• Le secret de la franc-maçonnerie (Partie 1)

    Mais où est la Vérité : dans l’Universalité ou dans la Singularité ? La Singularité est quelque chose de concret, de palpable, de riche en déterminations, de réel en somme. Mais l’Universalité ? Ne faut-il pas, après de nombreuses étapes, enlever tout le spécifique, pour arriver au plus universel. N’aboutit-on pas à une abstraction qui n’a plus aucune consistance ? Que reste-t-il de réel et donc de vrai ?

    Le secret de la franc-maçonnerie (Partie 1)

     

    INTRODUCTION : 1789-2022

     

    Le franc-maçon protège un secret qu’il avoue lui-même avoir perdu : le Verbum dimissum, la parole perdue. Le serment de silence est parfaitement inutile, puisque le franc-maçon a perdu le secret qu’il prétend protéger. Il convient donc de faire un retour au mythe d’Hiram, et découvrir quel est le secret que notre maître fondateur a emporté dans la tombe.

    Qu’est-ce qui est caché ?

    -         D’un côté, Hiram a fait la promesse de tenir secret quelque chose au péril de sa vie : plutôt mourir que de le dévoiler, de le dévoiler dans n’importe quelle condition, à n’importe qui. Il y a don un idéal maçonnique. C’est la fraternité universelle, l’amour universel, la morale universelle,… C’est quelque chose qui est en dehors du temps et qui est éternel : on ne peut en faire l’expérience avec les sens. On ne peut ni le voir, no l’entendre, on ne peut que le montrer. Il y a la pierre cachée (VITRIOL : Visita Interiora Terrae Rectificando Invenietis Occultum Lapidem visite les entrailles de la terre, et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée). C’est la pierre cubique, ou pierre philosophale, opposée à la pierre brute.

    -         De l’autre côté, il y a le recrutement des francs-maçons, à savoir l’initiation des mauvais compagnons. S’agit-il d’une erreur de recrutement ? Le recrutement relève de la temporalité et de l’histoire, de l’ego individuel et de la particularité. Chaque profane a des déterminations, qui font sa spécificité et sa différence : une nationalité, un sexe, une origine sociale, un caractère, etc.

    On peut donc faire les constats suivants : Hiram et les mauvais compagnons sont francs-maçons. Mais il y a une contradiction qu’il faut résoudre : il y a une contradiction entre l’universalité et la spécificité, entre la pierre cubique et la pierre brute mal dégrossie, entre le soi et l’ego, en deux mots, entre l’éternité et la temporalité. On dira que Hiram est un maçon mûr : il est arrivé, achevé, et n’a plus besoin d’évoluer : il est hors du temps. Par contre les trois mauvais compagnons sont des maçons non mûrs : ils sont encore en évolution, sur le chemin, et leur évolution est contrariée : loin d’être fidèles à leur serment maçonnique, et de faire preuve de patience et de persévérance, ils ont conservé en eux quelque chose de profane : ils aspirent au pouvoir et à l’argent, au résultat vite obtenu. Les trois mauvais compagnons sont encore inachevés, entre deux, sur le chemin…Le choix est donc le suivant : soit, comme Hiram, être fidèle à l’idéal maçonnique, à l’homme nouveau et à l’éternité, et donc trahir le profane, soit rester fidèle au profane, à son origine et à la temporalité, et trahir l’idéal maçonnique, comme les trois mauvais compagnons.

    Mais où est la Vérité : dans l’Universalité ou dans la Singularité ? La Singularité est quelque chose de concret, de palpable, de riche en déterminations, de réel en somme. Mais l’Universalité ? Ne faut-il pas, après de nombreuses étapes, enlever tout le spécifique, pour arriver au plus universel. N’aboutit-on pas à une abstraction qui n’a plus aucune consistance ? Que reste-t-il de réel et donc de vrai ?

     

    Souvent, par habitude, les sentences du rituel sont abordées sans leur donner leur véritable signification. Il peut en résulter alors un discours convenu et conformiste, dans le cas présent, sur la vérité et l’éternité, opposés au mensonge et au temps. Ce serait là un exercice redoutable devant une assemblée de « chercheurs de vérité » assidus. On peut aussi délivrer sur ce type de sentence un discours symbolique et poétique, ce qui permet d’aligner quelques phrases qui ne veulent rien dire, aussi vite oubliées, à peine entendue. Cela aussi serait redoutable devant une assemblée rodée à ce genre d’exercices, blanchie sous le harnais, et qui a cumulé de nombreuses années de franc-maçonnerie, et donc à qui on ne la fait pas. Enfin, prendre au premier degré cette sentence, c’est troubler une partie de l’assemblée, tout ceux qui ont choisi de suivre le rite écossais ancien et accepté, tout en étant de farouche opposant à toute « bondieuserie », c’est-à-dire les frères athées ou agnostiques. En effet, parler de vérité, et aussi d’éternité, et en plus en mettant des majuscules, c’est faire entrer Dieu dans le Temple, à tout le moins faire ressurgir le grand architecte de l’univers : cela sent la calotte.

    Voilà donc quelques écueils que j’ai voulu éviter : à la fois, ne pas déplaire à ceux qui prennent les sentences des rituels maçonniques au sérieux, et ne pas plaire à ceux qui ne prennent pas les sentences des rituels maçonniques au sérieux.

    Pourtant, dans son sens premier, la sentence suscite et implique la Joie, le bonheur, la félicité, etc. Le rêve et la béatitude en quelque sorte. Et la sentence contraire : « La vérité du monde est temporelle et vient du Temps » nous ramène à notre condition la plus humaine, à savoir la maladie, la vieillesse et la mort. La vie quotidienne et immédiate, en quelque sorte, un cauchemar. Alors que l’on sait avec certitude, et c’est une des rares vérités, que la mort est au bout du chemin, comment accepter l’idée d’éternité ?

    En me donnant un tel exercice, les frères souhaitent écouter une belle planche, c’est-à-dire une planche qui, plutôt, fait rêver, apporte un moment de plaisir, et non une planche qui ramène les frères à leurs soucis les plus quotidiens, les petites douleurs et les grandes maladies, avec la mort qui se profile à l’horizon.

    Voyez le challenge : en même temps, la sentence parle de vérité, c’est-à-dire de réalité, et aussi, le résultat attendu, est d’apporter un moment de rêve. Donc, me voilà encore en face de nouveaux écueils : je dois dire la vérité, c’est-à-dire rester sur des propos qui font sens, dans le domaine de la raison, ou du logos, et aussi donner des éléments qui rendent crédible l’immortalité, l’éternité, et donc des arguments que chacun peut expérimenter, donc qui relèvent de la pratique possible de chacun, de la praxis. A vous de dire à la fin de l’exposé, si j’ai bien tenu ces divers engagements.

     

     

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