• Le secret maçonnique (Partie 21)

    Selon les Egaux, les solutions sont la suppression du parlement bourgeois et confier tout le pouvoir à la Commune insurrectionnelle de Paris. Selon la constitution de 1793 : « Un des plus impérieux devoirs de l’instituteur d’une république […] est de […] donner au peuple la possibilité d’être réellement souverain ».

     

    Le secret maçonnique (Partie 21)

     

    Par eux-mêmes, les hébertistes ne constituaient pas un obstacle sérieux. L’obstacle véritable, c’était l’avant-garde populaire. La liquidations des hébertistes laissa le mouvement des masses démoralisé, désarticulé, décapité, incapable d’opposer une résistance quelconque aux entreprises de l’adversaire. La chute des hébertistes créa les conditions permettant l’abandon progressif de la taxation et de la contrainte, le retour progressif au libéralisme économique. De plus en plus, la Terreur, détournée de son objectif primitif, devenait une arme anti-ouvrière. Le journal « Le Messager du soir » raconta que, tandis que les municipaux robespierristes étaient conduits à la place de la révolution, les ouvriers leur témoignaient « un peu d’humeur », en les appelant plaisamment « foutu maximum ». Sur la charrette qui l’emmène à la guillotine, Robespierre est insulté par des gens qui lui reprochent d’avoir institué la loi du maximum des salaires.

     

    A)   Les sans-culottes :

     

    En s’unissant aux aristocrates contre la bourgeoisie, les sans-culottes eussent tourné le dos à leur émancipation. Ils avaient intérêt à assurer le triomphe de la révolution bourgeoise, au besoin contre la bourgeoisie elle-même, et d’autre part, à dépasser la révolution bourgeoise par une lutte de classe indépendante.

     

    Les représentants principaux du mouvement révolutionnaire populaire sont notamment Jacques Roux, Théophile Leclerc et Jean Varlet. L’hostilité à l’ancien régime s’affiche par un vêtement : le sans-culotte s’impose sur le pavé parisien, avant d’être chassé en thermidor par le muscadin, ce dernier réhabilitant l’élégance et le parfum, rétablissant une différence visible entre le pauvre et le riche. En 1789 et 1790, révolutionnaires et contre-révolutionnaires rêvent de régénérer le royaume.

     

    Il y a une différence entre les Jacobins (dont Robespierre) et les enragés. L’idéal des enragés n’est pas une société où richesse et pauvreté – avec moins d’écarts – s’équilibreraient harmonieusement. Ils ont bien senti que la richesse, en soi, était contre-révolutionnaire par les pouvoirs économiques et politiques qu’elle réservait à une minorité. Ce qu’ils souhaitent – mais il faut d’abord se sortir de la guerre, de la famine latente – c’est un bien-être en progression.

    Il y a  donc des antagonismes entre les « hommes d’Etat », qui avaient à établir les armes à la main, la république bourgeoise, et les enragés qui, alors même que la république bourgeoise n’était pas assurée, tendaient vers une république populaire, sans avoir les moyens, eux, de faire de ce peuple – en immense majorité paysan – la classe dominante. Et ceci, en grande partie, à cause de la puissance de l’Eglise, objectivement alliée à la bourgeoisie possédante.

    Dès avant l’ouverture des Etats-généraux, de nombreux auteurs opposent le riche et le pauvre tiers-état et estiment à l’approche des élections, en ce début de 1789, que les pauvres ne seront représentés que par des gens qui sont en opposition d’intérêt avec eux. Ce qui sera effectivement le cas. Par exemple, le chevalier de Moret, dans une lettre adressée à Necker en 1789, écrit : « Cette classe du Tiers-État de la ville de Paris, dont les individus paient au-dessous de six livres de capitation,… la dite-classe est sans contredit la plus nombreuse de la capitale, la plus utile et la plus précieuse à l’Etat. C’est elle en un mot, qui convertissant en or les matières les plus abjectes, est l’âme du commerce, donne l’existence et enrichit l’autre classe du Tiers-État. »

    Les enragés Jacques Roux, Théophile Leclerc et Jean Varlet furent en 1793, les interprètes directs et authentiques du mouvement des masses. Pour Karl Marx, ils furent « les représentants principaux du mouvement révolutionnaire ». Avec Gracchus Babeuf, tous quatre présentent un certain nombre de points communs. Ils avaient fait de bonnes études. Jacques Roux appartenait à une famille aisée. Il était fils d’un officier devenu magistrat. S’étant fait prêtre, il avait enseigné la philosophie et la physique expérimentale dans divers séminaires, pour exercer ensuite la fonction d’aumônier dans un château. Leclerc, fils d’un ingénieur de Ponts-et-Chaussées, avait reçu une certaine instruction. Varlet, commis des postes, appartenait également à « une bonne famille ». Il possédait un revenu annuel de 5800 livres et avait été un brillant élève du collège d’Harcourt. Babeuf, fils d’un officier, et lui-même arpenteur-géomètre et spécialiste du droit féodal, était fort instruit. Ils entrevirent que la guerre – la guerre bourgeoise, la guerre pour la suprématie commerciale – aggrave la condition des « bras nus » ; ils aperçurent la grande escroquerie de l’inflation, source de profits inouïs pour le riche, ruineuse pour le pauvre. Jacques Roux écrit le 25 juin 1793 : « La liberté n’est qu’un vain fantôme, quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un vain fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable. La république n’est qu’un vain fantôme, quand la contre-révolution s’opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes […]. Les riches […], depuis quatre ans, ont profité des avantages de la révolution. L’aristocratie marchande, plus terrible que l’aristocratie nobiliaire et sacerdotale, s’est fait un jeu cruel d’envahir les fortunes individuelles et les trésors de la république. […] ». « Les biens du clergé et les domaines nationaux ont presque tous passé dans les mains de personnes enrichis du sang de la veuve et de l’orphelin ».

    Ne pouvant sortir du cadre de la propriété privée, les enragés se contentèrent de réclamer des mesures destinées à limiter et non à supprimer, les effets du système capitaliste alors naissant.

     

    B)    Gracchus Babeuf et le communisme primitif :

     

    Babeuf écrit dans le « Manifeste des Egaux » (1796) : « La révolution française n’est que l’avant-courrière d’une autre révolution, bien plus grande, bien plus solennelle et qui sera la dernière ». C’est au cours de la période qui va de la chute des Girondins (31 mai 1793) à l’exécution de Babeuf (27 mai 1797) que la lutte de classes entre bourgeois et sans-culottes, première manifestation de la lutte de classes modernes entre bourgeois et prolétaires, fait son apparition. Babeuf représente les paysans pauvres. Or, la paysannerie pauvre avait sur la question de la propriété une position plus hardie que la sans-culotterie urbaine.

    Selon Babeuf : « Réveiller Robespierre … c’est réveiller tous les patriotes énergiques de la République et avec eux le peuple qui autrefois n’écoutait et ne suivait qu’eux… Le robespierrisme est la démocratie, et ces deux mots sont parfaitement identiques ; donc en relevant le robespierrisme, vous êtes sûr de relever la démocratie ». Egalement : « La révolution n’est pas finie, parce que les riches absorbent tous les biens et commandent exclusivement, tandis que les pauvres travaillent en véritables esclaves, languissant dans la misère et ne sont rien dans l’Etat ».

    La cause de l’échec de la révolution, on la trouvait « en dernière analyse, écrit Buonarroti, dans la propriété individuelle, par laquelle les plus adroits ou les plus heureux dépouillèrent sans cesse la multitude ». Selon Babeuf : « Les gouvernants ne font des révolutions que pour toujours gouverner. Nous en voulons faire enfin une pour assurer à jamais le bonheur du peuple par la vraie démocratie ».

    Selon les Egaux, les solutions sont la suppression du parlement bourgeois et confier tout le pouvoir à la Commune insurrectionnelle de Paris. Selon la constitution de 1793 : « Un des plus impérieux devoirs de l’instituteur d’une république […] est de […] donner au peuple la possibilité d’être réellement souverain ».

     

     

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