• RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 7)

    Nous dépenserons les gains ainsi dégagés pour améliorer nos conditions de vie. Les transformations récentes dans l'économie et les mentalités ont aboli la « grande famille » où cohabitaient difficilement sous le même toit, au rez-de-chaussée, les grands-parents et au premier étage, les parents et les enfants. Aujourd'hui, chacun convoite l'autonomie, et très tôt les enfants souhaitent s'émanciper du giron familial pour domicilier dans une maison privée de ses anciens occupants ou se construire une habitation. Les anciennes maisons, restaurées et amendées, ont de nouvelles figures : l'écurie redonne après quelques travaux de maçonnerie, un hangar pour le tracteur et les machines agricoles, l'étable a un sol incliné en béton pour l'écoulement des eaux, excluant l'inconvénient de la litière. Les murs autrefois badigeonnés à la chaux une fois l'an sont tapissés de papier peint ou ornés de carrelages multicolores. Dans la cuisine, les réchauds fonctionnent au gaz. Le confort et la manière de vivre se rapprochent de plus en plus de ce qui existe déjà en ville.

     

    RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 7)

     

    Ditz Clément

    56 rue principale

    CONTZ Moselle

    A

    Monsieur Ditz Jacob

    HOPITAL°°°

    THIONVILLE Moselle

     

    Contz le 24 octobre 1955

     

    Mon cher père,

    (°°°)

    Le village tel qu'il était quand vous avez commencé, s'est modifié : l'application des progrès depuis le début du siècle à la campagne a tout bouleversé. Rien n'est plus comme avant. Ainsi, la rue principale, cabossée et éclaboussée par endroits de crottin de cheval et de bouse de vache, recouverte d'une poussière jaune qui se métamorphose en boue par temps de pluie, tourbillonne et s'infiltre partout par temps sec et venteux, le dernier conseil municipal envisage de la goudronner prochainement afin de la rendre carrossable. Les tas de fumier devant les portes cochères des granges ne seront bientôt plus qu'un vieux souvenir et des sacs d'engrais artificiels s'y substituent. Le développement de l'information et des moyens de communication ouvre une fenêtre toute grande sur le monde : les radios, les livres et les journaux sont des objets de la vie courante. Grâce au ramassage scolaire, les enfants des paysans étudient au collège et au lycée de la ville distante de quinze kilomètres. Tous ces changements nous bousculent hors de l'esprit de routine et si nous voulons arriver à quelque chose, être dans le wagon de tête, soyons hardis et ambitieux.

    Le village traditionnel s'est muté en un appendice et une extension de la ville la plus proche, en une petite cité-dortoir. La population a diminué en nombre et sa composition s'est transformée : seuls deux dizaines de paysans ont survécu dans leur état et traversé les mailles du filet des différentes restructurations de la terre. L'activité principale de la plupart des habitants est ailleurs : ce sont d'anciens paysans évincés et transmués en ouvriers dans les usines voisines ou également des employés du bourg voisin logeant à la campagne. Ces ouvriers-paysans sont des jardiniers du dimanche, forcés de travailler à la journée en usine alors qu'il y avait plus de quatre-vingt paysans à temps plein avant la seconde guerre mondiale. Les jeunes sont contraints de solliciter un métier là où il y a du travail et s'établissent en ville comme Pierre.

    Autrefois, les paysans comme vous pratiquaient la polyculture : ils produisaient un peu de tout, des céréales bien sûr, des fruits et des légumes, associés à l'élevage de différents animaux domestiques, deux ou trois vaches, un ou deux chevaux de trait, des cochons, des poules, des canards et des lapins. C'est le déclin de cette forme d'agriculture : on ne s'en sort plus ainsi car c'est dépassé !

    Aujourd'hui, l'agriculture tend à se spécialiser : être compétitif c'est « faire » du blé ou de la viande exclusivement et se départir du reste. L'agriculture scientifique ne laisse plus de place aux amateurs et aux traditionalistes ! Le paysan moderne, chef d'entreprise, gère sa ferme de manière capable et vend sur un créneau rentable ou périt, et ceci d'autant plus que la surface pour persister dans la profession de paysan et prospérer, augmente sans cesse alors que le prix de la terre, par la spéculation, grimpe en flèche. Vous êtes trop arriéré et trop vieux et par votre faute, nous sommes pénalisés par quelques années de retard. Aussi je réitère ma demande : achetons dès maintenant un tracteur avec l'argent que vous avez épargné. J'espère que vous comprenez mes raisons.

    Nous dépenserons les gains ainsi dégagés pour améliorer nos conditions de vie. Les transformations récentes dans l'économie et les mentalités ont aboli la « grande famille » où cohabitaient difficilement sous le même toit, au rez-de-chaussée, les grands-parents et au premier étage, les parents et les enfants. Aujourd'hui, chacun convoite l'autonomie, et très tôt les enfants souhaitent s'émanciper du giron familial pour domicilier dans une maison privée de ses anciens occupants ou se construire une habitation. Les anciennes maisons, restaurées et amendées, ont de nouvelles figures : l'écurie redonne après quelques travaux de maçonnerie, un hangar pour le tracteur et les machines agricoles, l'étable a un sol incliné en béton pour l'écoulement des eaux, excluant l'inconvénient de la litière. Les murs autrefois badigeonnés à la chaux une fois l'an sont tapissés de papier peint ou ornés de carrelages multicolores. Dans la cuisine, les réchauds fonctionnent au gaz. Le confort et la manière de vivre se rapprochent de plus en plus de ce qui existe déjà en ville.

    (°°°)

     

     

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