• RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 39)

    Voici la connaissance et voici l’ignorance,

    Emporte-les ; je ne les désire pas,

    Donne-moi seulement le PUR AMOUR.

     

    RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 39)

     

    II

    Voici la connaissance et voici l’ignorance,

    Emporte-les ; je ne les désire pas,

    Donne-moi seulement le PUR AMOUR.

     

    Le service militaire.

    Le coup de sifflet du matin a déjà retenti, lugubre. Pierre se sent lourd, et se retourne sur le lit, dans un demi-sommeil. Le caporal de semaine a frappé un coup de pied dans la porte, allumé précipitamment la lumière de la chambrée et clamé : « Debout, là-dedans ! ».

    Pierre reconnaît la voix éraillée de François : ce n’est que le caporal-chef de semaine, un homme du rang, appelé, comme lui. Ce n’est pas le sergent de semaine, Lefaisandier, un soldat de métier, un dur celui-là : il vaut mieux, pour son propre intérêt, se lever au coup de sifflet, sinon c’est le motif numéro « untel » assuré, avec tant de jours d’arrêt simple à la clef.

    Pierre se retourne du côté du mur pour se protéger de la lumière vive venant du plafond. Il ne veut pas voir non plus cette chambre, petite et sale : toute cette ambiance l’écoeure profondément, car il n’en comprend pas le pourquoi. Il profite toujours de ce moment, à demi éveillé, pour mettre de l’ordre dans ses idées et faire sa toilette morale. D’ailleurs, il s’en doute déjà, ce sera un jour comme les autres, fait de la même étoffe : oppression des oppressions. Cela commence par l’appel à la corvée, dit « travaux d’intérêt général ».

    Il se lève d’un coup sec, et s’habille rapidement : il fait froid. Il se souvient de la discussion de la veille, et sourit à la parole de son camarade de chambrée, Olivier : « L’armée, c’est les fous parlent à eux-mêmes ». Pierre prend son quart et va, comme il a l’habitude de le dire, « aux nouvelles ». Le petit déjeuner se compose d’eau chaude affreuse ressemblant à du café, mais la salle du réfectoire est l’un des rares endroits où l’on peut discuter et s’entretenir avec ses amis en toute tranquillité De quoi sont faites ces discussions ?La vie de caserne étant une guerre froide sans interruption, chacun raconte les dernières phobies de tel gradé, lieutenant ou capitaine, les derniers motifs de sanction pour les cheveux trop longs, les barbes mal rasées, les lacets mal noués ou les brodequins mal cirés et les dernières brimades.

    De corvée en corvée, de nuit en jour et jour après jour, la vie abrutissante et sans idéal érode les meilleures bonnes volontés.

    Huit heures : « Rapport ». Après quelques plaisanteries échangées dans les rangs, le capitaine parade. Son surnom est : « Météorite » : à son égard, chaque appelé a l’attitude qu’un militaire doit avoir à l’égard d’un chef hautain, attitude faite de crainte, de haine et aussi de respect.

     

    La permission.

    Pierre, en permission dans sa famille pour soixante douze heures, lit le journal, regardant du côté de l’horloge : déjà dix sept heures. Il se tourne vers sa mère, déclarant : « Cela passe vraiment vite, trop vite. Il faut déjà que je retourne « là-bas » ; Ah ! J’en aie vraiment marre. Vivement la quille, que cela se termine ! ».

    Sa mère, qui a acquis une conception fataliste de la vie, se veut rassurante et consolante. C’est ainsi qu’elle conçoit son rôle de mère, alors qu’en fait cela la pousse à déclamer des banalités : « Il faut que tu y passes, comme tout le monde. Quand tu auras fini, ça ira mieux. Il ne reste que quelques mois. Le plus gros est fait. Il faut rester calme et tranquille ». Cette façon d’accepter son sort avec passivité exaspère Pierre. Il aurait tant souhaité que sa mère le comprenne un peu mieux au lieu de le gratifier de conseils vains et faciles. En désespoir de cause, il la laisse parler, car il n’y a rien d’autre à faire.

    C’est de paroles de lutte dont il a besoin, et non d’apaisement : dans ce genre de situation, Pierre se sent alors plus proche de son père. Lui, au moins, même avec ironie, l’approuve. Pierre a un vague à l’âme chaque fois qu’il doit partir et retourner à la caserne. Il ne regrette pas ce qu’il va quitter, mais il craint ce qu’il va retrouver. Tel un automate, il prend son sac, son bardât, salue à la dérobée, et rejoint le train. Le trajet du retour à la caserne est long et il aurait voulu ne jamais arriver au but. Il reconnaît les nombreux détails du trajet, ainsi que les personnes présentes, pour la plupart des militaires comme lui, rejoignant tristement leur caserne. Pierre songe que les choses passent ; même les pires.

    Il se souvient avec jubilation de son état d’esprit, lorsqu’il dut partir pour la première fois rejoindre la caserne : alors, oui, il était joyeux, et il s’était fixé pour but d’apprendre l’art militaire. Techniquement parlant, il voulait être un bon soldat.

    Mais le premier contact avec le monde militaire fut triste et décevant : bien vite, Pierre a compris que les grands mots de « patrie », de « nation » et d’ »indépendance nationale » n’étaient qu’un vernis qui recouvre la médiocrité et la veulerie.

    Les militaires de carrière, les plus jeunes comme les plus âgés, se caractérisent tous par une absence d’idéal. Nombreux buvaient de l’alcool plus que de raison. Et tous se comportent en banals fonctionnaires : ils arrivent à heure fixe, font machinalement leur travail ; parfois avec dégoût, cherchant à en faire le moins possible, puis repartent à heure fixe, cherchant même parfois à tricher de manière minable sur l’horaire. Plus on monte dans la hiérarchie, et plus cela se caractérise par la paresse, le manque d’enthousiasme et de dynamisme.

     

     

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