• Le secret maçonnique (Partie 37)

    Dans les loges maçonniques, il s’agit, non pas seulement de proclamer les principes de « liberté, égalité, fraternité » seulement en théorie, mais aussi de faire en sorte que ces principes puissent progresser en pratique. C’est ce qu’ont fait les francs-maçons et certaines loges, en adhérant sur le terrain et dans l’action aux idéaux de la Commune. C’est ce qu’a refusé l’obédience du Grand Orient de France, en prenant fait et cause pour le gouvernement de Thiers, pour enfin prendre parti, après la bataille, pour les Communards, à compter de 1880, date de l’amnistie générale.

    Le secret maçonnique (Partie 37) 

     

    Et demain ? Le franc-maçon, à titre individuel et collectif (membre d’une loge et d’une obédience), se doit d’être progressif. Il doit donc prendre parti, à titre individuel, mais aussi en tant que regroupé dans une loge et dans une obédience, pour le mouvement révolutionnaire à venir, dans la mesure où celui-ci étendra les libertés et instaurera plus d’égalité économique et sociale.

    L’idée d’un « complot maçonnique » est une absurdité : la franc-maçonnerie est un élément parmi beaucoup d’autres, dans le cadre d’un mouvement social historique nécessaire. Le franc-maçon est un citoyen, au milieu des autres citoyens, qui développe des principes propres, qui sont ceux de « liberté, égalité, fraternité ». Certains francs-maçons restent en arrière du mouvement et jouent alors un rôle rétrograde : aristocrates émigrés de la révolution française, officiers bonapartistes massacreurs des Communards, collaborateurs du régime de Vichy, etc.

    Il faut aussi prendre en compte l’évolution des francs-maçons au cours de leur existence. Certains Communards, intransigeants quant aux principes exécutés lors de la Commune, deviennent par la suite, antisémites, boulangistes, nationalistes ou antidreyfusards à la fin du XIX° siècle. Ceci manifeste deux choses. D’une part, la franc-maçonnerie est une organisation humaine, qui présente des imperfections. D’autre part, il ne peut être reproché à la franc-maçonnerie en général, le mauvais maniement de l’outil maçonnique par certains individus, qui sont de mauvais francs-maçons. Si l’outil maçonnique est bon, à défaut d’être parfait, peut-on reprocher à cet outil le fait qu’un artisan le manœuvre mal, ou de façon détournée ? (Malversations, détournements de toutes sortes de la véritable fraternité,…). Le reproche doit s’adresser au mauvais artisan, qui est soit inexpérimenté, soit malhabile, soit tout simplement un mauvais compagnon mal dégrossi. L’outil ne peut être responsable d’un travail irrespectueux des règles d’utilisation de cet outil.

     

    VI° république bourgeoise ou II° république sociale ?

    Les frères et sœurs qui invoquent la république en fin de tenue, devraient préciser de quelle république ils parlent. En effet : La première république a régressé de façon réactionnaire après le 9 thermidor, an II, voyant l’instauration du Directoire de la dictature napoléonienne, puis de la Restauration. La révolution de 1830 avait amené l’abaissement du cens électoral à 200 francs et la suppression de l’hérédité de la pairie. Elle avait aussi suscité deux lois fondamentales en 1831 :

    • L’une réanimant la garde nationale ;
    • L’autre instituant l’élection pour la désignation des conseils municipaux.

    La seconde république de 1848 a fait tirer sur le peuple, conduisant à la victoire du plébiscite en faveur de Napoléon III ; les journées de février 1848, qui mirent fin à la monarchie, furent suivies des journées d’insurrection ouvrière de juin 1848, qui furent réprimées dans le sang. L’assemblée constituante est composée majoritairement d’éléments modérés, qui n’hésitèrent pas deux mois plus tard à recourir à la violence la plus extrême pour noyer dans le sang les revendications légitimes des insurgés de juin. Les acteurs de la révolution de février 1848 se sont divisés en deux camps. Le premier camp, celui de la bourgeoisie, est satisfait de la mise en place de la république bourgeoise. Le second camp, celui des ouvriers, veut une république sociale, dont les mots d’ordre sont repris en juin. Une grande partie du peuple parisien se détournera de cette république bourgeoise qui fait tirer sur le peuple. La bourgeoisie s’alliera avec Napoléon III pour contenir le torrent populaire.

    La naissance de la troisième république repose sur l’extermination de la Commune de Paris en 1871 (plus de 30 000 morts).

    Les quatrième et cinquième républiques ont vu le développement des guerres coloniales (Indochine, Algérie,…) et la trahison du Parti Communiste Français. Ceux qui sont morts pour la libération de la patrie, notamment les communistes, avaient le souhait d’une France nouvelle, socialiste, vœu qui a été trahi, en particulier par de Gaulle. La V° république est issue d’un coup d’Etat de Charles de Gaulle, en 1958, avec en arrière-plan le coup d’Etat militaire en Algérie, et l’arrivée « providentielle » du général de Gaulle. Maurice Thorez écrit, pages 318 et 319 de « Fils du peuple » : « Un coup sérieux a été porté à la classe ouvrière et à la démocratie. En effet, le gouvernement de Gaulle n’est pas un gouvernement comme les autres. Le voile de légalité dont il s’est couvert, le respect apparent des formalités de l’investiture au Parlement, certaines manœuvres du chef du gouvernement pour composer avec ce qu’il appelle le « système » et les hommes du « système », rien de tout cela ne peut masquer le fait essentiel : de Gaulle a été porté au pouvoir non par la volonté libre de l’assemblée nationale, mais par les coups de force d’Alger et d’Ajaccio. Le gouvernement de Gaulle est un gouvernement foncièrement illégitime, issu de la violence et de la menace réactionnaires ».

    Les cinq républiques sont donc des républiques bourgeoises. Les seules républiques ayant tenté d’instaurer des valeurs d’égalité et de fraternité sont les tentatives de 1792 à 1794, et de la Commune de Paris de 1871. La première est une république bourgeoise. La seconde est un embryon de république sociale.

    Aussi, les thuriféraires d’aujourd’hui de la VI° république, justifiée par la domination des « finances », doivent-ils préciser de quelle nature est la nouvelle république qu’ils souhaitent instaurer : soit une république en continuation avec les cinq républiques précédentes, donc une république bourgeoise, qui ne modifie rien, notamment en matière de répartition des richesses, soit une république en rupture avec les républiques précédentes, une république socialiste, qui implique la socialisation des moyens de production, et qui ne saurait donc être qu’une dictature du prolétariat, issue d’une révolution socialiste, le prolétariat étant allié avec les autres classes sociales exploitées, à l’image de la préfiguration que fut la Commune de Paris. Dans ce dernier cas, afin de mettre l’accent sur la rupture par rapport aux cinq républiques bourgeoises antérieures, ne faudrait-il pas parler de Première République socialiste, ou à la rigueur de Deuxième République, si l’on considère la Commune de Paris de 1871 comme une préfiguration, même embryonnaire.

    Entre la république bourgeoise et la république sociale, il y a un abîme. Par exemple, la république proclamée le 4 septembre 1870 est une république bourgeoise, et elle voulait le rester. C’est l’action populaire qui l’a transformée en république sociale.

    Beaucoup de ceux qui prônent aujourd’hui une VI° république se placent résolument dans la continuité des cinq républiques bourgeoises : ils veulent seulement réformer un système arrivé en bout de course, et non pas le détruire, pour le remplacer par un système nouveau socialiste. La véritable rupture, c’est prôner une I° république sociale, ou alors une II° république, dans la continuité des principes fondateurs de la Commune de Paris. En 1870, il y avait d’un côté, la bourgeoisie, représentée par une fraction de droite (Thiers, Favre,…), prête au compromis avec l’aristocratie, contre les classes laborieuses, et une fraction de gauche (Gambetta, Clemenceau,…), favorable à une république bourgeoise plus « sociale », et de l’autre côté le peuple, mené par les éléments les plus avancés du prolétariat. La plupart des thuriféraires de la VI° république sont plus proches des Gambetta et Clemenceau que des Communards.

    Dans les loges maçonniques, il s’agit, non pas seulement de proclamer les principes de « liberté, égalité, fraternité » seulement en théorie, mais aussi de faire en sorte que ces principes puissent progresser en pratique. C’est ce qu’ont fait les francs-maçons et certaines loges, en adhérant sur le terrain et dans l’action aux idéaux de la Commune. C’est ce qu’a refusé l’obédience du Grand Orient de France, en prenant fait et cause pour le gouvernement de Thiers, pour enfin prendre parti, après la bataille, pour les Communards, à compter de 1880, date de l’amnistie générale.

     

     

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