Les francs-maçons sont-ils tous des « Charlie » ? (Quatrième partie)
La position du G.°. O.°. D.°. F.°. concernant le fascisme et l’extrême droite est limpide :
« Pour un Front Uni des républicains contre le fascisme
Les francs-maçons rappellent que, pour être membre de leur association, il ne faut pas être ou avoir été adhérent ou sympathisant d’une association ou d’un groupement appelant à la discrimination raciale, à la violence envers une personne ou un groupe de personnes en prétextant de leur origine, leur appartenance à une ethnie ou à une religion déterminée et qui propagerait ou aurait propagé des idées ou des théories tendant à justifier ou à encourager cette discrimination, cette haine, cette violence.
Les francs-maçons constatent que, suite aux élections municipales, les éléments d’extrême droite, dont le Front National et la vague « bleu marine », poursuivent inexorablement un mouvement d’implantation durable, tant au niveau local, que national et même européen. C‘est un mouvement qui s’oppose de manière irréconciliable avec nos valeurs maçonniques de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. C’est pourquoi nous appelons tous les républicains qui refusent le retour à la barbarie de se rassembler, chaque fois que possible, dans un Front Uni contre le fascisme.
Pour éliminer cette peste brune, il convient d’être vigilant et de ne pas hésiter, au moindre dérapage, à interdire purement et simplement ce type de mouvement : si aujourd’hui, les fascistes se contentent de paroles, nous savons de quoi ils sont capables si l’opportunité leur offre la possibilité d’accéder au pouvoir, comme cela a été le cas avec le régime de Vichy, de 1940 à 1945. C’est pourquoi tous les républicains doivent utiliser tous les moyens pour dénoncer la démagogie de l’extrême droite.
Cependant, si de nombreux concitoyens se tournent vers ce vote d’extrême droite, cela signifie que les paroles ne suffisent plus : chacun, à la place qui est la sienne, doit aussi agir, pour que, enfin, les droits économiques et sociaux fondamentaux (droit à un travail pour tous, logement décent pour tous, véritable pouvoir d’achat pour tous, santé et éducation pour tous,…), mais aussi les droits politiques (approfondissement des droits démocratiques, droit électoral pour tous, possibilité d’accéder aux mandats électoraux pour tous, égalité de sexe, lutte contre toute forme de discrimination, ,…), soient mis en œuvre véritablement dans la vie quotidienne.
Au nom des nombreux francs-maçons morts en martyrs, victimes du fascisme, (Pierre Brossolette, Jean Zay,…), les francs-maçons s’engagent à rester vigilants et à agir pour s’opposer à tout retour de la barbarie et à refuser toute idéologie raciste, antisémite, anti-roms ou islamophobe, qui prépare le terrain à toute nouvelle forme d’holocauste.
Avril 2014. »
Et aujourd’hui ?
Que constate-t-on dans diverses loges ? D’abord la quasi absence des habitants des quartiers dits sensibles, et en particulier des jeunes. Lorsqu’un français de religion musulmane adhère aux idéaux de la franc-maçonnerie, cela change tout de suite le contenu des débats concernant la religion musulmane. Mais parfois on constate, soit par maladresse, soit par « haine viscérale » de l’Islam, des comportements maladroits de certains « frères » : ainsi, dans une loge dite des « Hauts Grades », on a pu constater un comportement d’incompréhension, conduisant un bon frère musulman à démissionner de la loge. Quand on veut dialoguer, il faut savoir créer les conditions d’un dialogue. C’est très mal parti, quand on s’exprime de la façon suivante : « Je ne suis pas d’accord avec toi, et en plus tu es un gros con, et ta mère est une putain ! », ceci alors que l’on sait pertinemment qu’un musulman considère Mahomet au-dessus de sa mère ! Bien évidemment, on a le droit de caricaturer Mahomet, et tous les prophètes. Mais il faut auusi savoir que cela peut choquer certains croyants, musulmans, juifs, chrétiens, etc. Il faut donc savoir prendre ses responsabilités. Mais il est indigne que certains « frères », présents dans les loges, n’hésitent plus à afficher des idées communes avec le Front National, idées racistes et d’exclusion ! Au vu et au su de tous, certains sont même candidats sur des listes frontiste, ceci au nom de la « démocratie » et de la tolérance : il y a là une ligne de rupture et de fracture, car ces pseudo frères se retrouvent aux côtés des ennemis du peuple ! Cela n’a rien à voir avec l’idéal maçonnique de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, et je refuse d’être « Charlie » aux côtés de ces mauvais compagnons là.
S’il faut combattre « à mort » les fondamentalistes, dont les fanatiques musulmans qui jettent de grande hauteur les homosexuels pour les « punir », et décapitent les incroyants, il faut savoir user de méthodes non antagoniques avec les croyants. Ainsi, quel chef de service administratif n’a pas eu besoin de faire preuve d’autorité et de persuasion, pour empêcher un agent féminin de porter un simple foulard sur la tête, lorsqu’elle délivre des actes sur un guichet ?
Ainsi la franc-maçonnerie devrait s’engager à recruter plus de frères et de sœurs de religion musulmane, et à développer une notion non hypocrite de la laïcité : la laïcité est un cadre qui permet la coexistence et le débat entre toutes les croyances, y compris les athées et les agnostiques. C’est dire, qu’à l’image des pères fondateurs de la République française, en 1792, il reste encore des efforts à faire pour déchristianiser notre société et la rendre véritablement neutre.
La journée du 11 janvier est une journée des dupes :
• D’une part, les nantis, dont les élus, qui ont participé à la manifestation, espèrent maintenir le statut quo, c’est-à-dire préserver une république bourgeoise, où les droits de l’homme sont réservés aux bourgeois et aux nantis. Il faut donc continuer à tenir à l’écart les classes travailleuses, considérées comme dangereuses, les banlieues, quitte à créer un régime d’oppression et de limitation encore plus drastiques des diverses libertés. En d’autres termes, en donnant le pouvoir d’Etat aux fascistes. C’est là une impasse, qui va accentuer les divers problèmes, dont le « terrorisme » ! La fausse distinction entre « gauche » et droite disparaît face à l’union des nantis contre le peuple.
• D’autre part, la majorité des Français, qui souhaitent une république sociale, avec des droits réels pour tous. Dont la sécurité notamment pour les minorités musulmanes et juives. Là aussi le réveil est dur le 12 janvier 2015, et ces manifestant là auront aussi la gueule de bois, car ils vont se rendre compte qu’il ne suffit pas d’une manifestation, où dégoulinent les bons sentiments (« Fraternité »), pour que la majorité obtienne enfin l’application à tous des droits de l’homme : seule une révolution radicale, menée par la classe ouvrière sera à même d’obtenir ce résultat, après un parcours long et sinueux.
Cet événement historique du 11 janvier 2015 en rappelle d’autres, comme par exemple la mobilisation nationale autour du meurtre du journaliste Victor Noir, tué le 20 janvier 1870 par un membre de la famille de Napoléon III, ou bien les manifestation antifascistes de 1934, qui ont préparé le Front Populaire de 1936. . Sans être devin, un tel événement en prépare d’autres de grande ampleur.
Entre ceux qui veulent faire descendre les valeurs de la République (« Liberté-Egalité-Fraternité ») des frontons des hôtels de ville et des bâtiments publics, pour les faire vivre véritablement dans la vie de tous les jours, et ceux qui veulent continuer de bénéficier des divers droits, sans les partager avec la grande majorité des pauvres, mais en maintenant ces citations comme des sortes de vaches sacrées sur les murs des bâtiments publics, lesquels seront cocus et dupés ? Seul le proche avenir nous le dira.
Comme le déclare, Joseph Macé-Scaron, directeur du journal Marianne: « La majorité de nos élites ne croit pas aux valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité. Il nous faut les interpeller, car leurs seules valeurs, ce sont l’argent et le cynisme individuel. »
Y a-t-il encore une classe ouvrière?
Selon l'INSEE, en 2012, il y avait environ 6 millions d'ouvriers, qualifiés ou non. Chiffre auquel il faut ajouter leur famille, les demandeurs d'emploi, les retraités, les petits commerçants, etc. ainsi que les employés; cela en fait du monde! Sûrement plus de la moitié de la population totale. Mais tout est fait pour rendre cette population invisible. En 2010, plus de 50 % des salariés gagnaient moins de 1675 € par mois, dont les ouvriers en moyenne un peu plus de 1500 € !
Le Front national se vante d'être le parti qui obtient le plus de suffrages des ouvriers: mais que ce soit à Hénin-Beaumont, ou ailleurs, quand les ouvriers (et tous les petits salaires, dont les retraités) vont constater que les élus frontistes sont du côté des plus riches (voir les salaires de leurs élus), le réveil va être, je le crois, très brutal pour ces mêmes élus.
Attention, il ne s'agit pas seulement de statistiques! Il s'agit aussi des leviers économiques dont on dispose (il y a ceux qui ont les capitaux, et ceux qui ont la force de travail)! D'accord pour parler des classes pauvres, ou des classes dangereuses (plus de 50 % du total de la population française, à laquelle il faut ajouter un grand nombre d'"étrangers"). N'oubliez pas qu'en trente années, la richesse globale de la France a doublé, alors que le nombre de pauvres ne cesse de s'accroître! Comme on dit: "Ils n'ont que leurs chaînes à perdre!". J'ai eu l'occasion d'observer des luttes ouvrières de près, tant en Lorraine, que dans l'Oise et le Nord-Pas-de-Calais. Prenons un exemple récent: une centaine d'ouvriers de Beauvais (seulement une centaine!) se sont "invités" au siège de la CGT, pour demander que les "pourris" (les compromis, qui ont fait de la CGT un organe de collaboration de classe et non un outil au service des luttes de la classe ouvrière, et qui s'en mettent plein les fouilles), soient démis. Même si ces "grands chefs" représentent le pouvoir dans la confédération, à mon avis, ils devront obtempérer, et, comme on dit, tout penauds, rendre leurs tabliers (souillés). Sinon tous les "technocrates-bureaucrates" de la CGT vont voir leurs oreilles chauffer. Transposez cette démarche au niveau national ou local. Imaginez par exemple, une centaine de femmes et d'enfants, se rendant avec des casseroles vides, à l'Hôtel de ville: que fera le maire? Qu'a fait Louis XVI lorsque 5000 ménagères se sont rendues à Versailles pour demander au "boulanger" et "au petit mitron" de les accompagner à Paris?
Conclusion :
Le mouvement « Je suis Charlie » est une vraie auberge espagnole, où l’on trouve le meilleur et le pire. Et ce n’est pas sur les journalistes corrompus et au service de l’idéologie dominante qu’il faut compter pour distinguer le bon grain de l’ivraie ! Par exemple, est-il bienséant de défiler derrière les représentants d’Etats ultraréactionnaires, semi coloniaux et semi féodaux, au nom de la liberté de presse, d’expression, de la liberté tout court, et au nom de l’égalité ? Le peuple partage-t-il les mêmes valeurs que la « troïka » de Bruxelles (président de la Commission européenne, président du Parlement européen,…), derrière laquelle on l’oblige à défiler ?
Les francs-maçons sont-ils tous des « Charlie » ? Je demande d’abord aux manipulateurs de l’opinion publique ce qu’il faut entendre par « Charlie » :
Si être Charlie, c’est adhérer à la ligne éditoriale de « Charlie Hebdo », alors il faut préciser de quelle ligne il s’agit : si c’est la ligne des treize premières années d’Hara-kiri et Charlie Hebdo, ligne anticonformiste, insolente, et humoristique, alors je suis Charlie. S’il s’agit de la ligne libérale et libertaire de ces dernières années, alors je ne suis sûrement pas Charlie. Et pour la ligne éditoriale de l’avenir, on verra. Mais on peut être pour la défense des libertés, dont la liberté d’expression, sans être pour autant Charlie.
Si être Charlie, c’est défendre la liberté de la presse, je ne suis pas Charlie. Car il n’y a pas de liberté de la presse en France (à l’exception du Canard enchaîné).
Si être Charlie, c’est condamner les crimes antisémites et la barbarie fasciste, dont les attentats contre les musulmans, je suis Charlie.
Si être Charlie, c’est accepter les guerres injustes impérialistes, où la jeunesse est sacrifiée aux intérêts du CAC 40, je ne suis pas Charlie.
Si être Charlie, c’est opposer au reste du peuple les arabes et en particulier, les français musulmans, je suis résolument anti-Charlie.
Je refuse résolument de défiler derrière tous ceux qui prennent prétexte pour prôner des idées d’exclusion et de ségrégation, qu’ils se disent francs-maçons ou pas. Mais je défile sans hésiter pour qu’enfin on applique les droits de l’homme à tous les citoyens !
Si, être Charlie, c’est vouloir l’application des droits de l’homme, dès aujourd’hui, à tous les êtres humains, dont les habitants des quartiers difficiles, je suis résolument et absolument Charlie. Cela signifie l’instauration d’une république sociale et d’une démocratie populaire. Mais je doute que dans ce cas, d’autres personnes, dont des francs-maçons soient encore "Charlie". Notamment tous ceux qui prônent le statut quo : république bourgeoise et « démocratie » bourgeoise. La franc-maçonnerie grandirait son rôle à être un pont entre ceux qui ont véritablement défilé lors du 11 janvier 2015, et les habitants des quartiers difficiles, exclus de tous les droits, ainsi qu’à faire le ménage et à exclure tous les faux frères qui se réclament d’idéologies d’exclusion.