RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 1)
PROLOGUE
Les amis de Pierre Quader publient in extenso les cinq cahiers retrouvés par hasard.
Pierre Quader (1915-1985), père de famille et ouvrier, dessine un cheminement spirituel qui expérimente les voies de l’amour, du travail et de la prière.
Le premier cahier décrit la matière première, le fils d’homme, la personne telle qu’elle est vue par les autres. Puis le second cahier dépeint sous diverses formes l’outil de transformation qu’est le pur amour ou feu divin. Ensuite le troisième cahier représente la méthode, ou fils de Dieu, c’est-à-dire la personne telle qu’elle est en Soi. C’est la répétition d’une méditation quotidienne dans le cadre d’un cycle annuel. Enfin dans le quatrième cahier apparaît la personne telle qu’elle se voit elle-même dans le miroir de son journal, ainsi que la fusion avec le Soi par réintégration progressive de l’Un.
« Dieu est mort » annonçait un philosophe à la fin du XIX ° siècle. « Je suis Dieu. Je n’ai ni naissance ni mort. Je ne suis pas le corps, mais j’ai un corps » répond Pierre Quader, ouvrier et oeuvrant.
Ce témoignage, qui s’adresse à l’homme de la rue et au voyageur en quête, dans la lignée des « Récits du pèlerin russe » publiés pour la première fois en 1870, est une aide pour le chercheur d’absolu en ce début du XXI ° siècle.
C’est une illustration de la maxime de Ramana Maharshi : « Le corps est la croix. Jésus, le fils de l’homme, est l’ego ou l’idée « Je suis le corps ». Après avoir été crucifié, il est ressuscité comme le Soi glorieux – Jésus le fils de Dieu ! ».
L’Editeur
CAHIER NOIR :
FILS D’HOMME
Quand on imagine, Pierre Quader, l'impression générale est celle d'un personnage assez anodin qui représente un exemplaire de ces milliers d'individus du peuple que l'on croise tous les jours sans jamais vraiment les remarquer. Il offrait l'apparence de quelqu'un ayant peiné toute sa vie et dont on présume invariablement en suivant l'enterrement qu' « il n'a pas eu sa chance ». Parfois au hasard d'une rue, la rencontre d'un homme d'une cinquantaine d'années environ, présentant une silhouette redressée, maigre et osseuse, les cheveux encore naturellement colorés d'un beau brun foncé, bien peignés et coupés à ras du cou, un visage fin et un long nez, affublé de vêtements usés, fripés et même sales qui l'identifient plus à un épouvantail ou à un clochard qu'à une honnête fréquentation, incite presque automatiquement à murmurer en son for intérieur : « Ce pourrait être lui ». Si de surcroît au fond des yeux de ce passant juste entrevu se dessine une tristesse infinie de chien rossé, voilà le tableau ressemblant et achevé.
Malheureux, Pierre Quader l’était énormément, comme si le monde entier pesait de son poids sur ses épaules et cela l’acculait, surtout sur le tard, à ingurgiter de l’alcool au-delà du bon sens pour fuir ce sentiment insupportable de frustration qui l’étouffait. Mais assailli par l’ivresse et abasourdi, il sombrait dans une mélancolie plus profonde qu’il communiquait à son entourage, car alors tout ce qu’il touchait lui remémorait de façon amplifiée son inutilité et sa lassitude. A ces moments, la honte l'oppressait ; cette humiliation se rattachait à la fois à la situation misérable dans laquelle végétaient sa femme et ses enfants, état dont il s'estimait malgré tout extrêmement responsable et en partie la cause, à la considération de l'endroit déplorable où il résidait, à la profession universellement déconsidérée et mal rétribuée qu'il occupait, à son passé et à son avenir, en quelques mots au sort injuste qui s'acharnait sur lui.
Tout accablait et blessait cet écorché vif. Descendant d'une race de vignerons, le plus malingre d'une famille nombreuse qui comptait rien de moins que dix enfants, dont il était le troisième, il lui collait à la peau au long de sa vie un détail rappelant sans cesse ces origines agraires, non pas tant au point de vue physique comme la démarche pataude ou l'expression et l'intonation des mots « sentant bon le terroir», mais plutôt un trait de caractère : il développait une conception étroite et matérialiste des événements et apportait beaucoup d'entêtement dans ce qu'il entreprenait.