• SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 12)

    Dans l’étape du socialisme, qui est la transition (44) entre le capitalisme et le communisme, et le premier stade du communisme, il coexiste également encore la démocratie et la dictature. Mais la différence essentielle entre cette étape, le socialisme, et les trois périodes précédentes, l’esclavagisme, le féodalisme et le capitalisme, c’est qu’alors la majorité domine la minorité : dans le socialisme, la démocratie existe effectivement pour la majorité du peuple, qui exerce une dictature sur la minorité des anciens exploiteurs et sur tous ceux qui rêvent d’un retour en arrière, vers le temps béni – pour eux – de l’exploitation de l’homme par l’homme.

     

    SOCIALISME OU BARBARIE : LE MONDE A VENIR (Partie 12)

     

    Dans l’étape du socialisme, qui est la transition (44) entre le capitalisme et le communisme, et le premier stade du communisme, il coexiste également encore la démocratie et la dictature. Mais la différence essentielle entre cette étape, le socialisme, et les trois périodes précédentes, l’esclavagisme, le féodalisme et le capitalisme, c’est qu’alors la majorité domine la minorité : dans le socialisme, la démocratie existe effectivement pour la majorité du peuple, qui exerce une dictature sur la minorité des anciens exploiteurs et sur tous ceux qui rêvent d’un retour en arrière, vers le temps béni – pour eux – de l’exploitation de l’homme par l’homme.

    La différence entre le communisme primitif et le communisme supérieur, est que le communisme primitif est caractérisé par la rareté, la pénurie ; il n’y a rien à partager et donc il n’y a pas d’inégalité sociale. Bien sûr, il existe néanmoins des inégalités naturelles, dues à l’âge, au sexe, à l’expérience plus ou moins grande, et à la loi du plus fort. Le communisme supérieur est caractérisé par l’abondance, l’absence de propriété individuelle : toutes les causes de lutte et d’exploitation de l’homme par l’homme sont éliminées. Dans le communisme supérieur, les besoins sont satisfaits, il n’existe plus d’inégalité sociale et on lutte contre l’inégalité naturelle.

    « Notre époque, l’époque de la bourgeoisie » (45), c’est ainsi que Marx et Engels caractérisent l’époque nouvelle en Europe : la bourgeoisie est alors, en France, depuis 1789, la classe montante et dominante, malgré quelques tentatives de restauration de l’ancien régime féodal. Il en est de même dans d’autres pays européens, même si, comme en Angleterre, la forme d’accession de la bourgeoisie au pouvoir politique n’est pas la même. Dans ces pays il s’est constitué deux camps ennemis, basés sur deux classes irrémédiablement opposées et antagoniques : la bourgeoisie et le prolétariat.

    En ce qui concerne les classes intermédiaires, elles sont condamnées par l’histoire à disparaître : les membres de ces classes parviendront soit à s’élever et à accéder à la classe supérieure, la bourgeoisie, soit tomberont dans la classe inférieure, le prolétariat. Il en est ainsi, par exemple, des paysans et des artisans. Aujourd’hui, les classes moyennes ont de plus en plus de difficultés à s’intégrer dans la classe bourgeoise. Le capitalisme monopoliste d’Etat s’est substitué au capitalisme libéral et concurrentiel (46). Aussi la tendance à la prolétarisation est presque la seule, l’unique voie, l’unique destin réservé aux classes moyennes.

     

    Comment peut-on imaginer la naissance de la classe bourgeoise ?

    Au moyen âge, la classe dominante comprend les « seigneurs », les propriétaires fonciers et le haut clergé. Du fait du développement des forces productives, des progrès scientifiques et techniques, de l’accumulation des richesses, il intervient une différenciation dans la classe inférieure, les paysans ou serfs.

    Certains serfs s’enrichissent, et ils gagnent les petits bourgs, qui se développent et deviennent des centres commerciaux et culturels. De même, certains artisans s’enrichissent et agrandissent leurs ateliers. Ces éléments forment les premiers noyaux de la bourgeoisie. C’est cela qui constitue l’acte de naissance, puis l’essor de la classe bourgeoise. Bien sûr, l’enrichissement de quelques-uns uns se fait la plupart du temps au prix de l’appauvrissement de beaucoup d’autres paysans ou artisans qui, ruinés, constituent l’embryon de la future classe ouvrière, et des ouvriers agricoles. C’est là la cause interne du fondement du capitalisme. Une des causes externes de l’épanouissement du système capitaliste, c’est le développement du commerce international et des échanges.

    Dans cette première étape, qui est celle de l’accession de la bourgeoisie au pouvoir politique, celle-ci joue un rôle révolutionnaire : elle guide et dirige l’ensemble du peuple vers la destruction de l’ancien régime. En effet, en face de la cible à abattre, le féodalisme, les intérêts de la bourgeoisie fusionnent avec les intérêts de l’immense majorité du peuple. Le mérite des premiers bourgeois est très grand : au lieu de dépenser leurs richesses en plaisirs, ou de les thésauriser, ils l’investissent, et par là, ils sapent la base du féodalisme, et préparent de nouveaux rapports sociaux.

    Il apparaît au fur et à mesure une contradiction aiguë entre les forces productives (nouvelles, développées) et les rapports de production (anciens, étriqués, étroits). Il n’y a plus adéquation – équilibre – entre les deux aspects. Les anciens rapports de production constituent un frein, et il faut les détruire pour leur en substituer de nouveaux : c’est la tâche impartie au peuple, guidé par la bourgeoisie.

    Quelles sont les étapes de ce processus ? Le commerce et l’industrie (la coopération (47), puis la manufacture (48) voient l’apparition de la bourgeoisie industrielle) jouent un rôle de première importance. La division du travail (49) accrue, l’introduction du machinisme et de la vapeur suscitent la naissance de la grande industrie et de la bourgeoisie moderne. Bien sûr, il y a interdépendance, interaction (A agit sur B, et inversement B agit sur A) entre ces éléments : commerce et industrie.

     

    Le capitalisme a rendu plus complexe la division du travail, et cela a considérablement augmenté les forces productives. Prenons un exemple : un artisan fabrique des aiguilles en acier. C’est lui qui réalise tous les stades du processus (allonger le fil d’acier, le couper, limer la pointe, percer un trou, etc.). Mettons, arbitrairement, qu’il fabrique 100 aiguilles en moyenne par jour. Le simple fait d’introduire une nouvelle division du travail va considérablement augmenter la production. Par exemple, quatre ouvriers, concentrés dans un atelier, vont se partager le travail : le premier allonge le fil d’acier, le second le coupe, le troisième lime la pointe, etc.). A eux quatre, ils fabriqueront non pas 400 aiguilles, mais 1000 aiguilles par jour, et même plus. De plus, le travail sera mieux fait. Les ouvriers n’ayant qu’un geste assez simple à réaliser, vont gagner en dextérité. Ce sera aussi un gain de temps appréciable.

    Bien sûr, l’introduction de nouveaux procédés techniques, de machines, etc., vont porter la production à des seuils encore plus élevés, mettons 10 000 aiguilles par jour en moyenne. Et ainsi le marché national sera saturé par ce produit : il faudra exporter, gagner de nouveaux marchés, d’où extension du colonialisme (50), et lutte entre nations bourgeoises pour posséder des colonies, ce qui développe les différents moyens de communication.

    Le pouvoir de la bourgeoisie dans la société s’accroît en même temps que ses forces matérielles, que sa puissance économique. Elle prend de plus en plus de place dans la société, aux dépens des anciennes classes féodales.

    L’œuvre Don Quichotte de Cervantès (51) illustre bien la décadence à tous les points de vue de la noblesse : mise en cause de toutes les valeurs du féodalisme, comme l’esprit chevaleresque, ce qui est la conséquence de la destruction de l’ancien monde. De même la pièce de théâtre Le Bourgeois gentilhomme de Molière (52) illustre bien l’accession d’une nouvelle classe, la bourgeoisie qui, encore incapable de supplanter l’ancienne classe féodale, aspire à l’imiter, et calque ses propres manières sur celles des maîtres de la société.

    Pour illustrer l’épanouissement de la classe bourgeoise, Marx et Engels citent deux modèles concrets différents : l’exemple type du développement de la bourgeoisie du point de vue économique, c’est l’Angleterre, et l’exemple type du développement de la bourgeoisie du point de vue politique, c’est la France. Bien qu’il y ait différents développements, politique et économie sont profondément liées. Il y a parallélisme entre développement économique et développement politique de la bourgeoisie, l’un prenant à certains moments le pas sur l’autre.

    Pendant une longue période, il y a accumulation de forces du côté de la bourgeoisie puis, à un moment donné, il y a transformation de la quantité en qualité, bond en avant, changement de société. Les acteurs de cela, ce sont les forces révolutionnaires (le tiers-état) dirigées par la bourgeoisie. La révolution bourgeoise de 1789 – « bourgeoise » par ses caractères et ses résultats, mais il y eut participation active et directe des masses populaires, cette révolution étant également (d’abord ?) un succès du peuple – est la résolution de la contradiction devenue très aiguë, arrivée à son terme, entre les nouvelles forces productives et les anciens rapports de production, entre les classes féodales et le peuple.

    Grâce à cette révolution, la bourgeoisie s’est emparée de la totalité du pouvoir politique, elle a détruit l’Etat féodal et a pris en main les rênes de la direction de la société : « Le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière. »(53).

    Dans une première phase, la bourgeoisie a joué un rôle positif : elle a remplacé la conception féodale du monde par sa propre conception, plus évoluée, plus scientifique. C’est là un progrès historique. Elle a substitué aux anciennes mœurs de nouvelles mœurs : par exemple le mariage féodal (obéissance absolue des enfants aux pères, mariages arrangés, etc.) a été condamné et remplacé par le mariage bourgeois (plus d’autonomie de l’individu majeur). La bourgeoisie a condamné et critiqué l’idée d’un « ordre naturel » (on naît roi ou serf, et on ne peut rien y changer, etc.). A un système où régnaient la hiérarchie des privilèges de naissance et l’absolutisme, elle a substitué un système où règne, sous une certaine forme, dans les affirmations de principe, l’ « égalité politique devant la loi ».

    Mais pour autant, la bourgeoisie a-t-elle remplacé le féodalisme par un système plus juste, où règne l’égalité sociale ? Non bien sûr. Elle lui a substitué un régime encore plus injuste, encore plus « inégalitaire » s’il se peut, car l’injustice et l’inégalité sont ressenties avec encore plus d’acuité. Le mirage de la religion s’étant estompé, les illusions s’étant dissipées, la bourgeoisie a remplacé les relations mystifiées par les rapports d’argent et l’égoïsme, l’individualisme outrancier priment. Elle a substitué à une exploitation voilée, une exploitation ouverte. C’est là l’aspect négatif de la bourgeoisie, aspect qui donne naissance à une nouvelle contradiction, entre bourgeoisie et prolétariat.

     

     

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