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blog de réflexion sociale

Partie 1 : "Que nous dit le mythe de la caverne de Platon pour l'homme d'aujourd'hui? "

"Que nous dit le mythe de la caverne de Platon pour l'homme d'aujourd'hui? "

INTRODUCTION

Le présent rapport ne concerne que l'allégorie de la caverne, Livre septième de "La République" .L’allégorie de la caverne représente la situation la plus commune des hommes, selon Platon, qui vivent dans l’illusion et n’ont que des opinions alors même qu’ils pourraient se tourner vers la connaissance. Ainsi, pour Platon, les hommes vivent communément comme s’ils étaient dans une caverne. 

Présentation de l'allégorie: (514a - 517b)

- Socrate invite Glaucon à imaginer le tableau suivant: des prisonniers enchaînés au fond d'une caverne , le corps et la tête immobilisés, regardent défiler des ombres sur la paroi de la caverne qu'ils ont devant les yeux, tout en percevant des échos de voix.

- D'où viennent ces ombres ? De figurines en bois et en pierre représentant des hommes, des animaux, portées , comme dans un théâtre de marionnettes, au-dessus d'un mur par des machinistes. Et ces échos ? Des voix de ces machinistes . En retrait, loin sur une hauteur - mais toujours à l'intérieur de la caverne,-, un feu brille: sa lumière éclaire ces figurines ou ces marionnettes et, passant au-dessus du mur, projette ainsi leurs ombres sur la paroi du fond de la caverne.

- On libère un des prisonniers: il peut se retourner, regarder les figurines dont il n'avait jamais vu que les ombres, mais dont la clarté, à présent, l'éblouit. On le traîne jusque devant le feu dont l'éclat l'éblouit plus encore. Son premier mouvement est de trouver les ombres qu'il voyait auparavant plus distinctes que les figurines et , a fortiori , que la lumière du feu.

- Puis on l'emmène jusqu'à l'entrée de la caverne qui est ouverte à la lumière du jour; on le sort de la caverne. Incapable alors de supporter la vue du jour, il regarde d'abord l'ombre des plantes, des animaux , des êtres vivants sur le sol ainsi que leur reflet dans les eaux, avant de lever progressivement les yeux vers ces êtres qui l'entourent et , enfin, vers le soleil lui-même.

- Le prisonnier qui a contemplé de telles merveilles ne consent pas aisément à revenir dans la caverne. Quand il redescend, ses yeux, encore tout inondés de la lumière du jour et du soleil, sont incapables de discerner les choses et les êtres qui peuplent le séjour de la caverne. Aussi est-il , du fait de sa maladresse, un objet de risée pour ses compagnons enchaînés.



Première partie: Sens de l'allégorie

- Le monde de la caverne figure notre enchaînement au monde sensible. La montée vers le monde du jour figure l'ascension de l'âme vers le monde intelligible.

- Le feu qui éclaire la caverne figure le soleil visible qui éclaire notre monde; et le soleil qui illumine le monde du jour figure le Bien qui est la source de tout ce qu'il y a de lumineux ("de beau et de droit") dans le monde intelligible, et dont la contemplation assure la sagesse. Platon: "Le soleil est fils du Bien, qui l'a créé semblable à lui-même."

- Cette allégorie représente les différentes étapes de l'éducation et de la progression du philosophe jusqu'à la science du Bien.

Les prisonniers ne cherchent pas à s'évader. La caverne, doux cocon à l'abri du réel, est un refuge où ils se bercent d'illusions. Pourquoi sortir?

C'est l'éducateur qui détache le prisonnier, le libère de ses chaînes malgré lui et le contraint à tourner la tête, à sortir de son "confort" douillet pour voir les objets réels dont il ne percevait que les ombres. La caverne représente le monde sensible, monde qui n'est pas baigné par la lumière de l'intelligence et par là symbolise la mort de l'âme. Au début, un trouble saisit l'élève, ébloui, aveuglé par la lumière intense du soleil. Le soleil est l'analogue du Bien , valeur suprême. Source, origine , cause de tout l'intelligible, le Bien est ce par quoi la pensée peut aller au vrai et se séparer des opinions, comme du monde flou et changeant de la sensation.

Celui qui acquiert cette connaissance supérieure , risquerait de mépriser les prisonniers restés enchaînés, mais le philosophe doit redescendre.



Deuxième partie: L'allégorie de la caverne dans le cadre du platonisme

La philosophie telle qu'exposée par Platon lui-même comporte une quarantaine de "dialogues", dont une trentaine qui lui sont directement attribués et sont jugés authentiques, et une dizaine qui sont discutés et posent des doutes. Plus quelques lettres. A noter que les intervenants des dialogues sont tous des hommes , à l'exception de deux femmes, citées par Socrate , et donc absentes physiquement. Des hommes appartenant plutôt à la classe aisée et noble, à quelques exceptions près, dont l'esclave interviewé dans le dialogue "Ménon". Platon , n'apparaît jamais lui-même en nom propre, il ne dit jamais "je" dans les dialogues, et donc ne présente jamais une doctrine, de façon systématique, qui serait sa doctrine propre. Bien évidemment, il a des portes-paroles, dont le principal est Socrate, son maître. Celui-ci semble présenter ses propres idées, et sa méthode, dans les dialogues dits de jeunesse, puis Platon s'affranchit de cette obligation d'exposer les idées de son maître : encore vivant, Socrate aurait dit , visant Platon, que celui-ci lui faisait dire de belles choses.

Néanmoins, dans la fameuse lettre VII, Platon affirme ne jamais avoir mis par écrit aucune thèse essentielle concernant ses façons de voir, et qu'aucune personne ne peut se réclamer de lui et présenter des idées comme étant celles de Platon.

Face à ces dénégations, deux attitudes sont possibles:

- Soit les dialogues sont des ouvrages exotériques, destinées à amuser et distraire le public et il existerait des théories, exposées directement par Platon à ses disciples directs, théories ésotériques, qu'il est interdit de propager "vers l'extérieur" ;

- Soit les théories de Platon sont un ensemble pour lequel il n'est pas possible de donner une forme , soit orale, soit écrite : autrement dit , le langage ne peut traduire ces idées, qui font partie d'une autre dimension. Il n'est possible que d'en faire l'expérience pratique.

En résumé, Platon n'expose aucune doctrine, il ne dit jamais "je" dans les dialogues, et lorsqu'il dit "je", dans les lettres, c'est pour affirmer qu'il n'a jamais rien écrit publiquement sur une quelconque doctrine, et que ceux qui se réclament de lui le font bien à tort.

Concernant l'allégorie de la caverne, il y a un premier niveau: ce qui en est exposé dans le dialogue de la "République", à l'usage de tout public. Dans un second niveau, on peut imaginer que Platon, dans le cadre de l'Académie, a donné des informations complémentaires, ne serait-ce que pour répondre à des questions sur des éléments restés sans réponse, comme par exemple:

Les silences de Platon: Qui libère le/les Prisonnier(s) ? Qui a donné une telle organisation à la société ? Notamment, qui porte les objets, et on entend les voix de qui ? Quel est le chemin suivi par le prisonnier? Pourquoi le prisonnier retourne dans la prison?

On peut imaginer les réponses suivantes:

- Le prisonnier libéré est pris en charge par un "maître" (Socrate pour Platon, Platon pour Aristote, etc. ) . Mais cela ne fait qu'ouvrir de nombreuses autres questions: Dans la Cité idéale, tous les hommes ne sont pas "libérés"; il ne s'agit que des futurs "rois/reines philosophes". Quels sont les critères de sélection? Faut-il faire partie de l'aristocratie athénienne ? grecque? barbare ? On sait que Pythagore utilisait notamment la "physiognomonie" pour choisir ses disciples... Tous les candidats parviennent-ils à l'objectif final de "philosophe" ?

- La plupart des prisonniers demeurent sur la ligne , au bord de l'écran de la caverne. Dans une société , telle qu'à l'époque de Platon, ceux qui choisissent la "conception du monde", sont, par exemple: Solon, Périclès, Les Trente Tyrans, les représentants de la "démocratie" , qui ont condamné Socrate à mort, etc. Ainsi, chaque caste dirigeante contribue à donner une orientation à la société. Dans la société idéale imaginée par Platon , ce serait donc les philosophes qui choisiraient les "objets" à montrer et les conceptions du monde .

- Sur le chemin parcouru par les candidats, il s'agit sans aucun doute d'un cheminement initiatique, qui comporte de nombreuses épreuves, cheminement qui est à la fois physique et spirituel. Bien évidemment, il y a aussi un certain nombre de connaissances à acquérir (géométrie, dialectique, etc.) . Mais aussi , un objectif primordial, c’est de "se connaître soi-même" afin de connaître l'univers et les dieux. Par exemple, on sait que dans les écoles des mystères, les candidats étaient soumis à une épreuve de mort, ou bien à la mise en présence de morts, afin de démontrer l'immortalité de l'âme. A noter que le but ultime de "roi-philosophe" est atteint aux environs de cinquante ans.

Et que sait-on de la doctrine de Socrate? Que dit-il? Peu de choses. Il n'enseigne rien, ne professe pas , ou plutôt professe ne rien savoir. Et il cherche à tester ceux qui prétendent savoir quelque chose. Il les questionne. De proche en proche , il parvient à mettre son interlocuteur en contradiction avec lui-même, lui montrant ainsi qu'il ne sait pas vraiment ce qu'il croit savoir. La tâche de Socrate est une mise à l'épreuve de nos opinions, de nos croyances, de nos pseudo-certitudes.

Il s'agit ensuite de définir des notions, c'est-à-dire de répondre à la question "qu'est-ce que... ? " le courage, la beauté, la justice, l'amour , etc. par des définitions de concepts.

Par ailleurs, sa "philosophie" est émaillée de divers préceptes et oracles, comme "connais-toi toi-même" : connais tes limites mais aussi le trésor de sagesse qui est en toi. Ou : "Rien de trop": chasse de toi la démesure de la volonté de puissance et des égoïsmes qui, loin d'être naturels, contrecarrent l'ordre divin de la nature.

-" Nul n'est méchant volontairement".

Les réponses de Socrate sont obsolètes, , à l'instar de son environnement disparu, de son antiquité évanouie .

Socrate, tué par la démocratie grecque, assassiné légalement , dans les formes , par l'assemblée du peuple : Voilà ce que Platon veut réparer. Il se donne pour mission de repenser le politique. Reconstruire de fond en comble l'assise du pouvoir, le fonctionnement des lois, les modalités de l'éducation, telles sont ses priorités. Afin que Socrate, le juste, ne puisse plus être traîné en justice, condamné, exécuté.

Sur ce chemin, ils s'emploie , en fait, à détruire la démocratie, qu'il tient pour responsable de la mort de Socrate. Il faut refaire la société. Il s'agit de "fonder notre Cité le plus correctement possible".

Lors de son procès, il semble que Socrate a été assimilé aux sophistes. On peut se demander de quel revenu vivait Socrate ? Trois hypothèses ont été posées. D'abord Socrate a été hoplite pendant trois guerres: a-t-il économisé sa solde, pour ensuite en vivre ? Ensuite Socrate a dit lui-même que c'est grâce à son épouse (la seconde dont il a eu deux fils) qu'il a été philosophe. on en a déduit que celle-ci était acariâtre, et c'est pou en prendre le contre-pied que Socrate est devenu philosophe. Socrate , entretenu par son épouse? La troisième hypothèse, c'est qu'il percevait des dons de ses élèves et disciples fortunés, comme Platon, ce qui le rapproche dangereusement des sophistes.

Pour Platon, le scandale absolu , c'est le maître juste, l'homme de la sagesse, l'amoureux du savoir -- le philosophe -- est mis à mort légalement par sa propre Cité.



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