• SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 6)

    Mais Marx avait confiance dans les masses : elles parviendront à élever leur niveau, ceci grâce au lien entre la théorie et la pratique, et à s’éduquer au cours de la lutte, au cours du mouvement lui-même. D’ailleurs les défaites jouent un rôle positif, parfois plus que les succès, car elles démontrent que l’individualisme et la division ne mènent à rien. Seules l’unité et la lutte permettront d’émanciper la classe ouvrière.

     

    SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 6)

     

    Le congrès décida de renoncer à l’ancien mot d’ordre : « Tous les hommes sont frères ! » au profit de l’appel suggéré par Marx et Engels : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ».Pour la première fois dans l’histoire, on lançait un mot de ralliement incarnant le principe de l’internationalisme prolétarien : l’idée de l’unité de la classe ouvrière contre le capitalisme et l’idée de la solidarité de tous les travailleurs. La création de la « Ligue des communistes » constitue la première fusion entre le socialisme scientifique et le mouvement ouvrier.

    Après le 1° congrès, il fallait consolider l’idéologie et la structure de la « Ligue des communistes ». Le 5 août 1847, une communauté et une région de la « Ligue des communistes » furent instituées à Bruxelles sur l’initiative de Marx. Marx, Wolff, le Belge Philippe Gigot, agrégé ès lettres et philosophie, et Junge, ouvrier allemand, firent partie du comité régional, présidé par Marx. Le rôle de ce dernier ne se limita pas à la direction des communautés belges, mais de fait, Bruxelles devint le centre directeur de la « Ligue des communistes ».

    Selon Marx, l’objectif essentiel de la « Ligue des communistes » était la propagande du communisme. La « Ligue des communistes » était vouée à la clandestinité du fait de la domination de monarchies absolues et de régimes dits « libéraux » qui opposaient de nombreux obstacles à la lutte des communistes. Mais selon Marx, la « Ligue des communistes » devait éviter l’isolement par rapport aux masses, isolement tel qu’on le trouvait de la part des sociétés ouvrières des années 1830 et 1840. Pour éviter cela, la Ligue devait s’associer des sociétés ouvrières déclarées, se rattacher celles qui existent déjà, ou en créer, comme l’Association culturelle des ouvriers allemands de Londres, qui comprenait des sociétés de bibliothèques, de cours, de chorales, ou la Société ouvrière allemande, composée surtout d’émigrés, société créée à Bruxelles, en août 1847, comprenant d’abord 37 membres, puis au bout de quelques mois, une centaine. Les membres de la « Ligue des communistes » y jouaient un rôle de premier plan.

    Marx était conscient du fait que la propagande du communisme requérait un organe de presse. Weydemeyer (6) écrivait à Marx le 28 juin 1846 : « Il est désolant de n’avoir aucun organe pour publier de courts articles sans que la censure s’en mêle. Je suis persuadé que tu es le seul qui pourrait se charger du travail de rédaction. »

    Ce rôle d’organe de presse fut joué en partie par la « Gazette allemande de Bruxelles », qui paraissait deux fois par semaine depuis le 1° janvier 1847 jusqu’au 27 février 1848.

    Pour éliminer les derniers restes de socialisme utopique, il apparut la nécessité de convoquer un nouveau congrès de la « Ligue des communistes », qui se réunit du 29 novembre 1847 au 8 janvier 1848 à Londres. Lors des préparatifs du congrès, le comité central envoya aux communautés de la Ligue son projet de programme, rédigé selon l’usage des sociétés secrètes de l’époque, sous forme d’un catéchisme révolutionnaire ou d’un symbole de foi : liste de questions et de brèves réponses. Le projet, débattu lors des réunions des communautés, ne convint ni à Paris, ni à Bruxelles. Hess soumit un second projet, rejeté également.

    Sur la demande des membres parisiens de la Ligue, Engels en composa un troisième, intitulé « Principes du communisme ». Tout en conservant les anciennes formes, il ébauchait les thèses d’un parti prolétarien. Mais selon lui, ce n’était là qu’un brouillon. Il était convaincu que, le programme nécessitant une argumentation historique, ne pouvait tenir dans un questionnaire. Il écrit à Marx, quelques jours avant de venir à Londres : « Réfléchis donc un peu à la profession de foi. Je crois qu’il est préférable d’abandonner la forme du catéchisme et d’intituler cette brochure : Manifeste communiste. Comme il nous y faut parler plus ou moins d’histoire la forme actuelle ne convient pas. » (7).

    Marx se rangeait à l’avis d’Engels et considéra les Principes du communisme comme un avant-projet. Le congrès chargea Marx et Engels de la rédaction du programme sous la forme d’un manifeste. Marx regagna Bruxelles sans doute le 13 décembre 1847 et se mit au travail, ainsi que durant le premier mois de 1848. Si quant aux idées, le Manifeste du parti communiste est l’œuvre de deux auteurs, Marx et Engels, et s’il s’inspire en partie des Principes du communisme, l’expression littéraire appartient à Marx.

    Achevé fin janvier 1848, le manuscrit fut envoyé à Londres. La première édition parut pendant la révolution française de février. A la mi-mars 1848, 1000 exemplaires furent expédiés à Paris pour diffusion en France et en Allemagne.

    Quelle était, en Europe, la situation des différentes forces sociales lorsque fut publié le Manifeste du parti communiste ? Les différentes classes exploitantes luttaient entre elles ; les différentes fractions bourgeoises luttaient également entre elles. Le mouvement ouvrier aspirait à l’indépendance, à se constituer en force politique autonome.

    Quel a été l’avenir du livre ? Quand le mouvement ouvrier était en recul, le livre était peu lu, quand le mouvement ouvrier connaissait un certain essor, le livre était très répandu. En regard de cela, on peut distinguer deux périodes de lecture de Manifeste du parti communiste.

     

    DE 1847 A 1852

     

    Le « Manifeste du parti communiste » est publié d’abord en allemand, puis en français, ensuite en anglais, en danois et en polonais. En 1850, des traductions du Manifeste paraissent en Suisse et en Amérique. Cette première période de lecture du Manifeste est marquée par l’échec du mouvement communiste après 1848, en particulier, par l’écrasement des communistes à Cologne en 1853 (8).

     

    DE 1864 A 1874

     

    Le « Manifeste » est traduit en russe par Bakounine (9) en 1863, à nouveau en russe par Véra Zassoulitch (10) en 1882. Il paraît des traductions en danois, espagnol, douze éditions en allemand, etc. Cette période voit une nouvelle offensive des ouvriers, un essor des luttes, qui aboutira à la naissance et au développement de l’Association internationale des travailleurs, première internationale (11). 

    Le mouvement ouvrier a encore insuffisamment de maturité. Ne pouvant faire l’union sur la base des principes exposés dans le Manifeste, la classe ouvrière européenne et américaine a besoin d’un programme plus « large ». Ce programme sera rédigé par Marx en vue d’unir tous les ouvriers insuffisamment éduqués.

    Mais Marx avait confiance dans les masses : elles parviendront à élever leur niveau, ceci grâce au lien entre la théorie et la pratique, et à s’éduquer au cours de la lutte, au cours du mouvement lui-même. D’ailleurs les défaites jouent un rôle positif, parfois plus que les succès, car elles démontrent que l’individualisme et la division ne mènent à rien. Seules l’unité et la lutte permettront d’émanciper la classe ouvrière.

    Parallèlement aux événements sociaux et politiques, les idées contenues dans le Manifeste font des progrès et sont de mieux en mieux connues par les ouvriers avancés. La vie condamne les autres tendances du mouvement ouvrier (proudhonisme (12) en France, Lassalle (13) en Allemagne, Trade-union (14) en Angleterre). Ces progrès sont ponctués par les différentes éditions du livre. Aussi, Engels peut affirmer dans la « Préface de l’édition anglaise de 1888 » : « Ainsi l’histoire du Manifeste est- elle l’exact reflet de l’histoire du mouvement ouvrier moderne : il est actuellement sans conteste l’œuvre la plus répandue et la plus internationale de toute la littérature socialiste, un programme de milliers d’ouvriers de tous les pays de la Sibérie à la Californie. »(15).

     

    QUESTION DE TERMINOLOGIE

     

    Pourquoi intituler le Manifeste : Manifeste du parti communiste et non « socialiste » ?

    Rappelons quelques éléments de la conception marxiste définitive, achevée, de l’histoire de l’humanité. Selon Marx, dans les pays avancés du XIX° siècle, se sont succédés quatre modes de production (16) des biens matériels, c’est-à-dire quatre modes d’obtention des moyens d’existence (nourriture, vêtements, logements, instruments de production, etc.). Ce sont :

    1.                  La commune primitive ;

    2.                  Le mode de production esclavagiste ;

    3.                  Le mode de production féodal ;

    4.                  Le mode de production capitaliste.

    Le prochain mode de production, c’est le communisme, qui comprend deux étapes :

    1.                  Le socialisme (17) qui est une étape de transition entre le capitalisme et le communisme supérieur, et où existent un Etat socialiste, et la dictature du prolétariat. Dans une première approximation, on, peut définir le socialisme comme étant l’ « appropriation collective des moyens de production », les moyens de production (18) comprenant les objets employés dans la production, dont ils sont la condition matérielle (les objets de travail et les instruments de production).

    2.                  Le communisme proprement dit : c’est l’étape supérieure qui voit la disparition des classes sociales et de l’Etat.

     

    A l’époque à laquelle est rédigé le Manifeste, que désigne le mot de « socialisme » dans l’esprit du lecteur en général ?

    Ce mot désigne les tenants des systèmes utopiques, disciples d’Owen (19) en Angleterre, de Fourier (20) en France. Si ces systèmes présentaient quelques intérêts quand ils furent conçus, si les créateurs de ces systèmes furent de grands génies, maintenant que le mouvement ouvrier a atteint une plus grande maturité, les disciples de ceux-ci ne forment plus que des sectes, à l’esprit étroit.

    Le mot de « socialisme » évoquait aussi les charlatans du socialisme, les faussaires, des individus qui, en fin de compte, ne voulaient pas s’attaquer au capitalisme et qui servaient les intérêts de la bourgeoisie dans les rangs du prolétariat. Ce sont des valets des gouvernants qui sont étrangers à la classe ouvrière.

    A l’époque à laquelle est rédigé le Manifeste, que désigne le mot de « communisme » dans l’esprit du lecteur en général ?

    Ce mot désigne un groupe d’ouvriers désirant une transformation radicale de la société, mais cette conception était « vulgaire », c’est-à-dire encore très instinctive. Les représentants les plus typiques de cette tendance sont Cabet (21) en France et Weitling (22) en Allemagne.

    Quelle était la nature de classe de ceux qui s’intitulaient « socialistes » ? Ils représentaient les classes moyennes. C’était des doctrinaires et des phraseurs de salon.

     

    La nature de classe des « communistes », malgré les limites et les défauts, était prolétarienne. Ils représentaient les intérêts des ouvriers. C’est pourquoi le Manifeste s’intitulera Manifeste du parti communiste, car : « L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » (23).

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