• RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 42)

    Le peuple français doit décider lui-même, à la fin du conflit actuel, quel régime il désire instaurer : le capitalisme ou le socialisme. Nous, communistes, nous sommes pour le socialisme, et nous mettrons tout notre poids dans la balance pour que ce soit un régime socialiste qui s’établisse dans le pays. Nous ne cachons jamais notre programme fondamental. Mais aujourd’hui, quand je dis que le socialisme n’est pas à l’ordre du jour, je veux dire qu’il faut mettre ce programme en sourdine, et se consacrer aux tâches immédiates que le peuple attend de nous : la lutte antifasciste. Il y a le programme stratégique et le programme tactique. C’est tout.

     

     

    RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 42)

     

     

    Thierry : Nous ne devons pas mettre notre programme communiste au rancart et l’oublier, tels des opportunistes. Mais ce qui nous est demandé, à l’heure actuelle, est une lutte nationale pour libérer le territoire et, pour cela, il faut unir quatre-vingt quinze pour cent des Français. Seuls, nous n’y arriverons pas. Et si nous mettons en avant notre programme stratégique, l’insurrection nationale, nous allons nous isoler du peuple, et nous courrons à l’échec : les bourgeois, les paysans et les autres classes sociales n’oseront pas s’unir à nous, combattre l’ennemi commun avec nous, de peur d’être nationalisés. Nous serons seuls à combattre l’ennemi dans notre coin, refusant l’aide et les moyens des autres couches de la population. C’est courir à l’échec certain.

    Le socialisme n’est plus – ou pas encore – à l’ordre du jour. Ce qu’il faut, c’est un front national pour bouter l’ennemi hors du territoire national. Là, nous ferons œuvre d’internationalistes prolétariens, apportant notre pierre à l’édifice de la révolution mondiale. Athée ou croyant, bourgeois ou ouvrier, ponctuellement, la lutte est la même : nous sommes embarqués sur le même bateau, et nous laverons notre linge en famille, entre nous, une fois franchie l’étape actuelle.

    Le peuple français doit décider lui-même, à la fin du conflit actuel, quel régime il désire instaurer : le capitalisme ou le socialisme. Nous, communistes, nous sommes pour le socialisme, et nous mettrons tout notre poids dans la balance pour que ce soit un régime socialiste qui s’établisse dans le pays. Nous ne cachons jamais notre programme fondamental. Mais aujourd’hui, quand je dis que le socialisme n’est pas à l’ordre du jour, je veux dire qu’il faut mettre ce programme en sourdine, et se consacrer aux tâches immédiates que le peuple attend de nous : la lutte antifasciste. Il y a le programme stratégique et le programme tactique. C’est tout.

    Pierre : Si je te comprends bien, il s’agit d’une seule et même lutte. Pour faire la révolution, il faut tenir compte de la situation concrète, de l’étape actuelle. Autrement dit, pour faire la révolution demain, résistons aujourd’hui. Il faut donc préparer ces lendemains.

    Tu peux être sûr que, si la bourgeoisie s’allie avec nous, elle, de son côté, ne le fait pas non plus sans arrière-pensée : elle prépare des lendemains capitalistes.

    Je suis d’accord avec toi : il ne faut pas hésiter une seconde à d’allier partout où s’est possible avec la frange de la bourgeoisie française qui résiste à Hitler. Mais à tout moment, le Parti communiste doit conserver la direction du mouvement de résistance, et se préparer à recevoir des coups de couteau dans le dos de de Gaulle. La tâche principale actuelle, de l’heure, c’est de bouter les hordes nazies hors de France. Ce sont les intérêts de la bourgeoisie. Ce sont aussi les nôtres ? Tactiquement, les intérêts sont les mêmes. Stratégiquement, non. Stratégiquement, les intérêts de la bourgeoisie, c’est de chasser les boches pour instaurer à nouveau un système d’exploitation de l’homme par l’homme en France. Nos intérêts à nous, c’est d’instaurer le socialisme. Dans le processus de la lutte actuelle, chacun des adversaires va chercher à amasser des forces et à diriger la résistance pour, à l’issue de la guerre, instaurer un régime à sa guise.

    Aussi le Parti communiste doit s’allier, mais ne pas s’inféoder, à la bourgeoisie celle qui ne collabore pas. Le Parti doit amasser des forces, se gagner le peuple, pour chasser la bourgeoisie et faire la révolution lors de l’étape suivante. Sur le champ de bataille, nous, communistes, devons diriger la résistance, et être les meilleurs combattants antifascistes, les meilleurs représentants du peuple. Que la cellule se prononce là-dessus.

    Maurice : Je ne suis pas d’accord d’en parler ainsi. Il y a deux étapes et non une. D’abord songeons à la libération nationale. Ensuite, après, nous parlerons à nouveau de la révolution prolétarienne. Si l’on tient ce genre de discours à la bourgeoisie, ce que Pierre vient de dire, elle ne voudra jamais s’unir avec nous. Elle n’est pas sotte. La révolution n’est pas encore à l’ordre du jour. Je suis d’accord avec Thierry. Il faut s’allier avec de Gaulle et avec tous ceux qui acceptent une lutte réelle contre les Allemands.

    D’ailleurs, l’heure tourne, il se fait tard : il faut penser à l’action demain. Conformons-nous aux décisions pratiques.

    Thierry : D’accord. Mais le débat est loin d’être clos. Il faudra le reprendre. C’est important d’avoir une vue juste de l’avenir. Le Parti doit marcher d’un seul pas. Je rendrais compte des différents avis exprimés ici sur notre programme immédiat.

    En ce qui concerne les mesures immédiates : Denis et Guy, comme ils travaillent tous deux aux ateliers de Montigny, formeront un triangle avec Raoul, instituteur et agent de liaison.

    Pierre et Maurice, roulant, formeront un deuxième triangle ayant à sa tête Claude, femme de cheminot, qui peut se déplacer plus facilement, sans que cela apparaisse bizarre.

    Dorénavant, vous serez autonome, et n’aurez plus de contact. Denis, Guy et Raoul ont des mesures à prendre, laissons-les.

    (Thierry se lève)

    Sortons l’un après l’autre, un tous les quarts d’heure.

    (Pierre, puis Maurice, puis Claude, enfin Thierry sortent l’un après l’autre.)

     

     

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