• Robespierre Blanche-Robespierre Noire

    Robespierre est une figure qui incarne les contradictions et les ambiguïtés de la Révolution française.

    ROBES-PIERRE Blanche, ROBES-PIERRE Noire

     

    SOMMAIRE :

    Introduction

    Première partie : L’homme ; Les années 1758-1789

    I)     Enfance de Robespierre

    II) L’adulte

    III)         L’importance de Rousseau

    Deuxième partie : L’œuvre révolutionnaire ; Les années 1789-1794

    I)     Robes-pierre Blanche : L’œuvre révolutionnaire

    LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION CIVILE (LE ROI)

    a.    Participation à la révolution

    b.   Constitution de l’an I

    c.    La Terreur ; La violence révolutionnaire

    II) Robes-pierre Noire : L’œuvre réactionnaire :

    A)   Robespierre, représentant de la classe bourgeoise :

    LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION CIVILE (LE ROI)

                                                                         1)      Les droits de l’homme

                                                                        2)      La souveraineté représentative et le suffrage universel

                                                                        3)      Apologie de la propriété privée

    LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION RELIGIEUSE (LE PRETRE)

                                                                        4)      Le culte de l’Etre suprême

                                                                        5)      La loi Le Chapelier

    LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION MILITAIRE

                                                                        6)      La guerre extérieure

                                                                        7)      Lutte contre les accapareurs

                                                                        8)      La paysannerie et la loi agraire

                                                                        9)      Le double pouvoir et le renforcement du pouvoir central

    B)    La lutte contre les représentants des bras nus

    1)    Hébert et les hébertistes

    2)   Les sans-culottes

    3)   Gracchus Babeuf et le communisme primitif

    C)    Pourquoi la chute de Robespierre ?

    Conclusion

    ANNEXE 1 : « Eloge de la Rose »

    ANNEXE 2 : « Dédicace à Jean-Jacques Rousseau »

     

     

     

     

     

     

    AVANT-PROPOS :

     

    Les trois éléments qui mènent le monde sont : l’argent, le sexe et le pouvoir.

    Ayant soixante ans en 2012, c’est l’occasion pour moi de faire un bilan par rapport à mes relations avec ces trois ressorts :

    ·       L’argent : l’or philosophique ou l’alchimie ;

    ·       Le sexe : L’amour philosophique ou fraternel ;

    ·       Le pouvoir.

     

    INTRODUCTION :

    L’idée de la présente planche m’est venue en parcourant une brochure sur la Ville d’Arras, Robespierre y apparaissant comme un enfant natif de cette commune.

    La planche comportera deux parties :

    En premier lieu, je m’attacherais à décrire l’homme Maximilien Robespierre, en relation avec la ville d’Arras.

    En second lieu, je traiterai de l’œuvre de Robespierre et plus précisément du rôle de Robespierre dans la Révolution française, en examinant les enseignements que la franc-maçonnerie peut tirer comme enseignements utiles aujourd’hui.

    Ma conviction est que l’histoire est celle du peuple. J’exclus donc le culte des personnalités exceptionnelles et je m’attacherais plus précisément à ce que représentait Robespierre à la fin du XVIII° siècle.

    Pavé blanc, pavé noir : l’objet de la planche est aussi de présenter le double aspect de Robespierre, à la fois représentant zélé de la bourgeoisie révolutionnaire et organisateur de la nouvelle répression des classes laborieuses.

    La grande révolution fut une révolution bourgeoise et, dans ses résultats, elle ne pouvait être que bourgeoise.

    Marx : « Une société ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir, et jamais de nouveaux et supérieurs rapports de production ne se substituent à elle avant que les conditions d’existence matérielles de ces rapports aient été couvées dans le sein même de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre, car, à regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne se présente que lorsque les conditions matérielles pour le résoudre existent ou du moins sont en voie de devenir. »

    Sous l’angle de ses résultats objectifs, la révolution française n’avait pu être, étant donné les conditions objectives matérielles de l’époque, que bourgeoise.

    Seule la classe bourgeoise avait tiré profit de la révolution française.

    Mais la révolution bourgeoise sous-tendait un second mouvement, populaire, qui voulait aller plus loin.

    Engels : « À côté de l’antagonisme de la féodalité et de la bourgeoisie, existait l’antagonisme universel des exploiteurs et des exploités, des riches paresseux et des pauvres laborieux. »

    Engels a énoncé la loi suivante : « Tout parti bourgeois, un moment placé à la tête du mouvement, se voit déborder dans ce mouvement même par le parti plébéien ou prolétarien qu’il a derrière lui. »

    Marx montra que le mouvement révolutionnaire en 1793 tenta (un moment) de dépasser les limites de la révolution bourgeoise ;

    Les bras nus mènent la révolution bourgeoise jusqu’à son terme.

    La peur qu’inspire à la bourgeoise l’avant-garde populaire la fait renoncer à porter des coups trop rapides et trop brutaux à la contre-révolution. Elle hésite à chaque instant entre la solidarité qui l’unit au peuple contre l’aristocratie et celle qui unit l’ensemble des possédants contre les non-possédants. Cette pusillanimité la rend incapable d’accomplir jusqu’au bout les tâches historiques de la révolution bourgeoise. « Aucun des démocrates de la gauche la plus populaire, ni Robespierre, ni Pétion, n’osèrent parler de l’expropriation sans indemnité. » (Lefebvre).

    ORIGINES DE LA REVOLUTION :

    Le roi, un monarque de droit divin

    La démographie : Le royaume compte 25 millions d’habitants en 1775, et dépasse 28 millions en 1789.

    L’économie : La base est l’agriculture, qui occupe les deux tiers des habitants.

    Le pain et le vin sont des substances essentielles à la vie des hommes.

    Les trois ordres :

    ·           Ceux qui prient, le clergé : le clergé rassemble 130000 individus, dont 60000 clercs réguliers (20000 religieux et 40000 religieuses appartenant à des ordres monastiques). Le clergé séculier comprend un haut clergé : archevêques, évêques et chanoines de collégiales – près de 10000 membres – et un bas clergé formé d’environ de 60000 curés et vicaires. La richesse du clergé est considérable : propriété foncière de l’Eglise (3 milliards de livres) et revenu foncier (90 à 130 Millions de livres). L’Eglise perçoit la dîme, ou portion des fruits de la terre ou des troupeaux.

    ·           Ceux qui combattent, la noblesse : la noblesse rassemble aux environs de 300000 personnes. La haute noblesse jouit des pensions du roi qui atteignent jusqu’à 6 % du budget de l’Etat. La noblesse de robe, composée des magistrats des différentes cours de justice, est riche de ses offices et de ses domaines fonciers.

    ·           Ceux qui travaillent, le tiers-état : le tiers-état est constitué de tous les autres Français.

    A cette époque déjà, les bourgeois sont distingués du reste du peuple :

    ·    Développement du capitalisme : banquiers, marchands, manufacturiers,…

    ·    La bourgeoisie rentière est celle qui vit du revenu de capitaux prêtés à l’Etat, à l’Eglise ou aux villes.

    ·    On estime de 12 à 45 %, selon les régions, le pourcentage de la propriété foncière de la bourgeoisie.

    ·    La bourgeoisie à talents – 10 % de la population, soit 200000 individus – regroupe les intellectuels, les membres des professions libérales : avocats (Camille Desmoulins, Robespierre), médecins, chirurgiens, apothicaires (Guillotin, Marat), professeurs (Geoffroy, Royou, Brissot),…

    ·    La bourgeoisie de l’atelier, de l’échoppe et de la boutique regroupe 1000000 individus (Antoine Berthelot, maître maçon, Joseph Feneaux, cordonnier…)

    ·    La bourgeoisie capitaliste, 100000 individus) est fort riche. Parmi eux les 40 fermiers généraux, « sangsues de l’Etat », en 1780, perçoivent la plupart des impôts indirects (Grimod, Savalette, Lavoisier,…)

    ·    Les banquiers sont, en raison de la condamnation par l’Eglise du prêt à intérêts, souvent des protestants, et rarement des juifs (Tourton, le suisse Necker, le hollandais Vandenmeyer, l’anglais Boyd,…)

    ·    La bourgeoisie marchande forme l’élite de la bourgeoisie (Isnard).

    ·    La bourgeoisie manufacturière, issue de l’artisanat ou du monde des marchands, crée des entreprises où le travail est concentré et qui rassemblent plusieurs centaines d’ouvriers (Oberkamp).

    Les paysans représentent 85 % de la population. En moyenne 35 % du sol appartient aux paysans. Nulle terre n’est sans seigneur dans la plus grande part du royaume. La terre que le paysan travaille ou possède fait partie d’une seigneurerie, et il n’en a que la propriété utile. Le seigneur en conserve la propriété éminente, ce qui lui donne des droits sur les hommes et les biens fonciers. Il possède des droits de basse justice, moyens d’intervenir dans la vie quotidienne pour exercer la police et prononcer des jugements qui rapportent.

    Les paysans sans terre sont nombreux : brassiers, journaliers, manouvriers,…

    Les salariés et ouvriers des villes se développent. La classe ouvrière est la classe du peuple groupant ceux qui, ne possédant que leur force de travail, se louent à des maîtres artisans et travaillent au coude à coude avec eux. Ouvriers signifie alors œuvrant dans des manufactures et ne connaissant le patron que par le contremaître qui les dirige.

    La pauvreté et l’indigence frappent de plus en plus l’observateur, à l’intérieur des villes et des campagnes ? La déstabilisation sociale sape l’autorité familiale, elle érode aussi dans l’esprit des petites gens comme dans celui des notables, le respect dû à l’autorité sacrée de l’Eglise et de l’Etat (Mandrin). La violence des classes laborieuses les fait déjà regarder comme des classes dangereuses.

     

    PREMIERE PARTIE : L’HOMME : LES ANNEES 1758-1789

     

    I)  L’ENFANCE DE ROBESPIERRE :

    Maximilien Marie Isidore de Robespierre, ou Maximilien Robespierre, est né le 6 mai 1758 à Arras, et il est mort guillotiné le 28 juillet 1794, à Paris, place de la révolution ; Avocat et homme politique français, qui :

    ·       Incarne la « tendance démocratique » de la Révolution française ;

    ·       Surnommé l’ « Incorruptible » par ses partisans, et qualifié de « tyran » ou de « dictateur sanguinaire » par ses ennemis.

    Il figure dans la liste des « cent plus grands Français », liste établie par un sondage BVA en septembre 2004 auprès d’un échantillon représentatif de 1038 Français de plus de 15 ans. Dans ce sondage, est placé en premier, Charles de Gaulle et en centième position, la psychologue Françoise Dolto. Robespierre est placé en 72° position, entre Jean-Jacques Rousseau, en 71° position, et le chanteur Renaud, en 73° position.

    Sa paroisse d’origine est Sainte Magdeleine, et il fut baptisé dans cette église, le 6 mai 1758, étant né le même jour à 2 heures du matin.

    Son père et son grand-père étaient avocat du Conseil d’Artois.

    Robert-Pierre : deux prénoms ont fait un nom. Le nom semble s’orthographier Derobespierre, ce n’est pas le de de la noblesse.

    Le grand père meurt en 1762.

    Le père a fait des études à Douai et a exercé au Conseil d’Artois jusqu’en 1754.

    Maximilien, conçu hors mariage – il est né quatre mois et quatre jours après la cérémonie – est l’aîné de quatre enfants.

    Il y a une naissance par an :

    ·  1958 : Maximilien

    ·  1760 : Charlotte

    ·  1761 : Henriette, qui meurt à 20 ans

    ·  1763 : Augustin, dit « Bonbon » ;

    ·  4 juillet 1764 :5° enfant, le puîné, qui meurt peu après la mort de la mère, huit jours après la naissance.

    La mère meurt en 1764 et le père meurt en 1777 à Munich.

    La mort de la mère a transformé Maximilien. « Avant, écrit Charlotte, il était, comme tous les enfants de son âge, étourdi, turbulent… » « Depuis, il est devenu grave. ». « S’il se mêlait de nos jeux, c’était pour les diriger. Il nous aimait tendrement et il n’était pas de soins et de caresses qu’il ne nous prodiguât ».

    Charlotte vante son amour pour les animaux. Un jour, le grand frère prête aux deux sœurs l’un des pigeons de sa volière. Elles l’oublient dehors par une nuit d’orage. Au matin, on le trouve mort. « A cette nouvelle, rapporte Charlotte, les larmes de Maximilien coulèrent. Il nous accabla de reproches […] et jura de ne plus nous confier un de ses pigeons ». « C’est un ange, disent de lui ses tantes. Aussi est-il fait pour être la dupe et la victime des méchants. »

    Les deux orphelins garçons sont recueillis par les grands parents maternels, brasseurs, et les deux filles par deux tants paternelles.

    1765 : Robespierre fréquente le collège tenu par les oratoriens jusqu’en 7°, dans l’hôtel particulier, devenu l’Hôtel L’Univers. Ce collège compte alors 30 à 40 pensionnaires et 400 externes, dont Maximilien. Ceci jusqu’en 1769.

    La sœur Charlotte écrira ses mémoires; Maximilien est en enfant taciturne, qui a la passion des oiseaux. Il a une volière.

    En 1769, il va à Paris, jusqu’en 1781. Il fréquente le collège Louis le Grand, collège de Clermont, collège prestigieux, siège de l’Université de Paris. Il a obtenu une bourse de 450 livres annuelles de l’abbaye de Saint-Vaast.

    En 1775, il sera choisi pour lire un complément devant le roi, de retour du sacre, sous une pluie diluvienne, rue saint Jacques.

    La rencontre de Maximilien et de Louis XVI a lieu le 15 juin 1775, alors que le jeune roi et la jeune reine rentrent, sous l’orage, du sacre de Reims et que leur carrosse doit s’immobiliser dans la fange sous l’auvent du collège Louis-le-Grand. Un élève, désigné par le proviseur, vient, dans le déluge, réciter un compliment. Il y eut un arrêt très court. Le jeune homme, à genoux devant le marchepied, lit. Le roi a la mine affable qui lui est coutumière, et il ne retient pas le collégien sous l’orage.

    Le 25 octobre 1777, toujours élève à Louis-le-Grand, Maximilien s’engage dans l’étude du droit. « Je sors de ma philosophie, écrit-il, et je me destine au barreau. De toutes les qualités nécessaires pour se distinguer dans cette profession, j’y apporte du moins une vive émulation et une extrême envie de réussir. »

    Puis il effectue la Faculté de droit, pendant trois années, licencié en 1781, inscrit au barreau de Paris.

    II)         L’ADULTE

    Les relations de Robespierre avec les femmes : Robespierre resta célibataire. Toutefois, à Arras, il cultiva les relations féminines : il eut une ébauche d’idylle avec Mademoiselle Dehay, amie de sa sœur, une jeune anglaise inconnue et une certaine Mademoiselle Henriette, correspondit avec une dame très haut placée, peut-être Madame Necker, fut reçu chez Madame Marchand, future directrice du Journal du Pas de Calais, etc.

    D’après sa sœur Charlotte, une Mademoiselle Anaïs Deshorties, belle-fille de sa tante Eulalie, aima Robespierre et fut aimée de lui ; en 1789, il la courtisait depuis deux ou trois ans. Elle se maria avec un autre, l’avocat Leducq, tandis qu’il était à Paris. Robespierre aurait eu en 1790 une liaison avec une jeune fille de condition modeste d’environ vingt-six ans. Enfin, il a été dit qu’il était fiancé avec la fille de son logeur, Eléonore Duplay.

    Un contemporain, Dubois de Fosseux, dit que Maximilien aimait « se mêler parmi les pastourelles du canton et animer leurs danses. » « Il consacrait un temps assez long à sa toilette » au dire de sa sœur Charlotte.

    Charlotte prétendra que Maximilien, à Paris, faisait appel à une prostituée convoquée « de temps en temps à son domicile ».

    L’homme politique : c’est une courte période, qui porte de 1789 à 1794, soit cinq années, Robespierre étant mort à l’âge de 36 ans.

    Elu le 15 novembre 1783, Robespierre est reçu le 21 avril 1784 par l’Académie royale des Belles Lettres d’Arras. Dans son discours de réception il « entreprit de prouver l’origine, l’injustice et les inconvénients du préjugé qui fait rejaillir sur les parents des criminels l’infamie attachée à leur supplice. »

    L’avocat :

    En 1781, Robespierre retourne à Arras. Il mène une carrière d’avocat.

    C’est un personnage soigné, élégant, avec une perruque poudrée chaque jour.

    Le 15 novembre 1781, il entre au conseil supérieur d’Artois, créé en 1530. Il y a dix juridictions à Arras (Conseil, gouvernance, échevinage,…) qui regroupent de 200 à 250 personnes, dont 87 avocats.

    En 1781, il a reçu un pécule de 600 livres.

    Il vit avec sa sœur Charlotte, qui fait un peu office de « bonne du curé » (elle meurt en 1834).

    C’est un tribunal souverain au criminel, et on peut interjeter appel au civil au tribunal de Paris.

    En 1783, c’est la première cause qui donnera à Maximilien une notoriété, c’est l’affaire du paratonnerre (créé par Franklin en 1763). Il y a deux avocats. Maximilien transforme les causes particulières en causes générales, et lutte conte l’obscurantisme.

    La deuxième cause concerne l’abbaye d’Ancin, avec le vol de 262 louis. Maximilien élargit l’affaire. C’est l’affaire Deteuf, dite de l’ « innocence opprimée », qui oppose Maximilien à son ancien protecteur, M. Liborel. Robespierre sauva Deteuf, qui avait déjà été incarcéré, et confondit le moine devant le Conseil d’Artois.

    La troisième affaire concerne François Page et la lutte contre les bannissements.

    Maximilien a plaidé jusqu’en 1790 : de 1782 à 1790, cela représente 111 affaires.

    Sa sœur Charlotte, a fait un intéressant tableau de l’existence que mène à Arras, le jeune avocat : chaque jour, il se lève à six ou sept heures, selon la saison ; il travaille ensuite jusqu’à huit heures ; son perruquier vient le raser et le poudrer ; on sait que, même aux jours les plus sombres de la Terreur, il n’abandonnera jamais ses habitudes et qu’il aura toujours grand soin de sa personne, donnant toujours l’exemple de la correction et des bonnes manières ; il prend ensuite une légère collation, consistant le plus souvent en une tasse de lait, et, jusqu’à dix heures, il revoit ses dossiers, s’habille et se rend au palais.

    L’audience levée, il rentre pour dîner, mange peu, boit de l’eau rougie, et n’affecte pas de prédilection pour certains mets plus délicats ; cependant, il aime les fruits – surtout les oranges – et, comme beaucoup de concitoyens, se délecte volontiers d’une tasse de café.

    Son modeste repas terminé, il sort pendant une heure, fait une promenade ou rend une visite et, de retour, il se remet au travail jusqu’à sept ou huit heures du soir.

    Après le dîner, il reste en famille ou va retrouver des amis ; dans ces réunions, il se montre d’un caractère distrait ; il est souvent préoccupé, s’associe rarement aux jeux, aux parties de cartes, aux causeries insignifiantes ; il se retire parfois dans un coin de la pièce, s’enfonce dans un fauteuil et se livre à ses réflexions.

    Cependant, il est d’humeur toujours égale, sait rire et plaisanter à l’occasion et on lui pardonne volontiers ses habitudes méditatives et ses distraction, lorsque, se promenant, il oublie de saluer les personnes de ses relations.

     

    Il vit rue du Saumon, puis rue des Teinturiers, et loue une maison rue du Collège de 1783 à 1787.

    A Paris, il vivra rue Saint Honoré avec la famille Duplay, bourgeois respecté comme manufacturier en menuiserie.

    Robespierre est un avocat brillant, qui entre à l’Académie Société des belles lettres, qui regroupe 30 académiciens (l’élite : des nobles, des procureurs, des prêtres, 7 à 8 avocats). Il en sera président en 1786. (« Droits et devoirs des enfants bâtards »). Il y rencontre Lazare Carnot.

    Membre des Rosati, club créé en 1778, composé surtout d’avocats.

    Il obtient la médaille d’argent de l’Académie de Dijon, et un pécule de 400 livres.

    En 1789, 8 députés sont élus, dont Robespierre en 5° position.

    Il sera guillotiné le 10 juillet 1794. 22 têtes. Place de la Concorde. Son corps sera déposé au cimetière de Rincy. C’était la première fois que l’Incorruptible voyait la guillotine, n’ayant jamais assisté à une exécution ;

     

    LA MEMOIRE DE ROBESPIERRE :

    L’image de Robespierre, dans la conscience collective, est ambigüe :

    ·  Pour les uns, il y a une légende noire, avec des pamphlets : Maximilien est un pleutre, lâche, éliminé par des Montagnards, par peur : Barras, Talien, Fouché, Courtois,…

    ·  Pour d’autres, c’est un révolutionnaire craint et écouté. Le 9 Thermidor marque la fin de la révolution, dans sa phase ascendante, et le début de la réaction.

    ·  Pour d’autres encore, Maximilien est le précurseur de Gracchus Babeuf, journaliste, arrêté en 1795 à Arras. Celui-ci voulait instaurer un communisme de distribution. Ceux-là confondent les idées de Robespierre et de Babeuf.

    ·  Pour d’autres enfin, Robespierre est un sujet tabou. Soit ils refusent d’en parler, soit ils en parlent de manière critique.

    C’est dans les années 1830-1848 que Robespierre est redécouvert. La III° république se méfie de Robespierre.

    En 1923, une plaque est apposée sur la maison occupée par Robespierre, mais sont publiés aussi des articles dans la presse, qui parlent d’ « œuvre de boue et de sang » et du « tyran sanguinaire ».

    1926-1933 : c’est l’affaire du buste de Robespierre.

    1950 : édition d’un timbre à son effigie.

    1968 : création du lycée Robespierre.

    1969 : Les amis de Robespierre éditent le « Journal de « L’incorruptible ».

    1989 : c’est le bicentenaire de la révolution : le héros mis en lumière est Danton.

    A Arras, la présence de Robespierre s’inscrit dans la géographie et l’architecture : il n’est pas besoin de beaucoup d’imagination pour avoir une vision de la vie de Robespierre à Arras :

    ·       En 1765, Robespierre fréquente le collège d’Arras, aujourd’hui l’hôtel trois étoiles de l’Univers ;

    ·       En 1787, Robespierre fait parti du club des Rosati d’Arras et il a écrit une poésie, « Eloge de la Rose » (ANNEXE 1) ;

    ·       La guillotine fut installée devant le théâtre d’Arras. 392 victimes pour une population totale d’environ 22000 habitants, soit moins de 2 % ;

    ·       Présence d’une salle portant son nom à l’Hôtel de Ville, avec une statue qui le représente;

    ·       Un restaurant porte le nom de « Maximilien » ;

    ·       Comité des Amis de Robespierre, qui fait une pétition pour l’ouverture d’un musée sur le personnage par la ville d’Arras ;

    ·       Sa maison est devenue, au rez-de-chaussée, un musée. Peu d’éléments sont exposés, car il semble que beaucoup a été détruit justement pour éviter que ne s’instaure un culte de la personne de Robespierre. A sa mort, son corps et sa tête ont été jetés dans une fosse commune et on répandit dessus de la chaux, afin que le corps ne laisse aucune trace ;

    ·       L’opinion des arrageois est très contrastée, et aussi mitigée. Ils rappellent que, sur la place du théâtre ont eu lieu 392 exécutions, par la guillotine, et ils se rappellent des dix mois de terreur de novembre 1793 à août 1794 ;

    ·       Le problème de la vente aux enchères des archives (lettres de Robespierre).

    Robespierre, le révolutionnaire : sa situation de classe :

    Une des principales figures des « démocrates » à l’Assemblée constituante, Robespierre a défendu l’abolition de l’esclavage et de la peine de mort, le droit de vote des gens de couleur, des juifs ou des comédiens, ainsi que le suffrage universel et l’égalité des droits, contre le marc d’argent.

    Opposé à la guerre contre l’Autriche en 1792, il s’oppose à La Fayette et soutient la chute de la royauté. Membre de la commune insurrectionnelle de Paris, il est élu à la Convention nationale, où il siège sur les bancs de la Montagne et s’oppose au Girondin.

    Après les journées du 31 mai et du 2 juin 1793, il entre le 27 juillet 1793 au Comité de salut public, où il participe à l’instauration d’un gouvernement révolutionnaire et de la Terreur, dans un contexte de guerre extérieure contre les monarchies coalisées et de guerre civile (insurrections fédéralistes, guerre de Vendée,…).

    A la suite de la victoire des comités contre les factions au printemps 1794, il contribue à faire cesser la politique de déchristianisation et fait voter, en qualité de rapporteur, le décret du 18 floréal an II, par lequel « le peuple français reconnait l’existence de l’être suprême, et l’immortalité de l’âme », et la loi de Prairial, dite de « Grande Terreur ».

    Attaqué et isolé au sein de la Convention par d’anciens dantonistes et des envoyés en mission rappelés, mais aussi au sein du gouvernement révolutionnaire par le Comité de sûreté générale et des collègues du Comité de salut public, il prend la Convention à témoin de ces dissensions le 8 thermidor an II, mais ne parvient pas à imposer ses vues. Le lendemain, empêché de parler par ses ennemis, alliés pour la circonstance aux modérés de la Plaine, il est arrêté avec son frère Augustin et ses amis Couthon, Saint-Just et Le Bas. La Commune entre alors en insurrection et le fait libérer, mais il perd du temps, et la Convention le met hors la loi.

    Dans la nuit, une colonne armée s’empare de l’hôtel de ville, où il se trouve avec ses partisans, et il est blessé à la mâchoire dans des circonstances incertaines. Après vérification de son identité devant le Tribunal révolutionnaire, il est guillotiné dans l’après-midi du 10 thermidor an II avec 21 de ses partisans. Sa mort entraîne, dans les mois qui suivent, une « réaction thermidorienne », qui voit le démantèlement du gouvernement révolutionnaire et de la Terreur.

    Médiateur entre bourgeois et bras nus, Robespierre tenait plutôt à la petite qu’à la grande bourgeoisie. Robespierre correspondait assez bien à la définition que Marx donne du petit-bourgeois : « Le petit-bourgeois […] se vante, dans le for intérieur de sa conscience, d’être impartial, d’avoir trouvé le juste équilibre. […] Un tel petit-bourgeois divinise la contradiction, car la contradiction est le fond de son être. Il n’est que la contradiction sociale mise en action. »

    Robespierre jouissait de la confiance de la bourgeoisie révolutionnaire, qui avait reconnu en lui un homme de sa classe. Et il jouissait d’un immense prestige auprès des plébéiens et des sans-culottes. Il était l’entremetteur né, le conciliateur par excellence. Donnant des gages à gauche et des gages à droite, penchant tantôt vers la gauche et tantôt vers la droite, déconcertant ses propres partisans par les sautes imprévues de son opportunisme, mais suivant, à travers tous ces détours, une ligne relativement rectiligne, toujours sur la corde raide, mais ne perdant jamais l’équilibre, il incarna une nécessité historique, il fut le lien vivant entre la bourgeoise et la plèbe. Cet homme unique, irremplaçable, sut éviter la scission latente au sein du tiers-état. Il fut l’écran qui dissimula aux masses populaires le visage de classe du Comité de Salut public.

    Ses origines, son passé politique le prédisposaient à ce jeu double. Robespierre était issu d’une « bonne famille ». Par son aspect extérieur, par son genre de vie, par le choix de son entourage, il était fort peu plébéien. A Arras, son existence est celle d’un bourgeois moyen, rangé, très ordonné, vivant confortablement, en dehors de tout souci d’ordre matériel. A Paris, il vécut, note Jaurès, « dans un large bien-être et dans une sorte de sécurité raffinée. » Il n’avait ni le langage, ni les manières du peuple.

    « Jamais, observe Michelet, il ne se montra dans les foules. Sa correcte tenue de ci-devant l’eût fait paraître prodigieusement déplacé ».

    Une aversion physique l’éloignait de la foule dont il redoutait la violence élémentaire. Toute sa vie, il a craint d’être débordé par le torrent populaire.

    Mais Robespierre avait un sens instinctif du peuple. Bien que de famille aisée, il avait connu dans sa jeunesse la gêne. Petit avocat de province, sans causes, il était, à la veille de 1789, profondément aigri. Et la révolution lui était apparue comme une occasion inespérée de prendre sa revanche. Seul le peuple, en balayant le vieux monde, pouvait l’y aider.

    Le début de la réaction et le reflux de la révolution débute à la fin de novembre 1793, quand Robespierre, réconcilié avec Danton, s’engage avec celui-ci dans la voie de l’indulgence à l’égard des contre-révolutionnaires et de la sévérité à l’égard des ultra-révolutionnaires, lorsqu’il déclara la guerre aux déchristianisateurs.

     

    III)    L’IMPORTANCE DE ROUSSEAU :

    ANNEXE 2 : « Dédicace aux mânes de Jean-Jacques Rousseau », rédigée au lendemain de l’élection de Robespierre aux Etats-Généraux de 1789.

    Rousseau devint le père de substitution de Robespierre.

    Les idées philosophiques, par de nombreux supports, et de multiples intermédiaires, ont fini par toucher les milieux populaires. Se développe le droit de penser et de juger par soi-même. Les collèges, la gazette, la presse, les lieux de sociabilité (loges maçonnique, Académies,…) sont autant de moyens.

    Salons: Madame Geoffroy, Madame Du Deffand, Madame Necker…

    Loges maçonniques: De 1727 à 1789, la France se couvre de 1000 loges civiles et 300 loges militaires, regroupant quelques 50000 initiés.

     

    La Franc-maçonnerie et 1789

     

    Les initiés n’ont pas provoqués la révolution française. Ils se sont même divisés sur la marche à suivre. Pour autant leurs valeurs se retrouveront dans les idées nouvelles : tolérance, liberté, abolition des privilèges…

    Une légende impute aux francs-maçons une lourde responsabilité dans la révolution et la Terreur. Née dès 1792 sous la plume de l’abbé Lefranc (Le voile levé pour les curieux), popularisée en 1797 dans les milieux de la contre-révolution par l’abbé Barruel (Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme), poursuivi au XX° siècle par Augustin Cochin (La révolution et la libre-pensée) elle met en évidence le prétendu grand nombre de révolutionnaires maçons.

    En 1789, les frères sont moins de 50000. Les maçons ont des réactions très variables face aux épisodes de la révolution : le duc de Luxembourg émigre dès 1789, Chaumette devient l’un des enragés les plus en vue pendant la Terreur, Buonarroti, le frère d’armes de Babeuf, est maçon, tout comme Joseph de Maistre, l’une des grandes voix de l’histoire contre-révolutionnaire du début du XIX° siècle. Cela s’explique par une maçonnerie très disparate – socialement, philosophiquement, politiquement.

    Dans la Sociétés des amis des Noirs, oeuvrent, à partir de 1788, nombre de frères autour de Condorcet et de Brissot.

    Pendant les premières années de la révolution, les loges ralentissent leurs activités. D’autres espaces de sociabilité se sont ouverts : clubs, assemblées électorales, qui reprennent des pratiques fraternelles. Ainsi concurrencée, la maçonnerie perd de son intérêt. A Paris même ne subsiste, en 1794, que trois loges.

    Le franc-maçon est, par définition, selon le rituel du 1° degré de l’époque, « également ami du riche et du pauvre, s’ils sont vertueux ».

     

    1789 et la science :

     

    Académies et sociétés littéraires : Abbé Grégoire, avocat Thierry, le bibliothécaire Zalkind Hourvitz, Robespierre, Carnot et Babeuf, à Arras.

     

    Tout poussa et mûrit si vite à cette époque ! Que de choses accomplies en si peu de temps ! Ces hommes de la Révolution, qui aspiraient à œuvrer « pour l’éternité », travaillèrent dans l’urgence, pressentant que l’Histoire ne leur avait concédé que quelques mois pour accomplir leur immense tâche. Aucun domaine de la société, aucun champ du savoir qui ne fût visité, interrogé, organisé par eux. E qu’ils voulaient ? Faire sortir l’abondance du sein de la détresse et aussi agrandir le cercle des connaissances et le nombre des jouissances ! Appel est lancé aux savants. Ils répondent unanimes : Le Gendre, Laplace, Lagrange, Fourier, Monge, Condorcet et Carnot, pour les mathématiciens, Lavoisier, Berthollet, Fourcroy, Guyton de Morveau, Chaptal, pour les chimistes, Lamarck, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Lacepède Daubenton pour les naturalistes, Bailly, Lalande, Delambre, Méchain, Cassini pour les astronomes, Coulomb, Borda, Charles pour les physiciens, les médecins Pinel, Bichat, Baudelocque. Le Leblanc de la soude et le Lebon du gaz d’éclairage. Et Haüy, qui fonda la cristallographie, et Faujas de Saint-Fond, qui donna ses bases à la géologie et à la vulcanologie, et Dolomieu, et Vandermonde, le mathématicien musicien. Et Gilbert Romme, le montagnard, et Grégoire, l’abbé, et Lakanal.

    Révolutionnaires, certains le furent avec enthousiasme et s’engagèrent au cœur de la mêlée : Bailly, l’un des leaders du tiers-état, maire de Paris ; un des premiers à prêter le serment du Jeu de paume. Condorcet, « le dernier des encyclopédistes », secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, un des premiers républicains, député de la Législative et de la Convention. Carnot, « l’organisateur de la victoire », responsable des armées de 1792 à 1797, membre du Grand Comité de salut public et du Directoire.

    Gaspard Monge, montagnard farouche, ministre de la Marine de la Législative, membre de la Convention. Fourcroy, suppléant de Marat à la Convention, membre du Comité du salut public avant et après Robespierre. Ainsi que le physicien Guyton de Morveau. Fourier, militant actif de la Société populaire d’Auxerre, membre du très redouté Comité de surveillance de la ville. Cousin, le mathématicien, administrateur des subsistances de la Commune de Paris. Chaptal, président du Comité d’insurrection de la révolte fédéraliste contre la Montagne. Berthollet, commandant de la garde nationale d’Aulnay, et Faujas de Saint-Fond, et tant d’autres…

    Si tous ne furent pas d’ardents révolutionnaires, tous répondirent aux appels de la Convention. Aux côtés du Comité de salut public, se tenait une sorte de « congrès de savants », qui l’aida à fonder la société qui était en train de naître. Présents dans les multiples comités, dans les assemblées, dans les groupes de travail, ils aidèrent la République à survivre, à vaincre et à devenir « la nation enseignante de l’Europe ».

    Aucun savant n’émigra ! Aucun ne rejoignit les royalistes qui campaient aux frontières avec l’ennemi.

    Des morts, il y en eut : Bailly, Lavoisier…, guillotinés.

     

    A noter qu’une partie de la noblesse et de la bourgeoisie fréquente les mêmes lieux de propagation des idées nouvelles (collèges, académies, sociétés littéraires, salons, loges maçonniques,…). Il en découle donc un état d’esprit commun.

    Les sociétés provinciales fournissaient aux anciens membres des loges ou des académies un endroit où discuter. Une intense correspondance leur permettait d’accroître leur influence et d’adresser leurs vœux à Paris. Bien que l’adhésion y fût moins chère que dans la capitale, le recrutement y était plus élitiste et moins populaire.

    Les clubs jacobins étaient les héritiers, en bonne partie, des loges maçonniques, des sociétés mesméristes, des sociétés philanthropiques et des chambres littéraires de l’époque prérévolutionnaire. 

    Les Lumières affirment le primat de la raison.

    L’Encyclopédie, par son prix, est réservée à un public aisé.

    Avec l’avènement de Louis XVI, les amis des philosophes accèdent aux postes de responsabilité : Turgot, Malesherbes, Necker.

    La propriété est considérée comme un droit naturel, inviolable et sacré, jusqu’à ce que Rousseau le définisse comme un produit de l’histoire des hommes, dans la dépendance par conséquent, d’un pacte social toujours réformable. Si Rousseau estime que la loi peut limiter le droit de propriété, il ne le supprime pas. D’autres iront plus loin.

    La régénération est un mot clé du vocabulaire du temps. La bienfaisance à l’égard du prochain se laïcise, elle devient sentiment civique, exigence d’action, le bien de chacun, et le bien de tous. Elle est utilité sociale. Triade : avec la liberté et l’égalité, la solidarité – on dira bientôt la fraternité – sont indispensables à toute régénération, à toute réforme.

    Si Jean Jacques Rousseau, et donc également Maximilien Robespierre, devaient étudier notre régime de ce jour, à savoir la V° république, ils le considèreraient comme peu démocratique. En effet il est d’une part, laissé très peu de place à la démocratie directe, et d’autre part, il y a négation de la souveraineté populaire au profit de la souveraineté nationale.

     

    DEUXIEME PARTIE : L’ŒUVRE : LES ANNEES 1789-1794

     

    La révolution française est la mise à bas de l’Ancien Régime. La bourgeoisie et le peuple forment le Tiers Etat, et sont unis contre la noblesse et le haut clergé.

    Puis est apparue la Terreur, qui est une sorte de « peur de la Révolution », une peur du peuple qui entre en scène. Se met alors en place la dictature de la bourgeoisie : après la Terreur, c’est le Directoire et l’Empire de Napoléon, c’est-à-dire le règne de la famille bourgeoise, de la propriété privée, de l’égalité des droits et de toutes les valeurs bourgeoises. Il faut tenir le peuple à l’écart (suffrage censitaire).

    Il faut bien comprendre le contexte dans lequel se situe la révolution française : c’est un contexte dangereux, violent, où se manifestent de nombreuses résistances à l’instauration d’une nouvelle société, réactions tant extérieures (guerre avec les monarchies de l’Europe), qu’à l’intérieur.

    Robespierre : pourquoi tant de passion ? Robespierre, à la fois honni et adulé ?

    La Révolution n’est pas terminée ; elle se poursuit aujourd’hui !

     

    I)               ROBES-PIERRE BLANCHE : L’ŒUVRE REVOLUTIONNAIRE :

     

    1)  PARTICIPATION A LA REVOLUTION :

    6 mai 1788  à mai 1789 : 60000 cahiers de doléances.

    Elections aux Etats généraux :

    ·    Noblesse  270 députés, un tiers membre de la haute noblesse, un tiers élément de la petite noblesse et le reste est composé de nobles de robe.

    ·    Clergé : 291 députés, dont 208 curés et vicaires, 47 évêques et 36 abbés

    ·    Tiers état : 578 députés. A l’exception de quelques grands laboureurs, la paysannerie n’est pas représentée aux Etats généraux. La masse des députés du tiers état est formée d’avocats, de médecins, d’hommes de lettres et de journalistes. Quelques nobles comme Mirabeau (traître) ou des prêtres, comme Sieyès (appelé la « taupe » par Robespierre), ont fui leurs ordres pour se faire élire représentants du tiers état.

     

    1789 marque la fin de la monarchie absolue. Celle-ci se débattait depuis longtemps dans des difficultés politiques et économiques. Pour résoudre d’un coup tous les problèmes qui se posaient, il a été décidé de revenir à cette institution relativement ancienne, et à laquelle on n’avait plus recours depuis 1614, les Etats généraux.

    Les Etats généraux ont donc été convoqués pour 1789. Ceux-ci étaient traditionnellement divisés par ordres. Il y avait les ordres privilégiés, le clergé et la noblesse, et puis tout le reste, c’est-à-dire le tiers-état. Mais un homme politique qui commençait à faire beaucoup parler de lui, l’abbé Sieyès, a, dans une brochure justement intitulée « Qu’est-ce que le tiers-état ? », publiée en 1788, démontré que le tiers-état représentait 96 % de la nation, et a donc exigé qu’il fut enfin reconnu. Le roi a fait un pas dans cette direction en accordant le doublement des députés du tiers, qui donc à eux seuls étaient aussi nombreux que ceux des deux ordres privilégiés. Dans une grande fête, c’est la dernière parade de l’ancien régime, les états généraux se réunissent le 5 mai, à Versailles. Mais tout de suite, des problèmes s’élèvent : comment va-t-on procéder pour la vérification des pouvoirs ? Si on procède par ordres, rien n’est changé, on aura trois assemblées juxtaposées ; si, au contraire, on procède par têtes, eh bien la révolution est faite, puisque le tiers, à lui tout seul plus nombreux que les députés privilégiés, le tiers dominera les Etats généraux et pourra engager les réformes. Un bras de fer va s’engager pendant quelques semaines.

    Les députés du tiers se réunissent séparément et prennent le nom de Commune, décident d’user de la force d’inertie, pour obliger les deux autres ordres à se joindre à lui. La noblesse se montrant irréductible, c’est évidemment sur les curés, qui n’ont pas grand-chose de commun avec la haute hiérarchie de l’Eglise, et les évêques, c’est donc sur les curés que l’on compte pour rompre le front des privilégiés. Les choses avancent tout doucement. C’est alors que le 19 juin, perdant patience, les députés du tiers considérant qu’ils représentent à eux tout seuls la quasi-totalité de la nation, se proclament assemblée nationale, comme le leur suggérait un député du Berry, du nom de Legrand, aussitôt éclipsé par Sieyès, considéré généralement comme le père de la formule. Ce jour décisif fut le premier de la révolution. Il n’y avait plus de souveraineté royale. Juridiquement, la révolution est faite, et les députés le traduisent aussitôt dans une décision symbolique qui autorisait provisoirement la levée des impôts, comme en Grande Bretagne, comme aux Etats-Unis.

    Ce consentement à l’impôt est à l’origine de la démocratie. Les réactions adverses, souvent maladroites, tardives, inadaptées, buteront sur ce mur. La fermeture de la salle des délibérations, le 20 juin, n’amènera que le sermon du jeu de Paume : « Nous jurons de ne pas nous séparer avant que la constitution du royaume soit établie », prêtée par tous les membres des Communes, sauf un représentant.

    Cette position sera partagée progressivement par les ordres privilégiés, d’abord le clergé, et puis enfin la noblesse rejoint et le 27 juin, le roi capitule et invite les trois ordres à siéger ensemble. Dès lors, les choses vont se précipiter. Au début du mois de juillet, l’assemblée va se proclamer constituante, assemblée constituante qui va, dans les quelques semaines de l’été, mettre en place le socle d’une nouvelle société. La nuit du 4 août va mettre à bas toute la construction féodale, et les privilèges sont abolis.

     

    Le journaliste :

    Il aurait collaboré en 1789 et 1790 à la rédaction de l’Union ou Journal de la Liberté.

    En 1792, Robespierre a créé un journal Le Défenseur de la Constitution, puis Les Lettres à ses commettants qui en sont la suite, presqu’entièrement rédigés par Robespierre.

    Dans ces écrits, les thèses politiques inspirées par les alternent avec la polémique que Robespierre soutient dans cette grave question de la guerre et des périls qui, selon lui, dans les conditions tragiques où la France se trouvait en 1792, compromettent le sort de la révolution elle-même.

    La Cour, les triumvirs (Barnave, Lameth et Duport), La Fayette, mais encore les chefs de la Gironde, étaient alors disposés à modifier la constitution de 1791.

    Robespierre craignait une république aristocratique, ploutocratique et militaire, selon les vœux de La Fayette.

    Il publiera Le Défenseur de la Constitution du 19 mai 1792 (numéro 1, 64 pages) au 20 août 1792 (numéro 12, 48 pages).

    Robespierre, élu à la Convention nationale, publiera les Lettres de Maximilien Robespierre, membre de la Convention Nationale de France à ses Commettants. Cette publication comprend 22 numéros, en 2 séries ; la première de 12 livraisons, finissant avec l’année 1792, la deuxième de 10 livraisons, dura jusqu’en avril 1793.

    Robespierre dénonce les sourdes menées des classes privilégiées (alors la noblesse et déjà la puissante bourgeoisie), afin d’empêcher la réalisation des réformes populaires, dont elles n’ont pu empêcher le vote, mais qu’elles cherchent à dénaturer, dont elles prétendent retarder l’application, et qui n’hésitent pas à recourir même au crime de désertion, d’appel à l’invasion étrangère, de lèse-patrie, pour maintenir leur domination, pour sauver leur fortune, leurs titres, leur puissance.

     

    Robespierre : « Nous sommes les sans-culottes et la canaille ».

    En 1789, Mirabeau dit de Robespierre : « Il ira loin, il croit tout ce qu’il dit. »

    Condorcet a discrédité Robespierre en le traitant de « populiste ».

    Robespierre participa à la vie politique dans sa province à la veille de la révolution, faisant paraître un mémoire intitulé À la Nation artésienne, sur la nécessité de réformer les Etats d’Artois. Puis, appuyé par sa famille et ses amis, il se porta candidat à la représentation du Tiers état aux Etats généraux ; la corporation des savetiers mineurs, la plus pauvre, mais la plus nombreuse, lui confia la rédaction de leur cahier de doléances le 25 mars 1789.

    Elu le 26 avril 1789 parmi les huit députés du Tiers état de l’Artois, il se rendit à Versailles, où il  s’installa avec trois de ses collègues, cultivateurs, à l’hôtellerie du Renard, rue Sainte Elisabeth.

    A l’Assemblée constituante, sa première intervention à la tribune parlementaire date du 18 mai 1789 ; il prit la parole environ soixante fois de mai à décembre 1789, une centaine de fois en 1790 et autant de janvier à la fin de septembre 1791.

    Son discours contre la loi martiale du 21 octobre 1789 en fit l’un des principaux animateurs de la révolution.

    Il participa à l’élaboration de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ainsi qu’à la première constitution de 1791.

    Robespierre défendit aussi les Sociétés populaires. Par la suite, il prononça un discours pour l’abolition de la peine de mort, le 30 mai 1791.

    En octobre 1789, Robespierre rejoignit la Société des Amis de la Constitution, plus connue sous le nom de club des Jacobins. Après le 6 décembre 1790, date à laquelle il rompit avec Mirabeau, il devint le principal animateur des Jacobins, nouant de précieuses relations avec les groupements patriotes de province.

    A l’origine de la Convention nationale, élue au suffrage universel, Robespierre était l’une des principales figures de la Montagne, avec Danton et Marat.

    1789 : le Tiers-Etat devient la nation.

    Robespierre est une figure qui incarne les contradictions et les ambiguïtés de la Révolution française.

    Les riches, qui s’identifient avec l’Etat, et le peuple. Nouveau joug sur le peuple, le capitalisme.

    Lutte de classes : la noblesse, la bourgeoisie, les paysans, les prolétaires.

    Les enragés (Chaumette, Musine, Tiger, Coupé) eurent le courage de s’attaquer aux réputations établies, à la plus haute, à celle à laquelle il était le plus dangereux de toucher, ils osèrent défier l’idole Robespierre : « Le peuple, écrivait Leclerc, ne sera jamais éclairé sur ses véritables intérêts (…) tant que les hommes seront assez lâches pour fléchir servilement sous quelques despotes insolents de l’opinion publique. »

    La Société des Femmes Révolutionnaires de Claire Lacombe poussa la témérité jusqu’à appeler Robespierre « Monsieur Robespierre », injure impardonnable à l’époque.

    En s’unissant aux aristocrates contre la bourgeoisie, les sans-culottes eussent tourné le dos à leur émancipation. Ils avaient intérêt, d’une part, à assurer le triomphe de la révolution bourgeoise, au besoin contre la bourgeoise elle-même, et d’autre part, à dépasser la révolution bourgeoise par une lutte de classes indépendante.

    La dictature de « salut public » n’était pas dirigée seulement contre l’autocratie, mais aussi contre l’avant-garde populaire.

    Les plus avancés des bras nus s’inquiétaient du jeu trouble de Robespierre, médiateur trop habile entre bourgeois et bras nus.

    La révolution bourgeoise ne pouvait triompher que si les bras nus voulaient bien continuer à verser leur sang pour elle.

    Placée entre l’avant-garde populaire qui voulait résoudre d’une manière plébéienne les problèmes de la révolution bourgeoise et une fraction de la bourgeoisie qui, par haine de classe, préférait tourner le dos à la révolution plutôt que de mettre sa main dans celle des bras nus, la Montagne n’hésita pas.

    Jeanbon Saint-André et Elie Lacoste : « Il faut très impérieusement faire vivre le pauvre, si vous voulez qu’il vous aide à achever la révolution. »

    (A SUIVRE)

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