Le secret maçonnique (Partie 3)
Qu’est-ce que la VERITE ? Qu’est-ce que le MONDE ? Qu’est-ce que l’ETERNITE ?
Il y a une double définition possible de ces termes, selon que l’on se place dans le monde du serpent, le monde de la perception immédiate, ou le monde de la corde, le monde de l’éternité.
DEFINITION DE LA VERITE : Acceptons la définition classique de la vérité :
« La vérité est l’adéquation de ce qui est dit (l’intelligence) avec la chose ». Où est alors la vérité ? C’est le serpent ou la corde ? S’il existe plusieurs plans de notre existence consciente, alors ce qui est une vérité pratique sur l’un de ces plans revêt une apparence tout à fait différente et cesse par conséquent d’être vrai dès que nous nous élevons, à un niveau plus élevé d’où nous pouvons avoir une vue plus générale. La meilleure définition de la Vérité est celle que donne Jésus. Lorsque Ponce Pilate interroge Jésus : « Qu’est-ce la vérité ? », Jésus répond par le SILENCE. Donc la vérité ne s’exprime pas avec des mots, mais s’expérimente et se vit. Elle se situe dans un au-delà de la conscience relative, qui s’exprime par des pensées et des mots. Citons Ramana Maharshi : « Ce que l’on n’est pas capable de connaître, même après des années de conversations, peut être appréhendé instantanément dans le silence, ou en face du silence. (…) Le silence est le plus haut et le plus efficace des langages. »
En sanskrit, le mot satya signifie à la fois « réalité » et « vérité ». D’après l’historien Flavius Josèphe, les esséniens juraient lors de leur admission « d’aimer toujours la vérité ». Dans ce sens, le « vrai » correspond au « réel », la vérité étant ce qui n’est pas caché. La vérité exprime une existence, avec une nuance de stabilité. Le « vrai » correspond aussi au « juste ». En hébreu, la vérité renvoie à l’idée d’être. « Celui qui est » est Celui en lequel nous pouvons avoir confiance : il est la Vérité.
Découvrir la Vérité du monde, c’est donc mettre fin à l’ignorance, et cesser de voir comme vrai (le serpent), ce qui ne l’est pas. La Vérité ou Réalité du monde est éternelle.
DEFINITION DU MONDE : Le monde est l’ensemble des choses et des objets, opposés au sujet. En conséquence, le monde du serpent (celui de l’illusion), fait aussi partie du monde. On peut distinguer le monde manifesté et le monde non-manifesté. Par exemple, lorsque le dieu Shiva danse, sa danse est le monde manifesté. Lorsqu’il arrête de danser, Shiva est le monde non-manifesté, substrat du monde manifesté. C’est le monde et la vérité du monde. Tout le cosmos n’est qu’une danse d’amour.
DEFINITION DE L’ETERNITE (ET DU TEMPS) :
Le temps est ce qui a un début et une fin, contrairement à l’Eternité.
L’INITIATION : Pour nous, francs-maçons, l’initiation est le point de départ, la port qui mène du monde à la vérité du monde. C’est le voyage qui nous fait changer de regard. C’est la mort du vieil homme, et une nouvelle naissance, puisque l’initiation contribue à changer le regard sur le monde : c’est une vision nouvelle, grâce au dévoilement de la vérité du monde. Initier, c’est à la fois faire mourir et faire renaître. C’est une sortie du monde (de l’illusion), et franchir une porte donnant accès ailleurs. Initier est donc entrer et introduire. L’initié change de niveau. Tout en vivant encore dans le monde profane – auquel il ne cesse d’appartenir – l’initié pénètre dans l’éternité. Mais l’initiation n’est qu’un commencement, et le travail de connaissance se poursuit tout au long des 33 degrés du rite écossais ancien et accepté.
La voie de la lumière et la voie des ténèbres du rite écossais ancien et accepté
Dans la démarche qui mène de l’initiation au 32° degré, que se passe-t-il ?
Il s’agit de se libérer de l’ignorance, mais sûrement pas de créer quelque chose de nouveau. En effet, s’il s’agissait de créer quelque chose, ce ne serait plus l’Eternité. Chacun de nous a toujours été ce qu’il est. Mais quelque chose est venu se superposer sur cette Eternité, qui est seule la vérité. Ce qui s’est superposé, c’est l’ego, qui est une illusion, qu’il convient, non pas de détruire, mais de connaître (« Connais-toi toi-même et tu connaîtra l’univers et les dieux »).
La pierre cubique a toujours été là, et elle sera toujours là. La pierre brute est venue se superposer sur la pierre cubique, tout comme le serpent se superpose à la corde. Connaître cela, c’est s’en libérer.
De la pierre brute à la pierre cubique (ou pierre cachée) :
Un sculpteur, un créateur artistique peut prendre un bloc de pierre, un bloc de granit ; toute forme, tout visage possible sont implicitement contenus dans ce bloc de pierre. Prenons un bloc de granit ; l’artiste doit-il sculpter un cerf ou un visage par-dessus la pierre ? Non ! Toute forme est déjà comprise dans le bloc de granit et ce qu’il faut c’est un artiste capable de faire sortir ce visage ou cette forme de l’état latent vers l’état manifesté. Il en est de même du soi. Ce qu’il faut, c’est donc enlever les faux-semblants de la pierre brute pour faire surgir la pierre cubique. C’est être ce qui est éternel. Envelopper la pierre brute d’une construction artificielle, d’un fantôme éphémère, c’est construire un super-ego.
Pour paraphraser Hegel, qui écrivait : « Tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel », on peut dire ; « Tout ce qui est vrai est réel, tout ce qui est réel est vrai ». Ceci implique trois choses :
Qu’est-ce que la réalité pour le franc-maçon : la pierre cubique ou la pierre brute ?
La recherche scientifique, ou de temps en temps, une théorie nouvelle vient se substituer à une théorie ancienne, contribue à ce scepticisme à atteindre la vérité. Il faut oser aller à l’encontre de cette ignorance, et poser : cela est.
· Dans le premier cas l’objectif d’atteindre la pierre cubique est rejeté à l’infini : on peut s’en approcher plus ou moins sans jamais l’atteindre.
· Dans le second cas, je suis la pierre cubique, de toute éternité : la pierre brute, c’est de l’ignorance, quelque chose qui s’est superposé à la pierre cubique, tout comme le serpent se superpose à la corde : c’est une illusion, et je doit retrouver ma vraie nature.
· Soit chaque degré des hauts-grades devient un échelon à gravir, en espérant atteindre un jour le but inaccessible ;
· Soit j’ai conscience d’être déjà la pierre brute, et chaque échelon est une étape supplémentaire pour « me » (la pierre brute) dénuder, c’est-à-dire supprimer l’illusion entre « moi » et la pierre brute.
On peut distinguer, selon ces critères, deux catégories de francs-maçons :
De quel côté sont les véritables initiés ?