ROBESPIERRE ET LA LAÏCITE
PLAN :
INTRODUCTION :
1° La vie de Robespierre
2° Le culte de l’Etre suprême et la laïcité
CONCLUSION : Ce dont il n’a pas été fait état.
3) DEBAT
« Ceux qui commencent une révolution ne la terminent pas souvent. » Eusebio Ferrari (1919-1942)
Saint-Just : « Les circonstances ne sont difficiles que pour ceux qui reculent devant le tombeau. »
INTRODUCTION :
L’Europe compte dès 1770 environ cent vingt millions d’habitants. La population de la France passe de 18 à 28 millions d’habitants entre 1700 et 1800.
La franc-maçonnerie se réclame d’idéaux révolutionnaires (Liberté Egalité Fraternité, laïcité,…) ; aussi convient-il d’examiner le contexte de ces idéaux. Lorsque l’on parle de la révolution, de quoi parle-t-on ? Il y a eu plusieurs phases. Et les révolutionnaires eux-mêmes ont daté l’an I de la révolution, non de 1789, mais de 1792 !
En 1789, il y a très peu de républicains, mais il y a beaucoup d’opposants à la monarchie absolue.
Alors que pour certains, la Révolution aurait dérapée en 1791, il apparaît plutôt que l’an II reste un exemple de révolution égalitaire et fraternelle. Tant que la révolution n’est pas terminée, la violence est légitime.
Boule Blanche, Boule Noire : l’objectif de cette planche est d’apprécier l’action de Robespierre, d’un point de vue maçonnique, en prenant en compte les trois aspects suivants :
· La politique : la couronne
· La religion : la tiare
· La guerre : la couronne de laurier
Et d’attribuer des boules noires et des boules blanches.
Les étapes importantes de la Révolution française :
Avant 1789, deux forces en présence : la noblesse, alliée au clergé, et la bourgeoisie ;
Réunion des Etats Généraux 5 mai 1789 : la bourgeoisie obtient l’application d’ « un homme, une voix » ;
Lénine : « prenez la grande Révolution française. Ce n’est pas sans raison qu’on la qualifie de « grande ». Pour la classe qu’elle a servie, la bourgeoisie, elle a fait tant que tout le XIX° siècle, ce siècle qui a donné la civilisation et la culture à toute l’humanité, s’est écoulé sous le signe de la Révolution française. Dans tous les coins du monde, ce siècle n’a fait que mettre en œuvre, réaliser par parties, parachever ce qu’avaient créé le grands révolutionnaires de la bourgeoisie française dont ils servaient les intérêts sans avoir conscience, sous le couvert de phrases sur la liberté, l’égalité et la fraternité. » (Lénine, Deux Discours au 1° Congrès de l’enseignement secondaire de Russie.
4 Août 1789 : l’Assemblée abolit les privilèges et les droits féodaux. Les terres ne sont par contre pas redistribuées. Il faut pouvoir les racheter, ce qui est une manière de privilégier les couches supérieures de la bourgeoisie et de ménager les grands propriétaires terriens féodaux ;
Instruction de l’Assemblée Constituante du 15 juin 1791 : « Ni la nation française, ni ses représentants, n’ont eu la pensée d’enfreindre par là les droits sacrés et inviolables de la propriété. Aussi, en même temps qu’elle a reconnu avec le plus grand éclat qu’un homme n’avait jamais pu devenir propriétaire d’un autre homme, et qu’en conséquence, les droits que l’un s’était arrogé sur la personne de l’autre n’avaient jamais pu devenir une propriété pour le premier, ,l’Assemblée nationale a maintenu, de la manière la plus précise, tous les droits et devoirs utiles auxquels des concessions de fonds avaient donné l’être, et elle a seulement permis de les racheter. ».
Après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, est instaurée une monarchie constitutionnelle. Serment lors de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, au Champ-de-Mars : « Nous, députés des détachements des différentes gardes nationales rassemblées sous les murs de Lyon, pénétrés de l’importance de la mission sacrée qui nous a été confiée par nos commettants, Jurons sur l’autel de la patrie, et en présence de l’Etre suprême, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution du royaume, d’être fidèles à la nation, à la loi et au roi, d’exécuter les décrets de l’Assemblée nationale, sanctionnés ou acceptés par le roi. Nous jurons d’être inviolablement attachés à ce grand principe de la liberté individuelle, de protéger les propriétés particulières et les propriétés déclarées nationales, d’assurer la perception de tous les impôts ordonnés pour le maintien de la force publique, d’entretenir la libre circulation des subsistances dans toute l’étendue du royaume, de maintenir, partout où nous serons appelés, l’ordre et l’harmonie, sans lesquels les sociétés se détruisent au lieu de se perpétuer. ».
Le culte de l’Etre Suprême, c’est-à-dire le déisme de la bourgeoisie, s’explique par son incapacité à être matérialiste de bout en bout ; c’est la construction semi-religieuse d’un monde propice aux activités bourgeoises. Jean Jacques Rousseau est le véritable cœur idéologique de la révolution française ;
La première étape de la révolution est la victoire de la grande bourgeoisie. Les responsables des départements, districts, cantons, doivent faire partie des « citoyens actifs », c’est-à-dire les plus riches, qui déjà s’étaient arrogés le droit d’élire les chefs de la Garde nationale lors de la naissance de celle-ci.
Avec la loi électorale adoptée par la Constituante, le 4 décembre 1789, les citoyens actifs rassemblaient 4,3 millions de personnes sur une population de 24 millions de personnes. Les élections possédaient un second degré, 50000 électeurs étant choisis parmi les plus riches des citoyens actifs pour le vote des députés, des conseillers généraux et de district, des juges.
Personnage froid et calculateur, monstre dénué de tout sentiment allant jusqu’à sacrifier ses amis, dictateur, voire précurseur des « totalitarismes » du XX° siècle… ou l’un des plus grands hommes d’Etat français, protagoniste majeur de la Révolution, « Incorruptible », héros maltraité par deux siècles d’une légende tenace ?
L’idée de la présente planche est venue en parcourant une brochure sur la Ville d’Arras, Robespierre y apparaissant comme un enfant natif de cette commune.
La planche comportera deux parties :
En premier lieu, je m’attacherais à décrire l’homme Maximilien Robespierre, en relation avec la ville d’Arras.
En second lieu, je traiterai de l’œuvre de Robespierre et plus précisément du rôle de Robespierre dans la Révolution française, en examinant les enseignements que la franc-maçonnerie peut tirer comme enseignements utiles aujourd’hui.
Pavé blanc, pavé noir : l’objet de la planche est aussi de présenter le double aspect de Robespierre, à la fois représentant zélé de la bourgeoisie révolutionnaire et organisateur de la nouvelle répression des classes laborieuses.
La grande révolution fut une révolution bourgeoise et, dans ses résultats, elle ne pouvait être que bourgeoise.
Sous l’angle de ses résultats objectifs, la révolution française n’avait pu être, étant donné les conditions objectives matérielles de l’époque, que bourgeoise.
Mais la révolution bourgeoise sous-tendait un second mouvement, populaire, qui voulait aller plus loin.
Engels : « À côté de l’antagonisme de la féodalité et de la bourgeoisie, existait l’antagonisme universel des exploiteurs et des exploités, des riches paresseux et des pauvres laborieux. »
Engels a énoncé la loi suivante : « Tout parti bourgeois, un moment placé à la tête du mouvement, se voit déborder dans ce mouvement même par le parti plébéien ou prolétarien qu’il a derrière lui. »
Marx montra que le mouvement révolutionnaire en 1793 tenta (un moment) de dépasser les limites de la révolution bourgeoise ;
Les bras nus mènent la révolution bourgeoise jusqu’à son terme.
La peur qu’inspire à la bourgeoise l’avant-garde populaire la fait renoncer à porter des coups trop rapides et trop brutaux à la contre-révolution. Elle hésite à chaque instant entre la solidarité qui l’unit au peuple contre l’aristocratie et celle qui unit l’ensemble des possédants contre les non-possédants. Cette pusillanimité la rend incapable d’accomplir jusqu’au bout les tâches historiques de la révolution bourgeoise. « Aucun des démocrates de la gauche la plus populaire, ni Robespierre, ni Pétion, n’osèrent parler de l’expropriation sans indemnité. » (Lefebvre).
La révolution française est encore aujourd’hui un horizon français indépassable et indépassé, sauf pendant la courte mise en œuvre de la Commune de Paris en 1871.
La Terreur a été une œuvre commune de toute la classe bourgeoise. Mais la bourgeoisie a profité d’une période d’affaiblissement de Robespierre pour à la fois éliminer celui-ci et se débarrasser de la Terreur. En effet, fin juillet 1794 :
· Les troupes françaises triomphaient à l’extérieur (victoire de Fleurus) ;
· Mise en œuvre du culte de l’Etre suprême par Robespierre ;
· Mise en œuvre de mesures favorables aux sans-culottes par le groupe des robespierristes.
En se débarrassant, par une sorte de coup d’Etat de Robespierre et de son groupe, certains « terroristes » se sont dédouanés eux-mêmes (Fouché,…)
La révolution française est une référence de la franc-maçonnerie, ne serait-ce que par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et le mot d’ordre : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Si l’historien Michelet interrompt le courant révolutionnaire par la mort de Robespierre, la période qui suit étant un contre-courant réactionnaire, il est légitime de prendre en considération les périodes 1789 à 1799, et même au-delà, jusqu’en 1815, la période du consulat et de l’Empire étant une période de consolidation des acquis révolutionnaires.
Cependant, concernant la franc-maçonnerie, étant donné la très grande diversité au sein de ces périodes, il est juste de s’interroger sur le contenu exact des références que sont la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et la devise « Liberté, Egalité, Fraternité »/
Il est à noter que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :
· Appartient au début de la révolution, période qui n’a pas encore mis fin à la monarchie absolue, et qui correspond à la lutte pour la Liberté. Une seconde période de 1792 à 1794 correspond à la lutte pour l’Egalité et à un approfondissement des droits qui se manifestent dans la Déclaration des droits de 1793. L’an I de la Liberté est inauguré par le 14 juillet 1789, et l’an I de l’Egalité est ouvert par le 10 août 1792 ;
· La déclaration de 1789 présente un aspect inachevé, puisqu’elle s’arrête sur l’article 17 relatif à la propriété ;
· L’ensemble des déclarations des droits présentent un aspect bourgeois : ils sont à la fois formels, et accentuent la protection de la propriété bourgeoise ;
· Ces déclarations doivent être complétées par les acquis obtenus depuis la révolution, notamment par la Commune de Paris de 1781, le Front Populaire et la Résistance.
PREMIERE PARTIE : LA VIE DE ROBESPIERRE
L’HOMME : LES ANNEES 1758-1789
Dans cette première partie, je souhaite présenter l’émergence de Robespierre, son enfance et sa jeunesse, afin de mettre en exergue ce qui a conduit au révolutionnaire que l’on connaît. Au XVIII° siècle, la ville d’Arras comprenait plus de 20000 habitants et était relativement prospère. Sans qu’il soit utile de disposer d’une imagination débordante, malgré les destructions et les changements subis aux XIX° et XX° siècles, il est possible, en se promenant dans les rues d’Arras, de concevoir ce qu’a pu être la vie quotidienne de Robespierre.
I) L’ENFANCE DE ROBESPIERRE :
Maximilien Marie Isidore de Robespierre (ou Derobespierre), ou Maximilien Robespierre, est né le 6 mai 1758 à Arras, et il est mort guillotiné le 28 juillet 1794, à Paris, place de la révolution ; Avocat et homme politique français, qui :
· Incarne la « tendance démocratique » de la Révolution française ;
· Surnommé l’ « Incorruptible » par ses partisans, et qualifié de « tyran » ou de « dictateur sanguinaire » par ses ennemis.
Il figure dans la liste des « cent plus grands Français », liste établie par un sondage BVA en septembre 2004 auprès d’un échantillon représentatif de 1038 Français de plus de 15 ans. Dans ce sondage, est placé en premier, Charles de Gaulle et en centième position, la psychologue Françoise Dolto. Robespierre est placé en 72° position, entre Jean-Jacques Rousseau, en 71° position, et le chanteur Renaud, en 73° position.
Sa paroisse d’origine est Sainte Magdeleine, et il fut baptisé dans cette église, le 6 mai 1758, étant né le même jour à 2 heures du matin.
Son père et son grand-père étaient avocat du Conseil d’Artois.
Robert-Pierre : deux prénoms ont fait un nom. Le nom semble s’orthographier Derobespierre, ce n’est pas le de de la noblesse.
Le grand père meurt en 1762.
Le père a fait des études à Douai et a exercé comme avocat au Conseil d’Artois jusqu’en 1754.
Maximilien, conçu hors mariage – il est né quatre mois et quatre jours après la cérémonie – est l’aîné de quatre enfants.
Il y a une naissance par an :
· 6 mai 1758 : Maximilien Barthélemy François
· 1760 : Charlotte
· 1761 : Henriette Eulalie Françoise, qui meurt à 20 ans
· 1763 : Augustin, dit « Bonbon » ;
· 4 juillet 1764 :5° enfant, le puîné, qui meurt peu après la mort de la mère, huit jours après la naissance.
La mère meurt en 1764 et le père meurt en 1777 à Munich.
La mort de la mère a transformé Maximilien. « Avant, écrit Charlotte, il était, comme tous les enfants de son âge, étourdi, turbulent… » « Depuis, il est devenu grave. ». « S’il se mêlait de nos jeux, c’était pour les diriger. Il nous aimait tendrement et il n’était pas de soins et de caresses qu’il ne nous prodiguât ».
Charlotte vante son amour pour les animaux. Un jour, le grand frère prête aux deux sœurs l’un des pigeons de sa volière. Elles l’oublient dehors par une nuit d’orage. Au matin, on le trouve mort. « A cette nouvelle, rapporte Charlotte, les larmes de Maximilien coulèrent. Il nous accabla de reproches […] et jura de ne plus nous confier un de ses pigeons ». « C’est un ange, disent de lui ses tantes. Aussi est-il fait pour être la dupe et la victime des méchants. »
Les deux orphelins garçons sont recueillis par les grands parents maternels, brasseurs, et les deux filles par deux tantes paternelles.
1765 : Robespierre fréquente le collège tenu par les Oratoriens jusqu’en 7°, dans l’hôtel particulier, devenu l’Hôtel L’Univers. Ce collège compte alors 30 à 40 pensionnaires et 400 externes, dont Maximilien. Ceci jusqu’en 1769.
La sœur Charlotte écrira ses mémoires; Maximilien est en enfant taciturne, qui a la passion des oiseaux. Il a une volière.
En 1769, il va à Paris, jusqu’en 1781. Il fréquente le collège Louis le Grand, collège de Clermont, collège prestigieux, siège de l’Université de Paris. Il a obtenu une bourse de 450 livres annuelles de l’abbaye de Saint-Vaast.
Cette période est marquée par un repliement sur soi. En effet, si Robespierre fait partie de la bourgeoisie, il a été obligé de demander une bourse pour pouvoir suivre des études. Il aura du mal à s’intégrer à ses congénères, issus de familles aisées ; en effet, il dispose de peu d’habits et d’habits qui ne lui permettent pas de se montrer au contact avec les autres élèves.
En 1775, il sera choisi pour lire un complément devant le roi, de retour du sacre, sous une pluie diluvienne, rue saint Jacques.
La rencontre de Maximilien et de Louis XVI a lieu le 15 juin 1775, alors que le jeune roi et la jeune reine rentrent, sous l’orage, du sacre de Reims et que leur carrosse doit s’immobiliser dans la fange sous l’auvent du collège Louis-le-Grand. Un élève, désigné par le proviseur, vient, dans le déluge, réciter un compliment. Il y eut un arrêt très court. Le jeune homme, à genoux devant le marchepied, lit. Le roi a la mine affable qui lui est coutumière, et il ne retient pas le collégien sous l’orage.
Première rencontre avec le roi, qui laissera peut-être un sentiment de rancœur à l’égard du monarque.
Le 25 octobre 1777, toujours élève à Louis-le-Grand, Maximilien s’engage dans l’étude du droit. « Je sors de ma philosophie, écrit-il, et je me destine au barreau. De toutes les qualités nécessaires pour se distinguer dans cette profession, j’y apporte du moins une vive émulation et une extrême envie de réussir. »
Puis il effectue la Faculté de droit, pendant trois années, licencié en 1781, inscrit au barreau de Paris.
II) L’ADULTE
Les relations de Robespierre avec les femmes : Robespierre resta célibataire. Toutefois, à Arras, il cultiva les relations féminines : il eut une ébauche d’idylle avec Mademoiselle Dehay, amie de sa sœur, une jeune anglaise inconnue et une certaine Mademoiselle Henriette, correspondit avec une dame très haut placée, peut-être Madame Necker, fut reçu chez Madame Marchand, future directrice du Journal du Pas de Calais, etc.
D’après sa sœur Charlotte, une Mademoiselle Anaïs Deshorties, belle-fille de sa tante Eulalie, aima Robespierre et fut aimée de lui ; en 1789, il la courtisait depuis deux ou trois ans. Elle se maria avec un autre, l’avocat Leducq, tandis qu’il était à Paris. Robespierre aurait eu en 1790 une liaison avec une jeune fille de condition modeste d’environ vingt-six ans. Enfin, il a été dit qu’il était fiancé avec la fille de son logeur, Eléonore Duplay.
Un contemporain, Dubois de Fosseux, dit que Maximilien aimait « se mêler parmi les pastourelles du canton et animer leurs danses. » « Il consacrait un temps assez long à sa toilette » au dire de sa sœur Charlotte.
Charlotte prétendra que Maximilien, à Paris, faisait appel à une prostituée convoquée « de temps en temps à son domicile ».
Robespierre voulait faire du Français, un homme nouveau.
Pour cela il devait être provisoirement dictateur, au moins pendant la durée où la République était en danger.
Les explications « psychologiques » du caractère de Robespierre :
Mort de sa mère et départ de son père
A la mort de sa mère, Robespierre avait six ans. Puis son père disparaît totalement. Il est mort à Munich le 6 novembre 1777. Robespierre, recueilli par son grand-père maternel, brasseur, va, en tant qu’aîné, jouer le rôle de substitut du père.
Sa pauvreté (tenue négligée, vêtements râpés,…) au milieu des jeunes nantis qui fréquentent le collège, puis le Lycée et l’université, conduit Robespierre à s’écarter d’eux, par honte et par orgueil ; C’est un solitaire, rêveur, qui lit beaucoup. Il est quasiment obligé de se cacher pour ne pas montrer son indigence.
Il fera de brillantes études.
Collégien : pauvre, il doit demander une bourse
Sexualité
Caractère homosexuel de Robespierre, notamment à l’égard de Saint-Just
Robespierre est un puritain, pas intéressé par le sexe.
Sa sœur Charlotte prétend qu’en 1789 Robespierre était sur le point d’épouser Mlle Deshorties.
Robespierre et la mort :
Que l’on ne s’y trompe pas : Robespierre comme d’autres révolutionnaires (ainsi, Duport, Marat et saint-Just) était favorable à l’abolition de la peine de Mort. Lorsqu’il était juge à la prévôté épiscopale d’Arras, il refuse de signer l’arrêt de mort d’un condamné, et démissionne de la prévôté épiscopale.
Cependant cela n’empêche pas Marat de demander encore 270 000 têtes ! Cela signifie que la période révolutionnaire est particulière, et qu’il n’est pas possible de faire autrement : Le choix est soit de tuer, soit d’être tué.
La période de dictature ne dure que pendant un temps limité.
Lorsque lui-même a été mené à la guillotine, selon un témoin oculaire ; Robespierre gardait les yeux fermés, et il ne les a ouvert que lorsque le bourreau s’est saisi de lui pour l’emmener à la guillotine.
Robespierre est frappé par le désir des députés des Etats généraux d’étouffer la révolution populaire qui menace.
Robespierre sera l’interprète du peuple et non de la classe bourgeoise à laquelle il appartient et qui craint les émeutes populaires.
A Paris, il vit avec une femme de modeste condition, à laquelle il verse une pension, selon le témoignage de son secrétaire, Pierre Villiers.
L’homme politique : c’est une courte période, qui porte de 1789 à 1794, soit cinq années, Robespierre étant mort à l’âge de 36 ans.
Elu le 15 novembre 1783, Robespierre est reçu le 21 avril 1784 par l’Académie royale des Belles Lettres d’Arras. Dans son discours de réception il « entreprit de prouver l’origine, l’injustice et les inconvénients du préjugé qui fait rejaillir sur les parents des criminels l’infamie attachée à leur supplice. »
L’avocat :
En 1781, Robespierre retourne à Arras. Il mène une carrière d’avocat.
C’est un personnage soigné, élégant, avec une perruque poudrée chaque jour.
En 1781, il a reçu un pécule de 600 livres, dont il fera bénéficier son jeune frère, permettant à celui-ci de poursuivre à son tour des études à Louis-le-Grand.
Il vit avec sa sœur Charlotte, qui fait un peu office de « bonne du curé » (elle meurt en 1834).
Le 15 novembre 1781, il entre au conseil supérieur d’Artois, créé en 1530. Il y a dix juridictions à Arras (Conseil, gouvernance, échevinage,…) qui regroupent de 200 à 250 personnes, dont 87 avocats. C’est un tribunal souverain au criminel, et on peut interjeter appel au civil au tribunal de Paris.
Robespierre est un avocat brillant, qui entre à l’Académie Société des belles lettres, qui regroupe 30 académiciens (l’élite : des nobles, des procureurs, des prêtres, 7 à 8 avocats). Il en sera président en 1786. (« Droits et devoirs des enfants bâtards »). Il y rencontre Lazare Carnot.
Membre des Rosati, club créé en 1778, composé surtout d’avocats.
Il obtient la médaille d’argent de l’Académie de Dijon, et un pécule de 400 livres.
En 1783, c’est la première cause qui donnera à Maximilien une notoriété, c’est l’affaire du paratonnerre (créé par Franklin en 1763). Il y a deux avocats. Maximilien transforme les causes particulières en causes générales, et lutte conte l’obscurantisme.
La deuxième cause concerne l’abbaye d’Ancin, avec le vol de 262 louis. Maximilien élargit l’affaire. C’est l’affaire Deteuf, dite de l’ « innocence opprimée », qui oppose Maximilien à son ancien protecteur, M. Liborel. Robespierre sauva Deteuf, qui avait déjà été incarcéré, et confondit le moine devant le Conseil d’Artois.
La troisième affaire concerne François Page et la lutte contre les bannissements.
Maximilien a plaidé jusqu’en 1790 : de 1782 à 1790, cela représente 111 affaires.
Sa sœur Charlotte, a fait un intéressant tableau de l’existence que mène à Arras, le jeune avocat : chaque jour, il se lève à six ou sept heures, selon la saison ; il travaille ensuite jusqu’à huit heures ; son perruquier vient le raser et le poudrer ; on sait que, même aux jours les plus sombres de la Terreur, il n’abandonnera jamais ses habitudes et qu’il aura toujours grand soin de sa personne, donnant toujours l’exemple de la correction et des bonnes manières ; il prend ensuite une légère collation, consistant le plus souvent en une tasse de lait, et, jusqu’à dix heures, il revoit ses dossiers, s’habille et se rend au palais.
L’audience levée, il rentre pour dîner, mange peu, boit de l’eau rougie, et n’affecte pas de prédilection pour certains mets plus délicats ; cependant, il aime les fruits – surtout les oranges – et, comme beaucoup de concitoyens, se délecte volontiers d’une tasse de café.
Son modeste repas terminé, il sort pendant une heure, fait une promenade où rend une visite et, de retour, il se remet au travail jusqu’à sept ou huit heures du soir.
Après le dîner, il reste en famille ou va retrouver des amis ; dans ces réunions, il se montre d’un caractère distrait ; il est souvent préoccupé, s’associe rarement aux jeux, aux parties de cartes, aux causeries insignifiantes ; il se retire parfois dans un coin de la pièce, s’enfonce dans un fauteuil et se livre à ses réflexions.
Cependant, il est d’humeur toujours égale, sait rire et plaisanter à l’occasion et on lui pardonne volontiers ses habitudes méditatives et ses distraction, lorsque, se promenant, il oublie de saluer les personnes de ses relations.
Il vit rue du Saumon, puis rue des Teinturiers, et loue une maison rue du Collège de 1783 à 1787.
A Paris, il vivra rue Saint Honoré avec la famille Duplay, bourgeois respecté comme manufacturier en menuiserie.
Un député du tiers état, La Réveillière-Lépaux, rend visite à Robespierre, chez Maurice Duplay, rue Saint-Honoré : « Robespierre recevait des hommages, chez les Duplay, tels ceux qu’on rend à une divinité…Lui-même, bien peigné et poudré, vêtu d’une robe de chambre des ^plus propres s’étalait dans un grand fauteuil devant une table chargée des plus beaux fruits, de beurre frais, de lait pur et de café embaumé. Toute la famille, père, mère et enfants cherchaient à deviner dans ses yeux tous ses désirs pour les prévenir à l’instant. »
En 1789, 8 députés sont élus, dont Robespierre en 5° position.
Il sera guillotiné le 10 juillet 1794. 22 têtes. Place de la Concorde. Son corps sera déposé au cimetière de Rincy. C’était la première fois que l’Incorruptible voyait la guillotine, n’ayant jamais assisté à une exécution.
LA MEMOIRE DE ROBESPIERRE :
Incorruptible hier, Inconnu aujourd’hui.
L’image de Robespierre, dans la conscience collective, est ambigüe :
· Pour les uns, il y a une légende noire, avec des pamphlets : Maximilien est un pleutre, lâche, éliminé par des Montagnards, par peur : Barras, Talien, Fouché, Courtois,…
· Pour d’autres, c’est un révolutionnaire craint et écouté. Le 9 Thermidor marque la fin de la révolution, dans sa phase ascendante, et le début de la réaction.
· Pour d’autres encore, Maximilien est le précurseur de Gracchus Babeuf, journaliste, arrêté en 1795 à Arras. Celui-ci voulait instaurer un communisme de distribution. Ceux-là confondent les idées de Robespierre et de Babeuf.
· Pour d’autres enfin, Robespierre est un sujet tabou. Soit ils refusent d’en parler, soit ils en parlent de manière critique.
C’est dans les années 1830-1848 que Robespierre est redécouvert. La III° république se méfie de Robespierre.
En 1923, une plaque est apposée sur la maison occupée par Robespierre, mais sont publiés aussi des articles dans la presse, qui parlent d’ « œuvre de boue et de sang » et du « tyran sanguinaire ».
1926-1933 : c’est l’affaire du buste de Robespierre.
1950 : édition d’un timbre à son effigie.
Le rejet de Robespierre est bien réel. Par exemple, au conseil de Paris, en 1948, on avait envisagé de donner le nom de Robespierre à la place et à la rue du Marché-Saint-Honoré, mais certains habitants du quartier s’y étaient opposés. Puis on avait proposé de donner son nom à la rue de l’Hôtel de Ville et à la rue Hyacinthe, mais deux votes avaient alors mis fin à ces propositions. En 1958, la Ville de Paris refusait toujours de reconnaître en Robespierre un personnage qui avait pu marquer l’histoire nationale. Aujourd’hui, la Ville de Paris ne compte toujours pas de rue portant le nom de Robespierre, alors que de nombreuses rues des villes de l’ancienne « ceinture rouge » portent son nom. Cela indique bien de quel côté, du point de vue de la lutte des classes, se trouve Robespierre.
1968 : création du lycée Robespierre. Longtemps, le lycée ne portait pas de nom. C’était le lycée de garçon d’Arras, tout simplement. Une première tentative pour lui donner le nom de Robespierre a eu lieu en 1958, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de celui-ci. Cette première tentative n’a pas abouti. Une seconde tentative, en 1967, a enfin abouti le 15 novembre 1969, soit 11 ans après la première tentative ! Mais à ce jour, le lycée n’a toujours pas été inauguré ! (Source : Journal L’Incorruptible lycéen, numéro 1 de novembre 2010).
Le 15 novembre 1969, le lycée de garçon d’Arras a adopté par arrêté préfectoral le nom de Robespierre. Proposé en novembre 1967, par un professeur de l’établissement, Jacques Herreyre, ce nom avait obtenu successivement le soutien de son conseil intérieur, puis de son conseil d’administration (9 février 1968), de l’association des anciens élèves, du conseil municipal (22 avril 1968), des élèves du lycée réunis dans un comité d’action du lycée Robespierre et du Conseil académique de Lille (mars 1969).
1964 : Emission de télé de la série « La caméra explore le temps » de Stellio Lorenzi et Alain Decaux, qui permet de présenter au grand public une image moins caricaturale et plus historique de Robespierre.
1969 : Les amis de Robespierre éditent le Journal de « L’incorruptible ».
Emission de télévision (de Stellio Lorenzi) :
· La caméra explore le temps, La mort de Marie-Antoinette, ORTF (1958). Michel Bouquet incarne Robespierre.
· La caméra explore le temps, La Terreur et la Vertu, ORTF (1964). Jean Négroni incarne Robespierre. Cet épisode fait 75 % d'audience, l'une des meilleures de la série, et contribue à valoriser l'image de Robespierre, ayant inspiré de la sympathie à 63 % des sondés.
· Pierre Cardinal, Saint-Just ou La force des choses, ORTF (1975) avec Pierre Vaneck.
· Hervé Pernot, Robespierre 1789-1989, La Cita Films-GIE, La Sept-Arte, FR3, avec la participation du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et de la RTBF (1989), docu-fiction avec Christophe Allwright
1989 : c’est le bicentenaire de la révolution : le héros mis en lumière est Danton.
En somme, Robespierre semble plus connu par les jeunes élèves russes et chinois que par les élèves français.
Pour certains penseurs, la Convention a (grâce à la Terreur), sauvé les acquis de la « première » Révolution et entrepris, sans avoir le temps d’y parvenir, de transformer la révolution politique en révolution sociale.
Il y eut donc deux révolutions. Louis Blanc écrit dans l’avertissement de sa Révolution française : « Dans ce qu’on a convenu d’appeler la Révolution française, il y eu, en réalité, deux révolution parfaitement distinctes, quoique dirigées toutes les deux contre le principe d’autorité. L’une s’st opérée au profit de l’individualisme ; elle portera la date de 89. L’autre n’a été essayée que tumultueusement au nom de la fraternité ; elle est tombée le 9 thermidor. »
On notera que le bicentenaire de la Révolution a été célébré en 1989, tandis que l’anniversaire de 93 était à peu près passé sous silence. Ce choix peut signifier que domine dans la France contemporaine une idéologie bourgeoise et libérale, sauf si on admet qu’en fêtant 89, année de la prise de la Bastille, on célébrait du même coup tous les événements qui s’en suivirent.
La présence des représentants des sans culottes dans les travées de l’Assemblée nationale constitue un moyen de pression efficace pour que leurs diverses revendications soient prises en compte.
Exemple : le 21 janvier 1793, le vote de la mort du roi.
Exemple contemporain : la présence dans les travées de l’assemblée délibérante du Conseil général du Pas de Calais le lundi 26 juin 2012 est un excellent moyen pour faire pression et s’emparer du micro et « menacer » les conseillers généraux.
A Arras, la présence de Robespierre s’inscrit dans la géographie et l’architecture : il n’est pas besoin de beaucoup d’imagination pour avoir une vision de la vie de Robespierre à Arras :
· En 1765, Robespierre fréquente le collège d’Arras, aujourd’hui l’hôtel trois étoiles de l’Univers ;
· En 1787, Robespierre fait parti du club des Rosati d’Arras et il a écrit une poésie, « Eloge de la Rose »;
· La guillotine fut installée devant le théâtre d’Arras. 392 victimes pour une population totale d’environ 22000 habitants, soit moins de 2 % ;
· Présence d’une salle portant son nom à l’Hôtel de Ville, avec une statue qui le représente;
· Un restaurant porte le nom de « Maximilien » ;
· Comité des Amis de Robespierre, qui fait une pétition pour l’ouverture d’un musée sur le personnage par la ville d’Arras ;
· Sa maison est devenue, au rez-de-chaussée, un musée. Peu d’éléments sont exposés, car il semble que beaucoup a été détruit justement pour éviter que ne s’instaure un culte de la personne de Robespierre. A sa mort, son corps et sa tête ont été jetés dans une fosse commune et on répandit dessus de la chaux, afin que le corps ne laisse aucune trace ;
· L’opinion des arrageois est très contrastée, et aussi mitigée. Ils rappellent que, sur la place du théâtre ont eu lieu 391 exécutions, par la guillotine, et ils se rappellent des dix mois de terreur de novembre 1793 à août 1794. L’événement ne fut pas dramatique pour autant et fit même l’objet de spectacle puisque une buvette, une tribune et des musiciens furent conviés à accompagner la mise à mort.
· Le 16 octobre 1795, exécution à Amiens du conventionnel Joseph Le Bon, robespierriste, ancien oratorien (né à Arras le 29 septembre 1765), « bourreau » d’Arras en 1794.
· Le problème de la vente aux enchères des archives (lettres de Robespierre).
Robespierre, le révolutionnaire : sa situation de classe :