Lors de la réunion du 17 avril 2014, le Conseil municipal de Metz a adopté son règlement intérieur. Indéniablement, l’un des premiers articles à introduire dans ce règlement intérieur aurait du concerner la typologie du pouvoir. Cela n’a pas été fait. Pourquoi ? Il semble que ni la majorité, ni l’opposition n’ont rien retenu de l’histoire passée. Rappelons quelques faits.
Lorsque Jean Maris Rausch était maire, de 1971 à 2008, il avait organisé la tenue du Conseil municipal à sa façon. Il se considérait lui-même comme un potentat local : en général tous les six ans, les manants étaient appelés aux urnes pour désigner leurs représentants. Une fois désignés, ces derniers n’avaient plus de compte à rendre, et le maire pouvait agir selon sa seule volonté. En quelque sorte, les citoyens se dessaisissaient de leur propre volonté au profit du seul maire, une fois tous les six années. Dans ce cas précis, se prenant pour le duc de Lorraine, le maire se considérait comme un potentat local gérant son fief. C’est pourquoi il siégeait, tel un monarque, sur un fauteuil plus haut que tous les autres élus, entouré de sa cour. Comme il n’avait que faire de la démocratie, sur laquelle il s’asseyait, au sens propre et au sens figuré, et pour l’humilier, il avait placé l’opposition à sa seigneurie au milieu de la salle, afin qu’elle soit plus sujette encore aux quolibets, aux railleries et aux pitreries de ses affidés. Pour l’opposition non désirée, c’était une façon très moyenageuse d’être sur la sellette. Le maire avait justifié cette position de l’opposition, « au milieu de l’arène », en arguant de l’exiguïté des lieux, « on ne pouvait pas reculer les murs ». Les anciens cadres, derrière le fauteuil du « maître », se rappellent encore avec quelle délectation, une fois un point de l’ordre du jour traité, celui-ci tendez le dossier vers l’arrière. Si un bras de fonctionnaire ne se tendait pas assez vite pour se saisir du dossier, le maître lâchait le dossier, dont les pièces se répandaient au sol, et voilà le fonctionnaire à quatre pattes, en train d’essayer de recomposer un dossier, sous les railleries des affidés qui s’esclaffaient comme des gens de cour devant l’astuce du maître.
Elu maire en 2008, Dominique Gros, qui ne voulait pas être « un maire au rabais », et a donc mis ses pas dans les traces de l’ancien maire, il a repris exactement la même disposition : lui-même sur le fauteuil rehaussé, et la nouvelle double opposition au milieu du rectangle formé par la nouvelle majorité. C’était une façon de se venger de nombreuses années d’humiliation. L’opposition aurait dû, d’entrée de jeu, refuser cette topologie, en refusant de siéger, ou en demandant de fermer le rectangle, et de siéger de manière égale et démocratique, comme les autres élus, afin de représenter dignement les électeurs qui ont voté pour eux (qui, alors déjà, représentaient la majorité des votants). Au lieu de cela, comme des bovins allant à leur place à l’étable, ils ont repris les anciens strapontins de l’ancienne minorité. Cette façon de se plier à la volonté du vainqueur explique, en partie, la déculottée prise localement par la droite classique messine, en 2014, dans le cadre d’un mouvement national plutôt favorable à la droite classique. Pour autant, cette droite (la plus bête ?) a-t-elle retenue la leçon ? Il ne semble pas. Par leur comportement de soumission, ils préparent la défaite en 2020. Il est certain qu’il est possible de modifier la disposition des lieux, et même, vous diront les techniciens, d’ « écarter les murs ». La preuve : une nouvelle disposition a été adoptée lors de la présente mandature. S’ils avaient retenu la leçon, ils auraient demandé en début de mandat, l’adjonction d’un article au règlement intérieur, précisant la topologie du pouvoir du Conseil municipal.
Dans la nouvelle disposition des lieux, le maire s’est placé au centre du dispositif. L’ensemble du Conseil municipal s’adresse au maire et à l’exécutif. Sans compter que les conseillers municipaux se tournent le dos, les « mauvais élèves », c’est-à-dire l’opposition (qui est majoritaire en voix), est rejetée sur les strapontins du fond de la classe. Est-ce plus démocratique que la disposition précédente ? L’opposition a-t-elle sa juste place, à savoir représentant 15 238 voix pour la droite classique et 5 790 voix pour l’extrême droite, alors que le maire sortant et son équipe ne représentent que 16008 voix ? Après avoir voté en 2014, le peuple est à nouveau exclu des débats jusqu’en 2020 ? Il serait sans aucun doute plus judicieux, par exemple, de rétablir un grand rectangle, où siègent, de manière égale, les 55 élus, sans rehausser le maire qui, comme les élus de la majorité, ne représente que 400 votants. Après tout, les élus de l’opposition n’ont qu’à refuser de participer aux débats tant qu’il n’est pas donné satisfaction à leur juste revendication d’une place équitable où ils représentent dignement leurs électeurs ! Où vont-ils, à nouveau, accepter de siéger dans les conditions indignes imposées par le diktat du maire ?
Par ailleurs, comme le mandat actuel veut être un « mandat de proximité », rien n’empêche, comme le prévoit le nouveau règlement intérieur, la retransmission en direct des séances du Conseil municipal par des « moyens de communication audiovisuelle », que ce soit les personnes présentes dans le public, ou bien les citoyens dans leurs foyers. Ce serait un moyen de moderniser la diffusion démocratique des débats et de s’adresser à l’ensemble des électeurs. C’est un pas vers la proximité. Les conditions de réunion du Conseil municipal devraient être organisées de telle sorte que chaque élu se rende compte qu’il s’adresse en réalité à tous les messins (71 989 électeurs inscrits!) ! Sinon, comment espérer que ces derniers vont apporter leurs suffrages, par exemple aux élections européennes, à des élus confinés entre soi, dont certain jouent les monarques autocrates dans leur château. « C’est la vie de château, pourvu que cela dure » !