• Le secret maçonnique (Partie 26)

    Léonide Babaud-Laribière, dans une « Circulaire du 1° août 1871 », publiée dans le « Bulletin officiel du Grand Orient », qualifie le mouvement communard de « criminelle sédition qui a épouvanté l’univers, en couvrant Paris de sang et de ruines ». « Il n’y a aucune solidarité entre ses [du Grand Orient] doctrines et celles de la Commune, et que si quelques hommes indignes du nom de maçons ont pu tenter de transformer notre bannière pacifique en drapeau de guerre civile, le Grand Orient les répudie comme ayant manqué à leurs devoirs les plus sacrés ».

     

    Le secret maçonnique (Partie 26) 

     

    A)   Le ralliement de la franc-maçonnerie à la Commune :

     

    En mars 1871, commence la Commune de Paris, dans laquelle les francs-maçons de la capitale s’impliqueront fortement. Le frère Thirifocq, militant socialiste, membre de la loge « Le Libre Examen » du Suprême Conseil de France demande que les bannières maçonniques soient plantées sur les remparts et qu’elle soient « vengées » dans le cas où elles seraient trouées par les balles des Versaillais. De nombreux francs-maçons figurent parmi les révolutionnaires, dont Jules Vallès ou Elisée Reclus.

    Le 21 avril, quand ils avaient demandé l’armistice, les francs-maçons s’étaient plaints de la loi municipale récemment votée par l’Assemblée. « Comment, leur avait répondu Thiers, mais c’est la plus libérale que nous ayons depuis 80 ans ». « Pardon, et nos institutions communales de 1791 ? ». Thiers réplique : « Ah ! Vous voulez revenir aux folies de nos pères ? ». « Mais enfin, vous êtes donc résolu à sacrifier Paris ? ». Thiers : « Il y aura quelques maisons de trouées ; quelques personnes de tuées, mais force restera à la loi ! ». Les francs-maçons avaient affiché dans Paris cette horrible réponse.

    Le 26 avril, les francs-maçons avaient envoyé des deux orients de Paris, une délégation des vénérables et des députés des loges, conduite par Gabriel Ranvier, pour adhérer à la révolution. Cette délégation a été reçue dans la cour d’honneur de l’Hôtel de Ville, par le frère Louis Thirifocq, de la loge écossaise « La Justice n° 133 », qui déclare : « Si au début, les francs-maçons n’ont pas voulu agir, c’est qu’ils tenaient à acquérir la preuve que Versailles ne voulait entendre aucune conciliation. Ils sont prêts, aujourd’hui, à planter leurs bannières sur les remparts. Si une seule balle les touche, les francs-maçons marcheront d’un même élan vers l’ennemi commun ». Il avait été convenu que le 29, ils iraient en cortège sur les remparts.

    Le 29 avril 1871, eut lieu une grande manifestation rassemblant devant les forces versaillaises plusieurs milliers de francs-maçons des deux obédiences derrière des dizaines de bannières. Cette manifestation fut suivie de l’entrevue entre les émissaires de la Commune (dont Thirifocq) et Adolphe Thiers., qui se solda par un échec. Ils étaient là 6000, le 29 avril, à 9 heures, répondant à l’appel des 55 loges. Une loge féminine est tout particulièrement applaudie. Accueillie à l’Hôtel de Ville par le frère Félix Pyat, celui-ci déclare : « Frères, citoyens de la grande patrie, de la patrie universelle, fidèles à nos principes communs : Liberté, Egalité, Fraternité, et plus logiques que la Ligue des droits de Paris, vous, francs-maçons, vous faites suivre vos paroles de vos actions. Aujourd’hui, les mots sont peu, les actes sont tout. Aussi, après avoir affiché votre manifeste – le manifeste du cœur – sur les murailles de Paris, vous allez maintenant planter votre drapeau d’humanité sur les remparts de notre ville  assiégée et bombardée. Vous allez protester ainsi contre les balles homicides et les boulets fratricides, au nom du droit et de la paix universelle. » Cette allocution est suivie d’applaudissements et de cris : « Vive la République ! Vive la Commune ! »

    Les bannières maçonniques sont plantées depuis la porte Maillot jusqu’à la porte Bineau, sous les obus que les Versaillais tirent du Mont Valérien. Quelques jours après, un ballon, marqué des trois points symboliques, s’élève dans les airs, d’où il sème d’innombrables exemplaires du Manifeste maçonnique du Cinq Mai, appelant les frères de France et du monde entier à la lutte en faveur des communes de France fédérées avec celle de Paris.

    Au siège du Grand Orient de France, rue Cadet, transformé en hôpital pour blessés, s’alignent chaque jour un peu plus, des cercueils de communards sur lesquels sont posés leurs insignes maçonniques.

    Après la Commune, de nombreux communards entreront en maçonnerie, à leur retour en France, ou à l’étranger. Parmi eux, Maxime Vuillaume, Gaston Da Costa, Paschal Grousset, Camélinat, Jean Baptiste Clément, Augustin Avrial, Assi, etc.

     

    La franc-maçonnerie a également joué un rôle dans les autres communes sur le territoire de la France.

    Ainsi, à Saint-Étienne, le journal « L’Eclaireur », organe radical, est fortement influencé par la franc-maçonnerie. Thiers y est traité de « roi des capitulards ». Le clergé y est vivement pris à partie. La franc-maçonnerie organise une souscription pour aider les familles de mobilisés, geste de solidarité et de patriotisme.

    A Rouen, dès avril 1871, les francs-maçons déclarèrent adhérer pleinement au manifeste officiel du conseil de l’ordre, qui porte inscrit sur son drapeau, les mots liberté, égalité, fraternité : « Prêche la paix parmi les hommes, et au nom de l’humanité, proclame inviolable la vie humaine et maudit toutes les guerres, il veut arrêter l’effusion du sang, et poser les bases d’une paix définitive, qui soit l’aurore d’un avenir nouveau. Voilà ce que nous demandons énergiquement, et si notre voix n’est pas entendue, nous vous disons ici que l’humanité et la patrie l’exigent et l’imposent ».

    Signataires :

    Le président d’honneur de la maçonnerie rouennaise Desseaux

    Le vénérable des « Arts réunis », Hédiard

    Le vénérable de la « Constance éprouvée », Lorand

    Le vénérable de la « Persévérance couronnée », E. Vienot

    Les T.°. S.°. des « Arts réunis » et de la « Persévérance couronnée », Hédiard et Goudy

    Le président du conseil philosophique, Dieutie

    Par mandement des ateliers réunis de l’Orient de Rouen, le secrétaire, Jules Godefroy.

     

    B)    L’hostilité de l’obédience, favorable au gouvernement Thiers :

     

    L’obédience du Grand Orient de France était foncièrement hostile à la Commune et favorable au gouvernement de Thiers.

    Depuis 1871, à nos jours, une véritable chape de plomb recouvre les œuvres de la Commune. A l’époque, les responsables de l’obédience du Grand Orient de France avaient un comportement indigne, puisqu’ils avaient condamnés la Commune, et en particulier les francs-maçons qui avaient participé à celle-ci. Lorsque cette obédience commémore chaque 1° mai, au Mur des Fédérés, la Commune, le devoir de mémoire exige a minima un rappel de cette position, en contradiction flagrante avec les idéaux de liberté, égalité, fraternité.

    Le nouveau Suprême Commandeur du Suprême Conseil de France, de 1869 à sa mort en 1880, Adolphe Crémieux, est lui aussi réservé sur l’insurrection communale. Néanmoins, le Suprême Conseil apparaît alors (à tort ou à raison), comme l’obédience qui a résisté à l’Empire. En effet, de 1860 à 1868, le Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, Jean Pons Viennet, a lutté pied à pied pour maintenir l’indépendance de son obédience contre le Grand Orient de France et son Grand Maître le maréchal Magnan, nommé par Napoléon III. Les loges parisiennes du Suprême Conseil voient affluer les opposants au régime impérial, plus qu’au Grand Orient de France, perçu alors comme une obédience « officielle ».

    La récupération de l’idéal de la Commune par les obédiences s’effectue a posteriori. Au moment même où les Communes se déroulent, le président du conseil de l’ordre du Grand Orient de France, Léonide Babaud-Laribière, juge qu’il s’agit d’une « criminelle sédition qui ensanglante la France et déshonore la franc-maçonnerie ». Les francs-maçons qui s’engagent ne sont pas soutenus au niveau national. Les dignitaires considèrent que les communards maçons sont des éléments isolés dont la franc-maçonnerie ne peut se réclamer. Certaines loges s’impliquent, mais les plus révolutionnaires feront l’objet de sanctions. La franc-maçonnerie revendique, en revanche, l’héritage de la Commune, à partir de 1880, quand les communards seront amnistiés.

    Léonide Babaud-Laribière, dans une « Circulaire du 1° août 1871 », publiée dans le « Bulletin officiel du Grand Orient », qualifie le mouvement communard de « criminelle sédition qui a épouvanté l’univers, en couvrant Paris de sang et de ruines ». « Il n’y a aucune solidarité entre ses [du Grand Orient] doctrines et celles de la Commune, et que si quelques hommes indignes du nom de maçons ont pu tenter de transformer notre bannière pacifique en drapeau de guerre civile, le Grand Orient les répudie comme ayant manqué à leurs devoirs les plus sacrés ».

     

     

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