L’OBJECTIF ET LA METHODE DE LA FRANC-MAÇONNERIE. (Quatrième partie)
Pierre brute et pierre cubique : Le franc-maçon est d’abord une pierre brute, pierre qu’il doit travailler pour en former une pierre cubique à pointe. C’est là, à la fois construire le temple intérieur (le corps est le Temple), et aussi le Temple extérieur (la société, l’humanité). Or la pierre cubique est là, depuis toujours. Mais elle était masquée, voilée. De même que la statue que le sculpteur va extraire du morceau de marbre est déjà là, dans le morceau de marbre brut, la pierre cubique est déjà là, de toute éternité. Elle était là, avant la naissance de l’ego, et elle sera encore là, après la mort de l’ego.
Comme dans tout travail, il existe un début et une fin. En franc-maçonnerie, ces deux pôles sont symbolisés par la pierre brute et la pierre taillée. Mais ce n’est pas un avant et un après, un état présent et un état à construire. La pierre cubique est là de toute éternité, seulement voilée par la pierre brute. L’initiation permet de mourir à une ancienne vie et de faire ressusciter à une plus belle version de qui je suis.
L’Etre et l’Un : Le 14° grade Grand Elu de la Voûte sacrée précise : «Je suis celui qui suis. Je suis ce que je suis. Je suis.
Signification de ces paroles : Elles signifient qu’une part de ma conscience participe à la conscience universelle et se fond dans le flot de toutes les consciences. Une part de moi-même se sépare du Tout et affirme mon ego, je suis ce que je suis. Mais j’aspire à l’ultime initiation qui me permettrait d’aller au-delà de cette dualité. Je suis. En attendant, j’ai un nom et un titre. »
4° degré, Maître Secret : « La Vérité absolue réside dans l’inconnaissable ».
L’ego est une marionnette, dont le Témoin est le marionnettiste. Il faut éviter l’inflation de l’ego, en tentant de l’identifier à sa classe sociale, à un groupe (la loge ou autre) et même à l’humanité. Lorsque l’on m’appelle, vais-je répondre « Je Suis », ou bien en donnant le nom, le grade et la qualité de l’ego ?
Tout ce qui n’est pas l’éternité, est déjà mort, ou va mourir. Donc, pour être l’éternité, un changement d’identité doit se produire : il faut que l’ego meurt. Maintenant. De toute façon, l’ego n’a jamais été, n’est pas, ne sera jamais. Ce n’est qu’une création du mental.
Le voile (l’apparence, mâyâ) et le dévoilement (la vérité): (en arabe, le voile se dit Hijab, et veut dire « ce qui sépare deux choses »). Le retrait du voile de la déesse égyptienne Isis représente la révélation de la lumière. Réussir à soulever le voile, c’est devenir immortel. Le voile nous dérobe la splendeur de la vérité.
Dans le Bouddhisme, le voile qui dissimule la Réalité pure, est Mâyâ. Mâyâ, à la fois, voile et révèle l’ultime réalité – qui est l’identité du moi et du Soi.
La vérité est donc un dévoilement. Si l’on supprime l’ego, le Soi prend sa place.
Le voile est l’attribut du monde, derrière lequel il se dérobe, tout en invitant à le soulever pour en découvrir son principe – l’Eternité – si on sait s’en montrer digne. Le voile invite au dévoilement de la Vérité l’homme en quête de la réalisation de soi-même.
« Il y a un monde sans fin, ô mon frère, et il y a l’être sans nom, dont rien ne peut être dit » (Kabîr Poèmes).
Nous existons sur deux plans différents, celui de la temporalité et celui de l’éternité, et ces deux plans ne font qu’Un.
5) SEPT ERREURS. VOILE/ MAYÂ/ LA FRANC-MAÇONNERIE NON MÛRE :
Ce sont les divers obstacles que l’on rencontre sur la voie initiatique (Pouvoir, sexe, argent). La franc-maçonnerie, dévoyée, peut devenir un obstacle sur la voie initiatique. On recherche quelque chose que l’on possède déjà – de toute éternité. La question est de savoir pourquoi cette chose est cachée et masquée.
1. Ceci conduit à distinguer deux façons de vivre les 33 degrés du rituel :
· Considérer chaque grade comme une attente de la cible : Ceci est péché, car on rate la cible. On attend chaque fois une révélation nouvelle. C’est reporter à demain, à plus tard, à ailleurs, c’est-à-dire à jamais. On remet toujours à demain, ou au grade suivant !
Le 33° « non mûr » est celui qui pense qu’il y a quelque chose à acquérir, et qui vit dans le manque. En fait, la seule chose à apprendre, c’est l’approche, l’écoute, le ressouvenir : il faut lever l’oubli.
Lorsqu’il y a un « moi », il y a un but. Lorsqu’il n’y a pas de sens d’un « je », il n’y a pas de but, mais uniquement la beauté de vivre dans l’éternité.
· Considérer les grades comme l’atteinte de la cible : La Réalité, c’est ici-maintenant. Cela a toujours été. Ce qui manque, c’est la prise de conscience et le dévoilement. « Je suis » depuis toujours, et j’ai en moi tout ce que j’ai besoin, à jamais et depuis toujours. Il suffit de lever le voile. « Au milieu du chemin de notre vie, j’étais dans une forêt obscure car la voie droite était perdue » (Dante).
2. Il y a deux façons de tailler sa pierre brute :
Il n’y a pas de résultat à viser ou à obtenir. Lâcher tous les espoirs. Le fond, le voile, l’arrière-plan, l’être… : ce n’est ni un concept, ni une expérience, ni un état. C’est simplement reconnaître ce que vous êtes.
3. La multiplicité des voies initiatiques, tant orientales qu’occidentales. Occident : christianisme ésotérique, kabbale, alchimie, rosicrucianisme, soufisme, …
Orient : bouddhisme, taoïsme, hindouisme, zen,…
Il faut accepter le démarche de Kant : à savoir l’approfondissement de l’entendement, son rôle, ses limites, le raison. Mais Kant, toute sa vie, en reste là. Le franc-maçon doit faire un pas de plus, de côté, sans abandonner la raison : il s’agit d’expérimenter et de vivre Cela, qui est en-deçà et au-delà des mots et du langage.
Les trois premiers grades sentent la sueur et le labeur : il s’agit de tailler sa pierre brute.
Le maître a la plénitude des droits et devoirs du franc-maçon. L’apprenti et le compagnon sont des « maîtres » virtuels, « en devenir ».
4. Les hauts grades renvoient à l’aristocratie, au privilège et à l’élitisme, notamment par les titres ronflants : roi, empereur, chevalier, prince, etc.
Comment est justifiée la raison d’être des hauts grades ?
Pourtant, on peut accéder au sommet de la montagne, sans passer par les hauts-grades.
Si l’on utilise la langue des oiseaux, on peut traduire « Rite Ecossais Ancien et Accepté » de la façon suivante :
En conséquence, REAA peut se traduire par : Mensonge qui dévoile la vérité en dépouillant la cosse afin de recevoir la graine éternelle.
Ceci se rapproche du mantra : « Om mani padme hum », qui signifie « Le joyau dans le lotus ».
Toute voie a u ABC, un début et une fin. Quel est l’A, le début du REAA ? C’est l’initiation, la mort du vieil homme. Le C, la fin, c’est le 33° grade le sommet de la montagne, la vérité. Le B, c’est le retour, à chaque instant, dans le monde profane. En A, « l’ego est », en C, « Je suis ».
5. Connaissance sacrée et connaissance profane :
Etude du Cosmos : cela fait partie du plan humain. S’il y a une vérité absolue, celle-ci est visée, sans être jamais atteinte. La science est toujours recommencée :
Les Athéniens ayant consulté l’oracle de Delphes concernant la meilleure éducation qu’il convenait de donner à leurs enfants, l’oracle répondit : « Remplissez leurs oreilles d’or ». Rentrés chez eux, les Athéniens ont suspendu aux oreilles de leurs enfants toutes sortes de breloques en or. Il n’avaient pas saisi le sens symbolique de l’oracle, qui signifiait : « Remplissez leurs oreilles de paroles de sagesse et de bon sens. ». Remplissez votre regard et votre ouïe d’Amour : tel pourrait être le credo des francs-maçons.
Vous ne pouvez acquérir ce que vous êtes : vous pouvez seulement le reconnaître. La reconnaissance est un événement instantané.