• Robespierre était-il franc-maçon? (1)

    La différenciation au sein du tiers-état était déjà accentuée et ne cessa, pendant les cinq années de la révolution, de s’approfondir. Le bourgeois de 1789 était déjà un personnage considérable. Propriétaire terrien, gros négociant, industriel, titulaire d’une charge (office de justice, de finances, etc.), son genre de vie, ses manières, son costume même l’apparentait bien davantage à la classe aristocratique qu’à celle des travailleurs manuels. L’inflation, la vie chère, d’un côté, et de l’autre, les fructueuses acquisitions de biens nationaux, les énormes bénéfices réalisés sur les fournitures de guerre creusèrent un début de scission entre bourgeois et sans-culottes. Le pauvre se paupérise davantage, tandis que la richesse du riche se fit plus insolente.

     ROBES-PIERRE Blanche, ROBES-PIERRE Noire

    Ou de la conception maçonnique du pouvoir.

     

    « Ceux qui commencent une révolution ne la terminent pas souvent. » Eusebio Ferrari (1919-1942)

     

    INTRODUCTION

    Il s’agit d’examiner d’un point de vue maçonnique le pouvoir, en prenant comme prétexte la vie et l’œuvre de Robespierre. Sont rapprochés les points suivants :

    • La vie de Robespierre de 1758 à 1789, puis l’exercice du pouvoir de 1789 à 1794 ;
    • L’accès au summum de pouvoir en juin 1794, puis la chute  en juillet 1794 ;
    • La lutte contre une triple oppression, celles du roi, du pape et l’oppression militaire.

     

    Première partie : Eléments de contexte

    ·        Les étapes importantes de la Révolution française

    ·        La paysannerie

    ·        Quelques chiffres

    o      Démographie

    ·        Contexte social

    o      Les ordres

    o      La famille

    ·        Importance de la religion catholique

    ·        Œuvres de la révolution

    ·        Le défi de l’égalité et des politiques sociales

     

    Deuxième partie : LA VIE DE ROBESPIERRE

    L’HOMME : LES ANNEES 1758-1789

    I)    Enfance de Robespierre

    II)            L’adulte

    III)        La mémoire de Robespierre

    IV)            L’importance de Rousseau et importance de la référence à Rome

    V)    La Franc-maçonnerie et 1789

    VI)            La science et 1789

     

    Troisième partie : L’œuvre, les années 1789-1794 ; Robes-pierre Blanche Robes-pierre Noire ; Le roi, le pape, le général

    I)    Robes-pierre Blanche : L’œuvre révolutionnaire

    SOCIETE :

    Robespierre a mené une lutte sans concession contre le féodalisme pour contribuer à installer l’Etat bourgeois, préfiguré dans Le Contrat social de Rousseau. Cependant, cela  a conduit à instaurer la propriété privée capitaliste, et l’égalité formelle, et à combattre toutes formes de propriété  égalitaire, de loi agraire, et à s’opposer à l’égalité sociale. (B)

    (A)LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION CIVILE (LE ROI)

    a.      Participation à la révolution

    b.     Constitution de l’an I

    c.      La Terreur ; La violence révolutionnaire

    II)            Robes-pierre Noire : L’œuvre réactionnaire Robespierre, représentant de la classe bourgeoise :

    (B)LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION CIVILE (LE ROI)

                                                                              1)      Les droits de l’homme

                                                                            2)      Apologie de la propriété privée

                                                                            3)      La paysannerie et la loi agraire

                                                                            4)      Le double pouvoir et le renforcement du pouvoir central

    LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION RELIGIEUSE (LE PAPE)

    RELIGION :

    Le culte de l’Etre suprême est la création d’une religion bourgeoise calquée sur  e « Vicaire savoyard » de Rousseau. Cela s’oppose à l’athéisme, à la science et à la raison.

                                                                            5)      Le culte de l’Etre suprême

    LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION MILITAIRE (LE GENERAL)

    GUERRE :

    La révolution voit le remplacement de l’armée féodale, où les grades notamment étaient réservés aux nobles, par l’armée bourgeoise, avec la conscription, et les gradés, issus du rang. Il convient de distinguer la guerre impérialiste, guerre de rapine, et la guerre juste de libération et de lutte contre l’agression, tant intérieure qu’extérieure.

                                                                            6)      La guerre extérieure

     

    Quatrième partie: La lutte contre les « bras nus »

    A)  La lutte contre les représentants des bras nus

    1)    Hébert et les hébertistes

    2)  Les sans-culottes

    3)  Gracchus Babeuf et le communisme primitif

    B)   Pourquoi la chute de Robespierre ?

     

    CONCLUSION :

    Rôle de la violence dans l’histoire :

    • Luttes de classes
    • Lutte pour la science (contre la religion, le fanatisme, la superstition).

     

    ANNEXE 1 : Chronologie des derniers mois de Robespierre.

     

    ANNEXE 2 : Quelques avis sur Robespierre.

     

    ANNEXE 3 : Liste de Francs-Maçons de la période révolutionnaire.

     

    ANNEXE 4 : La guillotine.

     

    ANNEXE 5 : Principales dates 1789-1795.

     

    ANNEXE 6 : Hymne à l’Etre suprême. Paroles de Desorgues, musique de Gossec. Hymne chanté à la fête de l’Etre suprême.

     

    ANNEXE 7 : Robespierre, Franc-maçon ?

     

    ANNEXE 8 : Résumé de la planche. Les idées principales.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    INTRODUCTION :

     

    Saint-Just : « Les circonstances ne sont difficiles que pour ceux qui reculent devant le tombeau. »

     

    La franc-maçonnerie se réclame d’idéaux révolutionnaires (Liberté Egalité Fraternité, laïcité,…) ; aussi convient-il d’examiner le contexte de ces idéaux. Lorsque l’on parle de la révolution, de quoi parle-t-on ? Il y a eu plusieurs phases. Et les révolutionnaires eux-mêmes ont daté l’an I de la révolution, non de 1789, mais de 1792 !

    En 1789, il y a très peu de républicains, mais il y a beaucoup d’opposants à la monarchie absolue.

    Alors que pour certains, la Révolution aurait dérapée en 1791, il apparaît plutôt que l’an II reste un exemple de révolution égalitaire et fraternelle. Tant que la révolution n’est pas terminée, la violence est légitime.

    Boule Blanche, Boule Noire : l’objectif de cette planche est d’apprécier l’action de Robespierre, d’un point de vue maçonnique, en prenant en compte les trois aspects suivants :

    o  La politique : la couronne

    o  La religion : la tiare

    o  La guerre : la couronne de laurier

    Et d’attribuer des boules noires et des boules blanches.

     

    Personnage froid et calculateur, monstre dénué de tout sentiment allant jusqu’à sacrifier ses amis, dictateur, voire précurseur des « totalitarismes » du XX° siècle… ou l’un des plus grands hommes d’Etat français, protagoniste majeur de la Révolution, « Incorruptible », héros maltraité par deux siècles d’une légende tenace ?

     

    L’idée de la présente planche est venue en parcourant une brochure sur la Ville d’Arras, Robespierre y apparaissant comme un enfant natif de cette commune.

    En premier lieu, je m’attacherais à décrire l’homme Maximilien Robespierre, en relation avec la ville d’Arras.

    En second lieu, je traiterai de l’œuvre de Robespierre et plus précisément du rôle de Robespierre dans la Révolution française, en examinant les enseignements que la franc-maçonnerie peut tirer comme enseignements utiles aujourd’hui.

    Pavé blanc, pavé noir : l’objet de la planche est aussi de présenter le double aspect de Robespierre, à la fois représentant zélé de la bourgeoisie révolutionnaire et organisateur de la nouvelle répression des classes laborieuses.

    La grande révolution fut une révolution bourgeoise et, dans ses résultats, elle ne pouvait être que bourgeoise.

    Sous l’angle de ses résultats objectifs, la révolution française n’avait pu être, étant donné les conditions objectives matérielles de l’époque, que bourgeoise.

    Mais la révolution bourgeoise sous-tendait un second mouvement, populaire, qui voulait aller plus loin.

    Engels : « À côté de l’antagonisme de la féodalité et de la bourgeoisie, existait l’antagonisme universel des exploiteurs et des exploités, des riches paresseux et des pauvres laborieux. »

    Engels a énoncé la loi suivante : « Tout parti bourgeois, un moment placé à la tête du mouvement, se voit déborder dans ce mouvement même par le parti plébéien ou prolétarien qu’il a derrière lui. »

    Marx montra que le mouvement révolutionnaire en 1793 tenta (un moment) de dépasser les limites de la révolution bourgeoise ;

    Les bras nus mènent la révolution bourgeoise jusqu’à son terme.

    La peur qu’inspire à la bourgeoise l’avant-garde populaire la fait renoncer à porter des coups trop rapides et trop brutaux à la contre-révolution. Elle hésite à chaque instant entre la solidarité qui l’unit au peuple contre l’aristocratie et celle qui unit l’ensemble des possédants contre les non-possédants. Cette pusillanimité la rend incapable d’accomplir jusqu’au bout les tâches historiques de la révolution bourgeoise. « Aucun des démocrates de la gauche la plus populaire, ni Robespierre, ni Pétion, n’osèrent parler de l’expropriation sans indemnité. » (Lefebvre).

    La révolution française est encore aujourd’hui un horizon français indépassable et indépassé, sauf pendant la courte mise en œuvre de la Commune de Paris en 1871.

    La Terreur a été une œuvre commune de toute la classe bourgeoise. Mais la bourgeoisie a profité d’une période d’affaiblissement de Robespierre pour à la fois éliminer celui-ci et se débarrasser de la Terreur. En effet, fin juillet 1794 :

    ·   Les troupes françaises triomphaient à l’extérieur (victoire de Fleurus) ;

    ·   Mise en œuvre du culte de l’Etre suprême par Robespierre ;

    ·   Mise en œuvre de mesures favorables aux sans-culottes par le groupe des robespierristes.

    En se débarrassant, par une sorte de coup d’Etat de Robespierre et de son groupe, certains « terroristes » se sont dédouanés eux-mêmes (Fouché,…)

    La révolution française est une référence de la franc-maçonnerie, ne serait-ce que par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et le mot d’ordre : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Si l’historien Michelet interrompt le courant révolutionnaire par la mort de Robespierre, la période qui suit étant un contre-courant réactionnaire, il est légitime de prendre en considération les périodes 1789 à 1799, et même au-delà, jusqu’en 1815, la période du consulat et de l’Empire étant une période de consolidation des acquis révolutionnaires.

    Cependant, concernant la franc-maçonnerie, étant donné la très grande diversité au sein de ces périodes, il est juste de s’interroger sur le contenu exact des références que sont la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et la devise « Liberté, Egalité, Fraternité »/

    Il est à noter que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :

    ·   Appartient au début de la révolution, période qui n’a pas encore mis fin à la monarchie absolue, et qui correspond à la lutte pour la Liberté. Une seconde période de 1792 à 1794 correspond à la lutte pour l’Egalité et à un approfondissement des droits qui se manifestent dans la Déclaration des droits de 1793. L’an I de la Liberté est inauguré par le 14 juillet 1789, et l’an I de l’Egalité est ouvert par le 10 août 1792 ;

    ·   La déclaration de 1789 présente un aspect inachevé, puisqu’elle s’arrête sur l’article 17 relatif à la propriété ;

    ·   L’ensemble des déclarations des droits présentent un aspect bourgeois : ils sont à la fois formels, et accentuent la protection de la propriété bourgeoise ;

    1. Ces déclarations doivent être complétées par les acquis obtenus depuis la révolution, notamment par la Commune de Paris de 1781, le Front Populaire et la Résistance.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Première partie :

    ELEMENTS DE CONTEXTE.

     

    o  Les étapes importantes de la Révolution française :

    Avant 1789, deux forces en présence : la noblesse, alliée au clergé, et la bourgeoisie.

    Réunion des Etats Généraux 5 mai 1789 : la bourgeoisie obtient l’application d’ « un homme, une voix » ;

    Lénine : « Prenez la grande Révolution française. Ce n’est pas sans raison qu’on la qualifie de « grande ». Pour la classe qu’elle a servie, la bourgeoisie, elle a fait tant que tout le XIX° siècle, ce siècle qui a donné la civilisation et la culture à toute l’humanité, s’est écoulé sous le signe de la Révolution française. Dans tous les coins du monde, ce siècle n’a fait que mettre en œuvre, réaliser par parties, parachever ce qu’avaient créé le grands révolutionnaires de la bourgeoisie française dont ils servaient les intérêts sans avoir conscience, sous le couvert de phrases sur la liberté, l’égalité et la fraternité. » (Lénine, Deux Discours au 1° Congrès de l’enseignement secondaire de Russie).

    4 Août 1789 : l’Assemblée abolit les privilèges et les droits féodaux. Les terres ne sont par contre pas redistribuées. Il faut pouvoir les racheter, ce qui est une manière de privilégier les couches supérieures de la bourgeoisie et de ménager les grands propriétaires terriens féodaux ;

    Instruction de l’Assemblée Constituante du 15 juin 1791 : « Ni la nation française, ni ses représentants, n’ont eu la pensée d’enfreindre par là les droits sacrés et inviolables de la propriété. Aussi, en même temps qu’elle a reconnu avec le plus grand éclat qu’un homme n’avait jamais pu devenir propriétaire d’un autre homme, et qu’en conséquence, les droits que l’un s’était arrogé sur la personne de l’autre n’avaient jamais pu devenir une propriété pour le premier, l’Assemblée nationale a maintenu, de la manière la plus précise, tous les droits et devoirs utiles auxquels des concessions de fonds avaient donné l’être, et elle a seulement permis de les racheter. ».

    Après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, est instaurée une monarchie constitutionnelle. Serment lors de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, au Champ-de-Mars : « Nous, députés des détachements des différentes gardes nationales rassemblées sous les murs de Lyon, pénétrés de l’importance de la mission sacrée qui nous a été confiée par nos commettants, Jurons sur l’autel de la patrie, et en présence de l’Etre suprême, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution du royaume, d’être fidèles à la nation, à la loi et au roi, d’exécuter les décrets de l’Assemblée nationale, sanctionnés ou acceptés par le roi. Nous jurons d’être inviolablement attachés à ce grand principe de la liberté individuelle, de protéger les propriétés particulières et les propriétés déclarées nationales, d’assurer la perception de tous les impôts ordonnés pour le maintien de la force publique, d’entretenir la libre circulation des subsistances dans toute l’étendue du royaume, de maintenir, partout où nous serons appelés, l’ordre et l’harmonie, sans lesquels les sociétés se détruisent au lieu de se perpétuer. ».

    La première étape de la révolution est la victoire de la grande bourgeoisie. Les responsables des départements, districts, cantons, doivent faire partie des « citoyens actifs », c’est-à-dire les plus riches, qui déjà s’étaient arrogés le droit d’élire les chefs de la Garde nationale lors de la naissance de celle-ci.

    Avec la loi électorale adoptée par la Constituante, le 4 décembre 1789, les citoyens actifs rassemblaient 4,3 millions de personnes sur une population de 24 millions de personnes. Les élections possédaient un second degré, 50 000 électeurs étant choisis parmi les plus riches des citoyens actifs pour le vote des députés, des conseillers généraux et de district, des juges.

     

    o  La paysannerie :

    Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution :

    « Imaginez-vous, je vous prie, le paysan français du XVIII° siècle…. Voyez-le tel que les documents que j’ai cités l’ont dépeint, si passionnément épris de la terre qu’il consacre à l’acheter toutes ses épargnes et l’achète à tout prix. Pour l’acquérir, il lui faut d’abord payer un droit, non au gouvernement, mais à d’autres propriétaires du voisinage… Il la possède enfin ; il y enterre son cœur avec son grain… Surviennent pourtant les mêmes voisins qui l’arrachent à son champ et l’obligent à venir travailler ailleurs sans salaire. Veut-il défendre sa semence contre leur gibier, les mêmes l’en empêchent ; les mêmes l’attendent au passage de la rivière pour lui demander un droit de péage. Il les retrouve au marché, où ils lui vendent le droit de vendre ses propres denrées ; et quand, rentré au logis, il veut employer à son usage le reste de son blé, de ce blé qui a crû sous ses yeux et par ses mains, il ne peut le faire qu’après l’avoir envoyé moudre dans un moulin et cuire dans le moulin de ces mêmes hommes. C’est à leur faire des rentes que passe une partie des revenus de son petit domaine, et ces rentes sont imprescriptibles et irrachetables. (…) ; et quand il a fini avec ceux-ci, d’autres, vêtus de noir, se présentent, qui lui prennent le plus clair de sa récolte… ».

    Gramsci : le jacobinisme est l’alliance de la bourgeoisie révolutionnaire et de la paysannerie. La révolution paysanne et populaire était au cœur de la révolution bourgeoise et la poussait en avant.

    Luttes paysannes :

    o  Jacqueries pour l’abolition de la féodalité ;

    o  Luttes pour la terre ;

    o  Emeutes de subsistances ;

    o  Troubles forestiers ou à propos des droits collectifs traditionnels ;

    o  Paniques et peurs dégénérant en révoltes armées, telle la classique Grande Peur de 1789.

    Deux lignes générales de ces luttes :

    Il s’agit pour le monde paysan dans son ensemble de se libérer de l’exploitation féodale ;

    Il s’agit aussi, pour la paysannerie pauvre, paysans parcellaires et paysans sans terre, de défendre leur droit à l’existence, lié à tout le système de l’agriculture traditionnelle fondée sur les droits d’usage, face au progrès de l’agriculture capitaliste.

    Comment le Gouvernement révolutionnaire pouvait-il concilier une politique égalitaire avec la défense des propriétaires contre la « loi agraire », des employeurs contre les revendications des salariés agricoles ? Le temps vint où il fallut choisir : le choix ne faisait aucun doute. De là, l’indifférence, puis la déception parmi les sans-culottes des campagnes.

    La Révolution fut loin d’avoir distribué aux paysans toute la terre qu’elle avait attribuée à la nation. La bourgeoisie en conserva une part considérable.

    Qui plus est, elle imposa sa conception de la propriété. La masse rurale n’était pas hostile à la propriété individuelle, mais elle la limitait étroitement par ses conceptions coutumières ; les droits collectifs, vaine pâture et seconde herbe, glanage, droits d’usage dans les forêts et les communaux, équivalaient aux yeux de la petite paysannerie à une copropriété des fonds.

     

    o  Quelques chiffres :

    o Démographie 

    L’Europe compte dès 1770 environ cent vingt millions d’habitants.

    La population de la France passe de 18 à 28 millions d’habitants entre 1700 et 1800.

    L’Europe compte dès 1770 environ cent vingt millions d’habitants. La population de la France passe de 18 à 28 millions d’habitants entre 1700 et 1800.

     

    Au XVIII° siècle, la ville d’Arras comprenait plus de 20 000 habitants et était relativement prospère. Sans qu’il soit utile de disposer d’une imagination débordante, malgré les destructions et les changements subis aux XIX° et XX° siècles, il est possible, en se promenant dans les rues d’Arras, de concevoir ce qu’a pu être la vie quotidienne de Robespierre.

     

    Certains auteurs estiment le nombre de morts de la période de la Révolution à 1 000 000, dont environ 500 000 morts pour la seule guerre civile de Vendée, sur une population française total de 28 millions d’habitants. Pour la guerre de Vendée, certains historiens estiment le nombre de morts, du côté des Blancs à 170 000 victimes (femmes, enfants et vieillards inclus).

     

    Composition des Etats généraux : plus de 500 francs-maçons y furent délégués sur 1600 membres, c’est-à-dire 30 %.

    Le nombre de députés et députés suppléants francs-maçons, respectivement à la Constituante, puis à la Législative et enfin à la Convention, est estimé à environ 210 à 220, soit 30 % de la composition de ces assemblées.

    En 1736, un édit royal interdisait les tenues de loges. En 1738, le pape Clément XII interdit la franc-maçonnerie. En France, la franc-maçonnerie était opposée à la fois à l’Eglise et à la monarchie.

    En 1789, on compte plus de 600 loges, dont 39 dans les colonies d’outre-Atlantique, et 69 dans les régiments.

    Il se fonda à Paris, par des maçons, une « Société des Amis des Noirs »prônant leur libération des chaînes de l’esclavage. Chevilles ouvrières : Brissot et Olympe de Gouges.

    En 1789, déjà 30 000 aristocrates émigrent, chiffre énorme pour l’époque.

    Il y avait tout un panel de francs-maçons, depuis la franc-maçonnerie de pacotille qui entoure Marie-Antoinette, jusqu’à la franc-maçonnerie la plus révolutionnaire.

    Bataille de Valmy : les deux armées réunissaient 200 000 et il y eu en tout et pour tout 300 morts et blessés  pour les deux camps.

     

    o  Contexte social

    o Les ordres

    Du point de vue de la méthode, il ne m’apparaît pas possible d’avoir une conception scientifique de l’histoire de cette période, si l’on n’applique pas comme moteur général la lutte des classes.

    La révolution française a contribué à mettre en place une nouvelle formation sociale, en détruisant radicalement la formation sociale précédente, le féodalisme ;

    Robespierre est un représentant de la bourgeoisie révolutionnaire, qui a sans doute mené le plus loin cette mise en place du nouveau système ;

    Mais en même temps que la bourgeoise, d’autres classes sociales avaient à la fois l’intérêt de détruire l’ancien état de chose, à savoir notamment la paysannerie et les « bras nus ».

    Si la bourgeoisie, dont Robespierre, a des intérêts communs avec toutes ces classes appartenant au tiers-état, par contre, la bourgeoise, dont Robespierre, avaient leurs intérêts propres, et donc elle s’est battue sur deux fronts, à la fois contre le féodalisme, mais aussi contre ce qu’elle appelait « l’anarchie », ou les « partageux ».

    La révolution française est la mise à bas de l’Ancien Régime. La bourgeoisie et le peuple forment le Tiers Etat, et sont unis contre la noblesse et le haut clergé.

    Puis est apparue la Terreur, qui est une sorte de « peur de la Révolution », une peur du peuple qui entre en scène. Se met alors en place la dictature de la bourgeoisie : après la Terreur, c’est le Directoire et l’Empire de Napoléon, c’est-à-dire le règne de la famille bourgeoise, de la propriété privée, de l’égalité des droits et de toutes les valeurs bourgeoises. Il faut tenir le peuple à l’écart (suffrage censitaire).

    Il faut bien comprendre le contexte dans lequel se situe la révolution française : c’est un contexte dangereux, violent, où se manifestent de nombreuses résistances à l’instauration d’une nouvelle société, réactions tant extérieures (guerre avec les monarchies de l’Europe), qu’à l’intérieur.

     

    o  La famille :

    Avec les Jacobins il y a l’émergence de l’état social.

    Dans l’Ancien régime prévaut le modèle familial patriarcal radical : le père est le chef de famille, qui a tout pouvoir sur sa femme et ses enfants (les lettres de cachet lui permettent de faire enfermer ses enfants). Pour les Jacobins, cela n’est pas acceptable, au nom de l’égalité entre les enfants qui composent la famille. D’un côté, le père doit éducation et protection à ses enfants. De l’autre côté, il faut destituer l’Eglise, concernant l’éducation, les soins, les enfants abandonnés, … pour affirmer la prééminence de l’Etat.

    Ensuite, le principe de la puissance paternelle a été rétabli, mais adouci, par Napoléon.

     

    o  Importance de la religion catholique

    Selon Michelet, la misère est la cause essentielle de la Révolution : « Hommes sensibles, qui pleurez sur les maux de la Révolution (avec trop de raison sans doute), versez donc aussi quelques larmes sur les maux qui l’ont amenée. Venez voir, je vous prie, ce peuple couché par terre, pauvre Job, entre ses faux amis, ses patrons, ses fameux sauveurs, le clergé, la royauté. Voyez le douloureux regard qu’il lance au roi sans parler. »Voyez le douloureux regard qu’il lance au roi sans parler. »

     

    o  Œuvres de la Révolution :

    Suffrage universel masculin : Juifs, comédiens. Robespierre fut l’un des rares défenseurs du suffrage universel et de l’égalité des droits, s’opposant au marc d’argent, et défendant le droit de vote des comédiens et des juifs (notamment discours du 25 janvier 1790).

    Intervention de Robespierre à l'Assemblée constituante sur le droit de vote des Juifs, 23 décembre 1789

    « On vous a dit sur les Juifs des choses infiniment exagérées et souvent contraires à l'histoire. Comment peut-on leur opposer les persécutions dont ils ont été les victimes chez différents peuples ? Ce sont au contraire des crimes nationaux que nous devons expier, en leur rendant les droits imprescriptibles de l'homme dont aucune puissance humaine ne pouvait les dépouiller. On leur impute encore des vices, des préjugés, l'esprit de secte et d'intérêt les exagèrent. Mais à qui pouvons-nous les imputer si ce n'est à nos propres injustices ? Après les avoir exclus de tous les honneurs, même des droits à l'estime publique, nous ne leur avons laissé que les objets de spéculation lucrative. Rendons-les au bonheur, à la patrie, à la vertu, en leur rendant la dignité d'hommes et de citoyens ; songeons qu'il ne peut jamais être politique, quoiqu'on puisse dire, de condamner à l'avilissement et à l'oppression, une multitude d'hommes qui vivent au milieu de nous. »

    Être juif dans la société française du Moyen-âge à nos jours, Béatrice Philippe, éd. Complexe, 1997, p. 143

    Intervention à l'Assemblée constituante sur le droit de vote des comédiens, 23 décembre 1789 :

    « Je ne crois pas que vous ayez besoin d'une loi au sujet des comédiens. Ceux qui ne sont pas exclus sont appelés. Il était bon cependant qu'un membre de cette assemblée vint réclamer en faveur d'une classe trop longtemps opprimée. Les comédiens mériteront davantage l'estime publique quand un absurde préjugé ne s'opposera plus à ce qu'ils l'obtiennent : alors les vertus des individus contribueront à épurer les spectacles, et les théâtres deviendront des écoles publiques de principes, de bonnes mœurs et de patriotisme. »

    Robespierre : entre vertu et terreur, Slavoj Zizek, éd. Stock, 2008, p. 83-84

     

    Le culte de l’Etre Suprême, c’est-à-dire le déisme de la bourgeoisie, s’explique par son incapacité à être matérialiste de bout en bout ; c’est la construction semi-religieuse d’un monde propice aux activités bourgeoises. Jean Jacques Rousseau est le véritable cœur idéologique de la révolution française.

     

    Etat-civil

    Ecole et éducation

    Justice : loi des 16 et 24 août 1790

    Abolition du « meurtre juridique ». Beccaria.

    La question coloniale. Contre le triumvirat, Duport, Barnave et Lameth, et contre Moreau de Saint-Méry (ancien acteur de la prise de la Bastille, devenu en 1790 député de la Martinique), il défendit l’abolition de l’esclavage et le droit de vote des gens de couleur, refusant, même seul, les concessions proposées le 13 mai par Barère sur la reconnaissance constitutionnelle de l’esclavage, et le 15 par Reubell sur le refus du droit de vote aux affranchis ; d’où sa célèbre exclamation, le 13 : « Périssent les colonies s’il doit vous en coûter votre bonheur, votre gloire, votre liberté. »

     

    La guerre. Robespierre dans un premier temps se prononça pour la guerre, puis, après Billaud-Varenne (5 décembre 1791), il dénonça le caractère belliciste de la France contre l’Autriche à la tribune des Jacobins : d’abord le 11 décembre 1791, puis le 18 décembre, le 2 janvier 1792, le 11 janvier et le 25 janvier. Il jugeait imprudente une telle décision qui, d’après lui, faisait le jeu de Louis XVI. A ses yeux, l’armée française n’était pas prête pour mener une guerre, qui pouvait en cas de victoire, renforcer un roi et des ministres hostiles à la Révolution ; il estimait que la véritable menace n’était pas parmi les émigrés de Coblentz, mais en France même. De plus, la guerre était ruineuse pour les finances de la France, il valait mieux favoriser les droits du peuple. Il souligna enfin le caractère contre-productif de la voie militaire pour l’expansion parmi les peuples d’Europe des principes de la révolution française : « Personne n’aime le missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis. » Robespierre mit enfin en avant la menace d’une dictature militaire, représentée par La Fayette.

     

    o  Le défi de l’égalité et des politiques sociales

    C’est la Grande Terreur qui s’étend à la France. Rien qu’à Paris, 2000 personnes sont guillotinées au mois de juin. Ce régime s’achève après la mort de Robespierre le 28 juillet. Au total, on estime que 500 000 personnes ont été emprisonnées, 300 000 assignées à résidence et 16600 ont été exécutées.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Deuxième partie : LA VIE DE ROBESPIERRE

    L’HOMME : LES ANNEES 1758-1789

    Dans cette première partie, je souhaite présenter l’émergence de Robespierre, son enfance et sa jeunesse, afin de mettre en exergue ce qui a conduit au révolutionnaire que l’on connaît. Au XVIII° siècle, la ville d’Arras comprenait plus de 20 000 habitants et était relativement prospère. Sans qu’il soit utile de disposer d’une imagination débordante, malgré les destructions et les changements subis aux XIX° et XX° siècles, il est possible, en se promenant dans les rues d’Arras, de concevoir ce qu’a pu être la vie quotidienne de Robespierre.

     

    I)           L’ENFANCE DE ROBESPIERRE :

    Maximilien Marie Isidore de Robespierre (ou Derobespierre), ou Maximilien Robespierre, est né le 6 mai 1758 à Arras, et il est mort guillotiné le 28 juillet 1794, à Paris, place de la révolution ; Avocat et homme politique français, qui :

    o  Incarne la « tendance démocratique » de la Révolution française ;

    o  Surnommé l’ « Incorruptible » par ses partisans, et qualifié de « tyran » ou de « dictateur sanguinaire » par ses ennemis.

    Il figure dans la liste des « cent plus grands Français », liste établie par un sondage BVA en septembre 2004 auprès d’un échantillon représentatif de 1038 Français de plus de 15 ans. Dans ce sondage, est placé en premier, Charles de Gaulle et en centième position, la psychologue Françoise Dolto. Robespierre est placé en 72° position, entre Jean-Jacques Rousseau, en 71° position, et le chanteur Renaud, en 73° position.

    Sa paroisse d’origine est Sainte Magdeleine, et il fut baptisé dans cette église, le 6 mai 1758, étant né le même jour à 2 heures du matin.

    Son père et son grand-père étaient avocat du Conseil d’Artois.

    Robert-Pierre : deux prénoms ont fait un nom. Le nom semble s’orthographier Derobespierre, ce n’est pas le de de la noblesse.

    Le grand père meurt en 1762.

    Le père a fait des études à Douai et a exercé comme avocat au Conseil d’Artois jusqu’en 1754.

    Maximilien, conçu hors mariage – il est né quatre mois et quatre jours après la cérémonie – est l’aîné de quatre enfants.

    Il y a une naissance par an :

    o  6 mai 1758 : Maximilien Barthélemy François

    o  1760 : Charlotte

    o  1761 : Henriette Eulalie Françoise, qui meurt à 20 ans

    o  1763 : Augustin, dit « Bonbon » ;

    o  juillet 1764 :5° enfant, le puîné, qui meurt peu après la mort de la mère, huit jours après la naissance.

    La mère meurt en 1764 et le père meurt en 1777 à Munich.

    La mort de la mère a transformé Maximilien. « Avant, écrit Charlotte, il était, comme tous les enfants de son âge, étourdi, turbulent… » « Depuis, il est devenu grave. ». « S’il se mêlait de nos jeux, c’était pour les diriger. Il nous aimait tendrement et il n’était pas de soins et de caresses qu’il ne nous prodiguât ».

    Charlotte vante son amour pour les animaux. Un jour, le grand frère prête aux deux sœurs l’un des pigeons de sa volière. Elles l’oublient dehors par une nuit d’orage. Au matin, on le trouve mort. « A cette nouvelle, rapporte Charlotte, les larmes de Maximilien coulèrent. Il nous accabla de reproches […] et jura de ne plus nous confier un de ses pigeons ». « C’est un ange, disent de lui ses tantes. Aussi est-il fait pour être la dupe et la victime des méchants. »

    Les deux orphelins garçons sont recueillis par les grands parents maternels, brasseurs, et les deux filles par deux tantes paternelles.

    1765 : Robespierre fréquente le collège tenu par les Oratoriens jusqu’en 7°, dans l’hôtel particulier, devenu l’Hôtel L’Univers. Ce collège compte alors 30 à 40 pensionnaires et 400 externes, dont Maximilien. Ceci jusqu’en 1769.

    La sœur Charlotte écrira ses mémoires; Maximilien est en enfant taciturne, qui a la passion des oiseaux. Il a une volière.

    En 1769, il va à Paris, jusqu’en 1781. Il fréquente le collège Louis le Grand, collège de Clermont, collège prestigieux, siège de l’Université de Paris. Il a obtenu une bourse de 450 livres annuelles de l’abbaye de Saint-Vaast.

    Cette période est marquée par un repliement sur soi. En effet, si Robespierre fait partie de la bourgeoisie, il a été obligé de demander une bourse pour pouvoir suivre des études. Il aura du mal à s’intégrer à ses congénères, issus de familles aisées ; en effet, il dispose de peu d’habits et d’habits qui ne lui permettent pas de se montrer au contact avec les autres élèves.

    En 1775, il sera choisi pour lire un compliment devant le roi, de retour du sacre, sous une pluie diluvienne, rue saint Jacques.

    La rencontre de Maximilien et de Louis XVI a lieu le 15 juin 1775, alors que le jeune roi et la jeune reine rentrent, sous l’orage, du sacre de Reims et que leur carrosse doit s’immobiliser dans la fange sous l’auvent du collège Louis-le-Grand. Un élève, désigné par le proviseur, vient, dans le déluge, réciter un compliment. Il y eut un arrêt très court. Le jeune homme, à genoux devant le marchepied, lit. Le roi a la mine affable qui lui est coutumière, et il ne retient pas le collégien sous l’orage.

    Première rencontre avec le roi, qui laissera peut-être un sentiment de rancœur à l’égard du monarque.

    Le 25 octobre 1777, toujours élève à Louis-le-Grand, Maximilien s’engage dans l’étude du droit. « Je sors de ma philosophie, écrit-il, et je me destine au barreau. De toutes les qualités nécessaires pour se distinguer dans cette profession, j’y apporte du moins une vive émulation et une extrême envie de réussir. »

    Puis il effectue la Faculté de droit, pendant trois années, licencié en 1781, inscrit au barreau de Paris.

     

    II)       L’ADULTE :

    Les relations de Robespierre avec les femmes : Robespierre resta célibataire. Toutefois, à Arras, il cultiva les relations féminines : il eut une ébauche d’idylle avec Mademoiselle Dehay, amie de sa sœur, une jeune anglaise inconnue et une certaine Mademoiselle Henriette, correspondit avec une dame très haut placée, peut-être Madame Necker, fut reçu chez Madame Marchand, future directrice du Journal du Pas de Calais, etc.

    D’après sa sœur Charlotte, une Mademoiselle Anaïs Deshorties, belle-fille de sa tante Eulalie, aima Robespierre et fut aimée de lui ; en 1789, il la courtisait depuis deux ou trois ans. Elle se maria avec un autre, l’avocat Leducq, tandis qu’il était à Paris. Robespierre aurait eu en 1790 une liaison avec une jeune fille de condition modeste d’environ vingt-six ans. Enfin, il a été dit qu’il était fiancé avec la fille de son logeur, Eléonore Duplay.

    Un contemporain, Dubois de Fosseux, dit que Maximilien aimait « se mêler parmi les pastourelles du canton et animer leurs danses. » « Il consacrait un temps assez long à sa toilette » au dire de sa sœur Charlotte.

    Charlotte prétendra que Maximilien, à Paris, faisait appel à une prostituée convoquée « de temps en temps à son domicile ».

    Robespierre voulait faire du Français, un homme nouveau.

    Pour cela il devait être provisoirement dictateur, au moins pendant la durée où la République était en danger.

    Les explications « psychologiques » du caractère de Robespierre :

    Mort de sa mère et départ de son père

    A la mort de sa mère, Robespierre avait six ans. Puis son père disparaît totalement. Il est mort à Munich le 6 novembre 1777. Robespierre, recueilli par son grand-père maternel, brasseur, va, en tant qu’aîné, jouer le rôle de substitut du père.

    Sa pauvreté (tenue négligée, vêtements râpés,…) au milieu des jeunes nantis qui fréquentent le collège, puis le Lycée et l’université, conduit Robespierre à s’écarter d’eux, par honte et par orgueil ; C’est un solitaire, rêveur, qui lit beaucoup. Il est quasiment obligé de se cacher pour ne pas montrer son indigence.

    Il fera de brillantes études.

    Collégien : pauvre, il doit demander une bourse

    Sexualité :

    Caractère homosexuel de Robespierre, notamment à l’égard de Saint-Just

    Robespierre est un puritain, pas intéressé par le sexe.

    Sa sœur Charlotte prétend qu’en 1789 Robespierre était sur le point d’épouser Mlle Deshorties.

    Robespierre et la mort :

    Que l’on ne s’y trompe pas : Robespierre comme d’autres révolutionnaires (ainsi, Duport, Marat et Saint-Just) était favorable à l’abolition de la peine de mort. Lorsqu’il était juge à la prévôté épiscopale d’Arras, il refuse de signer l’arrêt de mort d’un condamné, et démissionne de la prévôté épiscopale.

    Cependant cela n’empêche pas Marat de demander encore 270 000 têtes ! Cela signifie que la période révolutionnaire est particulière, et qu’il n’est pas possible de faire autrement : Le choix est soit de tuer, soit d’être tué.

    La période de dictature ne dure que pendant un temps limité.

    Lorsque lui-même a été mené à la guillotine, selon un témoin oculaire ; Robespierre gardait les yeux fermés, et il ne les a ouvert que lorsque le bourreau s’est saisi de lui pour l’emmener à la guillotine.

    Robespierre est frappé par le désir des députés des Etats généraux d’étouffer la révolution populaire qui menace.

    Robespierre sera l’interprète du peuple et non de la classe bourgeoise à laquelle il appartient et qui craint les émeutes populaires.

    A Paris, il vit avec une femme de modeste condition, à laquelle il verse une pension, selon le témoignage de son secrétaire, Pierre Villiers.

    L’homme politique : c’est une courte période, qui porte de 1789 à 1794, soit cinq années, Robespierre étant mort à l’âge de 36 ans.

    Elu le 15 novembre 1783, Robespierre est reçu le 21 avril 1784 par l’Académie royale des Belles Lettres d’Arras. Dans son discours de réception il « entreprit de prouver l’origine, l’injustice et les inconvénients du préjugé qui fait rejaillir sur les parents des criminels l’infamie attachée à leur supplice. »

    L’avocat :

    En 1781, Robespierre retourne à Arras. Il mène une carrière d’avocat.

    C’est un personnage soigné, élégant, avec une perruque poudrée chaque jour.

    En 1781, il a reçu un pécule de 600 livres, dont il fera bénéficier son jeune frère, permettant à celui-ci de poursuivre à son tour des études à Louis-le-Grand.

    Il vit avec sa sœur Charlotte, qui fait un peu office de « bonne du curé » (elle meurt en 1834).

    Le 15 novembre 1781, il entre au conseil supérieur d’Artois, créé en 1530. Il y a dix juridictions à Arras (Conseil, gouvernance, échevinage,…) qui regroupent de 200 à 250 personnes, dont 87 avocats. C’est un tribunal souverain au criminel, et on peut interjeter appel au civil au tribunal de Paris.

    Robespierre est un avocat brillant, qui entre à l’Académie Société des belles lettres, qui regroupe 30 académiciens (l’élite : des nobles, des procureurs, des prêtres, 7 à 8 avocats). Il en sera président en 1786. (« Droits et devoirs des enfants bâtards »). Il y rencontre Lazare Carnot.

    Membre des Rosati, club créé en 1778, composé surtout d’avocats.

    Il obtient la médaille d’argent de l’Académie de Dijon, et un pécule de 400 livres.

    En 1783, c’est la première cause qui donnera à Maximilien une notoriété, c’est l’affaire du paratonnerre (créé par Franklin en 1763). Il y a deux avocats. Maximilien transforme les causes particulières en causes générales, et lutte conte l’obscurantisme.

    La deuxième cause concerne l’abbaye d’Ancin, avec le vol de 262 louis. Maximilien élargit l’affaire. C’est l’affaire Deteuf, dite de l’ « innocence opprimée », qui oppose Maximilien à son ancien protecteur, M. Liborel. Robespierre sauva Deteuf, qui avait déjà été incarcéré, et confondit le moine devant le Conseil d’Artois.

    La troisième affaire concerne François Page et la lutte contre les bannissements.

    Maximilien a plaidé jusqu’en 1790 : de 1782 à 1790, cela représente 111 affaires.

    Sa sœur Charlotte, a fait un intéressant tableau de l’existence que mène à Arras, le jeune avocat : chaque jour, il se lève à six ou sept heures, selon la saison ; il travaille ensuite jusqu’à huit heures ; son perruquier vient le raser et le poudrer ; on sait que, même aux jours les plus sombres de la Terreur, il n’abandonnera jamais ses habitudes et qu’il aura toujours grand soin de sa personne, donnant toujours l’exemple de la correction et des bonnes manières ; il prend ensuite une légère collation, consistant le plus souvent en une tasse de lait, et, jusqu’à dix heures, il revoit ses dossiers, s’habille et se rend au palais.

    L’audience levée, il rentre pour dîner, mange peu, boit de l’eau rougie, et n’affecte pas de prédilection pour certains mets plus délicats ; cependant, il aime les fruits – surtout les oranges – et, comme beaucoup de concitoyens, se délecte volontiers d’une tasse de café.

    Son modeste repas terminé, il sort pendant une heure, fait une promenade où rend une visite et, de retour, il se remet au travail jusqu’à sept ou huit heures du soir.

    Après le dîner, il reste en famille ou va retrouver des amis ; dans ces réunions, il se montre d’un caractère distrait ; il est souvent préoccupé, s’associe rarement aux jeux, aux parties de cartes, aux causeries insignifiantes ; il se retire parfois dans un coin de la pièce, s’enfonce dans un fauteuil et se livre à ses réflexions.

    Cependant, il est d’humeur toujours égale, sait rire et plaisanter à l’occasion et on lui pardonne volontiers ses habitudes méditatives et ses distraction, lorsque, se promenant, il oublie de saluer les personnes de ses relations.

    Il vit rue du Saumon, puis rue des Teinturiers, et loue une maison rue du Collège de 1783 à 1787.

    A Paris, il vivra rue Saint Honoré avec la famille Duplay, bourgeois respecté comme manufacturier en menuiserie.

    Un député du tiers état, La Réveillière-Lépaux, rend visite à Robespierre, chez Maurice Duplay, rue Saint-Honoré : « Robespierre recevait des hommages, chez les Duplay, tels ceux qu’on rend à une divinité…Lui-même, bien peigné et poudré, vêtu d’une robe de chambre des plus propres s’étalait dans un grand fauteuil devant une table chargée des plus beaux fruits, de beurre frais, de lait pur et de café embaumé. Toute la famille, père, mère et enfants cherchaient à deviner dans ses yeux tous ses désirs pour les prévenir à l’instant. »

    En 1789, 8 députés sont élus, dont Robespierre en 5° position.

    Il sera guillotiné le 10 juillet 1794. 22 têtes. Place de la Concorde. Son corps sera déposé au cimetière de Rincy. C’était la première fois que l’Incorruptible voyait la guillotine, n’ayant jamais assisté à une exécution.

     

    III)  LA MEMOIRE DE ROBESPIERRE :

    Incorruptible hier, Inconnu aujourd’hui.

    L’image de Robespierre, dans la conscience collective, est ambigüe :

    o  Pour les uns, il y a une légende noire, avec des pamphlets : Maximilien est un pleutre, lâche, éliminé par des Montagnards, par peur : Barras, Talien, Fouché, Courtois,…

    o  Pour d’autres, c’est un révolutionnaire craint et écouté. Le 9 Thermidor marque la fin de la révolution, dans sa phase ascendante, et le début de la réaction.

    o  Pour d’autres encore, Maximilien est le précurseur de Gracchus Babeuf, journaliste, arrêté en 1795 à Arras. Celui-ci voulait instaurer un communisme de distribution. Ceux-là confondent les idées de Robespierre et de Babeuf.

    o  Pour d’autres enfin, Robespierre est un sujet tabou. Soit ils refusent d’en parler, soit ils en parlent de manière critique.

    C’est dans les années 1830-1848 que Robespierre est redécouvert. La III° république se méfie de Robespierre.

    En 1923, une plaque est apposée sur la maison occupée par Robespierre, mais sont publiés aussi des articles dans la presse, qui parlent d’ « œuvre de boue et de sang » et du « tyran sanguinaire ».

    1926-1933 : c’est l’affaire du buste de Robespierre.

    1950 : édition d’un timbre à son effigie.

    Le rejet de Robespierre est bien réel. Par exemple, au conseil de Paris, en 1948, on avait envisagé de donner le nom de Robespierre à la place et à la rue du Marché-Saint-Honoré, mais certains habitants du quartier s’y étaient opposés. Puis on avait proposé de donner son nom à la rue de l’Hôtel de Ville et à la rue Hyacinthe, mais deux votes avaient alors mis fin à ces propositions. En 1958, la Ville de Paris refusait toujours de reconnaître en Robespierre un personnage qui avait pu marquer l’histoire nationale. Aujourd’hui, la Ville de Paris ne compte toujours pas de rue portant le nom de Robespierre, alors que de nombreuses rues des villes de l’ancienne « ceinture rouge » portent son nom. Cela indique bien de quel côté, du point de vue de la lutte des classes, se trouve Robespierre.

    1968 : création du lycée Robespierre. Longtemps, le lycée ne portait pas de nom. C’était le lycée de garçon d’Arras, tout simplement. Une première tentative pour lui donner le nom de Robespierre a eu lieu en 1958, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de celui-ci. Cette première tentative n’a pas abouti. Une seconde tentative, en 1967, a enfin abouti le 15 novembre 1969, soit 11 ans après la première tentative ! Mais à ce jour, le lycée n’a toujours pas été inauguré ! (Source : Journal L’Incorruptible lycéen, numéro 1 de novembre 2010).

    Le 15 novembre 1969, le lycée de garçon d’Arras a adopté par arrêté préfectoral le nom de Robespierre. Proposé en novembre 1967, par un professeur de l’établissement, Jacques Herreyre, ce nom avait obtenu successivement le soutien de son conseil intérieur, puis de son conseil d’administration (9 février 1968), de l’association des anciens élèves, du conseil municipal (22 avril 1968), des élèves du lycée réunis dans un comité d’action du lycée Robespierre et du Conseil académique de Lille (mars 1969).

    1964 : Emission de télé de la série « La caméra explore le temps » de Stellio Lorenzi et Alain Decaux, qui permet de présenter au grand public une image moins caricaturale et plus historique de Robespierre.

    1969 : Les amis de Robespierre éditent le Journal de « L’incorruptible ».

    Emission de télévision (de Stellio Lorenzi) :

    o  La caméra explore le temps, La mort de Marie-Antoinette, ORTF (1958). Michel Bouquet incarne Robespierre.

    o  La caméra explore le temps, La Terreur et la Vertu, ORTF (1964). Jean Négroni incarne Robespierre. Cet épisode fait 75 % d'audience, l'une des meilleures de la série, et contribue à valoriser l'image de Robespierre, ayant inspiré de la sympathie à 63 % des sondés.

    o  Pierre Cardinal, Saint-Just ou La force des choses, ORTF (1975) avec Pierre Vaneck.

    o  Hervé Pernot, Robespierre 1789-1989, La Cita Films-GIE, La Sept-Arte, FR3, avec la participation du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et de la RTBF (1989), docu-fiction avec Christophe Allwright

    1989 : c’est le bicentenaire de la révolution : le héros mis en lumière est Danton.

    En somme, Robespierre semble plus connu par les jeunes élèves russes et chinois que par les élèves français.

    Pour certains penseurs, la Convention a (grâce à la Terreur), sauvé les acquis de la « première » Révolution et entrepris, sans avoir le temps d’y parvenir, de transformer la révolution politique en révolution sociale.

    Il y eut donc deux révolutions. Louis Blanc écrit dans l’avertissement de sa Révolution française : « Dans ce qu’on a convenu d’appeler la Révolution française, il y eu, en réalité, deux révolution parfaitement distinctes, quoique dirigées toutes les deux contre le principe d’autorité. L’une s’st opérée au profit de l’individualisme ; elle portera la date de 89. L’autre n’a été essayée que tumultueusement au nom de la fraternité ; elle est tombée le 9 thermidor. »

    On notera que le bicentenaire de la Révolution a été célébré en 1989, tandis que l’anniversaire de 93 était à peu près passé sous silence. Ce choix peut signifier que domine dans la France contemporaine une idéologie bourgeoise et libérale, sauf si on admet qu’en fêtant 89, année de la prise de la Bastille, on célébrait du même coup tous les événements qui s’en suivirent.

    La présence des représentants des sans culottes dans les travées de l’Assemblée nationale constitue un moyen de pression efficace pour que leurs diverses revendications soient prises en compte.

    Exemple : le 21 janvier 1793, le vote de la mort du roi.

    Exemple contemporain : la présence dans les travées de l’assemblée délibérante du Conseil général du Pas de Calais le lundi 26 juin 2012 est un excellent moyen pour faire pression et s’emparer du micro et « menacer » les conseillers généraux.

    A Arras, la présence de Robespierre s’inscrit dans la géographie et l’architecture : il n’est pas besoin de beaucoup d’imagination pour avoir une vision de la vie de Robespierre à Arras :

    o  En 1765, Robespierre fréquente le collège d’Arras, aujourd’hui l’hôtel trois étoiles de l’Univers ;

    o  En 1787, Robespierre fait parti du club des Rosati d’Arras et il a écrit une poésie, « Eloge de la Rose »;

    o  La guillotine fut installée devant le théâtre d’Arras. 392 victimes pour une population totale d’environ 22000 habitants, soit moins de 2 % ;

    o  Présence d’une salle portant son nom à l’Hôtel de Ville, avec une statue qui le représente;

    o  Un restaurant porte le nom de « Maximilien » ;

    o  Comité des Amis de Robespierre, qui fait une pétition pour l’ouverture d’un musée sur le personnage par la ville d’Arras ;

    o  Sa maison est devenue, au rez-de-chaussée, un musée. Peu d’éléments sont exposés, car il semble que beaucoup a été détruit justement pour éviter que ne s’instaure un culte de la personne de Robespierre. A sa mort, son corps et sa tête ont été jetés dans une fosse commune et on répandit dessus de la chaux, afin que le corps ne laisse aucune trace ;

    o  L’opinion des arrageois est très contrastée, et aussi mitigée. Ils rappellent que, sur la place du théâtre ont eu lieu 391 exécutions, par la guillotine, et ils se rappellent des dix mois de terreur de novembre 1793 à août 1794. L’événement ne fut pas dramatique pour autant et fit même l’objet de spectacle puisque une buvette, une tribune et des musiciens furent conviés à accompagner la mise à mort.

    o  Le 16 octobre 1795, exécution à Amiens du conventionnel Joseph Le Bon, robespierriste, ancien oratorien (né à Arras le 29 septembre 1765), « bourreau » d’Arras en 1794.

    o  Le problème de la vente aux enchères des archives (lettres de Robespierre).

    Robespierre, le révolutionnaire : sa situation de classe :

     

    Le député :

    Les interventions de Robespierre sont peu appréciées par ses collègues députés, car il prend souvent le parti du peuple, contre l’aristocratie, amis aussi contre la bourgeoisie. Il apparaît très tôt comme un traître à sa classe.

    Robespierre est à la fois légaliste (le juriste et l’avocat qu’il est ne peut se déjuger) et révolutionnaire, détaché de sa classe sociale depuis longtemps très aimé du peuple, qu’il ne veut pas décevoir.

    Il sait que rien ne peut arrêter le courant de la fureur populaire et préfère l’accompagner plutôt que de s’y opposer.

    Une des principales figures des « démocrates » à l’Assemblée constituante, Robespierre a défendu l’abolition de l’esclavage et de la peine de mort, le droit de vote des gens de couleur, des juifs ou des comédiens, ainsi que le suffrage universel et l’égalité des droits, contre le marc d’argent.

    Opposé à la guerre contre l’Autriche en 1792, il s’oppose à La Fayette et soutient la chute de la royauté. Membre de la commune insurrectionnelle de Paris, il est élu à la Convention nationale, où il siège sur les bancs de la Montagne et s’oppose au Girondin.

    Après les journées du 31 mai et du 2 juin 1793, il entre le 27 juillet 1793 au Comité de salut public, où il participe à l’instauration d’un gouvernement révolutionnaire et de la Terreur, dans un contexte de guerre extérieure contre les monarchies coalisées et de guerre civile (insurrections fédéralistes, guerre de Vendée,…).

    A la suite de la victoire des comités contre les factions au printemps 1794, il contribue à faire cesser la politique de déchristianisation et fait voter, en qualité de rapporteur, le décret du 18 floréal an II, par lequel « le peuple français reconnait l’existence de l’être suprême, et l’immortalité de l’âme », et la loi de Prairial, dite de « Grande Terreur ».

    Attaqué et isolé au sein de la Convention par d’anciens dantonistes et des envoyés en mission rappelés, mais aussi au sein du gouvernement révolutionnaire par le Comité de sûreté générale et des collègues du Comité de salut public, il prend la Convention à témoin de ces dissensions le 8 thermidor an II, mais ne parvient pas à imposer ses vues. Le lendemain, empêché de parler par ses ennemis, alliés pour la circonstance aux modérés de la Plaine, il est arrêté avec son frère Augustin et ses amis Couthon, Saint-Just et Le Bas. La Commune entre alors en insurrection et le fait libérer, mais il perd du temps, et la Convention le met hors la loi.

    Dans la nuit, une colonne armée s’empare de l’hôtel de ville, où il se trouve avec ses partisans, et il est blessé à la mâchoire dans des circonstances incertaines. Après vérification de son identité devant le Tribunal révolutionnaire, il est guillotiné dans l’après-midi du 10 thermidor an II avec 21 de ses partisans. Sa mort entraîne, dans les mois qui suivent, une « réaction thermidorienne », qui voit le démantèlement du gouvernement révolutionnaire et de la Terreur.

    Médiateur entre bourgeois et bras nus, Robespierre tenait plutôt à la petite qu’à la grande bourgeoisie. Robespierre correspondait assez bien à la définition que Marx donne du petit-bourgeois : « Le petit-bourgeois […] se vante, dans le for intérieur de sa conscience, d’être impartial, d’avoir trouvé le juste équilibre. […] Un tel petit-bourgeois divinise la contradiction, car la contradiction est le fond de son être. Il n’est que la contradiction sociale mise en action. »

    Robespierre jouissait de la confiance de la bourgeoisie révolutionnaire, qui avait reconnu en lui un homme de sa classe. Et il jouissait d’un immense prestige auprès des plébéiens et des sans-culottes. Il était l’entremetteur né, le conciliateur par excellence. Donnant des gages à gauche et des gages à droite, penchant tantôt vers la gauche et tantôt vers la droite, déconcertant ses propres partisans par les sautes imprévues de son opportunisme, mais suivant, à travers tous ces détours, une ligne relativement rectiligne, toujours sur la corde raide, mais ne perdant jamais l’équilibre, il incarna une nécessité historique, il fut le lien vivant entre la bourgeoise et la plèbe. Cet homme unique, irremplaçable, sut éviter la scission latente au sein du tiers-état. Il fut l’écran qui dissimula aux masses populaires le visage de classe du Comité de Salut public.

    Ses origines, son passé politique le prédisposaient à ce jeu double. Robespierre était issu d’une « bonne famille ». Par son aspect extérieur, par son genre de vie, par le choix de son entourage, il était fort peu plébéien. A Arras, son existence est celle d’un bourgeois moyen, rangé, très ordonné, vivant confortablement, en dehors de tout souci d’ordre matériel. A Paris, il vécut, note Jaurès, « dans un large bien-être et dans une sorte de sécurité raffinée. » Il n’avait ni le langage, ni les manières du peuple.

    « Jamais, observe Michelet, il ne se montra dans les foules. Sa correcte tenue de ci-devant l’eût fait paraître prodigieusement déplacé ».

    Une aversion physique l’éloignait de la foule dont il redoutait la violence élémentaire. Toute sa vie, il a craint d’être débordé par le torrent populaire.

    Mais Robespierre avait un sens instinctif du peuple. Bien que de famille aisée, il avait connu dans sa jeunesse la gêne. Petit avocat de province, sans causes, il était, à la veille de 1789, profondément aigri. Et la révolution lui était apparue comme une occasion inespérée de prendre sa revanche. Seul le peuple, en balayant le vieux monde, pouvait l’y aider.

    Le début de la réaction et le reflux de la révolution débute à la fin de novembre 1793, quand Robespierre, réconcilié avec Danton, s’engage avec celui-ci dans la voie de l’indulgence à l’égard des contre-révolutionnaires et de la sévérité à l’égard des ultra-révolutionnaires, lorsqu’il déclara la guerre aux déchristianisateurs.

     

    IV)      L’IMPORTANCE DE ROUSSEAU ET IMPORTANCE DE LA REFERENCE A ROME :

    L’idéologie de la révolution française, avec son prolongement napoléonien, avait repris à son compte l’idéologie de la Rome antique, afin de se construire une idéologie, un drapeau, un objectif, surtout un masque pour cacher sa nature réelle.

     

    « Dédicace aux mânes de Jean-Jacques Rousseau », rédigée au lendemain de l’élection de Robespierre aux Etats-Généraux de 1789.

    Rousseau devint le père de substitution de Robespierre.

    Les idées philosophiques, par de nombreux supports, et de multiples intermédiaires, ont fini par toucher les milieux populaires. Se développe le droit de penser et de juger par soi-même. Les collèges, la gazette, la presse, les lieux de sociabilité (loges maçonnique, Académies,…) sont autant de moyens.

    Dans un discours, daté du 5 décembre 1790, concernant les gardes nationales, Robespierre fait la proposition de dix-sept articles du décret et il insiste particulièrement sur l’article 16 : « Les gardes nationales porteront sur leur poitrine ces mots gravés : LE PEUPLE FRANÇAIS, et au-dessous : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Les mêmes mots seront inscrits sur leurs drapeaux qui porteront les trois couleurs de la nation. »

    Robespierre vient d’inventer la devise de la république, qui est aussi celle d’une partie de la franc-maçonnerie.

    Alors qu’une grève a éclaté à l’Arsenal de Toulon, en décembre 1790, Robespierre intervient en faveur des grévistes. L’intervention est vite connue et imprimée à Toulon et le club patriotique de Toulon adresse au « frère Robespierre » une lettre :

    « Robespierre, car votre nom vaut lui seul l’éloge le plus pompeux, La Société des Amis de la Constitution a reçu avec reconnaissance le nouveau discours que vous lui avez fait passer… Continuez, bon citoyen, à éclairer la Nation sur ses véritables droits. Bravez l’opinion de ces hommes vils et ignorants que l’aspect de la liberté effraye et dont l’âme pétrie de préjugés est insensible à la voix de la Raison et soyez sûr de l’estime de vos frères que vous aurez si bien méritée par votre dévouement à la chose publique. »

    La propriété est considérée comme un droit naturel, inviolable et sacré, jusqu’à ce que Rousseau le définisse comme un produit de l’histoire des hommes, dans la dépendance par conséquent, d’un pacte social toujours réformable. Si Rousseau estime que la loi peut limiter le droit de propriété, il ne le supprime pas. D’autres iront plus loin.

    La régénération est un mot clé du vocabulaire du temps. La bienfaisance à l’égard du prochain se laïcise, elle devient sentiment civique, exigence d’action, le bien de chacun, et le bien de tous. Elle est utilité sociale. Triade : avec la liberté et l’égalité, la solidarité – on dira bientôt la fraternité – sont indispensables à toute régénération, à toute réforme.

    Si Jean Jacques Rousseau, et donc également Maximilien Robespierre, devaient étudier notre régime de ce jour, à savoir la V° république, ils le considèreraient comme peu démocratique. En effet il est d’une part, laissé très peu de place à la démocratie directe, et d’autre part, il y a négation de la souveraineté populaire au profit de la souveraineté nationale.

     

    IMPORTANCE DE ROME :

    Robespierre a été surnommé « le Romain » par ses professeurs, tant il était, déjà tout jeune, fasciné par les personnages de la république romaine, et notamment par ceux qui la défendirent lorsqu’elle était agonisante. Robespierre, d’une culture latine sans égale, comme nombre de ses confrères des différentes assemblées de la Révolution, ne put jamais se détacher du modèle des Brutus, Cicéron et autre Caton d’Utique.

    Robespierre entra dans la Révolution française comme s’il vivait au I° siècle avant notre ère, et à la Convention nationale comme si elle était le reflet du sénat romain.

    Robespierre voulait réussir là où les républicains romains avaient échoué et faire du Français une sorte d’homme nouveau.

    Pour atteindre ce régime politique parfait, délivré des dangers de la dictature césariste qu’il craignait par-dessus-tout, Robespierre se devait d’être dictateur, mais au sens où on l’entendait dans la Rome antique, provisoirement, et uniquement lorsque la République est en danger.

    Le surnom d’« Incorruptible » lui est resté à juste titre, car il était entouré d’hommes sans scrupules et de concussionnaires, avec les Danton, les Barras, les Foucher ?...

     

    Karl Marx : « L’examen de ces conjurations des morts de l’histoire révèle immédiatement une différence éclatante. Camille Desmoulins, Danton, Robespierre, Saint6just, Napoléon, les héros, de même que les partis et la masse de la première Révolution française, accomplirent dans le costume romain et en se servant d’une phraséologie romaine la tâche de leur époque, à savoir l’éclosion et l’instauration de la société bourgeoise moderne (…). La révolution sociale du XIX° siècle ne peut pas tirer sa poésie du passé, mais seulement de l’avenir. Elle ne peut pas commencer avec elle-même avant d’avoir liquidé complètement toute superstition à l’égard du passé. Les révolutions antérieures avaient besoin de réminiscences historiques pour dissimuler à elles-mêmes leur propre contenu. La révolution du XIX° siècle doit laisser les morts enterrer leurs morts pour réaliser son propre objet. Autrefois, la phrase débordait le contenu, maintenant, c’est le contenu qui déborde la phrase. ».

     

    Académies, franc-maçonnerie, …

     

    V)           LA FRANC-MACONNERIE ET 1789 :

    Loges maçonniques: De 1727 à 1789, la France se couvre de 1000 loges civiles et 300 loges militaires, regroupant quelques 50 000 initiés.

     

    Les idées philosophiques, par de nombreux supports, et de multiples intermédiaires, ont fini par toucher les milieux populaires. Se développe le droit de penser et de juger par soi-même. Les collèges, la gazette, la presse, les lieux de sociabilité (loges maçonnique, Académies,…) sont autant de moyens.

    Salons: Madame Geoffroy, Madame Du Deffand, Madame Necker…

    Les initiés n’ont pas provoqués la révolution française. Ils se sont même divisés sur la marche à suivre. Pour autant leurs valeurs se retrouveront dans les idées nouvelles : tolérance, liberté, abolition des privilèges…

    Une légende impute aux francs-maçons une lourde responsabilité dans la révolution et la Terreur. Née dès 1792 sous la plume de l’abbé Lefranc (Le voile levé pour les curieux), popularisée en 1797 dans les milieux de la contre-révolution par l’abbé Barruel (Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme), poursuivi au XX° siècle par Augustin Cochin (La révolution et la libre-pensée) elle met en évidence le prétendu grand nombre de révolutionnaires maçons.

    En 1789, les frères sont moins de 50000. Les maçons ont des réactions très variables face aux épisodes de la révolution : le duc de Luxembourg émigre dès 1789, Chaumette devient l’un des enragés les plus en vue pendant la Terreur, Buonarroti, le frère d’armes de Babeuf, est maçon, tout comme Joseph de Maistre, l’une des grandes voix de l’histoire contre-révolutionnaire du début du XIX° siècle. Cela s’explique par une maçonnerie très disparate – socialement, philosophiquement, politiquement.

    Dans la Sociétés des amis des Noirs, œuvrent, à partir de 1788, nombre de frères autour de Condorcet et de Brissot.

    Pendant les premières années de la révolution, les loges ralentissent leurs activités. D’autres espaces de sociabilité se sont ouverts : clubs, assemblées électorales, qui reprennent des pratiques fraternelles. Ainsi concurrencée, la maçonnerie perd de son intérêt. A Paris même ne subsiste, en 1794, que trois loges.

     

    Du symbole à la réalité :

    Comment expliquer la quasi disparition des loges maçonniques au cours de la Révolution ?

    Si la maçonnerie a été une école pour répandre les Lumières, l’esprit de liberté » et d’égalité, la laïcité, par contre dès le départ de la révolution, la réalité l’emporte dur le symbole.

    Ainsi pour couper court à toutes les spéculations entretenues sur ses intentions, Philippe d’Orléans fit publier cette lettre importante dans le Journal de Paris du 22 février 1793 :

    « Dans un temps où personne, assurément, ne prévoyait notre Révolution, je m'étais attaché à la franc-maçonnerie qui offrait une image d'égalité, comme je m'étais attaché au parlement qui offrait une image de la liberté. J'ai, depuis, quitté ce fantôme pour la réalité. Au mois de décembre dernier, le secrétaire du Grand Orient s'étant adressé à la personne qui remplissait auprès de moi les fonctions de secrétaire du Grand Maître, pour me faire parvenir une demande relative aux travaux de cette société, je répondis à celui-ci, sous la date du 5 janvier : « Comme je ne connais pas la manière dont le Grand Orient est composé, et que, d'ailleurs, je pense qu'il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement, je ne veux me mêler en rien du Grand-Orient ni des assemblées de francs-maçons ». Un « froid glacial » accueillit cette déclaration puis on procéda à la dégradation maçonnique du citoyen Égalité en le faisant démissionnaire, et on le dépouilla de son titre de Grand maître

    Les maçons étaient présents dans de nombreuses couches de la société :

    o  A la cour du Roi ;

    o  Dans l’aristocratie, et en cela, la franc-maçonnerie a participé au « suicide de la noblesse » ;

    o  Dans le Tiers Etat, et plus particulièrement dans la haute bourgeoisie et la bourgeoisie ;

    Ainsi, certains maçons ont émigré, d’autres ont été tués et guillotinés. A chaque phase d’approfondissement de la révolution, de nouveaux maçons ont soit émigrés, soit été tués, notamment en 1792 et lors de la Terreur. Ces maçons ne voulaient pas aller jusqu’au bout de la logique révolutionnaire. Au fur et à mesure de la progression de la révolution, certains défenseurs de celle-ci veulent freiner son train, et l’arrêter. Mais il est trop tard. Pour certains, sans roi, pas de propriété. La propriété doit être préservée. Pour d’autres (tel Billaud Varenne), la répartition des biens entre les citoyens doit s’effectuer de la manière la plus égalitaire possible.

    Le franc-maçon est, par définition, selon le rituel du 1° degré de l’époque, « également ami du riche et du pauvre, s’ils sont vertueux ».

    Robespierre n’était pas franc-maçon. Mais il avait toutes les caractéristiques d’un maçon sans tablier. Par contre son père et son grand père paternel l’étaient.

    Dans un discours, daté du 5 décembre 1790, concernant les gardes nationales, Robespierre fait la proposition de dix-sept articles du décret et il insiste particulièrement sur l’article 16 : « Les gardes nationales porteront sur leur poitrine ces mots gravés : LE PEUPLE FRANÇAIS, et au-dessous : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Les mêmes mots seront inscrits sur leurs drapeaux qui porteront les trois couleurs de la nation. »

    Robespierre vient d’inventer la devise de la république, qui est aussi celle d’une partie de la franc-maçonnerie.

    Alors qu’une grève a éclaté à l’Arsenal de Toulon, en décembre 1790, Robespierre intervient en faveur des grévistes. L’intervention est vite connue et imprimée à Toulon et le club patriotique de Toulon adresse au « frère Robespierre » une lettre :

    « Robespierre, car votre nom vaut lui seul l’éloge le plus pompeux, La Société des Amis de la Constitution a reçu avec reconnaissance le nouveau discours que vous lui avez fait passer… Continuez, bon citoyen, à éclairer la Nation sur ses véritables droits. Bravez l’opinion de ces hommes vils et ignorants que l’aspect de la liberté effraye et dont l’âme pétrie de préjugés est insensible à la voix de la Raison et soyez sûr de l’estime de vos frères que vous aurez si bien méritée par votre dévouement à la chose publique. »

     

    VI)       LA SCIENCE ET 1789 :

    Académies et sociétés littéraires : Abbé Grégoire, avocat Thierry, le bibliothécaire Zalkind Hourvitz, Robespierre, Carnot et Babeuf, à Arras.

    Tout poussa et mûrit si vite à cette époque ! Que de choses accomplies en si peu de temps ! Ces hommes de la Révolution, qui aspiraient à œuvrer « pour l’éternité », travaillèrent dans l’urgence, pressentant que l’Histoire ne leur avait concédé que quelques mois pour accomplir leur immense tâche. Aucun domaine de la société, aucun champ du savoir qui ne fût visité, interrogé, organisé par eux. E qu’ils voulaient ? Faire sortir l’abondance du sein de la détresse et aussi agrandir le cercle des connaissances et le nombre des jouissances ! Appel est lancé aux savants. Ils répondent unanimes : Le Gendre, Laplace, Lagrange, Fourier, Monge, Condorcet et Carnot, pour les mathématiciens, Lavoisier, Berthollet, Fourcroy, Guyton de Morveau, Chaptal, pour les chimistes, Lamarck, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Lacepède Daubenton pour les naturalistes, Bailly, Lalande, Delambre, Méchain, Cassini pour les astronomes, Coulomb, Borda, Charles pour les physiciens, les médecins Pinel, Bichat, Baudelocque. Le Leblanc de la soude et le Lebon du gaz d’éclairage. Et Haüy, qui fonda la cristallographie, et Faujas de Saint-Fond, qui donna ses bases à la géologie et à la vulcanologie, et Dolomieu, et Vandermonde, le mathématicien musicien. Et Gilbert Romme, le montagnard, et Grégoire, l’abbé, et Lakanal.

    Révolutionnaires, certains le furent avec enthousiasme et s’engagèrent au cœur de la mêlée : Bailly, l’un des leaders du tiers-état, maire de Paris ; un des premiers à prêter le serment du Jeu de paume. Condorcet, « le dernier des encyclopédistes », secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, un des premiers républicains, député de la Législative et de la Convention. Carnot, « l’organisateur de la victoire », responsable des armées de 1792 à 1797, membre du Grand Comité de salut public et du Directoire.

    Gaspard Monge, montagnard farouche, ministre de la Marine de la Législative, membre de la Convention. Fourcroy, suppléant de Marat à la Convention, membre du Comité du salut public avant et après Robespierre. Ainsi que le physicien Guyton de Morveau. Fourier, militant actif de la Société populaire d’Auxerre, membre du très redouté Comité de surveillance de la ville. Cousin, le mathématicien, administrateur des subsistances de la Commune de Paris. Chaptal, président du Comité d’insurrection de la révolte fédéraliste contre la Montagne. Berthollet, commandant de la garde nationale d’Aulnay, et Faujas de Saint-Fond, et tant d’autres…

    Si tous ne furent pas d’ardents révolutionnaires, tous répondirent aux appels de la Convention. Aux côtés du Comité de salut public, se tenait une sorte de « congrès de savants », qui l’aida à fonder la société qui était en train de naître. Présents dans les multiples comités, dans les assemblées, dans les groupes de travail, ils aidèrent la République à survivre, à vaincre et à devenir « la nation enseignante de l’Europe ».

    Aucun savant n’émigra ! Aucun ne rejoignit les royalistes qui campaient aux frontières avec l’ennemi.

    Des morts, il y en eut : Bailly, Lavoisier…, guillotinés.

    A noter qu’une partie de la noblesse et de la bourgeoisie fréquente les mêmes lieux de propagation des idées nouvelles (collèges, académies, sociétés littéraires, salons, loges maçonniques,…). Il en découle donc un état d’esprit commun.

    Les sociétés provinciales fournissaient aux anciens membres des loges ou des académies un endroit où discuter. Une intense correspondance leur permettait d’accroître leur influence et d’adresser leurs vœux à Paris. Bien que l’adhésion y fût moins chère que dans la capitale, le recrutement y était plus élitiste et moins populaire.

    Les clubs jacobins étaient les héritiers, en bonne partie, des loges maçonniques, des sociétés mesméristes, des sociétés philanthropiques et des chambres littéraires de l’époque prérévolutionnaire. 

    Les Lumières affirment le primat de la raison.

    L’Encyclopédie, par son prix, est réservée à un public aisé.

    Avec l’avènement de Louis XVI, les amis des philosophes accèdent aux postes de responsabilité : Turgot, Malesherbes, Necker.

    La propriété est considérée comme un droit naturel, inviolable et sacré, jusqu’à ce que Rousseau le définisse comme un produit de l’histoire des hommes, dans la dépendance par conséquent, d’un pacte social toujours réformable. Si Rousseau estime que la loi peut limiter le droit de propriété, il ne le supprime pas. D’autres iront plus loin.

    La régénération est un mot clé du vocabulaire du temps. La bienfaisance à l’égard du prochain se laïcise, elle devient sentiment civique, exigence d’action, le bien de chacun, et le bien de tous. Elle est utilité sociale. Triade : avec la liberté et l’égalité, la solidarité – on dira bientôt la fraternité – sont indispensables à toute régénération, à toute réforme.

    Si Jean Jacques Rousseau, et donc également Maximilien Robespierre, devaient étudier notre régime de ce jour, à savoir la V° république, ils le considèreraient comme peu démocratique. En effet il est d’une part, laissé très peu de place à la démocratie directe, et d’autre part, il y a négation de la souveraineté populaire au profit de la souveraineté nationale.

     

    Troisième partie : L’ŒUVRE : LES ANNEES 1789-1794 ; Robespierre-Blanche, Robespierre-Noire ; le roi, le pape, le général

     

    Dans cette seconde partie, je me place à un point de vue maçonnique, à savoir comment Robespierre a mené la lutte contre les trois oppressions, le roi, le pape et le général, symbolisés par la couronne, la tiare et la couronne de laurier.

    Du point de vue de la méthode, il ne m’apparaît pas possible d’avoir une conception scientifique de l’histoire de cette période, si l’on n’applique pas comme moteur général la lutte des classes.

    Ma thèse générale est la suivante :

    ·        La révolution française a contribué à mettre en place une nouvelle formation sociale, en détruisant radicalement la formation sociale précédente, le féodalisme ;

    ·        Robespierre est un représentant de la bourgeoisie révolutionnaire, qui a sans doute mené le plus loin cette mise en place du nouveau système ;

    ·        Mais en même temps que la bourgeoise, d’autres classes sociales avaient à la fois l’intérêt de détruire l’ancien état de chose, à savoir notamment la paysannerie et les « bras nus » ;

    ·        Si la bourgeoisie, dont Robespierre, a des intérêts communs avec toutes ces classes appartenant au tiers-état, par contre, la bourgeoise, dont Robespierre, avaient leurs intérêts propres, et donc elle s’est battue sur deux fronts, à la fois contre le féodalisme, mais aussi contre ce qu’elle appelait « l’anarchie », ou les « partageux » ;

    ·        C’est ce qui se dégage des trois exemples qui me permettront d’illustrer cela, à savoir :

    o      La lutte contre l’oppression du roi, et de la noblesse, la Terreur ; la propriété privée ;

    o      La lutte contre l’oppression religieuse, l’Etre suprême ;

    o      La guerre extérieure et la guerre civile.

    La révolution française est la mise à bas de l’Ancien Régime. La bourgeoisie et le peuple forment le Tiers Etat, et sont unis contre la noblesse et le haut clergé.

    Puis est apparue la Terreur, qui est une sorte de « peur de la Révolution », une peur du peuple qui entre en scène. Se met alors en place la dictature de la bourgeoisie : après la Terreur, c’est le Directoire et l’Empire de Napoléon, c’est-à-dire le règne de la famille bourgeoise, de la propriété privée, de l’égalité des droits et de toutes les valeurs bourgeoises. Il faut tenir le peuple à l’écart (suffrage censitaire).

    Il faut bien comprendre le contexte dans lequel se situe la révolution française : c’est un contexte dangereux, violent, où se manifestent de nombreuses résistances à l’instauration d’une nouvelle société, réactions tant extérieures (guerre avec les monarchies de l’Europe), qu’à l’intérieur.

    Robespierre : pourquoi tant de passion ? Robespierre, à la fois honni et adulé ?

    La Révolution n’est pas terminée ; elle se poursuit aujourd’hui !

     

    Selon Michelet, la misère est la cause essentielle de la Révolution : « Hommes sensibles, qui pleurez sur les maux de la Révolution (avec trop de raison sans doute), versez donc aussi quelques larmes sur les maux qui l’ont amenée. Venez voir, je vous prie, ce peuple couché par terre, pauvre Job, entre ses faux amis, ses patrons, ses fameux sauveurs, le clergé, la royauté. Voyez le douloureux regard qu’il lance au roi sans parler. »

    Œuvres de la Révolution :

    Suffrage universel masculin : Juifs, comédiens. Robespierre fut l’un des rares défenseurs du suffrage universel et de l’égalité des droits, s’opposant au marc d’argent, et défendant le droit de vote des comédiens et des juifs (notamment discours du 25 janvier 1790).

    Intervention de Robespierre à l'Assemblée constituante sur le droit de vote des Juifs, 23 décembre 1789

    « On vous a dit sur les Juifs des choses infiniment exagérées et souvent contraires à l'histoire. Comment peut-on leur opposer les persécutions dont ils ont été les victimes chez différents peuples ? Ce sont au contraire des crimes nationaux que nous devons expier, en leur rendant les droits imprescriptibles de l'homme dont aucune puissance humaine ne pouvait les dépouiller. On leur impute encore des vices, des préjugés, l'esprit de secte et d'intérêt les exagèrent. Mais à qui pouvons-nous les imputer si ce n'est à nos propres injustices ? Après les avoir exclus de tous les honneurs, même des droits à l'estime publique, nous ne leur avons laissé que les objets de spéculation lucrative. Rendons-les au bonheur, à la patrie, à la vertu, en leur rendant la dignité d'hommes et de citoyens ; songeons qu'il ne peut jamais être politique, quoiqu'on puisse dire, de condamner à l'avilissement et à l'oppression, une multitude d'hommes qui vivent au milieu de nous. »

    Être juif dans la société française du Moyen-âge à nos jours, Béatrice Philippe, éd. Complexe, 1997, p. 143

    Intervention à l'Assemblée constituante sur le droit de vote des comédiens, 23 décembre 1789 :

    « Je ne crois pas que vous ayez besoin d'une loi au sujet des comédiens. Ceux qui ne sont pas exclus sont appelés. Il était bon cependant qu'un membre de cette assemblée vint réclamer en faveur d'une classe trop longtemps opprimée. Les comédiens mériteront davantage l'estime publique quand un absurde préjugé ne s'opposera plus à ce qu'ils l'obtiennent : alors les vertus des individus contribueront à épurer les spectacles, et les théâtres deviendront des écoles publiques de principes, de bonnes mœurs et de patriotisme. »

    Robespierre : entre vertu et terreur, Slavoj Zizek, éd. Stock, 2008, p. 83-84

     

    Etat-civil

    Ecole et éducation

    Justice : loi des 16 et 24 août 1790

    Abolition du « meurtre juridique ». Beccaria.

    La question coloniale. Contre le triumvirat, Duport, Barnave et Lameth, et contre Moreau de Saint-Méry (ancien acteur de la prise de la Bastille, devenu en 1790 député de la Martinique), il défendit l’abolition de l’esclavage et le droit de vote des gens de couleur, refusant, même seul, les concessions proposées le 13 mai par Barère sur la reconnaissance constitutionnelle de l’esclavage, et le 15 par Reubell sur le refus du droit de vote aux affranchis ; d’où sa célèbre exclamation, le 13 : « Périssent les colonies s’il doit vous en coûter votre bonheur, votre gloire, votre liberté. »

     

    La guerre. Robespierre dans un premier temps se prononça pour la guerre, puis, après Billaud-Varenne (5 décembre 1791), il dénonça le caractère belliciste de la France contre l’Autriche à la tribune des Jacobins : d’abord le 11 décembre 1791, puis le 18 décembre, le 2 janvier 1792, le 11 janvier et le 25 janvier. Il jugeait imprudente une telle décision qui, d’après lui, faisait le jeu de Louis XVI. A ses yeux, l’armée française n’était pas prête pour mener une guerre, qui pouvait en cas de victoire, renforcer un roi et des ministres hostiles à la Révolution ; il estimait que la véritable menace n’était pas parmi les émigrés de Coblentz, mais en France même. De plus, la guerre était ruineuse pour les finances de la France, il valait mieux favoriser les droits du peuple. Il souligna enfin le caractère contre-productif de la voie militaire pour l’expansion parmi les peuples d’Europe des principes de la révolution française : « Personne n’aime le missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis. » Robespierre mit enfin en avant la menace d’une dictature militaire, représentée par La Fayette.

    Le défi de l’égalité et des politiques sociales.

     

    Robespierre est partisan du suffrage universel et de l’accès de tous aux fonctions électives.

    Le 25 janvier 1790 est débattu le point de la contribution d’un marc d’argent pour avoir le droit d’être élu à l’Assemblée nationale. Robespierre s’oppose à cette proposition de décret et demande que « tous les Français seront admissibles à tous les emplois publics sans autre distinction que celle des vertus et des talents. »

    Il se déclare favorable au suffrage universel, hostile au système censitaire, et rejette l’idée de contraindre les députés de devoir s’acquitter d’un marc d’argent pour avoir le droit de siéger à l’Assemblée nationale constituante.

    Le 22 février 1790, il s’écrit en pleine Constituante : « Qu’on cesse de calomnier le peuple, que les ennemis de la révolution ne viennent pas lui reprocher des barbaries ».

    Le 5 décembre 1790, il s’oppose à une proposition de l’Assemblée nationale constituante qui exclurait les citoyens dits passifs, c’est-à-dire désargentés, de la garde nationale. Il déclare : « Les gardes nationales ne peuvent être que la nation entière pour défendre, au besoin, ses droits ; il faut que tous les citoyens en âge de porter les armes y soient admis sans aucune distinction. […] Aussi, qui a fait notre glorieuse révolution ? Sont-ce les riches ? Sont-ce les hommes puissants ? Le peuple seul pouvait la désirer et la faire ; le peuple seul peut la soutenir pour la même raison…On veut diviser la nation en deux classes dont l’une ne semblerait armée que pour contenir l’autre, comme un ramas d’esclaves toujours prêts à se mutiner… ».

    La bourgeoisie, puissante, ambitieuse, est décidée à confisquer au peuple la révolution, alors que Robespierre poursuit son idée : son idéal d’une démocratie pure et dure.

    A la fin d 1791, la bourgeoisie, représentée par le parti girondin, est prête à déclarer la révolution achevée, alors que Robespierre ne cesse de clamer qu’elle n’est pas achevée.

    La Terreur : A situation exceptionnelle, réaction exceptionnelle, même dans l’illégalité. C’est ce qu’affirme Robespierre.

    Massacres du 2 septembre :

    « Si on vous demande pourquoi il ne les a point empêchés, je vais vous le dire […]. Si vous avez pensé que le mouvement imprimé aux esprits par l’insurrection du mois d’août était entièrement expiré au commencement de septembre, vous vous êtes trompés. »

    Autrement dit, les massacres du 2 septembre ne sont que justice expéditive rendue par le peuple qui trouvait qu’on avait été trop indulgent envers les conspirateurs contre-révolutionnaires et qu’on n’avait condamné que trois ou quatre subalternes. A cela s’ajoute le manifeste de Brunswick, la perte de Longwy et de Verdun et la trahison évidente de La Fayette.

    La mort du Roi :

    « Louis ne peut être jugé ; il est déjà condamné ou la république n’est point absoute. Proposer de faire le procès à Louis XVI de quelque manière que ce puisse être, c’est rétrograder vers le despotisme royal et constitutionnel : c’est une idée contre-révolutionnaire, car c’est mettre la révolution elle-même en litige… Les peuples ne jugent pas comme les cours judiciaires ; ils ne rendent point de sentences, ils lancent la foudre ; ils ne condamnent pas les rois, ils les replongent dans le néant. »

    Discours en faveur de la mort du roi :

    « Il n’y a point de procès à faire. Louis n’est point un accusé, vous n’êtes point des juges ; vous êtes, vous ne pouvez être que des hommes d’Etat et les représentants de la nation. Vous n’avez point une sentence à rendre pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à prendre, un acte de Providence nationale à exercer. Quel est le parti que la saine politique prescrit pour cimenter la République naissante ? C’est de graver profondément dans les cœurs le mépris de la royauté, et de frapper de stupeur tous les partisans du roi. »

     

    Peu lui importe la culpabilité de Louis XVI, il faut l’exécuter pour faire un exemple qui effrayera jusqu’aux cours étrangères et qui interdira tout retour à la monarchie.

    Lutte contre les Enragés :

    En juin 1793, Robespierre combat Jacques Roux, du club des Cordeliers, qui fait partie de ceux qu’on surnomme les Enragés, qui veulent mettre en place une république égalitaire. Sont concernés Hébert, Pache, maire de Paris, et Chaumette.

    Sur ce plan, Robespierre est inflexible. Le bourgeois qu’il est ne peut envisager une révolution qui serait pratiquement communiste.

    Robespierre fera arrêter les membres influents des Cordeliers, soit tout l’état-major des Enragés, dont Hébert, qu’il accusera d’être du parti de l’étranger. Les meneurs seront guillotinés. La rupture est consommée entre ceux qui croyaient en une révolution sociale et Robespierre qui ne l’avait au fond jamais envisagée.

    Puis Robespierre élimine les Indulgents, dont Danton et Camille Desmoulins.

    Il faut contester une légende. Robespierre ne sera jamais le chef de la Terreur, mais il l’accompagnera sans état d’âme et sans protester, et même parfois en l’approuvant ouvertement.

    Robespierre est sans concession dans la lutte qu’il mène contre l’ancien régime. Il veut la mort du roi, même sans jugement.

    Robespierre : « Louis a été détrôné par ses crimes… la victoire et le peuple ont décidé que lui seul était rebelle, il est déjà jugé, il est condamné ou la République n’est point absoute. » « Louis a dénoncé le peuple comme rebelle …Je prononce à regret cette fatale vérité, mais Louis doit mourir parce qu’il faut que la patrie vive ! »

    Robespierre : « Le sentiment qui m’a porté à demander, mais en vain, à l’Assemblée constituante l’abolition de la peine de mort est le même qui me force aujourd’hui à demander qu’elle soit appliquée au tyran de ma patrie et à la royauté elle-même dans sa personne. Je vote pour la mort. »

    Robespierre a lutté pour détruire l’Ancien régime tant pour éliminer le féodalisme, les privilèges de la noblesse, et substituer à cette société féodale une société bourgeoise, remplaçant la propriété féodale par la propriété capitaliste. Il a combattu cette ancienne société également sur le plan religieux, contre le deuxième état, le clergé, substituant à l’Eglise catholique le culte de l’Etre suprême.

     

    I)  ROBES-PIERRE BLANCHE : L’ŒUVRE REVOLUTIONNAIRE :

     

    A)   LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION CIVILE (LE ROI)

     

    a) PARTICIPATION A LA REVOLUTION :

    Le journaliste :

    Il aurait collaboré en 1789 et 1790 à la rédaction de l’Union ou Journal de la Liberté.

    En 1792, Robespierre a créé un journal Le Défenseur de la Constitution, puis Les Lettres à ses commettants qui en sont la suite, presqu’entièrement rédigés par Robespierre.

    Dans ces écrits, les thèses politiques inspirées par les jacobins alternent avec la polémique que Robespierre soutient dans cette grave question de la guerre et des périls qui, selon lui, dans les conditions tragiques où la France se trouvait en 1792, compromettent le sort de la révolution elle-même.

    La Cour, les triumvirs (Barnave, Lameth et Duport), La Fayette, mais encore les chefs de la Gironde, étaient alors disposés à modifier la constitution de 1791.

    Robespierre craignait une république aristocratique, ploutocratique et militaire, selon les vœux de La Fayette.

    Il publiera Le Défenseur de la Constitution du 19 mai 1792 (numéro 1, 64 pages) au 20 août 1792 (numéro 12, 48 pages).

    Robespierre, élu à la Convention nationale, publiera les Lettres de Maximilien Robespierre, membre de la Convention Nationale de France à ses Commettants. Cette publication comprend 22 numéros, en 2 séries ; la première de 12 livraisons, finissant avec l’année 1792, la deuxième de 10 livraisons, dura jusqu’en avril 1793.

    Robespierre dénonce les sourdes menées des classes privilégiées (alors la noblesse et déjà la puissante bourgeoisie), afin d’empêcher la réalisation des réformes populaires, dont elles n’ont pu empêcher le vote, mais qu’elles cherchent à dénaturer, dont elles prétendent retarder l’application, et qui n’hésitent pas à recourir même au crime de désertion, d’appel à l’invasion étrangère, de lèse-patrie, pour maintenir leur domination, pour sauver leur fortune, leurs titres, leur puissance.

    Robespierre : « Nous sommes les sans-culottes et la canaille ».

    En 1789, Mirabeau dit de Robespierre : « Il ira loin, il croit tout ce qu’il dit. »

    Condorcet a discrédité Robespierre en le traitant de « populiste ».

    Robespierre participa à la vie politique dans sa province à la veille de la révolution, faisant paraître un mémoire intitulé À la Nation artésienne, sur la nécessité de réformer les Etats d’Artois. Puis, appuyé par sa famille et ses amis, il se porta candidat à la représentation du Tiers état aux Etats généraux ; la corporation des savetiers mineurs, la plus pauvre, mais la plus nombreuse, lui confia la rédaction de leur cahier de doléances le 25 mars 1789.

    Elu le 26 avril 1789 parmi les huit députés du Tiers état de l’Artois, il se rendit à Versailles, où il  s’installa avec trois de ses collègues, cultivateurs, à l’hôtellerie du Renard, rue Sainte Elisabeth.

    A l’Assemblée constituante, sa première intervention à la tribune parlementaire date du 18 mai 1789 ; il prit la parole environ soixante fois de mai à décembre 1789, une centaine de fois en 1790 et autant de janvier à la fin de septembre 1791.

    Son discours contre la loi martiale du 21 octobre 1789 en fit l’un des principaux animateurs de la révolution.

    Il participa à l’élaboration de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ainsi qu’à la première constitution de 1791.

    Robespierre défendit aussi les Sociétés populaires. Par la suite, il prononça un discours pour l’abolition de la peine de mort, le 30 mai 1791.

    En octobre 1789, Robespierre rejoignit la Société des Amis de la Constitution, plus connue sous le nom de club des Jacobins. Après le 6 décembre 1790, date à laquelle il rompit avec Mirabeau, il devint le principal animateur des Jacobins, nouant de précieuses relations avec les groupements patriotes de province.

    A l’origine de la Convention nationale, élue au suffrage universel, Robespierre était l’une des principales figures de la Montagne, avec Danton et Marat.

    La Montagne : Le symbole à la fois maçonnique et messianique de la montagne, antonyme des « cavernes du despotisme », a paru approprié à  ces députés de la Convention qui souhaitaient porter au plus haut l’idéal révolutionnaire.

    Au symbole de la Montagne s’oppose, dans l’évocation de la Convention, la « stagnation hideuse » du marais, situé par Victor Hugo au-dessous de la Plaine.

    1789 : le Tiers-Etat devient la nation.

    Robespierre est une figure qui incarne les contradictions et les ambiguïtés de la Révolution française.

    Les riches, qui s’identifient avec l’Etat, et le peuple. Nouveau joug sur le peuple, le capitalisme.

    Lutte de classes : la noblesse, la bourgeoisie, les paysans, les prolétaires.

    Les enragés (Chaumette, Musine, Tiger, Coupé) eurent le courage de s’attaquer aux réputations établies, à la plus haute, à celle à laquelle il était le plus dangereux de toucher, ils osèrent défier l’idole Robespierre : « Le peuple, écrivait Leclerc, ne sera jamais éclairé sur ses véritables intérêts (…) tant que les hommes seront assez lâches pour fléchir servilement sous quelques despotes insolents de l’opinion publique. »

    La Société des Femmes Révolutionnaires de Claire Lacombe poussa la témérité jusqu’à appeler Robespierre « Monsieur Robespierre », injure impardonnable à l’époque.

    En s’unissant aux aristocrates contre la bourgeoisie, les sans-culottes eussent tourné le dos à leur émancipation. Ils avaient intérêt, d’une part, à assurer le triomphe de la révolution bourgeoise, au besoin contre la bourgeoise elle-même, et d’autre part, à dépasser la révolution bourgeoise par une lutte de classes indépendante.

    La dictature de « salut public » n’était pas dirigée seulement contre l’autocratie, mais aussi contre l’avant-garde populaire.

    Les plus avancés des bras nus s’inquiétaient du jeu trouble de Robespierre, médiateur trop habile entre bourgeois et bras nus.

    La révolution bourgeoise ne pouvait triompher que si les bras nus voulaient bien continuer à verser leur sang pour elle.

    Placée entre l’avant-garde populaire qui voulait résoudre d’une manière plébéienne les problèmes de la révolution bourgeoise et une fraction de la bourgeoisie qui, par haine de classe, préférait tourner le dos à la révolution plutôt que de mettre sa main dans celle des bras nus, la Montagne n’hésita pas.

    Jeanbon Saint-André et Elie Lacoste : « Il faut très impérieusement faire vivre le pauvre, si vous voulez qu’il vous aide à achever la révolution. »

     

    b)    LA CONSTITUTION DE L’AN I :

    L’établissement de la séparation des pouvoirs est l’héritage immédiat de Montesquieu. L’article 16  des Déclarations des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 définit ce qu’est un régime constitutionnel, un régime qui possède une véritable constitution. Cette constitution n’existe qu’à deux conditions, l’établissement de la séparation des pouvoirs et la garantie des droits.

    Cet aspect est critiqué par Jean-Jacques Rousseau : Rousseau est à l’opposé de Montesquieu. Pour Montesquieu, le pouvoir doit être modéré, et donc divisé, remis entre plusieurs mains. Montesquieu est pessimiste.

    En revanche, Rousseau est plus optimiste. Il se refuse à considérer que le pouvoir soit mauvais en soi. Dès lors, pourquoi le diviser ? Il s’attache au contraire à promouvoir l’unité du pouvoir, et il s’en prend à Montesquieu dans une page célèbre de son Contrat social : « Les charlatans du Japon, dit-on, dépècent un enfant aux yeux des spectateurs, puis, jetant en l’air tous ses membres, l’un après l’autre, ils font retomber l’enfant vivant et tout rassemblé. Tels sont à peu près les tours de gobelets de nos politiques : après avoir démembré le corps social par un prestige digne de la foire, ils rassemblent les pièces, on ne sait comment. »

    Rousseau met en place une distribution verticale et démocratique du pouvoir.

    Montesquieu a une défiance pour le peuple, tout à fait impropre selon lui à gouverner, en revanche, pour Rousseau, il en va tout autrement.

     

    La famille :

    Avec les Jacobins il y a l’émergence de l’état social.

    Dans l’Ancien régime prévaut le modèle familial patriarcal radical : le père est le chef de famille, qui a tout pouvoir sur sa femme et ses enfants (les lettres de cachet lui permettent de faire enfermer ses enfants). Pour les Jacobins, cela n’est pas acceptable, au nom de l’égalité entre les enfants qui composent la famille. D’un côté, le père doit éducation et protection à ses enfants. De l’autre côté, il faut destituer l’Eglise, concernant l’éducation, les soins, les enfants abandonnés, … pour affirmer la prééminence de l’Etat.

    Ensuite, le principe de la puissance paternelle a été rétabli, mais adouci, par Napoléon.

     

    c) LA TERREUR : LA VIOLENCE REVOLUTIONNAIRE

     

    On prête à Robespierre le dicton : « On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs ».

     

    Robespierre lie toujours la Terreur et la Vertu :

    « Quel est le principe fondamental du gouvernement démocratique. C’est la vertu, je parle de la vertu publique qui opéra tant de prodiges dans la Grèce et à Rome, et qui doit en produire de bien plus étonnants dans la France républicaine ; de cette vertu qui n’est autre chose que l’amour de la patrie et de ses lois. »

    Le 10 juin 1794 : le début de la Grande Terreur.

     

    Dans un célèbre discours du 5 février 1794, Robespierre en appelle à la terreur pour sauver la Révolution menacée de l'intérieur comme de l'extérieur et lui donne une justification inattendue : «La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu'une conséquence du principe général de la démocratie, appliqué aux plus pressants besoins de la patrie».

     

    Robespierre est le maître. Il a imposé sa dictature. En se débarrassant des Girondins, puis des partisans de Hébert et de ceux de Danton, il a fait place nette à sa droite et à sa gauche. Ses partisans, les Montagnards, sont minoritaires dans l’opinion. Mais, avec le soutien des sans-culottes parisiens, ils étaient parvenus à établir au printemps 1793 un gouvernement d’exception, afin de briser toute opposition dans le pays : détenteur du pouvoir exécutif, le comité de salut public a organisé la Terreur qui s’appuie sur le tribunal révolutionnaire et sur la loi des suspects. Sont ainsi réputés suspects et arrêtés les ci-devant nobles et leurs parents, toute personne n’ayant pas un certificat de civisme, les prêtres assermentés ou non à la constitution et tous ceux « qui par leur conduite, leurs relations, leurs propos, leurs écrits se montrent partisans des ennemis de la liberté ». Le décret du 10 juin 1794 vient encore durcir ces dispositions : « Toute lenteur est un crime, toute formalité indulgente est un danger public. » Plus d’avocat pour les accusés et une seule peine : la mort ! C’est la Grande Terreur qui s’étend à la France. Rien qu’à Paris, 2000 personnes sont guillotinées au mois de juin. Ce régime s’achève après la mort de Robespierre le 28 juillet. Au total, on estime que 500000 personnes ont été emprisonnées, 300000 assignées à résidence et 16600 ont été exécutées.

    La violence est consubstantielle à la Révolution française.

    La terreur est une forme d’organisation administrative de l’Etat. Affrontements politiques.

    Robespierre a fait jeter sur la planche à bascule les Girondins, ces bourgeois trop bien élevés, et tous ceux qui ont pactisé un tant soit peu avec eux ; il a aussi épuré les Jacobins. Même la tête de certains Montagnards est allée rouler dans le panier à son. Celles de ses amis qui ont pris position trop ouvertement pour les thèses des athées.

    En ce printemps 1794, tous les grands noms qui ont incarné à tour de rôle les idéaux révolutionnaires ont disparu dans la tourmente : Vergniaud, Brissot et 21 de leurs amis, Pétion, qu’il appelait son frère, et Roland, que l’on nommait le Vertueux. Sa femme, Madame Roland, Condorcet, le savant, président de la Convention, qu’il a obligé à se suicider. Il y a eu la fournée des Corrompus, celle des Indulgents, et pour faire bonne mesure, celle des Exagérés. Il a fait couper en deux Hébert et sa bande de lyncheurs, Danton et ses compagnons, Camille Desmoulins, son ancien condisciple à Louis le Grand, à qui il servit de témoins lors de son mariage.

    Si grand est désormais le pouvoir de Robespierre que d’avoir une opinion est déjà un crime de lèse-révolution. Depuis qu’il a obtenu la tête de Louis XVI, il semble lui-même investi d’une sorte de pouvoir absolu, de droit divin. C’est sans débat, sans interrogation, sans discussion et sans défenseur, qu’il a voulu faire jeter le roi dans la fosse à chaux.

    Robespierre : « Si Louis peut être l’objet d’un procès, il peut toujours être absous ; il peut être innocent : que dis-je ? Il est présumé l’être jusqu’à ce qu’il soit jugé ; même si Louis est absous, si Louis peut être innocent, que devient la révolution ? ».

    Seul, il l’est depuis toujours, depuis l’enfance, et la mort qu’il brandit toujours plus haut l’isole tous les jours davantage.

    Deux hommes désormais peuvent seuls franchir comme ils veulent la porte du dieu vivant : Saint-Just et Couthon, le paraplégique.

    Il y a un aspect positif et un aspect négatif de la Terreur. Il y a une Terreur « d’en haut » et une Terreur d’ « en-bas ». La Terreur d’en-bas correspond à la pression exercée par le mouvement sans-culotte. Il y avait parfois convergence entre ces deux tendances.

    Il a pu y avoir aussi répression par la Terreur d’Etat des revendications égalitaires et démocratiques radicales des sans-culottes, et ce dès avant Thermidor – sort des hébertistes, des enragés, de Jacques Roux,… --. C’est même la démoralisation populaire qui s’ensuivit qui éclaire la passivité relative des quartiers populaires lors de la chute de Robespierre.

    La Terreur était nécessaire historiquement pour organiser la mobilisation armée contre les armées monarchiques étrangères et leurs complicités aristocratiques.

     

    Extraits de l’œuvre de Robespierre :

     

    La justice sociale :

    « Les grandes richesses corrompent et ceux qui les possèdent et ceux qui les envient. Avec les grandes richesses, la vertu est en horreur, le talent même, dans les pays corrompus par le luxe, est regardé moins comme un moyen d’être utile à la patrie que comme un moyen d’acquérir de la fortune. Dans cet état de choses, la liberté est une vaine chimère, les lois ne sont plus qu’un instrument d’oppression. Vous n’avez donc rien fait pour le bonheur public si toutes vos lois, si toutes vos institutions ne tendent pas à détruire cette trop grande inégalité des fortunes. » (Discours du 7 avril 1791).

    « La première loi sociale est celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là. »

    « Peuple, souviens-toi que si la justice ne règne pas, la liberté n’est qu’un vain mot. »

     

    Liberté du commerce :

    « La liberté du commerce est nécessaire jusqu’au point où la cupidité homicide commence à en abuser », car « il n’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle ».

    « Allez prêcher le culte de la liberté à ces spéculateurs avides qui ne connaissent que l’hôtel de Plutus [Dieu de la richesse dans l’Antiquité romaine]. Tout ce qui les intéresse, c’est de savoir en quelle proportion le système actuel de nos finances peut accroître, à chaque instant du jour, les intérêts de leurs capitaux… » (Numéro du 4 juin 1792 du journal « Le Défenseur de la Constitution »).

    « Nul homme n’a le droit d’entasser des monceaux de blé à côté de son voisin qui meurt de faim. »

     

    La démocratie :

    « La démocratie est un état où le peuple souverain, guidé par des lois qui sont son ouvrage, fait par lui-même tout ce qu’il peut bien faire, et par des délégués tout ce qu’il ne peut faire lui-même. »

    « Ce n’est pas être souverain que d’élire de temps en temps quelques représentants. »

    Pendant la Constituante, Robespierre fera adopter par l’Assemblée une décision à propos de la non-éligibilité des députés de la nouvelle assemblée :

    « Il faut que les législateurs se trouvent dans la situation qui confond le plus leur intérêt et leur vœu personnel avec celui du peuple ; or, pour cela, il est nécessaire que souvent ils redeviennent peuple eux-mêmes. Mettez-vous à la place des simples citoyens et dites de qui vous aimeriez le mieux recevoir des lois : ou de celui qui est sûr de n’être bientôt plus qu’un simple citoyen, ou de celui qui tient encore à son pouvoir par l’espérance de le perpétuer ? » (18 mai 1791).

     

    Droit de propriété :

    Barnave déclare en juillet 1791 : «  Si la Révolution fait un pas de plus, elle ne peut le faire sans danger : dans la ligne de la liberté, le premier acte qui pourrait suivre serait l’anéantissement de la royauté ; dans la ligne de l’égalité, le premier acte qui pourrait suivre serait l’anéantissement de la propriété. »

     

    II)            ROBES-PIERRE NOIRE : L’ŒUVRE REACTIONNAIRE : ROBESPIERRE, REPRESENTANT DE LA CLASSE BOURGEOISE

     

    (B) LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION POLITIQUE (LE ROI)

    Pour ce qui est de la lutte contre l’Ancien régime, on peut dire que Robespierre a fait largement son travail, travail qui l’a mené à une mort précoce, à 36 ans.

    Il a du utiliser pour ce faire, la violence, et il ne pouvait pas en être autrement, car il en a toujours été ainsi lorsqu’une classe sociale dominée a remplacé une autre classe sociale dominante.

    S’il a contribué à détruire l’oppression féodale, Robespierre n’a pas libéré l’humanité de toute oppression, mais il a remplacé l’oppression féodale par l’oppression bourgeoise, et ceci à divers niveaux :

    ·        Droits bourgeois, dont la propriété bourgeoise (propriété privée des moyens de production) ;

    ·        Culte de l’Etre suprême, et non pas liberté de croyance et de conscience et laïcité ;

    ·        Nouvel esclavage des « bras nus » et du peuple (Loi Le Chapelier, refus de la loi agraire,…)

    ·        Lutte contre les représentants du peuple (Enragés, hébertistes,…)

    En raison du caractère de classe de Robespierre et de la réalité sociale de l’époque, il ne pouvait pas en être autrement.

    Au cours de la période révolutionnaire qui transforme la société féodale en société capitaliste, il convient de tenir compte des éléments suivants :

    ·   Nécessité de recourir à la violence ;

    ·   Tenir compte des classes sociales existantes. La bourgeoisie doit à la fois lutter contre la noblesse et le haut clergé, en tenant compte de l’apport des autres classes sociales du tiers-état (bras nus, artisans, paysans,…), mais aussi contenir les velléités de ces diverses classes sociales inférieures, qui tentent inéluctablement à imposer leurs propres intérêts.

    Déclaration de Robespierre le 5 décembre 1790 (Discours sur les gardes nationales) :

    « Loin de regarder la disproportion énorme des fortunes qui place la plus grande partie des richesse dans quelques mains comme un motif de dépouiller les restes de la souveraineté inaliénable, je ne vois là pour le législateur et pour la société qu’un devoir sacré de lui fournir les moyens de recouvrer l’égalité essentielle des droits, au milieu de l’inégalité inévitable des biens. »

    « L’inégalité inévitable des biens » : cette phrase montre que Robespierre ne saute pas le pas de l’égalitarisme réel, et ne le sautera jamais jusqu’à sa mort.

    Robespierre appartient à la bourgeoisie et ne peut pas concevoir l’égalité de tous devant l’argent. Pour clairvoyant qu’il soit, Robespierre ne conçoit pas une société où il n’y ait pas de riches et de pauvres, mais il demande simplement que les seconds aient autant de droits que les premiers, ce qui est une utopie et un contre-sens, l’argent, seul, permettant souvent l’obtention de droits que les pauvres ne possèderont jamais.

    Jamais Robespierre ne parviendra à prendre conscience clairement de cette question. Il restera un bourgeois toujours révolutionnaire, mais il ne sera jamais du peuple, quoi qu’il fasse, et quelle que soit sa popularité parmi les concitoyens les plus démunis.

    « Je ne suis pas le défenseur du peuple […], je suis du peuple, je n’ai jamais été que cela, je ne veux être que cela. Je méprise quiconque a la prétention d’être quelque chose de plus. »

     

    Le problème des élections :

    La plus grande partie de la bourgeoisie, particulièrement la haute bourgeoisie était favorable à l’élection censitaire.

    Robespierre était favorable au suffrage universel, mais les femmes étaient exclues de ce suffrage, qui demeurera masculin jusqu’en 1944.

    Se pose aussi la question de l’âge du droit de vote : 18 ans en 1974.

    Enfin, la question primordiale est de savoir qui peut être candidat aux élections : pas de présence d’ouvriers ou de paysans pauvres dans les trois assemblées révolutionnaires de 1789 à 1794. Uniquement des bourgeois !

    Se pose donc la question de l’égalité d’accès aux fonctions électives : l’égalité en droit s’oppose à l’égalité de fait. Voir la Grèce et Montesquieu et la question de l’égalité des chances : la seule formule qui donne une même égalité des chances serait le tirage au sort.

     

    1)    LES DROITS DE L’HOMME :

    Cette déclaration de principe, tout en s’inspirant du texte américain de 1776, se définit de portée générale et s’adresse aux hommes de tous temps et de tous les pays, consacrant ainsi sa vocation « universelle ». Les guillemets sont nécessaires à « universel », puisque les droits qu’elle renferme ne s’adressent qu’aux individus de sexe masculin et disposant d’un revenu minimum.

    Avec le Directoire en 1795, on revient à un texte proche de 1789, et pendant 150 ans l’idéologie économique libérale va s’accommoder d’une conception restrictive des droits de l’homme, même si elle a constitué une avancée incontestable par rapport au féodalisme.

    Prédominent les droits individuels, et il faudra attendre la révolution russe de 1917, pour que les divers pays, sous la pression des classes sociales défavorisées, se résolvent à élargir peu à peu le champ d’action des droits de l’homme à des droits collectifs prenant en compte la dimension sociale de la personne humaine.

    Il faudra attendre 1948 et la Déclaration universelle pour que droits individuels et droits collectifs soient proclamés en même temps et sur le même plan, au bénéfice de l’humanité en son entier.

    Robespierre montre une fois de plus ses limites en n’intervenant pas contre la loi Le Chapelier qui, le 14 juin 1791, interdit la grève et les coalitions ouvrières. Etonnante, cette indifférence de la part d’un esprit aussi prêt à sauter sur toutes les occasions pour affirmer les droits du peuple ! La Loi Le Chapelier interdit le groupement de plus de vingt personnes. C’est la loi de 1901 relative aux associations qui abolira complètement la loi Le Chapelier.

     

    Dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789, c’est l’égalité juridique qui est consacrée, c’est-à-dire que ce n’est pas une égalité sociale, économique ou même politique. C’est l’égalité en droit. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit précise l’article 1. Cette égalité signifie égalité devant la loi, et notamment devant la loi pénale. Egalement, égalité d’accès aux emplois. Enfin, égalité devant l’impôt, revendication la plus répandue dans les cahiers de doléances.

    La Déclaration proposée par Robespierre :

    « Le droit de propriété est borné, comme tous les autres par l’obligation de respecter les droits d’autrui. Tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et immoral. La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres. Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire sont une dette de celui qui possède le superflu. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique et mettre l’instruction à la portée de tous les citoyens. Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis. Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l’homme est essentiellement injuste et tyrannique, elle n’est point une loi. Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse. Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s’entraider selon leur pouvoir, comme les citoyens du même Etat. Celui qui opprime une seule nation se déclare ennemi de toutes. Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l’homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et comme des brigands rebelles. Les rois, les aristocrates, les tyrans, quels qu’ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre qui est le genre humain et contre le législateur de l’univers qui est la nature. »

     

    2)    APOLOGIE DE LA PROPRIETE PRIVEE :

    L’expropriation des biens des émigrés et de l’Eglise.

    Les biens nationaux : la vente des biens nationaux attacha sans doute au nouveau régime des milliers d’acheteurs. Mais ceux-ci se recrutaient surtout au sein de la bourgeoisie urbaine.

    Les « bras nus » (sans-culottes, enragés). Prolétaires du XIX° siècle. Problème de la propriété : le droit de propriété est rappelé dans les articles 2 et 17 de la Déclaration de 1789, ce qui en souligne l’importance pour les rédacteurs du texte. Il ne fait que refléter leur état de « possédants » et sa légitimation est destinée à asseoir durablement leur pouvoir. Il est donc de pure opportunité et doit être qualifié d’ « idéologique », car on ne voit pas en quoi la propriété serait consubstantielle à l’homme. A noter également qu’en 1789, l’évolution ne faisait que commencer, et qu’elle prendra son plein régime en 1793 et 1794. Cependant, son caractère bourgeois restera marqué, et le droit de propriété absolue l’emportera, étant codifié notamment dans le code « Napoléon » de 1804.

    La bourgeoisie hésite à chaque instant entre la solidarité qui l’unit au peuple contre l’aristocratie et celle qui unit l’ensemble des possédants contre les non-possédants. Elle redoute davantage le péril rouge que le péril blanc.

    Jaurès note qu’ « aucun des démocrates de la gauche la plus populaire, ni Robespierre, ni Pétion, n’osèrent parler de l’expropriation sans indemnité. »

    Bien des auteurs vont sentir le danger qu’il y a à la trop grande disproportion des fortunes. L’influence de Rousseau est ici déterminante.

    Jean Jacques Rousseau, Le Contrat social : « L’état social n’est avantageux aux hommes qu’autant qu’ils ont tous quelque chose, et qu’aucun d’eux n’a rien de trop. » et « La terre est par l’ordre de la nature, le domaine réel de l’homme. »

    Sylvain Maréchal, futur compagnon de Babeuf écrit dans Des pauvres et des riches en 1791 : « Ce sont les pauvres qui ont fait la révolution, mais ils ne l’ont pas fait à leur profit, car depuis le 14 juillet, ils sont à peu près ce qu’ils étaient avant le 14 juillet 1789. »

    Le problème essentiel, qui est au cœur de la révolution française, c’est bien entendu celui de la propriété et du pouvoir que donne cette propriété.

    Louis XVI, en septembre 1789, réaffirmera la nécessité de l’inégalité des fortunes, au moment où l’ébranlement est donné par la nuit du 4 août 1789. Par la suite, les possédants agitent à leurs propres yeux l’oripeau de la loi agraire, pour que, de leur peur, naisse une cohésion de classe. Ils y réussissent d’ailleurs parfaitement, fin 1792-1793.

    Barnave : « L’anéantissement de la royauté serait suivi de l’anéantissement de la propriété. »

    Marat dans La Constitution, ou projet de déclaration des droits de l’homme (1789) : « Dans une société où certains privilégiés jouissent dans l’oisiveté, le faste et les plaisirs, des biens du pauvre, de la veuve et de l’orphelin, la justice et la sagesse exigent également, qu’au moins une partie de ces biens aille enfin à leur destination, par un partage judicieux entre les citoyens qui manquent de tout : car l’honnête citoyen que la société abandonne à sa misère et à son désespoir, rentre dans l’état de nature, et a droit de revendiquer à main armée des avantages qu’il n’a pu aliéner que pour s’en procurer de plus grand : toute autorité qui s’y oppose est tyrannique, et le juge qui le condamne à la mort n’est qu’un lâche assassin. »

    La différenciation au sein du tiers-état était déjà accentuée et ne cessa, pendant les cinq années de la révolution, de s’approfondir. Le bourgeois de 1789 était déjà un personnage considérable. Propriétaire terrien, gros négociant, industriel, titulaire d’une charge (office de justice, de finances, etc.), son genre de vie, ses manières, son costume même l’apparentait bien davantage à la classe aristocratique qu’à celle des travailleurs manuels. L’inflation, la vie chère, d’un côté, et de l’autre, les fructueuses acquisitions de biens nationaux, les énormes bénéfices réalisés sur les fournitures de guerre creusèrent un début de scission entre bourgeois et sans-culottes. Le pauvre se paupérise davantage, tandis que la richesse du riche se fit plus insolente.

    Les bras nus mènent la révolution bourgeoise jusqu’à son terme. La peur de la bourgeoisie.

    Un divorce dans la bourgeoisie révolutionnaire : Les Girondins ne veulent pas payer le concours des bras nus.

    Girondins et Montagnards sont les membres de la même classe. Il n’y avait entre eux aucune divergence fondamentale. Ils étaient, les uns et les autres, de zélés défenseurs de la propriété privée.

    Les Montagnards, comme Maximilien de Robespierre, de Saint-Just de Richebourg, Hérault de Séchelles, Barère de Vieuzac, Danton, Marat, Hébert, Billaud-Varenne, prônaient aussi le caractère intangible et sacré de la propriété privée, tout comme les Girondins, comme Vergniaud, Roland et Condorcet.

    Girondins et Montagnards dénoncèrent avec une égale horreur la « loi agraire », la communauté des biens. Ils avaient la même crainte de la démocratie directe, de l’intervention du peuple souverain en armes dans la vie publique, du fédéralisme populaire, le même attachement à la fiction parlementaire et à la légalité, au centralisme politique. Les uns et les autres étaient les adeptes convaincus du libéralisme économique. Ils vantaient en termes identiques, les avantages de la liberté sur la contrainte. Ils étaient, du point de vue des principes, hostiles à toute réglementation, à toute taxation.

    Les uns, les Montagnards, n’hésitaient pas à solliciter le concours des bras nus pour sauver la révolution bourgeoise et poursuivre la guerre jusqu’à la victoire. Les autres, les Girondins, en arrivèrent à souhaiter transiger avec la contre-révolution intérieure et extérieure, plutôt que de lâcher la bride, même temporairement, aux sans-culottes.

    Baudot : « Les Girondins voulaient transporter l’action du pouvoir dans les classes comprises dans l’aristocratie secondaire de la société, la Montagne voulait y faire participer la population entière. »

    Entre les deux fractions bourgeoises, il y avait des différences d’intérêts. Les Girondins étaient soutenus par la bourgeoisie intéressée au commerce et à l’exportation des biens de consommation.

    Les Montagnards, au contraire, représentaient la fraction de la bourgeoisie à qui l’inflation, l’acquisition des biens nationaux, les fournitures aux armées, et plus tard les fabrications d’armes procurèrent des bénéfices énormes.

    Les Girondins ne veulent pas payer le concours des bras nus.

    Girondins et Montagnards appartenaient à la même classe. Ils étaient les uns et les autres, de zélés défenseurs de la propriété privée.

    Montagnards : ils avaient des manières aristocratiques : Maximilien de Robespierre, de Saint Just de Richebourg, Barère de Vieuzac, Hérault de Seychelles, Danton, Marat, Hébert, Billard de Varenne,…

    Girondins : Brissot, Vergniaud, Roland, Condorcet, Clavière, Barbaroux, Ducos, Bailleul…

    Le conflit mettait aux prises, non pas deux classes, mais deux fractions d’une même classe :

    ·   Les Girondins et les contre-révolutionnaires à l’intérieur et à l’extérieur ;

    ·   Les Montagnards et les bras nus.

    Le spectre de la loi agraire sera agité dès le mois de septembre, à propos d’un texte de Momoro De la convention nationale (1792). On découvre dans ce texte les germes de conflit qui devait opposer la Commune de Paris à la Convention et finir par la révolution du 31 mai 1793.

    J.P. Rabaut, De l’égalité (1793) : « Le gouvernement démocratique ne peut subsister longtemps avec l’immense inégalité des fortunes. »

    Le député Harmand, de la Meuse, dans un Discours : « Mais comment les institutions sociales peuvent-elles procurer à l’homme cette égalité de fait que la nature lui a refusée sans attenter aux propriétés territoriales et industrielles ? Comment y parvenir sans la loi agraire et sans le partage des fortunes ? »

    Dupont : « L’homme ne tient de la nature qu’un seul droit de propriété, celui du fruit de son travail ; tous les autres sont l’effet de la loi (…). Je pose donc pour second principe que nul individu dans la république ne doit exister sans travailler. »

     

    3)    LA PAYSANNERIE ET LA LOI AGRAIRE :

    Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution :

    « Imaginez-vous, je vous prie, le paysan français du XVIII° siècle…. Voyez-le tel que les documents que j’ai cités l’ont dépeint, si passionnément épris de la terre qu’il consacre à l’acheter toutes ses épargnes et l’achète à tout prix. Pour l’acquérir, il lui faut d’abord payer un droit, non au gouvernement, mais à d’autres propriétaires du voisinage… Il la possède enfin ; il y enterre son cœur avec son grain… Surviennent pourtant les mêmes voisins qui l’arrachent à son champ et l’obligent à venir travailler ailleurs sans salaire. Veut-il défendre sa semence contre leur gibier, les mêmes l’en empêchent ; les mêmes l’attendent au passage de la rivière pour lui demander un droit de péage. Il les retrouve au marché, où ils lui vendent le droit de vendre ses propres denrées ; et quand, rentré au logis, il veut employer à son usage le reste de son blé, de ce blé qui a crû sous ses yeux et par ses mains, il ne peut le faire qu’après l’avoir envoyé moudre dans un moulin et cuire dans le moulin de ces mêmes hommes. C’est à leur faire des rentes que passe une partie des revenus de son petit domaine, et ces rentes sont imprescriptibles et irrachetables. (…) ; et quand il a fini avec ceux-ci, d’autres, vêtus de noir, se présentent, qui lui prennent le plus clair de sa récolte… ».

     

    Gramsci : le jacobinisme est l’alliance de la bourgeoisie révolutionnaire et de la paysannerie. La révolution paysanne et populaire était au cœur de la révolution bourgeoise et la poussait en avant.

     

    Luttes paysannes :

    ·   Jacqueries pour l’abolition de la féodalité ;

    ·   Luttes pour la terre ;

    ·   Emeutes de subsistances ;

    ·   Troubles forestiers ou à propos des droits collectifs traditionnels ;

    ·   Paniques et peurs dégénérant en révoltes armées, telle la classique Grande Peur de 1789.

     

    Deux lignes générales de ces luttes :

    ·   Il s’agit pour le monde paysan dans son ensemble de se libérer de l’exploitation féodale ;

    ·   Il s’agit aussi, pour la paysannerie pauvre, paysans parcellaires et paysans sans terre, de défendre leur droit à l’existence, lié à tout le système de l’agriculture traditionnelle fondée sur les droits d’usage, face au progrès de l’agriculture capitaliste.

     

    Comment le Gouvernement révolutionnaire pouvait-il concilier une politique égalitaire avec la défense des propriétaires contre la « loi agraire », des employeurs contre les revendications des salariés agricoles ? Le temps vint où il fallut choisir : le choix ne faisait aucun doute. De là, l’indifférence, puis la déception parmi les sans-culottes des campagnes.

     

    La Révolution fut loin d’avoir distribué aux paysans toute la terre qu’elle avait attribuée à la nation. La bourgeoisie en conserva une part considérable.

    Qui plus est, elle imposa sa conception de la propriété. La masse rurale n’était pas hostile à la propriété individuelle, mais elle la limitait étroitement par ses conceptions coutumières ; les droits collectifs, vaine pâture et seconde herbe, glanage, droits d’usage dans les forêts et les communaux, équivalaient aux yeux de la petite paysannerie à une copropriété des fonds.

     

    4)    LE DOUBLE POUVOIR ET LE RENFORCEMENT DU POUVOIR CENTRAL :

    Robespierre a su d’abord être à la tête des deux pouvoirs, la convention et la Commune de Paris. Puis il y a scission de ces deux pouvoirs, car contradiction d’intérêt, ce qui explique la chute de Robespierre.

    Il y a synchronisation de deux dates (en 1793) :

    ·   Décret sur la liberté des cultes, le 6 décembre ;

    ·   Décret par lequel furent mis définitivement en place les premiers éléments d’un pouvoir central fort, le 4 décembre.

    La loi du 4 décembre : la bourgeoisie nous présente comme l’apogée de la révolution une loi qui, dans certaines de ses dispositions, marque le début de la réaction.

    C’est l’étape de la formation de la monstrueuse machine de l’Etat par laquelle la bourgeoisie va asservir le prolétariat aux siècles suivants.

    Ainsi, un des mobiles de l’évolution qui commence le 4 décembre semble bien avoir été la volonté de la bourgeoisie révolutionnaire de réduire – en attendant de le briser – le pouvoir des masses.

    Ce fut le Comité de Salut public qui, contre les masses populaires, amorça l’évolution qui, d’étape en étape, devait conduire aux préfets d’Empire.

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