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blog de réflexion sociale

Le Minotaure Bouffi

LE MINOTAURE BOUFFI

 

Avril 2011

 

PERSONNAGES :

 

Yules MINOTAURE      (Homme)

Ariane DAMO’CLES      (Femme)

Yanick DUHAUT           (Homme)

Yao DUMILIEU              (Femme)

Yen DUBAS                    (Femme)

Yuri CLAMOUR             (Femme)

Jean Baptiste THESEE   (Homme)

Le Chœur                         (4 Femmes et 3 Hommes dont Le Coryphée)

 

ACTE I UN BILLET POUR L’ENFER

 

(Automne. La scène est tendue d’un rideau bleu sombre)

 

SCENE 1

LE CHOEUR, CLAMOUR, DUHAUT, DUMILIEU, DUBAS

 

(Le Coryphée  présente et mime pour les spectateurs les différents éléments décrits dans cette scène. En l’absence du Minotaure, les trois prêtres impies sont attachés par une corde à un crochet de l’autel.)

 

LE CHŒUR :

Pourquoi ? Pas de pourquoi ici :

Inutiles les propos admis !

L’Isare départementale,

Dans un labyrinthe en dédales,

A construit son château bulle,

Où Minotaure déambule.

Tous coopèrent à ravitailler

Le monstre toujours exalté.

La viande, par Clamour Yuri

Apportée, Duhaut officie

Comme grand prêtre laquais.

Chaque personne est entité

Composée de trois parts unies,

Dans un arrangement précis :

La tête Thésée, le dirigeant,

Le cœur Ariane, le sentiment,

Minotaure ventre porteur,

Rivalisent avec vigueur.

Soit tête et cœur maîtrisent

Ventre : l’assemblage s’humanise,

Soit domine le ventre brutal,

Et  cela devient baal bestial.

Au centre du labyrinthe venu,

Seules deux possibles issues :

Ou le retour vers l’arrière,

Pour ressortir par derrière,

Empruntant le chemin passé,

Traversant la porte d’entrée,

Ou la sortie au point central,

Par l’envolée verticale,

L’initié enfin paré d’ailes,

S’élançant libre vers le ciel,

Ange glorieux et centré,

Qui par le dessus se soustrait.

Voici la perverse histoire

De Minotaure voulant déchoir

Thésée au plus profond abîme,

Et ce faisant, vers les cimes

Il le contraint à s’envoler.

 

DUHAUT :

Aux citoyens, l’argent volé,

Associé à la flatterie,

À Minotaure aura permis,

Au milieu du parc luxuriant,

Au bout de chemins verdoyants,

De bâtir un palais oiseux,

Livré au culte par les peureux,

À sa gloire hautaine et servile.

Cumulant instincts bas et viles,

Trois points inversés sataniques :

Le sexe pornographique,

Le pouvoir autocratique,

L’argent corrupteur orgastique.

A cet endroit, face au jet d’eau

De l’étang synthétique, taureau,

Avec un style pernicieux,

Saisit le président vicieux,

Instituant jour après jour,

Au milieu de toute la cour,

L’idolâtrie artificielle,

Avec protocole, rituel,

Inspirés des pires horreurs.

J’en suis le grand prêtre flatteur,

Dans la nuit obscure de l’orgueil.

 

DUMILIEU :

Journellement, dans son cercueil,

Hurlant sa peine, implorant

La délivrance, le président

Manigance le culte, portant

Au Minotaure lot suffisant

De chairs immolées et de sang,

Pleurs des sacrifiés innocents.

Au milieu du temple moderne

Se promène la grosse baderne,

Tyran assoiffé d’aubaine,

De gratitude, de chair humaine,

Monstre fielleux mal dégrossi.

J’en suis second prêtre impie,

Sire de mortelle ambition.

 

DUBAS :

Fantomatique création

Quant à la mondaine essence,

Bien réelle quant à l’existence,

Égrégore qui s’est emparé

D’un vil président résigné,

La mort s’appropriant le vif,

J’en suis troisième prêtre actif,

Voué à l’adulation terne,

Porteur de la féroce haine

Et de la prévarication.

 

LE CHŒUR :

Trois prêtres avec passion,

Dédiés à l’office satanique,

Dont le but impartial unique

Est d’alimenter Minotaure

En populaires sang, larmes et corps.

Chaque jour aux pieds du dragon

Déposent les propitiations,

Renonçant délibérément

À la dignité, aux serments

D’édifier temples à la vertu,

Trois prêtres corrompus, tordus,

S’adonnent au culte hérétique,

Rationalisant les iniques

Et les pires comportements,

Donnant des plus beaux sentiments

Une apparence fallacieuse,

Briguant en paroles trompeuses

Le bien commun, la liberté,

L’égalité, fraternité.

Voila le récit de la façon

Dont les discours des trois félons,

Par le pur Thésée, démasqués,

Et la vérité révélée !

 

SCENE 2

DUHAUT, DUMILIEU DUBAS, ARIANE, LE CHŒUR

 

DUHAUT :

(S’adressant à Ariane)

Honneur de l’administration

Que proposer des suggestions.

Le Minotaure te commande,

Pour montrer ton doux sacerdoce,

Une mission fondamentale,

Par un engagement vital :

Partant à la conquête des âmes,

Il te confie l’œuvre sublime

De précéder le noble cortège

En lançant fleurs et éloges,

À la gloire du grand Minotaure,

Grand architecte croquemort

De la galaxie minuscule,

Dimension infinie éternelle

De l’univers département !

 

DUMILIEU :

(S’adressant à Ariane)

À l’injonction du président

S’ajoute que le prix du billet

Soit assumé par les sujets

Du département de l’Isare.

Car le président pas avare

Pour dépenser suffisamment

De son personnel précieux temps

A l’activité publique

Au service du peuple rustique

A droit de façon furtive

À cette royale prérogative.

 

DUBAS :

(S’adressant à Ariane)

Jeune fille, pleine de grâces, pure,

Avec volonté de bien faire,

Offre l’ardeur à Minotaure,

Glorifie, assiste et adore,

Et pour prix de la récompense,

J’intercèderai avec force,

Demain tu seras employée

À durée indéterminée.

 

(Ariane passe dans l’autre pièce, pour s’emparer d’un flambeau et d’une corbeille de fleurs, puis revient dans l’antre)

 

LE CHOEUR :

Pernicieusement met en place

Une mécanique efficace

Visant à broyer sans pitié

L’agent strict et discipliné.

 

SCENE 3

MINOTAURE, DUHAUT, DUMILIEU, DUBAS, ARIANE

 

(Entrée cérémonielle du Minotaure, qui monte sur le piédestal autel. Palabres et culte du Minotaure par les trois prêtres impies.)

 

MINOTAURE :

Exposez l’entière litanie

Des agents qui ont failli,

Et qui partout ne satisfont

Pas ma douce vénération !

Je promulgue que chacun vaquant

À mes ignominieux penchants,

Phobies, obsessions, frayeurs,

Soit de mon culte, l’exécuteur,

Car c’est moi, le service public,

Et le maire de l’Isare, mézigue,

Et moi, et encore moi l’enflure,

Chevalier à la belle allure !

 

DUHAUT :

(Tendant la liste)

Voici la commande, monsieur !

 

MINOTAURE :

(En colère)

Devant le président : « Monsieur! »

Forme la mention conforme.

Des messieurs et des mesdames,

Vous en rencontrez tous les jours,

D’innombrables, dans les rues, toujours,

Alors qu’un seul exemplaire

Minotaure président respire !

 

DUHAUT :

(S’inclinant bien bas)

Voici monsieur le président,

Modèle unique et bienveillant,

La liste de ceux qui ont omis

D’invoquer votre nom béni

Lors de chaque respiration,

Causant votre irritation !

 

MINOTAURE :

(Excédé) :

 Qu’ils soient donc tous anéantis,

Immolés dans la joie ravie,

Pour ma plus grande renommée !

J’exige des agents comblés,

Souriants sans cesse enchantés !

Ensuite incessamment filmés

À leur insu, l’exaltation

Régnant dans les directions !

Je prescrits la paix profonde,

Mes administrés turpides,

Dont je suis père maire, chanteront

De l’aube au couchant mon renom !

 

DUBAS :

(Obséquieux)

Cela sera fait, constamment

Monsieur le parfait président !

 

DUMILIEU :

(Obséquieux)

Ariane ardemment s’applique

À transcrire cela en musique,

Monsieur le noble Président !

 

SCENE 4

MINOTAURE, DUHAUT, DUMILIEU, DUBAS, ARIANE

 

(Ariane exhibe un flambeau et une corbeille de pétales de fleurs. Elle devance le cortège et jette des pétales de fleurs sous les pas du Minotaure. Le convoi se coordonne, et se met en route pour rejoindre la pièce de Lumière. Arrivé devant le miroir, le Minotaure esquisse un signe d’horreur. Le Chœur, dont le Coryphée, représente les personnalités qui accueillent et  reçoivent le Minotaure et son cortège). )

 

MINOTAURE :

Horreur ! La chair quitte l’ossement !

Voila trop de véritable

Lumière, acte intolérable !

 

(Le convoi se précipite avec désordre, dans l’antre obscur du Minotaure)

 

MINOTAURE :

Quel voyage miteux, désastreux,

Avec la lumière dans mes yeux !

J’ai approché un lampiste

Employé subalterne, copiste,

Sans croiser les autorités

Les plus hautes de la contrée,

Seuls mes égaux condisciples.

Les circonstances du périple

Exécrables et orduriers,

Actes de lèse-majesté,

Apparaissent indignes de mon rang !

 

DUHAUT :

Ariane fautif du manquement,

Peureuse et pas dégourdie,

Ni soumises à mon avis,

Ni apte saisir les instructions !

 

DUMILIEU :

Ariane sans considération

Pour la seigneurie éminente

Ne sachant être déférente,

Encourt un châtiment subi

Exemplaire marquant les esprits.

 

DUBAS :

Face à ces errements maudits,

Malgré les avantages fournis,

Votre présence bienfaitrice,

Ariane ignore reconnaissance,

Pour servir, elle est indigente

Et en plus impertinente !

 

MINOTAURE :

Puisqu’Ariane ne sait s’appliquer

À obséquieusement seconder,

Et mordant dédaigneusement

Main sustentant complaisamment,

Pour une ultime fois tester

Sa compétente servilité,

Employez-la à éduquer

La prochaine recrue affidée.

 

LE CHŒUR :

Avec frayeur irraisonnée,

Craignant de ne plus exister,

Que cela altère son règne,

Le Minotaure frémit de haine.

Tel un carnassier, se réjouit,

Face au jet d’eau glissant en pluie,

Les allées en dédales menant

Au parc et à l’étang clinquants,

Devant ses adeptes pantois,

Garanti du total bon droit,

Impérial donneur de leçons,

Minotaure se pavane abscons.

L’auguste contact du maître,

À qui chacun doit s’en remettre,

Abdiquant les intimes idées,

À sa concupiscence, dédiée,

Et lui allouant tout son temps,

Temps à lui seul appartenant.

Le retrait de sa présence,

L’écart de sa suffisance,

En cas de moindre déviation,

Est l’automatique sanction.

 

ACTE II LE PLACARD DORE

 

(Hiver. La scène est tendue d’un rideau blanc)

 

SCENE 1

CLAMOUR, THESEE

 

CLAMOUR :

Ton embauche par le président

Comme cadre du département

Implique que tu sois à l’aise,

Comme dans du coton balèze,

Toujours disponible et comblé

Afin d’accomplir ta corvée

Au service de l’unique patron

Qui te remerciera du don.

Minotaure soigne les employés,

Logés, allaités, habillés,

Voitures, téléphones, primes,

À toi tout ce que tu guignes :

Hauts salaires, tout est négociable

Pour que tu sois utilisable

Pour son culte. Badin, affable,

Duhaut, à l’accent sociable,

Enjoins que jamais transparaissent

Publiquement ces circonstances,

Qu’elles demeurent à jamais cachées,

Sous peine de ne  plus bosser

Au service d’élus importants.

Donc dévouement exigeant,

Toujours aimable et poli,

Le chef de service agit,

Non par intérêts indolents,

Mais pour le bien du président.

Devant Minotaure, défendu

Proférer paroles superflues,

Et si malgré tout demande

Est faite de ton avis docile

Cela sera exécuté

Servilement, tête baissée,

Sans oublier de déclamer

Toujours de façon enjouée

Les louanges très saintement.

Entendras religieusement,

Frotteras la brosse à reluire

Gravement à la conjoncture

Quand daigne le président jeter

Un complaisant regard altier.

 

(Clamour fait entrer Thésée dans l’antre du Minotaure).

 

SCENE 2

MINOTAURE, DUHAUT, DUMILIEU, DUBAS, THESEE

 

DUMILIEU :

(S’adressant à Thésée)

Les chefs, à mon image taillés,

Comme attributs d’autorité,

Disposent des acquits en nature,

Argent, logement, voiture,

Secrétaire et tutti quanti,

Pour eux tout emporté gratis,

Car plus et mieux ils « travaillent »

Que la base des agents racailles.

Un vrai chef occupe sa fonction

Eu égard à sa position,

Avant l’arrivée des collègues,

Car jamais il ne délègue,

Et délaisse sa fonction après

Le départ des subordonnés.

 

(Dumilieu  donne un sceptre à Thésée.)

 

DUBAS :

(S’adressant à Thésée)

La personnalité, la mettre

Entre parenthèses, apparaître

Comme le reflet et la doublure

Du président caricature,

Tout en demeurant bien en cour,

Voilà l’objectif sans détour.

 

(Dubas  attache une cape rouge autour des épaules de Thésée.)

 

DUHAUT :

(S’adressant à Thésée)

En échange des avantages

Octroyés de façon large,

Le temps de toi ne dépend plus,

Mais vie, œuvres, penchant, surplus,

Livrés au service exclusif

Du grand président abusif.

 

(Duhaut pose une couronne sur la tête de Thésée. Le Minotaure et les trois prêtres impies sortent. Entrée d’Ariane.)

 

SCENE 3

THESEE, ARIANE, LE CHŒUR

 

(Ariane est à genoux)

THESEE :

Mais que signifie le « travail » ?

Qu’exprime : « Les chefs travaillent

Plus et mieux que leurs esclaves

Dans un monde glauque d’épaves ? ».

Pourquoi, Ariane, est à genoux ?

Sois digne et lève-toi ! Debout !

 

ARIANE :

(Terrorisée)

Le « travail », c’est l’office rendu

En l’honneur du taureau cornu

Au Minotaure. Sang, temps, vie,

Par lui, te voici ennobli,

Et toi-même, dorénavant,

Effaçant ton être d’avant,

Genou en terre, tu erreras,

Selon sa loi nul dépassera

La hauteur du fauve adoré.

De grâce, Thésée, par pitié,

Sois plus près du sol désormais,

Renie foi et fidélités.

 

LE CHŒUR :

Prisonnier de mots doucereux,

Partout le président pompeux,

Évoque la transparence vive,

Alors que ses sbires accommodent

La confusion. Cela procrée

Le désordre, l’insécurité,

Car sans tête raisonnable,

Avec un chef bestial notable,

L’organisation à vau l’eau.

Dresser président face à ego,

Pointer la réalité belle,

Et la dignité du réel,

Malgré l’effroi environnant,

Domptent Minotaure claironnant.

 

SCENE 4

MINOTAURE, DUHAUT, DUMILIEU, DUBAS, THESEE, ARIANE

 

DUHAUT :

(Avec rage)

Au nom baal, à genoux, Thésée !

 

THESEE :

Au nom de l’humaine dignité,

De la démarche initiatique,

Plutôt la mort qu’acte inique !

Seule la maîtrise par l’humain

De l’aspect animal, l’instinct,

Par la conquête du bas ventre

Qui, tous les désirs, concentre,

Sentiments abominables,

Exhalent vie plus désirable

Car si tête et cœur s’agrègent,

Ils emmènent l’équipage.

Alors Minotaure s’engage

À rompre par un fort gage :

Répudier l’antre funeste,

S’extraire de la brune peste,

S’engouffrer en pleine lumière.

Ainsi, au peuple se réunir,

Des agents, par sobriété,

L’amour, l’humilité,

L’ascèse, la patience, servant,

Sans accaparer constamment,

Devant Minotaure s’évanouit

La force ténébreuse nourrie

De crainte et des basses poussées.

 

(Thésée fait se lever Ariane. Celle-ci l’entraîne dans une danse, avec des allers et des retours, aboutissant au centre du cercle du labyrinthe. Ils vont à gauche, puis à droite, tout en se rapprochant du centre. )

 

DUHAUT, DUMILIEU, DUBAS :

(Criant de toutes leurs forces)

A genoux devant destinée !

 

(Ils obligent Ariane et Thésée à s’agenouiller.  Puis ils arrachent les attributs de Thésée : la cape, le sceptre et la couronne.)

 

Ton refus buté de signer,

L’échine servilement courbée,

De te soumettre au rite fort

Anodin du Minotaure,

Ton choix de la vérité crue,

De la lumière, de la vie nue,

De l’amour, de la dignité

Conduisent à te décréter

Ton ultime terme professionnel

Par mise au placard perpétuelle !

 

(Tous trois se saisissent de lui et l’asseyent de force sur une chaise, dans un coin sombre de l’antre.)

 

DUHAUT :

Au nom du Minotaure, Thésée,

Dans notre collectivité,

J’efface ton existence,

Et par ton inconséquence,

Te voilà seul responsable

Mort sociale imprévisible.

Serein, je m’en lave les mains

Car tu as choisi ton destin.

 

LE CHŒUR :

Au placard, attentatoire

À la dignité élémentaire,

Contraire à réglementation,

Manquement à l’obligation

De loyauté, de probité,

De par l’employeur effronté,

Vis-à-vis de ses salariés,

Volonté de punir Thésée.

Sanction déguisée frappant

Thésée psychologiquement,

Pour déclencher sa mort sociale,

Volonté de nuire immorale,

Fabriquant des agissements

Avilissants, répulsifs, poussant

A bout, provoquer le motif

Pour un comportement fautif.

Le placard déstructure à terme

L’image de soi de l’homme.

 

ACTE III LE MINOTAURE TERRASSE

 

(Printemps et été. La scène est tendue d’un rideau rouge)

 

SCENE 1

LE CHOEUR, THESEE, ARIANE

 

LE CHŒUR :

La manière de tuer sans fard

Par une mise au placard

Étudiée, cependant cherchant

L’acquiescement consentant

De la victime à son supplice,

Conduite malsaine, un vice,

Destructeur et sanguinaire.

Il amène à anéantir

La confiance en l’humanité,

Et en l’avenir, à désespérer,

Isoler, nier, mortifier

En niant la solidarité

Humaine, à transformer l’hère,

L’autre, le vis-à-vis, le frère,

En objet terne sous tutelle.

 

ARIANE :

Fusionnons l’effort mutuel,

Afin de remettre le cosmos

En ordre, après le chaos,

Instincts, émotions, cerveau,

Plaçant la tête, le chef, en haut,

Le cœur au milieu, aimant,

Le ventre dessous, obéissant.

 

THESEE :

Le Minotaure est obséquieux,

Et ces agissements fâcheux

Occultent l’abrupte réalité.

Inapte il refuse d’écouter

Avec sagesse, humilité

Les meilleurs conseils modérés.

Par incompétence, ambition,

Ou crainte, les informations

Utiles ne sont pas présentées

Par des agents futiles, affolés.

Du Minotaure la bonhomie

Détermine une alchimie

De faussaire. Afin de prouver

Sa raison, griffon dépravé

Plie  l’obtuse réalité

Dans l’orientation souhaitée.

 

ARIANE :

Telle la déesse arachnéenne,

Je tisse la destinée commune.

(Ils s’embrassent et s’enlacent.)

 

SCENE 2

THESEE, ARIANE, DUHAUT, DUMILIEU, DUBAS, MINOTAURE

 

DUHAUT :

Accorde les trois mots sacrés,

Par quoi délivrance assurée,

Qui font que chaque élément

Retrouve son juste emplacement !

 

THESEE

Trois mots communiqués déjà,

Cela s’est produit lors des mois

De septembre et d'octobre,

De décembre. Alors sombre

Le héros solaire fatigué,

Succombe sous les coups portés

Par les trois mauvais compagnons

Que sont la balance, le scorpion,

Le sagittaire. Soleil ancien

Meurt, pour que renaisse enfin,

Au cours de la plus longue nuit,

Le nouveau soleil épanoui.

 

THESEE :

(A Duhaut)

Lumière : le premier mot sacré,

Qui s’unit à l’obscurité !

 

(A ce mot, Duhaut abat le mur qui sépare les deux pièces, la nuit et le jour, et la lumière inonde l’antre.)

 

THESEE :

(A Dumilieu)

Le second mot sacré : Amour,

Car homme et femme font un toujours !

 

(A ce mot, Dumilieu redresse Ariane, et rapproche Ariane de Thésée, qui s’enlacent et s’embrassent.)

 

THESEE :

(A Dubas)

Le troisième mot sacré : Vie,

La vie et la mort sont unies !

 

(A ce mot, Dubas tend le miroir au Minotaure, debout sur l’autel. En voyant son image, le Minotaure tombe au pied de l’estrade autel.)

 

THESEE :

Trinité : Lumière, amour, vie !

 

(A ces trois mots sacrés, les trois mauvais compagnons libérés, flanquent à terre les cordes qui les attachent au Minotaure, arrachent leurs cornes et leurs queues, et les projettent au loin.)

 

SCENE 3

THESEE, ARIANE, MINOTAURE, DUHAUT, DUMILIEU, DUBAS, LE CHOEUR, CLAMOUR

 

(Thésée et Ariane, enlacés, debout sur le piédestal autel, au pied duquel se tient le Minotaure, couché, vaincu mais vivant.)

 

THESEE :

Malgré la posture gauchie

Du Minotaure autocratique,

Personne n’osant une critique,

Ni lui décrire honnêtement

La base des événements,

Mettant mes valeurs en avant

Pour les faire briller ardemment,

Congruence et rectitude,

Refusant la servitude,

Malgré les risques encourus.

Ayant chaque fois discouru

Des meilleurs aboutissements.

Minotaure et ses courtisans

Au bord du gouffre, m’ont poussé

Dans l’espoir de précipiter,

Dans le néant sans fond, létal,

Escomptant ma mort sociale

Professionnelle, alors pourtant

Je me suis envolé passant

De l’autre côté du miroir,

Parvenant à l’heure de la gloire.

 

CARACTERES ET HABILLEMENTS :

 

La scène comporte deux pièces : l’antre du Minotaure et la pièce de Lumière. L’antre du Minotaure est obscurci. Cette pièce est meublée, d’une part en son milieu, d’une estrade, piédestal autel, d’autre part dans un coin, plus obscur, une chaise, peinte en jaune. Sur le sol, figuration d’un labyrinthe, sur le modèle de la cathédrale de Chartres ou de la cathédrale d’Amiens. Le piédestal autel est installé au centre du labyrinthe. L’estrade est un cube d’un mètre de côté, avec quatre marches qui mènent à la plateforme autel. La seconde pièce est en pleine lumière. Elle comprend trois flambeaux allumés, un miroir portable ou sur roulettes et un panier contenant des pétales de fleurs. Les deux pièces sont séparées par un mur, comportant une porte étroite. Le Minotaure est dénudé jusqu’à la ceinture, avec une tête de taureau, donc deux cornes. Sur les épaules, une cape rouge. Une ceinture de corde bleue autour des reins. Les trois prêtres impies ont des cornes végétales, et des queues. Ils seront attachés au Minotaure par une corde, chaque fois qu’ils sont en présence de celui-ci. Pour le Minotaure et les prêtres impies, prendre pour modèles la lame XV du tarot de Marseille, « Le Diable ».

Acte I, c’est l’automne, présence d’un arbre sec dans l’antre du Minotaure.

Acte II, c’est l’hiver, présence d’une lune dans l’antre du Minotaure et d’un soleil dans la pièce de Lumière.

Acte III, c’est le printemps, puis l’été, présence d’un arbre fleuri dans la pièce de Lumière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RESUME :

 

Où ? En France, dans une collectivité territoriale : cela pourrait être une commune, un département ou une région.

Quand ? Au XXI° siècle, donc aujourd’hui.

Qui ? Il s’agit d’abord de Yules Minotaure, président du département de l’Isare, dans son palais. Mais ce pourrait être tout autre roitelet ou notable local qui tire sa légitimité du suffrage universel. Il s’agit ensuite des amis et des ennemis du Minotaure.

Comment ? C’est la fable du pouvoir, la lutte entre le souverain, hobereau local, et le peuple. Pour Minotaure, la population se scinde en deux catégories : d’une part sa cour, avec ses affidés, qui sont au service du culte de sa personnalité, dont les trois mauvais compagnons. Et d’autre part, tous les autres, qu’il convient de plier à ses exigences. Un voyage à l’extérieur de son territoire, l’antre, est l’occasion de vérifier la servilité d’Ariane Damo’clès, nouvelle recrue. Intervient Jean Baptiste Thésée, le peuple, qu’il faut à tout prix calibrer à sa propre mesure. La résistance de celui-ci se solde par une mise au placard.

Dans cette lutte au quotidien, qui va l’emporter ? Thésée ou le Minotaure ? Thésée parviendra-t-il à terrasser le Minotaure, et à remettre de l’ordre dans le chaos ?

 

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