• « Les deux voies du rite écossais ancien et accepté » (Troisième partie)

    Une fois monté au sommet de la montagne, et descendu au fond du puits, il s’agit de retourner à la surface, sur le plan humain et terrestre pour participer à la vie de l’humanité. De ce point de vue, les francs-maçons ont toujours été au service des plus humbles, des « veuves et des orphelins », afin de promouvoir la plus grande liberté, la plus grande égalité et la plus grande fraternité.

     

    « Les deux voies du rite écossais ancien et accepté » (Troisième partie)

     

    2) MISSION DE LA FRANC-MAÇONNERIE AU XXI° SIECLE :

     

    Les limites du REAA : il pose des questions : « D’où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Où suis-je ? ». Mais il n’apporte pas de réponses. Il n’est pas possible d’apporter des réponses, car les réponses relèvent du réel, du vécu, et non du dire. Comme le dit Lao tseu : « Ce qui se dit, ce qui se nomme, n’est pas le Tao ».

    Si l’on admet que la franc-maçonnerie est née au début du XVIII° siècle, depuis cette date, on peut distinguer deux façons de pratiquer la franc-maçonnerie. Nous prendrons l’exemple de trois périodes bien distinctes : 1789-1794 ; 1871 ; 1940-1945.

    Une fois monté au sommet de la montagne, et descendu au fond du puits, il s’agit de retourner à la surface, sur le plan humain et terrestre pour participer à la vie de l’humanité. De ce point de vue, les francs-maçons ont toujours été au service des plus humbles, des « veuves et des orphelins », afin de promouvoir la plus grande liberté, la plus grande égalité et la plus grande fraternité. Même si leur origine est plutôt de faire partie de la classe privilégiée (aristocratie au XVIII° siècle, bourgeoisie aux XIX° et XX° siècles), les loges et les francs-maçons mûrs n’ont pas hésité à trahir leur classe d’origine, afin de rester fidèle à leur idéal maçonnique : révolutionnaires, de 1789 à 1794, communards en 1871, résistants en 1940-1945. Aujourd’hui, en France, le combat continue : « Socialisme ou barbarie » !

    Il y a une conception vraie de l’action de la franc-maçonnerie, et une conception fausse de cette action.

    Un tableau de Nicolas Perceval, « La triple Union », est exposé au musée des beaux-arts de Reims. Ce tableau représente la noblesse, le clergé, et le tiers-état, « fraternellement unis ». C’est une conception erronée de l’action de la franc-maçonnerie. Si l’on accepte cette conception, c’est nier les avancées magistrales effectuées par les révolutionnaires en 1789-1794. En effet, maintenir l’union entre les trois ordres, c’est refusé de mener la révolution à son terme, et maintenir l’assujettissement du peuple, et la domination des ordres de la noblesse et du clergé. Par parallélisme des formes, ce serait représenter l’union fraternelle du grand patron de l’entreprise Total, de Margerie, d’un ouvrier de Total, d’un sans domicile fixe et d’un entrepreneur de petite entreprise. Une telle fraternité, c’est en quelque sorte ne rien modifier, et maintenir une société de plus en plus barbare, dirigée par le patron de Total et ses sbires. C’est prôner, au nom de l’unité nationale, la « fraternité » entre les Versaillais et les Communards, lors de la Commune de Paris de 1871, entre les Collaborateurs et les Résistants, lors de la deuxième guerre mondiale de 1940-1945.

    Tout repose sur la conception juste que l’on a de la fraternité. Il ne s’agit pas de fraternité entre les ego, puisque l’initiation a pour objectif justement de tuer le vieil homme, de travailler sur sa pierre brute pour faire apparaître la pierre cubique. Ce serait en quelque sorte une fraternité entre les « pierres brutes ».

    La véritable fraternité est celle qui est instaurée entre les pierres cubiques : c’est l’unité au niveau de l’universel. Chaque franc-maçon doit travailler sa pierre brute : s’il est véritablement « mûr », entre ses intérêts de classe d’origine (intérêts de conserver les privilèges), et l’idéal maçonnique de « Liberté-Egalité-Fraternité », le choix sera fait sans aucune difficulté.

     

    « Un franc-maçon libre dans une loge libre »

    La franc-maçonnerie comporte trois niveaux : l’Obédience (ou l’Ordre), la Loge et l’individu. Il est important de constater, dans l’histoire, depuis le début du XVIII° siècle, comment se pratique l’idéal maçonnique, ainsi que la démocratie, à chacun de ces niveaux.

    Au cours de son histoire, la franc-maçonnerie a regroupé essentiellement des représentants des classes sociales les plus aisées. A chaque période étudiée, la Révolution de 1789-1794, la Commune de Paris de 1871 et la Résistance de 1940-1945, la franc-maçonnerie s’est scindée en deux camps : d’un côté les partisans du nouveau, de l’autre coté les partisans de l’ancien. Les premiers ont contribué à instaurer une société nouvelle, en appliquant réellement l’idéal maçonnique dans la vie sociale, les seconds se sont opposés à cet idéal, et ont contribué à maintenir le statut quo, et à revenir à l’ancien état de choses. Constatant ce fait quant à l’obédience.

    Qu’est-ce alors l’amour fraternel ? Il ne s’agit pas de l’amour des ego, mais bien de l’amour entre Soi. Au niveau des ego existent l’inégalité, et toutes les passions positives et négatives. Au niveau des Soi, il n’y a qu’unité et amour fusionnel, égalité et fraternité.

     

    Fonction de l’obédience :

     

    Sous la Révolution française :

    Si, d’un côté, des francs-maçons, par leur obédience, dans les loges et à titre individuel, ont contribué tant à préparer la destruction du mode de production féodal, qu’à instaurer un mode de production capitaliste, il est juste de constater que d’autres francs-maçons ont très vite pris le parti de défendre leurs intérêts de privilégiés, en trahissant l’idéal maçonnique. C’est notamment le cas de émigrés. Cela veut bien dire que les maçons, dans leur ensemble, ont mis en œuvre dans les loges, notamment le principe d’égalité : mais il s’agissait d’une égalité entre personnes aisées. Dès que ces principes ont été mis en œuvre dans l’ensemble de la société, beau coup de francs-maçons se sont ralliés à la cause de la défense de leurs privilèges. Ainsi, le responsable de l’obédience du Grand Orient de France, Philippe-Egalité, constatait en 1793, que les loges offraient « une image de l’égalité ».

    « Louis Philippe Joseph d’Orléans, (1785-1793) : Prince de sang. Aurait demandé après Varennes, la déchéance du roi. Elu député de Paris à la Convention, il reçoit le nom d’Egalité en septembre. Il est arrêté par les Montagnards en avril 1793, pour servir d’otage à la république, après la trahison de son fils. En novembre, il est condamné à mort, pour « avoir aspiré à la royauté ». Franc-maçon. Duc de Chartres, grand maître de la franc-maçonnerie française à 39 ans. Il eut ses loges particulières, à commencer par celle du Palais-Royal, en activité depuis 1772. Sa Loge officielle était « Saint-Jean de Chartres », à l’orient de Mousseaux. A voté la mort du roi. Fut l’un des meneurs des 47 députés de la noblesse qui se rallièrent au Tiers-État en juin 1789. En 1790, il s’affilia au puissant club des Jacobins et prit le nom de Philippe Egalité. Il fit publier cette lettre dans le Journal de Paris le 22 février 1793 : « Dans un temps où personne, assurément, ne prévoyait notre Révolution, je m’étais attaché à la franc-maçonnerie qui offrait une image d’égalité, comme je m’étais attaché au parlement qui offrait une image de la liberté. J’ai, depuis, quitté ce fantôme pour la réalité. (…) Je pense qu’il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblé secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement (…) ». » 

     

    Sous la Commune de Paris de 1871 :

    Sous la Commune de Paris de 1871, l’obédience du Grand Orient de France était opposée aux idée nouvelles et prit parti pour Thiers et les Versaillais.

    Chaque année, le 1° mai, les francs-maçons du Grand Orient de France rendent hommage aux martyrs de la Commune de Paris  chemin des Acacias, au Mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise, notamment à ceux qui se sont engagés le 29 avril 1871, pour que l’idéal de Liberté, d’Egalité et de Fraternité soit autre chose qu’une devise inerte, inscrite sur le fronton des édifices publics.

    Cependant, tous les francs-maçons n’étaient pas « communards », ou ne soutenaient pas ce mouvement.

    Marc Vieillard a écrit dans Le Temple de Prométhée – Franc-maçonnerie et engagement politique : «  La commune de Paris laisse les obédiences profondément divisées. Si les loges parisiennes se sont massivement ralliées en 1871 à l’insurrection de la capitale, la province, elle, s’est affichée comme défenderesse patentée de l’ordre établi. La maçonnerie des notables soutient Thiers dans sa répression inique des Communards. (…) » Le préfet Babaud-Larivière, Grand Maître, « a promis à Thiers une franc-maçonnerie respectueuse des lois, quelles que soient ces lois et la nature du régime dont elles découlent. » (…) « Les dirigeants du Grand Orient restent de marbre devant le massacre des trente mille Parisiens assassinés par les troupes versaillaises, comme une grande partie des frères au demeurant. »

    Ainsi, il a fallu attendre, pour qu’enfin l’obédience commémore les véritables amis de l’humanité ! Mais à leur retour d’exil, à l’image de François Jourde, de nombreux maçons ne purent recouvrer leurs droits maçonniques, par haine de l’obédience : souvenons-nous en !

    « François Saturnin Léonide Babaud-Laribière (1819-1873) : Avocat et journaliste à Limoges à partir de 1840. Prend part à la campagne des banquets. Commissaire de la République en Charente après la Révolution de février 1848. Membre de l’Assemblée constituante représentant la Charente (1848). Adversaire de l’Empire. Franc-maçon. Initié le 15 juillet 1838 à la loge « La Vraie Harmonie », orient de Poitiers. Conseiller de l’Ordre du Grand Orient en 1868, il fut élu Grand-maître du Grand Orient de France de juin  1870 à 1871. Au 4 septembre 1870, le gouvernement de la Défense nationale le nomma préfet de la Charente. Il est par la suite nommé préfet des Pyrénées Orientales (1872-1873). Il se montra discret au moment de la Commune de Paris, avant de condamner formellement les francs-maçons qui avaient « ès-qualités », pris parti pour l’insurrection.

    François Jourde parfois prénommé Francis (1843-1893) : Franc-maçon. Clerc de notaire, comptable dans une banque, puis employé des Ponts et Chaussées de la Ville de Paris. Délégué au Comité central de la Garde nationale (160° bataillon). Tendance « internationaliste ». Elu du V° arrondissement à la Commune. Elu le 26 mars au Conseil de la Commune. Nommé délégué aux Finances. A publié en 1877 Souvenirs d’un membre de la Commune. Arrêté le 30 mars 1871. Condamné à la déportation, il embarque le 13 juin 1872 pour la Nouvelle-Calédonie ; il s’évada avec Rochefort en 1874.

    Il est initié à la loge « Les Zélés Philanthropes », orient de Paris, le 9 novembre 1866. Admis aux grades de Compagnon et de Maître le 16 avril 1867, il est orateur de la loge pendant trois ans, de 1868 à 1871. Le 9 juin 1871, la loge le radie « pour conduite indigne dans sa vie profane ». Décembre-Allonier le fait exclure alors qu’il était déporté en Nouvelle-Calédonie, d’où il s’évada avec la complicité des frères de la loge locale, qui sera fermée. Exilé à Londres après son évasion du bagne, il écrit en 1874 aux « Zélés Philanthropes », pour demander qu’on lui adresse son diplôme de Maître. Sans doute voulait-il s’affilier à la loge « Les Philadelphes » à Londres. Refus de l’obédience : « Le frère Jourde a été signalé aux Ateliers et aux maçons de l’obédience comme étant exclu de la maçonnerie française… ». L’obédience avait choisi Thiers contre la Commune. » 

     

     

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