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blog de réflexion sociale

RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 16)

 

RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 16)

 

Au début, Pierre Quader n'y déférait pas trop d'attention, opinait du bonnet mais alléguait par-devers soi qu'il avait bien le temps de voir venir. Mais à force de le turlupiner, l'envie causée par ses frères et ses amis plus jeunes mais ayant néanmoins déjà convolé en justes noces, petit à petit, son centre d'intérêt se cristallisait : il lui fallait trouver une femme ! Lorsque Thérèse Ditz se présentait au comptoir du magasin de ses parents, faisant des emplettes, Pierre Quader la regardait d'un autre oeil : il l'avait d'abord évalué un peu sotte, non dégourdie, et sans charme aucun, même un peu empotée avec ses cheveux châtains clairs frisés pendant en touffes rebelles au peigne sur les épaules et mal fagotée. « Quel laideron empesé indigne de moi ! Elle n'a rien pour elle ! » La brocardait-il, faisant le difficile. Passant en revue toutes les femmes encore disponibles et avantageuses, constatant que plus d'un avait l'oeil vrillé sur Thérèse et qu'elle l'aiderait à asseoir une situation, il se ravisa : « Tant pis, c'est une fille bien utile et gentille ! » Il acquiesça et jeta son dévolu sur Thérèse Ditz : « Elle sera ma femme. Pierre Quader découvrit que même dans la noblesse qui suintait des attitudes de Thérèse, il y avait quelque chose de piquant et d'excitant : il la dominerait que mieux et la styliserait tel qu'il désirait. A compter de ce moment là, l'affaire était comme réglée : Thérèse Ditz lui était destinée depuis toujours, qu'elle le sache ou non, et dans sa tête, il se comportait déjà en maître du logis.

Mais Pierre Quader étant timide, comment régulariser et avaliser la situation ainsi créée, avec l'accord de l'intéressée, Thérèse ? Il ne doutait pas de son charme personnel, mais n'osait pas l'approcher. Présent partout où il pouvait la rencontrer, empruntant volontairement plusieurs fois par jour le chemin longeant la ferme des Ditz pour tenter de la voir ne serait-ce que quelques secondes, patrouillant dans les parages des champs appartenant à monsieur Ditz, la croisant sur la route chaque fois qu'elle quittait ou réintégrait son domicile, embusqué et l'épiant, il éprouvait une violente jalousie quand un autre homme, jeune ou vieux, discutait avec elle et s'enquérait, mine de rien, sur qui était cet individu, quel rapport il entretenait avec « sa » promise, exigeant absolument tout connaître de la vie publique et privée de « sa » femme et s'endormait le soir en pensant obsessionnellement à ELLE ! Mais face à elle, chaque foi, il était hors de question de l'aborder : sa langue desséchée s'immobilisait et ses jambes flageolaient, ne le soutenant plus. Quand elle était devant lui, il détournait le regard et, la tête haute, simulait le bel indifférent, comme si cette rencontre était fortuite.

Ce manège dura deux années pleines, et cela piétinerait ainsi longtemps, des mois, des années, voire toujours, d'autant plus qu'il avait beau se décarcasser, personne, en particulier Thérèse, n'y prenait garde. Il résolut fermement qu'à la prochaine rencontre, il lui spécifierait quelque chose de gentil, par exemple à propos de ses yeux bleu clair ou de ses cheveux. Chaque fois, au dernier moment, il était paralysé et muet et ne s'exécutait pas : il reportait alors à la prochaine fois et revivait en rêve cette scène de déclaration pour l’énième fois. Pour s'encourager et revivifier son énergie, il s'esclaffait : « Après tout, ce n'est qu'une petite fille, et j'ai plus de dix qu'elle. Qu'a-t-elle de si différent des autres ? C'est une paysanne de rien du tout. Moi j'ai voyagé, vu du pays et j'ai un métier. Je suis mieux costumé et j'ai plus d'attrait que tous les jeunes paysans qu'elle coudoie : eux travaillent continuellement vingt quatre heures sur vingt quatre, moi j'ai des loisirs et sa vie sera plus agréable avec moi, à la ville. Je damnerai le pion à tous ces vachers ! Ces deux ans de manoeuvre aiguisèrent le désir de s'adjuger Thérèse et Pierre Quader claironnait à qui voulait l'entendre, par bravade, qu'il vivait un grand amour. Un jour, un de ses jeunes frères, ancien camarade d'école de Thérèse, fit les présentations : quel gouffre entre le rêve et la réalité ! Pierre Quader sortit écoeuré par cet entretien et encore plus troublé : rien ne s'était agencé comme dans ses rêves les plus fous et, de part et d'autre, seules des banalités furent échangées. Il eut alternativement des périodes d'enthousiasme – « Ma compagnie lui plaît sûrement ! ». «  Elle admire mes belles mains ! » – et de scepticisme «La différence d'âge entre elle et moi nous ridiculise » « Quelle allure aura-t-elle si je l'emmène en ville ? En tout cas la glace était brisée et la conquête bien avancée, ce premier pas franchi, et Pierre Quader rassemblait ce qu'il lui restait de force pour manigancer de façon à accoutumer Thérèse à le voir déambuler dans son décor, et tisser autour d'elle des liens de façon à apparaître indispensable. Lors des rencontres passagères, tous deux babillaient quelques mots et vadrouillaient côte à côte, sans se regarder. Pierre Quader était fier à ces moments-là et délirait le reste de la journée et les jours suivants : « Je te tiens ! » marmonnait-il. Quant à Thérèse, elle badinait sur sa vie comme si elle lui était étrangère, ne se démettant jamais d'un désir personnel ou d'un mot plus haut que l'autre, la première surprise et éblouie, se délectant du fait que quelqu'un l'écoute et s'intéresse à elle, la déifie et la cajole en apparence, et bientôt, elle s'y habitua.

 

 

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