• STOP AU HARCELEMENT MORAL ! (Partie 5)

    Un jour, le président reçoit l’un de ses cadres, pour la première fois, dans son immense bureau. Il l’installe dans un coin du salon, sur l’un des fauteuils de cuir. Lui-même s’assoit, le dos à la baie vitrée. Par celle-ci entre un soleil rayonnant, qui aveugle le cadre, qui n’aperçoit qu’une ombre présidentielle, incapable de distinguer les traits du visage. Par contre, le président a le dos tourné vers l’intérieur de la pièce, mais il ne propose pas à son cadre une place plus confortable, avec un peu d’ombre. Ce comportement manifeste son mépris à l’égard du technicien.

     

    STOP AU HARCELEMENT MORAL ! (Partie 5)

     

    La malédiction du minotaure !

     

    Le minotaure est une consolidation, une stratification et une rigification de tous les mauvais penchants de l’ensemble des élus et des agents du conseil général : c’est la personnification que l’inconscient collectif cherche à expurger, en additionnant les peurs irraisonnées, les fantasmes et les folies. C’est aussi l’aspect animal et bestial, que chacun cherche à dompter et à maîtriser. Le minotaure à tête de taureau a trouvé naturellement domicile au siège du conseil général, construit de tout temps pour accueillir une telle créature infernale. Une fois mis en place et installé, le minotaure cherche par tous les moyens à survivre et pour ce faire, il autoproclame son propre culte. Il s’est lové dans la personnalité double du président, dans laquelle une brèche est intervenue en juin 2009. A compter de cette date, la priorité n’est plus le service public pour ses concitoyens, avec toutes les valeurs qui vont avec, mais s’est développé une hypertrophie de l’ego, une boursouflure du moi. Si toutes ces valeurs républicaines sont encore proclamées en paroles, elles sont sans cesse contredites dans les faits. Seul est toléré alors le culte offert à la créature engendrée dans l’habitacle pharaonique qu’est le siège du conseil général. Le président est devenu alors ce que l’on appelle un « potentat local ».

    A partir de cette date, la rupture est consommée entre une tête bestiale de taureau, qui est dévouée à son propre culte, et un bas du corps, resté humain, représentant l’ensemble des agents départementaux. Peu à peu, les relations se sont détériorées entre la direction cornue exercée par le président et ses sbires, et l’ensemble du personnel, en particulier le personnel de la catégorie C.  Le sentiment général est que la structure est sans tête, c’est-à-dire sans chef cohérent et raisonnable, ou que cette tête s’est détachée du corps. Les signes manifestes le démontrent : après 100 grévistes en début 2010, auxquels viennent s’ajouter plus d’un millier de pétitionnaires contre les méthodes autocratiques de direction, près de 500 grévistes se sont manifestés fin 2010, et il n’est pas irréaliste de prédire une grève générale de grande envergure en 2011 si les conditions à l’origine du malaise de grande ampleur perdure. Pour souhaiter les vœux de fin d’année 2010, sur un total de 3300 agents, seuls moins de 500 personnes se sont déplacées pour écouter la parole présidentielle au cours de trois réunions de vœux, et ce malgré tous les efforts et les facilités déployés pour participer à ce type de pots convenus, au cours desquels ne s’est exprimée aucune directive ou vision enthousiasmante.

    La conception qu’a le président de l’action du personnel génère un comportement, partagé bien évidemment par le directeur général des services et tous les affidés : sur le fond, le travail est méprisé, et il en découle que les agents, de toutes catégories, des cadres aux agents de catégorie C, ne sont que des pions remplaçables et jetables. N’importe qui peut faire n’importe quoi, sans qu’il n’y ait de période d’apprentissage. En plus il y a un culte de l’élitisme des diplômes, et un mépris de l’expérience pratique et de terrain. Ainsi, le président, relayé par le directeur général des services, estime scandaleux que le service des finances, qui gère le budget d’une collectivité avec un total d’un milliard d’euros, soit confié à deux chefs de service qui n’ont comme seul bagage universitaire, pour l’un, Natacha Briand, un DEUG d’anglais, et pour l’autre, Renaud Panças, un CAP de dessinateur !

    Ceux qui connaissent le président savent que, depuis au moins dix années, il y a des dispositions certaines à cette mégalomanie et cette boursouflure de l’ego. Depuis longtemps, la lumière humaine est très faible, et la pierre brute est trop difficile à tailler : ceci explique en particulier que le président n’a pas insisté pour présenter sa candidature pour entrer en maçonnerie.

    Une des spécialités du minotaure est, chaque fois qu’un agent du département l’appelle au téléphone, ou qu’il rencontre un agent départemental, et que celui-ci a l’outrecuidance de l’appeler « Monsieur », souvent parce qu’il ne le reconnaît pas, est de répliquer avec violence et prétention : « On dit Monsieur le Président. Des messieurs et des mesdames, vous en rencontrez d’innombrables tous les jours dans la rue, alors qu’il n’y a qu’un seul minotaure ! ». Cette volonté de puissance exorbitante se manifeste par le désir de dominer à tout prix l’emploi du temps des autres et d’être le maître de la façon de faire. Ainsi, le président oblige son chauffeur, lorsque celui-ci va le chercher à son domicile, à stationner le véhicule de service juste face à la porte du domicile, en montant le véhicule sur le trottoir, de façon à ce qu’il n’est que la porte de son domicile à ouvrir pour s’asseoir dans le véhicule.

    Un jour, le président reçoit l’un de ses cadres, pour la première fois, dans son immense bureau. Il l’installe dans un coin du salon, sur l’un des fauteuils de cuir. Lui-même s’assoit, le dos à la baie vitrée. Par celle-ci entre un soleil rayonnant, qui aveugle le cadre, qui n’aperçoit qu’une ombre présidentielle, incapable de distinguer les traits du visage. Par contre, le président a le dos tourné vers l’intérieur de la pièce, mais il ne propose pas à son cadre une place plus confortable, avec un peu d’ombre. Ce comportement manifeste son mépris à l’égard du technicien.

    Il n’y a plus aucun dialogue social, mais un autisme complet de la direction. La haine plus particulière à l’égard des militants de la CGT fait que pendant longtemps, le président n’a jamais daigné recevoir ceux-ci en audience privée. Au niveau des méthodes policières, le président fait installer un photographe sur le toit du siège du conseil général, afin de filmer les grévistes manifestants. Et lorsque les grévistes se sont introduits dans le parc du conseil général, afin de faire part de leur malaise, revendiquer une meilleure écoute et un plus grand respect de leur dignité dans le travail difficile qu’est le leur, le président a morigéné le directeur général des services et le directeur de cabinet qui n’avaient pas eu la présence d’esprit de boucler les portes du parc, afin de le protéger de la vile populace que sont les meilleurs de ses agents.

    Le directeur général des services insiste, auprès des différents directeurs, sur l’importance de surveiller le climat social dans les services départementaux. Cependant, la plupart des agents estiment que la direction ne répond pas à leurs préoccupations, tout ceci aboutissant à un dialogue de sourds.

    Pour organiser le culte du minotaure, a été installée à la tête du département une véritable nomenklatura socialiste, qui a accaparé à son profit des avantages démesurés et coûteux, grosses voitures, logements et autres. Pour mieux encore couper la direction de la base, et la tenir à merci, il est demandé aux membres de la direction, directeur général des services et directeurs généraux adjoints, de se comporter en « very important person » (V.I.P.) : tout leur est dû, logement, électricité, chauffage, téléphone, informatique, voiture, domesticité,… Il est inculqué à chaque agent la conduite impérieuse de crainte, et de servir obséquieusement cette nomenklatura, sous peine des pires sanctions, pouvant aller si besoin jusqu’à l’exclusion. Parallèlement, il est constamment rappelé aux membres de cette nomenklatura qu’ils sont nourris par le minotaure, et qu’il serait malvenu de « mordre la main qui nourrit ». C’est pourquoi lorsqu’un  membre est chassé, ou échappe au premier cercle du président, sa vie se transforme en enfer.

    Sans cesse afin de protéger le culte du minotaure, en suscitant l’envie et la crainte, le cercle de la nomenklatura est régénéré en ayant recours à des cabinets chasseurs de tête, pourvoyeurs de chair fraîche et d’esclaves consentants, tel le cabinet Profess d’Yuri Clamour. Ces cabinets, qui font fortune grâce au renouvellement périodique et constant de l’encadrement – près de 500 mouvements de divers agents au niveau du turn-over, avoués chaque année – créent le silence de l’omerta autour de ces pratiques affligeantes par les menaces suivantes : « Surtout ne parlez jamais à personne de la situation réelle, car vous ne pourrez plus jamais travailler avec des élus ! ». Au contraire, ces comportements déviants, qui s’exercent dans l’obscurité la plus noire, doivent être mis en pleine lumière, afin de rendre aux véritables élus leurs pleines et véritables prérogatives aux yeux du public avisé !

    A une année environ des prochaines échéances des élections cantonales, le conseil général est sans direction générale construite et organisée, avec des cadres terrorisés qui ne pensent qu’à sauver leur peau ou à déguerpir, et des agents démotivés. Le président a endossé l’habit surdimensionné du minotaure, aspirant à être reconnu et respecté comme tel par tous les agents, traité comme un grand bienfaiteur, se targuant en particulier d‘avoir, sans y être contraint par l’Etat et les divers transferts de compétences obligatoires, procédé au recrutement net de 450  agents départementaux supplémentaires. De façon manifeste, il prône en paroles des valeurs dites « de gauche », mais de façon latente, son ressenti est une insondable frayeur irraisonnée, de ne plus exister politiquement après 2012, et de mettre ainsi une fin à l’épisode du minotaure. Son ardent désir est d’être encore en place, en tout cas, d’occuper la place du minotaure, en 2012, et ceci à tout prix, peu importe les moyens utilisés pour y parvenir. Avec un sourire carnassier, le minotaure, avec en arrière-plan le jet d’eau du lac artificiel du parc aux allées en dédales du conseil général, devant les chefs de Pôle, assuré de son bon droit, impérial et donneur de leçons, se pavane. Car il sait qu’il est demandé à ces directeurs d’abandonner toute pensée personnelle et de tout sacrifier au seul dieu et maître, le minotaure, la sanction, en cas de déviation, étant automatique : le retrait de sa présence.

     

    La plus grande qualité du directeur général des services Duhaut est d’être une bouche d’or ; il peut pérorer des heures durant, d’un ton monocorde, sans exprimer aucun état d’âme, et en exposant des idées fixes et reçues. Il ne manifeste aucune qualité du leader tribun, aucun charisme, capable d’enflammer l’auditoire : d’ailleurs, le minotaure lui en laisserait-il l’opportunité ? Le don le plus remarquable et le plus précieux du directeur général des services est la capacité formidable de s’imbiber tel un buvard, du discours plaisant le mieux à son patron du moment, pour le restituer avec beaucoup d’emphase et de talent à tout auditoire consentant. Moraliste en paroles, il n’hésite pas par exemple à dénoncer avec véhémence les dynasties familiales mises en place et présentes dans les services, et qui, selon lui, entravent le bon fonctionnement desdits services. Avant de recevoir un encadrant, il fait dresser par le service du personnel, l’arbre de tous les membres de la famille de cet encadrant, présents dans le sociogramme départemental, que ce soient l’épouse ancienne, ou l’épouse actuelle, ainsi que l’ensemble des enfants des divers lits. Puis il ajoute également l’établissement par le même service du personnel d’une fiche précisant les avantages financiers, salaires, primes, promotions, avancement de carrière,…, de cet encadrant. Recevant l’encadrant, il casse la personnalité de celui-ci, faisant faire ce sale boulot par une tierce personne présente au cours de l’entretien. Ceci alors que, contradictoirement, le directeur général des services s’est attribué le maximum des avantages en nature, faisant même, nec plus ultra, embaucher son épouse et son fils par une structure para départementale !

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