• RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 15)

    Quant à Thérèse, elle badinait sur sa vie comme si elle lui était étrangère, ne se démettant jamais d'un désir personnel ou d'un mot plus haut que l'autre, la première surprise et éblouie, se délectant du fait que quelqu'un l'écoute et s'intéresse à elle, la déifie et la cajole en apparence, et bientôt, elle s'y habitua.

     

    RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 15)

     

    Ce manège dura deux années pleines, et cela piétinerait ainsi longtemps, des mois, des années, voire toujours, d'autant plus qu'il avait beau se décarcasser, personne, en particulier Thérèse, n'y prenait garde. Il résolut fermement qu'à la prochaine rencontre, il lui spécifierait quelque chose de gentil, par exemple à propos de ses yeux bleu clair ou de ses cheveux. Chaque fois, au dernier moment, il était paralysé et muet et ne s'exécutait pas : il reportait alors à la prochaine fois et revivait en rêve cette scène de déclaration pour l’énième fois. Pour s'encourager et revivifier son énergie, il s'esclaffait : « Après tout, ce n'est qu'une petite fille, et j'ai plus de dix qu'elle. Qu'a-t-elle de si différent des autres ? C'est une paysanne de rien du tout. Moi j'ai voyagé, vu du pays et j'ai un métier. Je suis mieux costumé et j'ai plus d'attrait que tous les jeunes paysans qu'elle coudoie : eux travaillent continuellement vingt quatre heures sur vingt quatre, moi j'ai des loisirs et sa vie sera plus agréable avec moi, à la ville. Je damnerai le pion à tous ces vachers ! Ces deux ans de manoeuvre aiguisèrent le désir de s'adjuger Thérèse et Pierre Quader claironnait à qui voulait l'entendre, par bravade, qu'il vivait un grand amour. Un jour, un de ses jeunes frères, ancien camarade d'école de Thérèse, fit les présentations : quel gouffre entre le rêve et la réalité ! Pierre Quader sortit écoeuré par cet entretien et encore plus troublé : rien ne s'était agencé comme dans ses rêves les plus fous et, de part et d'autre, seules des banalités furent échangées. Il eut alternativement des périodes d'enthousiasme – « Ma compagnie lui plaît sûrement ! ». «  Elle admire mes belles mains ! » – et de scepticisme «La différence d'âge entre elle et moi nous ridiculise » « Quelle allure aura-t-elle si je l'emmène en ville ? En tout cas la glace était brisée et la conquête bien avancée, ce premier pas franchi, et Pierre Quader rassemblait ce qu'il lui restait de force pour manigancer de façon à accoutumer Thérèse à le voir déambuler dans son décor, et tisser autour d'elle des liens de façon à apparaître indispensable. Lors des rencontres passagères, tous deux babillaient quelques mots et vadrouillaient côte à côte, sans se regarder. Pierre Quader était fier à ces moments-là et délirait le reste de la journée et les jours suivants : « Je te tiens ! » marmonnait-il. Quant à Thérèse, elle badinait sur sa vie comme si elle lui était étrangère, ne se démettant jamais d'un désir personnel ou d'un mot plus haut que l'autre, la première surprise et éblouie, se délectant du fait que quelqu'un l'écoute et s'intéresse à elle, la déifie et la cajole en apparence, et bientôt, elle s'y habitua.

     

     

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