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blog de réflexion sociale

Le Minotaure Bouffi (Partie 7)

Le Minotaure Bouffi (Partie 7)

 

Le directeur général des services, Duhaut, saisit Marie-Laure d’une demande qui émane, dit-il, directement du président. Celui-ci exige que le billet d’avion de son épouse, qui va accompagner la délégation du conseil général de l’Isare dans le voyage au Liban, soit pris en charge directement par la collectivité territoriale, et figure sur une facture unique du voyagiste. Le président estime consacrer suffisamment de son temps personnel à son activité au service des isariens, pour avoir le droit de mettre en œuvre une telle prérogative.

Ainsi se met pernicieusement en marche une mécanique visant à broyer un agent scrupuleux, et donc à imposer le culte sacrificiel au minotaure. L’instrument du destin est l’épouse du président, même si celle-ci est parfaitement ignorante de ce qui se trame malgré elle, et le scénario est mis en œuvre par Duhaut. En paroles, Duhaut refuse toute dérogation à la légalité. Il souhaite une conformité, dans la forme, strictement aux textes réglementaires, quant aux apparences. Mais en réalité, tout est mis au service du culte du minotaure, rien n’y déroge, et c’est avec la plus grande rationalité, et aussi pour pouvoir survivre lui-même, qu’il va organiser le culte satanique. La résistance passive à tant d’injustices va coûter cher à Marie-Laure : livrée à elle-même, sans soutien, le président retire sa présence de la délégation et envoie à sa place, pour ce voyage, la directrice de la culture. Ensuite, il sera reproché à Marie-Laure les conditions dans lesquelles s’est déroulé le voyage au Liban : le fait que le président et son épouse aient voyagé en classe affaires, séparés des autres membres élus et fonctionnaires de la délégation, qui ont voyagé en classe économique, ainsi que le fait que le président ait été reçu à Beyrouth par un secrétaire de troisième catégorie de l’ambassade de France et non par l’ambassadeur lui-même, de même que les mauvaises conditions de transport en taxis. En fin de compte, le contrat de travail de Marie-Laure ne sera pas reconduit et elle sera mise en cessation d’activité un mois plus tard, le 23 novembre 2010. Duhaut poussera alors l’élégance à faire l’éloge funèbre de Marie-Laure, affirmant qu’elle avait été nulle, pas dégourdie, peureuse et mal encadrée. C’est là la partie émergée de l’iceberg : la volonté de disposer d’un personnel domestiqué et aux ordres, prêt à assurer dans toutes les conditions le culte du minotaure. Mais que recèle la partie immergée de l’iceberg ?

Il est reproché à Marie-Laure de ne pas avoir fait le nécessaire pour obtenir de l’entreprise organisatrice du voyage une facture unique sur laquelle est mentionnée également le billet d’avion de l’épouse du président. Alors que sans aucun doute, l’épouse du président, ignorante de tout cela, n’en demandait sûrement pas tant. Personne ne semble surpris par les diverses incohérences de cette triste affaire de billet d’avion. La punition de Marie-Laure est bien cruelle, puisque, d’une part, elle n’a pas participé au voyage au Liban, comme cela était prévu à l’origine, et que, d’autre part, de plus, son contrat qui arrivait à expiration le 23 novembre 2010, n’a pas été renouvelé. Le service du personnel et le service des affaires juridiques avaient d’ailleurs conjointement attiré l’attention de Marie-Laure sur l’impossibilité réglementaire, sans délibération expresse de l’assemblée délibérante, de prendre en charge le billet d’avion de l’épouse du président, et qu’en accord avec le cabinet, le billet d’avion avait été transmis directement à l’épouse pour que celle-ci le prenne personnellement en charges. Cette initiative d’adresser le billet d’avion à l’épouse du président, qui semblait prête à le prendre en charge avait été prise par le directeur du service du personnel.  C’est pourquoi, si l’éjection de Marie-Laure est une tragédie, c’est aussi une délivrance, car elle est sortie des griffes du minotaure. Par contre, au cours de ces divers épisodes, la frayeur infernale de Duhaut fut si grande, que, malgré toutes ses responsabilités, et le ridicule, il s’est occupé lui-même auprès de l’entreprise voyagiste, de récupérer une facture unique comportant le nom de l’épouse du président, ce qu’il n’a jamais obtenu, le voyagiste se contentant de lui transmettre un état récapitulatif des diverses factures déjà envoyées auparavant, en joignant sur cette simple liste la référence de la facture de l’épouse du président.

 

La malédiction du minotaure !

 

Le minotaure est une consolidation, une stratification et une rigification de tous les mauvais penchants de l’ensemble des élus et des agents du conseil général : c’est la personnification que l’inconscient collectif cherche à expurger, en additionnant les peurs irraisonnées, les fantasmes et les folies. C’est aussi l’aspect animal et bestial, que chacun cherche à dompter et à maîtriser. Le minotaure à tête de taureau a trouvé naturellement domicile au siège du conseil général, construit de tout temps pour accueillir une telle créature infernale. Une fois mis en place et installé, le minotaure cherche par tous les moyens à survivre et pour ce faire, il autoproclame son propre culte. Il s’est lové dans la personnalité double du président, dans laquelle une brèche est intervenue en juin 2009. A compter de cette date, la priorité n’est plus le service public pour ses concitoyens, avec toutes les valeurs qui vont avec, mais s’est développé une hypertrophie de l’ego, une boursouflure du moi. Si toutes ces valeurs républicaines sont encore proclamées en paroles, elles sont sans cesse contredites dans les faits. Seul est toléré alors le culte offert à la créature engendrée dans l’habitacle pharaonique qu’est le siège du conseil général. Le président est devenu alors ce que l’on appelle un « potentat local ».

A partir de cette date, la rupture est consommée entre une tête bestiale de taureau, qui est dévouée à son propre culte, et un bas du corps, resté humain, représentant l’ensemble des agents départementaux. Peu à peu, les relations se sont détériorées entre la direction cornue exercée par le président et ses sbires, et l’ensemble du personnel, en particulier le personnel de la catégorie C.  Le sentiment général est que la structure est sans tête, c’est-à-dire sans chef cohérent et raisonnable, ou que cette tête s’est détachée du corps. Les signes manifestes le démontrent : après 100 grévistes en début 2010, auxquels viennent s’ajouter plus d’un millier de pétitionnaires contre les méthodes autocratiques de direction, près de 500 grévistes se sont manifestés fin 2010, et il n’est pas irréaliste de prédire une grève générale de grande envergure en 2011 si les conditions à l’origine du malaise de grande ampleur perdure. Pour souhaiter les vœux de fin d’année 2010, sur un total de 3300 agents, seuls moins de 500 personnes se sont déplacées pour écouter la parole présidentielle au cours de trois réunions de vœux, et ce malgré tous les efforts et les facilités déployés pour participer à ce type de pots convenus, au cours desquels ne s’est exprimée aucune directive ou vision enthousiasmante.

La conception qu’a le président de l’action du personnel génère un comportement, partagé bien évidemment par le directeur général des services et tous les affidés : sur le fond, le travail est méprisé, et il en découle que les agents, de toutes catégories, des cadres aux agents de catégorie C, ne sont que des pions remplaçables et jetables. N’importe qui peut faire n’importe quoi, sans qu’il n’y ait de période d’apprentissage. En plus il y a un culte de l’élitisme des diplômes, et un mépris de l’expérience pratique et de terrain. Ainsi, le président, relayé par le directeur général des services, estime scandaleux que le service des finances, qui gère le budget d’une collectivité avec un total d’un milliard d’euros, soit confié à deux chefs de service qui n’ont comme seul bagage universitaire, pour l’un, Natacha Briand, un DEUG d’anglais, et pour l’autre, Renaud Panças, un CAP de dessinateur !

Ceux qui connaissent le président savent que, depuis au moins dix années, il y a des dispositions certaines à cette mégalomanie et cette boursouflure de l’ego. Depuis longtemps, la lumière humaine est très faible, et la pierre brute est trop difficile à tailler : ceci explique en particulier que le président n’a pas insisté pour présenter sa candidature pour entrer en maçonnerie.

 

 

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