• RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 3)

    Rompu dès le plus jeune âge aux travaux des champs le bagage scolaire de Pierre Quader se restreignait au strict minimum : « J'ai appris à lire et à écrire à l'école buissonnière des péquenots » plaisantait-il plus tard. Son père lui déclarait pour ses quatorze ans : « Maintenant débrouilles toi et gagnes ton pain » et illico le plaçait comme apprenti chez un patron boulanger d'un village voisin ; ce patron ne le ménageait nullement puisqu'il le réveillait à coups de bâton la nuit l'obligeant à se lever tôt pour trimer longtemps.

     

    RECIT DU CHEMINEMENT DE PIERRE QUADER QUI A AIME, TRAVAILLE ET PRIE POUR NE PLUS RENAITRE (Partie 3)

     

    L'enfance de Pierre Quader n'était pas facile. La famille logeait à l'étroit dans une maison qui, quoique maintenue propre grâce au labeur minutieux de la mère, était très ancienne et rafistolée et avec la meilleure volonté du monde il est sûrement impossible de réaliser du neuf avec du vieux. Les enfants groupés dans une seule pièce dormaient à deux dans un lit et cette chambre était contiguë à l'entrepôt poussiéreux et au magasin bruyant jusque tard dans la nuit.

    Le père, d'un égoïsme viscéral, ne dispensait même pas une parole agréable aux autres ; on le blâmait pour ne se préoccuper exclusivement que de ses propres affaires, soignant sa pomme avec beaucoup d'indécence et les voisins malveillants susurraient à son propos qu'il n'avait eu que le «souci» de mettre ses enfants au monde abandonnant ensuite ceux-ci aux bons soins de sa femme qui fournissait en effet des efforts surhumains pour que cela tourne rond. Véritable mère poule, toujours très bienveillante à l'égard de sa nombreuse progéniture, prête à les acquitter de tous les écarts, elle accueillait avec encore plus de sollicitude celui d'entre ses enfants fourvoyés et s'affairait à l'en dépêtrer. En somme elle leur prodiguait la seule chose sans doute qu'elle pouvait dépenser à satiété, la tendresse, ce qui lors des ébats éthyliques de Pierre Quader vieilli, lorsqu'il évoquait les scènes très touchantes d'amour maternel, l'astreignait à éclater en sanglots prolixes, confrontant chaque fois les spectateurs occasionnels à un dilemme embarrassant car ceux-ci ignoraient si les pleurs abondants sanctionnaient une réaction physiologique suite à un trop plein d'alcool, s'ils accompagnaient l'épanchement de souvenirs sincères se référant à l'affection englobante de sa mère ou s'il s'apitoyait sur la vision présente de son être déchu et raté que, dégrisé, il apercevait.

    Rompu dès le plus jeune âge aux travaux des champs le bagage scolaire de Pierre Quader se restreignait au strict minimum : « J'ai appris à lire et à écrire à l'école buissonnière des péquenots » plaisantait-il plus tard. Son père lui déclarait pour ses quatorze ans : « Maintenant débrouilles toi et gagnes ton pain » et illico le plaçait comme apprenti chez un patron boulanger d'un village voisin ; ce patron ne le ménageait nullement puisqu'il le réveillait à coups de bâton la nuit l'obligeant à se lever tôt pour trimer longtemps.

    Comme ses frères, sauf deux d'entre eux attachés une partie de leur vie à la terre, il s'absentait de plus en plus fréquemment de son village pour le quitter définitivement à la fin de la seconde guerre mondiale, en raison de l'exode rurale qui sévissait dans un mouvement accéléré vers les industries et les villes, dépeuplant les campagnes lorraines avoisinantes. Aspiré par la ville, il butinait tant bien que mal, par un pénible apprentissage papillonné d'un patron à l'autre, le métier de boulanger. Au cours de son adolescence, alors que s'éveillait le désir d'une plus grande autonomie, il conçut le projet, à l'exemple de ses deux frères aînés déguerpis avant lui du domicile familial l'un comme cantonnier, l'autre comme couvreur dans un bourg voisin, de se séparer du milieu rural d'origine et de s'acclimater à une nouvelle vie de citadin, sans doute parce qu'il soupçonnait pertinemment d'une part qu'il n'édifierait pas son avenir au village, le patrimoine paternel déjà fort modeste, morcelé en parcelles infinies lors de l'héritage, on ne s'en accommoderait pas de loin pour reproduire dignement une famille, et donc il était de trop au village, et d'autre part il devinait, encore confusément alors, les avantages et les facilités de la vie en ville, se supposant également pressenti à un futur plus glorieux qu'une existence morne et fruste de forçat bouseux.

    Délaisser sa famille et son village c'était défaire une seconde fois le cordon ombilical reliant le jeune à ses parents afin de « parcourir le monde pour débucher la bonne fortune » et même si le point de chute de cette équipée fantastique ne menait qu'à la petite ville voisine distante à peine de quinze kilomètres, cela s'avérait une véritable aventure à laquelle ne sacrifiaient que les plus téméraires ou ceux qui n'avaient rien à perdre, n'ayant pas leur place au soleil impartie du village. Le jour du grand départ se déroulaient des scènes déchirantes avec forces recommandations des parents à leurs rejetons et des larmes de part et d'autre.

     

     

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