Socialisme ou barbaries
Lettre ouverte à mon ami Alain A.
(Partie 5)
Si le peuple français aspire à changer le vieux système, il est certain qu’aujourd’hui, dans la grande majorité, il ne choisit pas la solution fasciste : le taux d’abstention aux diverses élections en est la preuve. La situation actuelle est la suivante : détruire l’ancien système, mais sans avoir encore conscience du nouveau système à mettre en place. Sans doute, le fascisme peut profiter d’une opportunité (guerre extérieure, comme en 1940, coup d’Etat, ou guerre civile), pour prendre le pouvoir. Même par l’entremise des élections, comme Hitler, en 1933. Mais alors il n’aura aucune légitimité, et surtout, il ne pourra proposer aucune solution crédible, à long terme. C’est pourquoi le fascisme peut dominer cinq années, cinquante années, ou plus, le capitalisme est condamné à terme : qu’est-ce un siècle, au regard de l’Histoire ? Ce qui devrait faire réfléchir tous les dictateurs en herbe, ce sont les exemples chiliens et argentins : souvent, encore vivants, ils se font rattraper par la justice, simplement bourgeoise de leur pays. Que ce serait-il passé, avec Pinochet, et Internet ? Les fascistes de Daesh, Etat Islamique, auront disparu depuis longtemps de la surface de la terre, que leurs pérégrinations, sur Internet, continueront de circuler, pour la plus grande éducation des générations futures ! Imaginons des salles de torture, filmées, et mises sur Internet ! Même les pires déchets humains, comme Kadhafi et Saddam Hussein ne pourront survivre longtemps à de telles images ! C’est peu de dire que la classe bourgeoise, grâce au progrès technologique, creuse sa propre tombe. Car si la tendance fasciste, mise en pleine lumière, est insupportable, il en est de même de la variante libérale. Comment supporter l’étalage de la vie quotidienne bourgeoise, non seulement sur Internet, mais encore sur les écrans de télévision, sans avoir une envie irrépressible de mettre à bas le vieux système ? Ainsi, les princesses de Monaco ont le beau rôle lorsqu’elles s’étalent dans des tabloïds complices et font rêver ! Mais que penser d’une publicité quotidienne, qui étale les bourrelés les plus nauséabonds, d’une vie quotidienne ? L’image immédiate ne permet pas toujours à l’idéologie dominante de construire autour d’elle une « histoire » capable d’embobiner le spectateur. L’image, parfois, parle d’elle-même !
Nous voici de retour à la situation des classes sociales en 1945 : se contenter de se mettre sous la direction de la bourgeoisie, en acceptant le jeu électoral, c’est le maintien du capitalisme en l’état pour les soixante dix prochaines années.
Sans doute, la lutte des classes a toujours été au centre de la société française. Malgré divers mouvements de révolte, (Mai 1968, violences urbaines de 2005,…), la lutte de classes était masquée par un capitalisme florissant, capable de partager les miettes avec les plus pauvres (Trente années « glorieuses »), ou une classe politique unie sur l’essentiel, le maintien des institutions de la V° République, dont notamment la trahison ouverte du Parti « Communiste » Français (Quarante années piteuses). L’approfondissement de la crise économique et sociale depuis 2008 ouvre une nouvelle période historique, avec la mise au cœur de la société française d’une lutte des classes ouverte, qui cherche un débouché : la révolution prolétarienne. Les manifestations les plus visibles de cela sont :
La réapparition de deux fractions opposées de la classe bourgeoise, le fascisme, et le républicanisme bourgeois (représentés respectivement, en 1940, par Philippe Pétain et Charles de Gaulle, et aujourd’hui, par l’UMPS et le Front National) ; ce n’est pas un hasard si le Parti Socialiste de Lorraine envisage de fusionner une liste commune avec l’UMP pour les élections régionales de fin 2015, face au danger frontiste ! Egalement, la liste du Parti Socialiste, n’a pas hésité à se maintenir au second tour de ces mêmes élections pour faire passer la liste du Front National !
Il n’est pas difficile de comprendre les divers accords électoraux entre l’UMP et le Parti Socialiste : il s’agit de collusion entre bourgeois, au nom du front « républicain » bourgeois pour se répartir les places. Que penser d’un élu UMP, élu avec les voix du Parti Socialiste ? N’est-ce pas une ligne politique fantaisiste qui en résulte ? Fantaisiste, bien sûr au regard des électeurs populaires, mais liste tout à fait cohérente, dans la pratique, du point de vue des intérêts bourgeois, partagés par les deux partis. Le seul objectif stratégique est bien de préserver le vieux système. En tout cas, si les masses populaires doivent apporter leurs suffrages aux élus de l’UMPS face aux élus du Front national, cela doit être en échange d’avantages en nature tangibles (pouvoir d’achat, baisse d’impôts, etc.) !
Tous les élus socialistes gagnants lors des élections départementales de 2015 le sont grâce au front républicain bourgeois. Les duels classiques droite/gauche, ont souvent été perdus par les « socialistes ». Le front des républicains bourgeois a toujours été le front des nantis.
La difficulté de mettre en œuvre les anciennes formules pour régler la contradiction principale entre bourgeoisie et prolétariat, dont les élections à tout crin et à tous les niveaux, est de plus en plus manifeste. Les masses populaires et les classes moyennes désertent de manière durable les urnes. L’abstention est un désaveu de toute l’ancienne classe des élus bourgeois. Il reste au prolétariat à franchir un pas de plus : seul leur intervention directe dans les affaires publiques, et le renversement de l’Etat ancien, est susceptible d’apporter une solution durable aux diverses contradictions (Chômage, extension de la pauvreté, écocide,…). Outre les abstentionnistes, de nombreux électeurs du Parti Socialiste, qui s’imaginent que ce parti contient encore dans sa ligne politique une once de véritable socialisme, mais aussi de nombreux électeurs du Front national, attirés par l’aspect « socialisme » de la ligne sociale du national-socialisme, aspirent à des solutions socialistes ! Le mécontentement et le besoin de démocratie populaire et réelle recherchent la seule expression possible : la révolution socialiste et le renversement de l’Etat ancien.
La mise sur le devant de la scène de formules de remplacement, comme la VI° République, par tous les trotskystes et révisionnistes, et tous les aventuriers prêts à se mettre à la solde des privilégiés, cinquième colonne de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière.
Les élus politiques ont-ils pris la mesure du besoin de changement ? Ils sont restés en retrait par rapport aux souhaits populaires et se positionnent sur des formules du passé, comme « le retour de la croissance, l’inversion de la courbe du chômage, etc. ». C’est là un pari sur l’évolution cyclique de l’économie ; si ces réformettes sont acceptées, c’est la certitude du maintien des privilégiés bourgeois aux postes de commande, et l’augmentation de la pauvreté et de la précarité pour le grand nombre.
La déconnection entre les élus et la réalité sociale est complète. Alors que le ventilateur (l’ancienne société) ne dispose plus d’énergie, il continue de tourner : à peine terminé le cirque électoral des élections départementales, pour occuper les esprits, les médias mettent en route les mises en scènes des élections régionales, en décembre 2015, et des élections présidentielles, en 2017. Comme si de telles formules avaient jusqu’à présent apporté des réponses aux diverses contradictions, dont la plus exacerbée est l’augmentation à la fois des bourgeois les plus riches et du grand nombre des dépossédés ! Comme si le changement de président de la République allait changer quoi que ce soit dans la vie quotidienne du peuple !
Ce n’est pas le gouvernement, ou les élus, qui créent de la déception. Ce qui impliquerait qu’il suffit de remplacer le gouvernement, ou les élus : c’est là une illusion entretenue par les révisionnistes et les trotskystes. Ce qui crée la déception, c’est le vieux système : c’est donc bien celui-ci qu’il convient de détruire. Le gouvernement et les élus ne sont que les piliers du vieux système.
L’apparition, en pleine lumière du fascisme, est une résurgence de la lutte de classe ouverte. Ne nous y trompons pas ! Lors du conflit entre Charles de Gaulle et Philippe Pétain, entre 1940 et 1945, il est possible de distinguer les diverses fractions bourgeoises :
Ceux qui sont demeurés fidèles soit à la tendance de Philippe Pétain (comme Jean Marie Le Pen), ou soit à la tendance gaulliste ;
Ceux qui sont passés d’un camp à l’autre, comme par exemple François Mitterrand, qui, après l’échec prévisible du fascisme à partir de 1943, passe dans le camp de la bourgeoisie républicaine.
Le camp communiste et ouvrier n’a pas su garder son autonomie, et a été berné, par opportunisme (Maurice Thorez) par de Gaulle.
L’avenir dira si certains représentants bourgeois demeureront fidèles aux principes de la république bourgeoise, y compris lorsque les forces populaires, dirigées par le parti du prolétariat, prendront le dessus.
S’allier tactiquement avec l’une ou l’autre fraction, lors du processus révolutionnaire, est possible, sous réserve que les forces populaires conservent leur autonomie, et ne deviennent pas une force d’appoint d’une ou l’autre fraction bourgeoise.
Si une fraction bourgeoise républicaine est véritablement prête à entamer une lutte sans merci contre le fascisme, elle doit le démontrer en s’adjoignant les forces populaires, et pour ce faire, elle doit accroître les forces démocratiques et économiques du peuple (démocratie populaire, création d’emplois, lutte contre les dérives du capitalisme de toutes sorte : fuites des capitaux, etc.).
La bourgeoisie républicaine, pour vaincre le fascisme, a besoin du peuple ; si elle ne veut pas être vaincue, elle doit « lâcher du lest », et donner diverses satisfactions politiques et économiques aux masses populaires (pouvoir d’achat, etc.). Mais il faut aussi tenir compte de la communauté d’intérêts de la classe bourgeoise dans son ensemble, et si celle-ci se sent en péril, rien ne l’empêchera de se réfugier derrière une option fasciste. Cette option fasciste sera le prélude au socialisme ! Mais sans doute après une lutte violente, implacable, sans pitié !
Jean Marie Le Pen (ou sa fille, Marine Le Pen, ou sa nièce, Marion Le Pen) incarne ouvertement la stratégie fasciste, ligne politique que Marine Marion Le Pen incarne au niveau tactique. Ce que le Front National peut reprocher à Jean Marie Le Pen, c’est d’exposer aux regards de toute la population, la stratégie fasciste. Mais pourquoi prendre les citoyens pour des imbéciles ? Au mieux la majorité du peuple peut prendre le Front National comme une épine pour extraire l’autre épine, l’UMPS, et mettre les deux épines « au feu ».
La mouche du coche :
Le Front National est l’ennemi principal. Sans aucun doute : car c’est le nouveau visage du fascisme, qui est la fraction la plus agressive de la classe bourgeoise. Pour ce faire, il faut un front uni, y compris avec la fraction dite républicaine de la classe bourgeoise. Refuser cela, c’est de l’opportunisme de gauche, du gauchisme, et du purisme révolutionnaire, c’est-à-dire être révolutionnaire en paroles, opportuniste dans les faits. Mais à quelle condition établir ce front uni ?
L’action de Mao Tsé-toung, et celle du Parti communiste français nous donnent la réponse.
Faire un front uni, c’est une tactique, qui ne doit pas faire oublier les intérêts objectifs de la classe ouvrière. C’est ne pas oublier notamment l’autonomie ouvrière par rapport à la classe bourgeoise. Sinon, c’est tomber dans l’opportunisme de droite, et ce mettre à la traîne de la bourgeoisie. Faire un front uni, est-ce fondre les forces de la classe ouvrière et les mettre au service de la bourgeoisie ?
Combattre le fascisme, c’est aussi défendre, outre la liberté, les intérêts de la classe ouvrière, le droit au travail pour tous, et le niveau de vie. Faire l’union avec la bourgeoisie, c’est aussi obtenir des acquis sociaux, une politique bourgeoise plus favorable au peuple et moins favorable aux monopoles. Oui à l’union avec la bourgeoisie « républicaine », contre le Front national, mais avec les constats suivants :
Enfin, le système électoral est bien au point : il permet de ranger les forces populaires, à chaque fois, derrière l’une ou l’autre fraction bourgeoise. Aujourd’hui, en brandissant la menace du fascisme.
Qu’on le veuille ou non, l’abstention est un rejet du vieux système, de même qu’une partie des masses qui votent pour le Front National, afin de desserrer l’étreinte du mode de production capitaliste.
Que penser de Mao, faisant un Front uni avec les forces conservatrices du Kuo Min Tang, contre les Japonais, sans préserver l’autonomie du peuple ? Inversement, les dirigeants du Parti Communiste Français n’ont-ils pas après 1945, abandonnés les intérêts du peuple et mis celui-ci sous la direction de la bourgeoisie « républicaine », représentée par le général de Gaulle ? Sans doute, il fallait s’unir avec la fraction « républicaine » de la bourgeoisie, pour combattre le nazisme et la fraction fasciste de la bourgeoisie mais sans abandonner pour autant la ligne stratégique du prolétariat.
Appeler à voter pour les représentants de la bourgeoisie « républicaine », contre le fascisme, c’est se comporter comme la mouche du coche.
C’est diluer les intérêts de la classe ouvrière derrière un chef de file bourgeois, alors qu’il convient de se battre à la fois contre le fascisme et pour l’autonomie du peuple. Il est nécessaire aussi de réfléchir aussi sur la mécanique électorale mise en place par la bourgeoisie tout en précisant quels seront les éléments à mettre en œuvre pour instaurer une démocratie populaire. Que le fascisme puisse accéder au pouvoir par l’intermédiaire de ce système soi-disant « démocratique », indique suffisamment les limites de ce système. Le message envoyé par les abstentionnistes et de nombreux votants du Front National est pourtant clair, même s’il se heurte à une bourgeoisie « républicaine » autiste : la meilleure façon de lutter contre le fascisme, c’est de lutter contre le chômage et pour un revenu digne pour tous. Voilà des années que la bourgeoisie de droite, comme de « gauche » refuse d’entendre ce message et espère à la fois maintenir ses profits exorbitants, et aussi rester au pouvoir. Alors, voter pour cette bourgeoisie là, sans en même temps maintenir et développer l’autonomie prolétarienne, n’est-ce pas perpétuer un état de fait qui profite aux nantis ? Les fractions bourgeoises raisonnent en terme d’intérêts économiques : dans l’étape actuelle, quelle fraction défendra le mieux les intérêts de l’impérialisme français ? Pour le moment, c’est la fraction « républicaine ». Le peuple peut faire un front uni avec cette fraction contre la fraction fasciste, mais en conservant son autonomie et en défendant ses intérêts propres.
Si la situation actuelle a des points communs avec les années 1930, il ne faut pas pour autant calquer les périodes les une sur les autres. Depuis cette date, le capitalisme français a grandement évolué, et il s’est « modernisé ». Ainsi, rien n’empêche, l’une ou l’autre fraction républicaine de montrer quelle est à même de mieux gérer l’impérialisme français que la solution Front National, y compris en mettant en œuvre une option fasciste, en mobilisant à sa suite les masses populaires par l’entremise des élections : c’est ce qui explique l’aspect va-t-en guerre de François Hollande, pour défendre dans le monde les intérêts des grands monopoles, et également la mise en œuvre de l’état d’urgence, sous prétexte de lutter contre le terrorisme fondamentaliste. C’est aussi le cas de Nicolas Sarkozy, qui développe des thèmes identitaires et fascistes : la question est que, jusqu’à présent, il n’a pas mis en œuvre ces éléments, mais s’il obtient une adhésion électorale des masses populaires, rien ne l’empêchera de faire une politique fasciste, au service de la classe bourgeoise, sans le Front National. C’est pourquoi les adhésions de la bourgeoisie à une lutte cohérente contre le fascisme ne sauraient concerner que des individus et non la classe dans son ensemble. Voilà pourquoi, dans le cadre du front uni contre le Front national, l’aspect principal est la consolidation de l’autonomie ouvrière.