• Les individualités ayant manifesté quelque originalité, que l'on étiquetait d'un surnom, défrayaient la chronique de Contz, comme tel petit paysan, maire communiste dans les années 1930 et « le plus jeune maire de Moselle », ou aussi l'« idiot du village » un individu qui, alléguait-on, avait des jambes fines comme des baguettes de pain ; réformé du service militaire, ce qui était une tare en soi, et appelait sur lui les regards et les quolibets. Les babillardes cornaient à son propos qu'il remédiait à son défaut en portant en toutes saisons trois pantalons superposés et, mauvaises langues, soufflaient qu'il n'aurait jamais femme. Mais récusant le sort de mauvais aloi qu'on lui réservait, il s'émoustilla. Approvisionnant alors à nouveau les bavardages, on insinuait qu'il serait bien en peine d'avoir des descendants : il eut cinq vigoureux gaillards, pour démentir toutes ces vilaines commères !

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  • Une tradition solidement chevillée dans les esprits recommandait que l'on se marie avec un membre du village ou des environs immédiats, mais quelquefois un familier transplantait ses pénates ailleurs : lorsque cette personne dénotait – ou feignait – une situation confortable et brillante, de retour au village natal, elle pavoisait la tête haute. Mais si par malheur elle était dotée d'un niveau de vie jugé insignifiant pour excuser sa désertion, sujet à l'opprobre et à la réprobation unanime, victime des cancans elle ne réapparaissait bientôt plus, supprimant même de ses nouvelles. Ma soeur ayant fiancé un bon parti, un fonctionnaire des chemins de fer de Metz, s'exhibait au village, juste avant la seconde guerre mondiale, dans une calèche traînée par deux chevaux blancs, richement harnachés, elle-même la tête surmontée d'un chapeau orné de plumes de paon, ce qui avait grandement impressionné.

     

     

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  • Aujourd'hui, l'agriculture tend à se spécialiser : être compétitif c'est « faire » du blé ou de la viande exclusivement et se départir du reste. L'agriculture scientifique ne laisse plus de place aux amateurs et aux traditionalistes ! Le paysan moderne, chef d'entreprise, gère sa ferme de manière capable et vend sur un créneau rentable ou périt, et ceci d'autant plus que la surface pour persister dans la profession de paysan et prospérer, augmente sans cesse alors que le prix de la terre, par la spéculation, grimpe en flèche. Vous êtes trop arriéré et trop vieux et par votre faute, nous sommes pénalisés par quelques années de retard. Aussi je réitère ma demande : achetons dès maintenant un tracteur avec l'argent que vous avez épargné. J'espère que vous comprenez mes raisons.

    Nous dépenserons les gains ainsi dégagés pour améliorer nos conditions de vie. Les transformations récentes dans l'économie et les mentalités ont aboli la « grande famille » où cohabitaient difficilement sous le même toit, au rez-de-chaussée, les grands-parents et au premier étage, les parents et les enfants. Aujourd'hui, chacun convoite l'autonomie, et très tôt les enfants souhaitent s'émanciper du giron familial pour domicilier dans une maison privée de ses anciens occupants ou se construire une habitation. Les anciennes maisons, restaurées et amendées, ont de nouvelles figures : l'écurie redonne après quelques travaux de maçonnerie, un hangar pour le tracteur et les machines agricoles, l'étable a un sol incliné en béton pour l'écoulement des eaux, excluant l'inconvénient de la litière. Les murs autrefois badigeonnés à la chaux une fois l'an sont tapissés de papier peint ou ornés de carrelages multicolores. Dans la cuisine, les réchauds fonctionnent au gaz. Le confort et la manière de vivre se rapprochent de plus en plus de ce qui existe déjà en ville.

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    Voici deux extraits de lettres qui éclairent sur le village lorrain de Contz, premier milieu d'existence de Pierre Quader et de Thérèse Ditz. La première lettre est adressée par Clément Ditz – surnommé depuis toujours « le Rouquin » à cause de sa chevelure flamboyante – à son père ; la seconde lettre est une réponse de Jacob Ditz à son fils. Jacob Ditz, atteint d'une tuberculose fatale était hospitalisé à Thionville. Le Rouquin administrait la ferme et avait des idées pour moderniser et mécaniser l'exploitation agricole : il projetait d'innover en acquérant le premier tracteur du village grâce aux économies thésaurisées par son père au cours de sa vie. Quelques mois après cet échange de correspondance, alors que Jacob Ditz était dans le coma et trépassait, le Rouquin, utilisant un pouvoir rédigé à son nom et imitant la signature de son père, empochait la totalité de l'argent déposé sur un compte bancaire et à l'aide de ces fonds obtenait un tracteur. Ainsi se résolvait ce conflit de générations.

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  • «  D'abord moi, ensuite moi et loin derrière moi, les autres » clamait-il. Il appréciait par-dessus tout les choses bien léchées et fignolées, patiemment et ardemment, et mesurait « son homme » à cela, les êtres humains se différenciant en deux catégories, ceux qui étaient taillés dans la même étoffe que lui, et tous les autres. Il avait rarement déserté sa terre et son village sauf pour visiter une fois l'an le marché à bestiaux dans le petit bourg de Sierck-les-bains, distant de trois kilomètres, et lors de sa vieillesse, alors oisif forcé, et son fils ayant repris le flambeau, il s'évadait à Metz chez sa fille demeurant dans cette ville après son mariage.

     

     

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