune
*
Génocide sous toutes ces formes dans le nord
Bombardements et famine dans le sud
*
J'ignore comment la mort peut résister si longtemps
et ne jamais ressentir la fatigue des vendanges
24 octobre 2024
Frappes d'artillerie hystériques à Khan Younès
Comme si nos corps étaient effacés de nouveau
*
Qui peut convaincre le vent que nous ne sommes que des cerfs effrayés par la voracité de la jungle ?
25 octobre 2024
Que tous ceux qui ont du pouvoir
chaque activiste et chaque journaliste
tout individu capable de porter notre voix
qu'ils disent tous, maintenant:
nous voulons arrêter cette mort
nous devons faire quelque chose
nous ne sommes pas d'insignifiants leviers
faisons pression dans le bon sens
cette mort, ce génocide
doivent cesser
les crimes ne s'arrêteront jamais seuls
*
Peut-être sommes-nous tous encore sous les décombres
puisque le monde ne nous voit pas
Les corps gisant dans les rues
ne sont qu'une illusion
Ne faites pas attention
Bon vendredi
30 octobre 2024
Pourparlers
Propositions
Réunions
Accords
Manœuvres
Mais souveraineté
de la mort et de la faim
1° novembre 2024
A quoi penses-tu ?
A une tasse de thé à peine sucrée
à un bout de pain qui ne sente pas le moisi
d'être devant mes fourneaux et préparer un repas appétissant
pour mes petits
à un robinet pour me laver le visage
à des vêtements élégants après un shampoing tonifiant et parfumé
à un petit spray de parfum
à un lit chaud
et à un coin où poser ma tête et pleurer
Sois Gaza
Journal (octobre 2023-novembre 2024)
Neama Hassan