• Le Récit (suite)

    Seule l’action sans fruits et l’action désintéressée sont un but et un objectif : devenir le Soi, devenir ce que je suis déjà, ne peut être un but, mais c’est une prise de conscience. Dieu seul peut me donner cette grâce, s’Il le souhaite et s’Il me sait prêt.

    MARDI 19 AOUT 1980

    La voie que je suis est encore trop intellectuelle et je me recentrerai sur la voie du cœur et des émotions. L’important est de mettre les préceptes en pratique : il est inutile de « tout » lire, sans rien mettre en œuvre, mais lire moins, mieux et mettre les exercices en pratique. C’est de moi qu’il s’agit, et aucun livre, même le plus sacré, ne saurait m’aider.

    Je remplacerai mon père physique par mon père spirituel, Dieu, qui est sévère, mais juste : s’Il le veut bien, c’est mon gourou. Je suivrai ses préceptes et demanderai ses consignes.

    La beauté du monde, la nuit étoilée et la nature opulente et gracieuse des mois d’été, tout cela prouve l’existence de Dieu. J’appliquerai la vie mystique tous les jours : aujourd’hui, la vraie vie ne se démontre pas dans la solitude des monastères, mais dans la vie profane quotidienne. J’agirai à la fois sur l’émotion, l’inconscient et l’aspect intellectuel : c’est ainsi qu’aujourd’hui, j’ai des rêves de lumière, alors qu’auparavant, hier encore, j’avais des rêves érotiques qui privilégiaient l’ego et l’aspect matériel des choses.

    Sur le sentier, la famille et les proches peuvent constituer des freins : ce qu’ils font à mon égard, ils le font toujours pour « mon bien », même si cela va à l’encontre de ma règle de vie. Ainsi, ils peuvent m’offrir de « bon cœur », des boissons alcooliques et des repas de viande, mettant à mal le respect de mes principes. Par de telles bonnes intentions, ils contribuent à me faire régresser et, avec courage et détermination, je leur opposerai un refus catégorique.

    J’ai actuellement une aggravation de mes ennuis de santé, avec une cystite à répétition : je garde les urines dans la vessie, ce qui semble renvoyer au désir de garder les « eaux usées » qui symbolisent les anciennes mémoires. Puis j’évacue les urines, piquantes et en petite quantité, dans d’atroces douleurs, de manière fréquente et inopinée.

    Mes essais sont insuffisants et je ferai des efforts pour aider pratiquement au foyer, quant aux tâches ménagères.

    Les deux exercices du matin et du soir sont à améliorer.

     

    LUNDI 29 SEPTEMBRE 1980

    L’ego disparaîtra pour être absorbé par le Soi. La vie est un Jeu – le Jeu divin –, la vie éteint le « je ». Malgré les difficultés, il convient de persévérer pour aller de l’avant, plus haut, toujours et à jamais.

     

    VENDREDI 28 NOVEMBRE 1980

    Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, mais je me rends compte de ce que signifie et implique concrètement l’expression : « faire dans son froc ! ». Je suis surpris par un besoin urgent d’uriner et de déféquer, et n’ayant aucun lieu d’aisance où me rendre dans l’urgence, après avoir vainement résisté à cette envie pressante, tout est lâché dans mon pantalon, urine et fèces. C’est la peur, inconsciente, peur passée et actuelle qui se manifeste ainsi. Par contre, je n’éprouve plus aucun sentiment de honte, car je m’identifie de moins en moins avec ce corps, qui me porte.

     

    MARDI 6 JANVIER 1981

    Rapport de l’année 1980.

    Dans l’oratoire et dans le laboratoire, l’essentiel est de transmuter ses propres défauts, afin de les métamorphoser en autant de vertus, la reine des vertus étant l’Amour, qui conduit au service d’autrui. J’ai conscience d’avoir bien progressé depuis 1968, date de ma première rencontre avec le rosicrucianisme. J’entrevois l’objectif et le but, le sommet de la montagne, au bout du chemin, là où tout est Amour et fusion dans l’Amour. Je discerne ce qui est essentiel, l’éternel et le durable, et ce qui est transitoire, le temporel et l’accessoire. Sans doute, la marche est encore longue car la route devient de plus en plus abrupte. Mais je dis de plus en plus « oui » à tout ce qui m’arrive : tout est bien et je discerne l’Amour dans l’autre, qu’il soit l’ami ou le rival.

    Je progresserai encore dans le sens non pas d’accumuler et d’« avoir », mais au contraire de perdre et d’« être », vers plus de simplicité et d’humilité, vers la foi, l’espérance et la charité.

    La prière et la méditation sont devenues mon pain quotidien : que l’Instructeur m’aide à faire plus d’efforts en ce sens ! J’ai compris combien mes prochains et tous les êtres autour de moi aspirent à la spiritualité et au mysticisme, car Dieu est aux commandes.

    Je pêche encore, surtout par de petites occasions, surtout en pensées, essentiellement l’onanisme. Mais je me rends compte de mieux en mieux du caractère vain de cela. Cela dure peu et sans conséquences pratiques. Il n’empêche, c’est encore là un boulet que je traîne, une leçon à apprendre, un karma qui se rattache sans doute à une vie antérieure, à liquider.

    Par ailleurs, il m’arrive encore de goûter à l’alcool, à la viande et au tabac. Il ne s’agit plus d’un plaisir, mais plutôt d’un dernier effort de volonté du petit moi, pour se prouver à lui-même qu’il existe : c’est un automatisme et une habitude, à l’image d’un ventilateur, dont on a coupé le contact et qui continue machinalement de tourner encore au ralenti avant de s’arrêter définitivement. Je sais que je ne suis pas ce corps, même si je n’en ai pas encore la preuve, en assistant dans l’autre monde à l’acte de naissance d’une nouvelle âme.

    J’effectue les deux exercices du matin et du soir, mais en sachant qu’ils ne sont pas l’essentiel, l’important étant de toujours mieux servir. Cependant, je deviendrai un citoyen conscient dans les deux mondes, le monde physique et le monde psychique, afin de mieux soutenir les efforts des frères aînés.

    Maintenant, au point où j’en suis arrivé, je sollicite humblement de l’Instructeur les instructions qui me permettront d’être disciple. Bien évidemment, si je n’en suis pas jugé digne ou prêt, je m’engage à persévérer sur la voie rosicrucienne, qui m’a déjà tant apporté.

     

    JEUDI 22 JANVIER 1981

    J’aiderai vraiment, sans faiblesse et sans arrière-pensées, en pensées, en paroles et surtout en actions. L’action juste, c’est exécuter son travail, beaucoup de travail, le plus de travail possible, toutes sortes de travail.

     

    VENDREDI 30 JANVIER 1981

    Le corps et l’univers sont les deux temples, qui forment Un. L’âme et Dieu sont les deux principes qui forment Un. L’Un est le Soi. Tout le reste est simulacre, illusion, moyen et outil.

     

    MERCREDI 18 FEVRIER 1981

    Seigneur Dieu, je m’abandonne totalement moi-même et j’abandonne à Ta protection ma vie entière, avec tous mes désirs. Je Te fais confiance pour m’attribuer seulement ce que Tu sais être nécessaire à ma croissance spirituelle, et je l’accepte, quoi que cela puisse être.

     

    MARDI 7 AVRIL 1981

    Le nouveau mantra que je récite autant de fois que possible, afin de fusionner avec lui, est celui-ci :

    « Je suis Dieu.

    Je n’ai ni naissance, ni mort.

    Seul le corps meurt.

    Je suis le Soi.

    Je suis.

    Soi.

    Je ne suis ni le corps, ni le mental, ni l’intellect, ni la raison.

    Le corps, le mental, l’intellect et la raison, une fois purifiés, sont mes amis.

    Je les aime.

    J’ai aussi un cœur (sentiments et émotions) et un ventre (instincts et passions).

    Je suis un canal ouvert aux sentiments et aux instincts beaux, justes, vrais et bons.

    Que mon amour, mon cœur et mon ventre soient dédiés à Dieu  et seulement à Dieu. »

     Ce mantra répond à la question : « Qui suis-je ? » et précise ce que je ne suis pas, ce que sont les autres et ce qu’est le monde.

    Tout est saupoudré de l’Amour de Dieu et Tout est Un.

    Je suis le Soi, le Centre de l’Union, l’image de Dieu. Je suis le Maître qui est en moi. La pierre cubique que je taille à partir de la pierre brute est là depuis le début, mais « je » ne la voyais pas et « je » ne le savais pas : « je » doit être pensé comme une vague dans l’Océan divin et non comme une personne et une entité individuelle. Pourquoi le « je » a-t-il peur, puisque le « Je suis » est là ? « Je » est une vague, « Je suis » est l’Océan.

    La Lumière est ce qui unit, et les ténèbres sont ce qui distingue ; la Vie est ce qui unit et la mort est ce qui sépare ; l’Amour est ce qui unit et la haine est ce qui ignore.

    Le corps est le temple de la conscience et l’univers est le temple du Grand Architecte. L’objectif de chacun est de réintégrer le centre divin, d’où les âmes individuelles ont émané en triomphant des trois mauvais compagnons que sont la distinction, le séparatisme et l’ignorance.

    Le véritable initié sait qu’il est le Soi alors que le profane victime des trois mauvais compagnons, est aussi le Soi, mais ne le sait pas.

     

    LUNDI 4 MAI 1981

    Voilà plus de dix années que je tente d’effectuer, je le sais bien, avec beaucoup d’imperfection, les deux exercices de concentration et de rétrospection. Après une enfance plutôt difficile, psychologiquement et socialement, et un passage par la religion catholique, j’ai sombré, dès la fin d’une adolescence tardive, dans le matérialisme le plus noir, accompagné de l’athéisme. Puis mes petits problèmes de santé et la maladie, surtout à partir de 1968, m’ont fait croiser le chemin du rosicrucianisme. Je sollicite humblement le passage de disciple. En effet, j’ai approfondi la connaissance de mon Dieu intérieur, le seul Maître. Mais j’ai conscience des efforts qu’il me reste à accomplir et si je ne suis pas jugé digne d’accéder au degré de disciple, j’accepterai sans état d’âme une telle décision, poursuivant mes efforts pour y accéder au cours de cette vie ou d’une vie ultérieure. Qu’il en soit ainsi !

     

    LUNDI 1° JUIN 1981

    Voilà ce qu’est le travail spirituel : c’est ouvrir mon être de plus en plus à l’Amour jusqu’à ce que tout en moi ne soit plus que « cela ».

     

    JEUDI 23 JUILLET 1981

    On fête habituellement l’anniversaire de la naissance physique, mais il vaudrait mieux fêter l’anniversaire du jour de l’accès à la Lumière et surtout l’anniversaire du moment où l’on demeure dans cette Lumière – si tant est que cela soit possible – car l’on connaît alors la Paix, la Joie et l’Amour. La véritable naissance se fait le jour de la résurrection dans la Lumière, le baptême du feu.

    Le mental réalisé est le saint Esprit et le mental non réalisé est Satan. Pour l’être réalisé, le royaume des cieux est en Soi, ici-même et dès à présent.

    Ce que je suis, d’où je viens et où je vais ? L’important est de se demander qui pose la question ? Lorsque je me la pose, il y a d’une part, le « petit je » ou « petit moi », qui a un début – le premier souffle, et le premier cri – et qui aura une fin – le dernier souffle et le dernier sourire – et d’autre part le « Moi profond », le Soi, ce qui est vraiment, l’état d’existence, le « Je suis », qui est éternel et infini, sans début, ni fin. Il y a d’un côté le monde et l’identification au corps, l’objectivation et de l’autre côté l’Etre, le Christ cosmique à la fois éternel et infini.

    Le « petit moi » est le mental et l’intellect, il naît, meurt, renaît et a l’illusion d’exister alors que le Soi existe, il ne naît pas et ne meurt pas.

     

    SAMEDI 8 AOUT 1981 

    Je deviens ce que je pense et je suis à la mesure précise de ce que je crois être, pas plus, pas moins.

     

    LUNDI 31 AOUT 1981

    Dieu de mon cœur, donne-moi la foi qui me permette de réaliser le Soi et d’y demeurer à jamais. Débarrasse-moi de mes défauts qui font que je m’occupe que du petit moi et de mon ego, que l’ego fusionne avec Toi, que la goutte d’eau (re)fasse Un avec l’Océan divin en toute conscience !

    J’ai donné la primauté au corps pendant tant d’années, aussi bien au cours de cette vie, que dans les vies passées !

    Seigneur Dieu, fais fondre mon cœur dur d’occidental : d’abord croyant catholique, puis incroyant et agnostique, me voilà à nouveau croyant et chercheur. Fais-moi franchir l’étape décisive !

    Les sociétés fraternelles et rosicruciennes appartiennent à l’illusion : ce sont seulement des rêves plus puissants qui peuvent contribuer à me réveiller !

    Seigneur Dieu, prends soin de ma famille : que je sois plus proche et plus préoccupé par mes enfants, par mon épouse et par mon domicile, que je sois un bon père, enfin !

    J’accepte toutes les tâches telles qu’elles se présentent et je ferai tout pour le service de Dieu ; qu’Il porte Lui-Même mes bagages et mes fardeaux !

    Est-ce que l’on n’atteint pas Dieu et l’on demeure dans le Soi, quand la pensée de vouloir l’atteindre disparaît, noyée dans le service ?

     

    SAMEDI 19 SEPTEMBRE 1981

    La libération vient quand je comprends et expérimente qu’il n’y a personne à libérer. Le sentiment « j’existe » est le Soi : si je réalise le Soi, rien ne peut me toucher. On peut détruire le corps de l’initié, on peut détruire le monde dans lequel il vit, mais on ne peut pas troubler ni altérer sa conscience du Soi.

     

    JEUDI 1° OCTOBRE 1981

    Mon identité fondamentale est en vérité un Amour pur et désintéressé. Comment puis-je travailler sans désir ? C’est en servant avec l’idée que je sers l’Etre suprême chez chacun. Désirer la réalisation de Dieu n’est certainement pas un désir au sens habituel : « Je suis Ton instrument, daigne Te servir de cet instrument, qui est à Toi, pour exécuter Ton plan ». Quel que soit le travail entrepris, il faut l’accomplir de tout son être et dans l’esprit que « Toi seul travaille », de sorte qu’aucune affliction, aucune détresse et aucun chagrin ne puisse s’y glisser.

    Tout ce qui m’arrive est bien et la grâce est toujours présente car Dieu m’a conduit là où je suis : c’est cela la soumission complète à la Présence, au pouvoir absolu de Dieu.

    Je répète le nom de Dieu aussi souvent que possible, afin que « cela » devienne la seule pensée qui occupe mon esprit vagabond : cela me permet de calmer notamment la colère et d’éliminer les mauvaises pensées.

    Dieu me tient par la main et me conduit, toujours et partout : « Que Sa volonté soit faite » et non la mienne !

    La réalisation d’actions sans en désirer les fruits conduit à se détacher de tout et à ce que ne compte que Son désir : c’est le chemin qui conduit à la fusion avec le Soi. Je ne suis ni le corps, ni le mental, ni l’intellect : je suis le Soi et le monde est contenu dans le Soi, comme le jaune d’œuf est contenu dans l’œuf.

    Je ne souhaite aucun pouvoir occulte : s’il m’est imparti de disposer de tels pouvoirs, qu’ils me soient donnés pour mieux servir l’humanité. Si je n’y accède pas, cela n’a aucune importance.

    Dans mes rapports annuels, j’ai souvent évoqué l’idée de progrès, mais en fait, il n’y a pas de progrès sur la voie initiatique : l’important est de servir sa famille, l’humanité et les prochains, et de ne nuire à personne. Quel progrès pourrait-il y avoir, puisque je suis le Soi avant ma naissance, de toute éternité ? Le seul progrès est la suppression de l’ignorance de cela en levant le voile de Maya.

     

    SAMEDI 23 JANVIER 1982

    Bilan annuel 1981

    Tout est bien : j’ai de plus en plus conscience que tout ce qui m’arrive est pour mon bien. C’est une volonté – « Sa » volonté – de me faire évoluer, de me faire avancer, de me faire aller plus loin sur le chemin. J’ai bien mûri et l’Instructeur prend soin de moi pour m’amener à plus de maturité encore. J’ai traversé une Nuit Obscure et, grâce à la maladie et aux tracasseries au niveau professionnel, j’ai à nouveau rencontré Dieu.

    Je serai plus proche de la vie et cultiverai les sentiments plutôt que les idées. J’ai pris du recul par rapport aux livres et à la lecture et je m’attache de plus en plus à l’affectivité et aux sentiments. Il vient un moment où il faut déchirer tous les livres.

    Je ne ferai plus de projets d’avenir : je n’ai aucun but, aucun objectif de perfectionnement, car ce qui doit être est. J’aurai une meilleure écoute attentive, et apprendrai à être attentif à moi-même, et aux autres, ma famille et mes prochains.

    Que Dieu m’aide à atteindre une chasteté totale !

    J’approfondirai encore la sagesse occidentale et je ferai les deux exercices du matin et du soir. Je récite le nom de Dieu sous toutes les formes et je prie aussi fréquemment que possible, notamment en récitant le « Notre Père » :

    « Notre Père qui est aux cieux,

    Que Ton Nom soit sanctifié,

    Que Ton Règne arrive,

    Que Ta Volonté soit faite sur la Terre comme aux cieux.

    Donne-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour,

    Pardonne-nous nos offenses,

    Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés,

    Ne nous laisse pas succomber à la tentation,

    Mais délivre-nous du mal,

    Car c’est à Toi qu’appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire, aux siècles des siècles. Amen »

     

    DIMANCHE 10 OCTOBRE 1982

    Je suis le gardien de mes frères, et je ne peux pas réussir seul ou aux dépens des autres. Je ne peux grandir en rapetissant les autres et me procurer le bonheur en infligeant aux autres de la peine.

    Lors de l’exercice de concentration, je méditerai plus fortement sur le prologue de l’évangile de Saint-Jean.

    Lors de l’exercice de rétrospection, je me poserai des questions plus précises sur les activités de la journée : cet exercice contribue à supprimer mes défauts et à les remplacer par les qualités inverses.

    Je suis trop préoccupé par mes problèmes personnels et j’ai en conséquence tendance à ne pas prêter attention et ressentir les besoins et les demandes des personnes qui m’entourent. Néanmoins j’ai aidé des personnes, et notamment l’une d’entre elles à trouver un travail, sans demander de contrepartie et en toute discrétion : je remercie ces personnes de m’avoir ainsi permis d’avancer sur le chemin du service.

     

    DIMANCHE 17 OCTOBRE 1982

    Je ne dispenserai mes conseils que lorsque l’expérience pratique m’y autorise. Quelque part, j’ai souhaité ce qui m’arrive et j’ai la vie que j’ai voulue, alors pourquoi me plaindre ? Je laisse le soin à Dieu d’être aux commandes, je suis son instrument, souriant et endurant tout ce qu’Il m’inflige.

     

    LUNDI 8 NOVEMBRE 1982

    Je suis encore trop préoccupé par moi-même et mes problèmes personnels : je donne trop facilement cours à mes penchants naturels, à mes désirs, à mes émotions et à mes passions. Je me tournerai résolument vers les autres, mes prochains. J’ai un fort désir de faire la volonté de Dieu et d’être son instrument au service de l’humanité : qu’Il m’aide à atteindre ce but !

    Je me juge de manière intransigeante, et pourtant l’observation est encore insuffisante : je m’en tiendrai à la pratique et non aux vœux pieux et m’abstiendrai de consommation d’alcool et de viande.

     

    VENDREDI 19 NOVEMBRE 1982

    J’ai une fragilité de l’ensemble du petit bassin, dont la vessie, et un rétrécissement de l’urètre, sans que la prostate, semble-t-il, ne soit en cause : je retiens mes urines et lorsque je les libère, elles sont extrêmement douloureuses et je dois fortement pousser. Il semble que cette rétention corresponde à la volonté inconsciente de garder mes vieilles mémoires et manifeste le refus d’oublier. En somme, je garde tout, je ne lâche rien et je refuse de me mettre en cause : cela renvoie-t-il à la peur que m’a inspirée mon père lorsque j’étais enfant et au refus de toute autorité par la suite ?

    Je mûrirai encore : en effet si je parviens à restreindre l’ego à la portion congrue, transformant son terrain en désert où ne subsistent que quelques brindilles jaunes et poussives, une brusque pluie de désirs contribue à faire repousser une végétation luxuriante, une véritable jungle. J’en déduis, d’une part que je dois vouloir la mort totale de l’ego, ne pas craindre, mais accepter sa disparition complète, et d’autre part, plus je m’approche du but, plus les résistances de l’ego sont importantes. Je ferai preuve d’un surcroît d’énergie et de détermination, face à ces retours en arrière, comme l’onanisme. Je construirai mon temple intérieur par des actions sans fruits. Le seul échec serait de renoncer, sachant que la marche sur le sentier s’effectue en spirales vers le haut, avec des passages dans la lumière et d’autres dans l’obscurité.

     

    SAMEDI 4 DECEMBRE 1982

    Il faut que je prie sans cesse. L’usage d’une brève formule pour pacifier et concentrer l’intellect est universel. Ainsi la formule peut être la suivante : inspiration « Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu… » et expiration «… aie pitié de moi, pauvre pêcheur ». Ceci conduit à l’union de l’intelligence et du cœur.

     

    DIMANCHE 5 DECEMBRE 1982

    Dans le journal intime, je me contente trop de répéter des formules, sans m’impliquer, sans m’analyser et sans tirer les conséquences de ma pratique quotidienne. Je suis à la recherche de Dieu, mais le bilan n’est-il pas un peu maigre ? Quels sont les obstacles ?

    Je suis peut-être trop plein de moi-même encore. Je restreindrai encore mon ego, afin de faire le vide, en espérant que Dieu occupera cette place laissée disponible. J’ai du mal à tenir mes engagements. Quel bilan ? Quelques prières, mais aucun contact, aucune avancée car Dieu ne m’a pas saisi. Je suis trop intellectuel, et écrire, chaque fois que je le peux, que « Je ne suis pas le corps » ne me fait pas avancer : j’étudierai moins et réaliserai plus. Je retiens trop : nourriture, savoir, idées reçues… Je dois lâcher prise.

    C’est lorsque je souffre le plus physiquement, que je deviendrai ce que « Je suis » : je ne me crisperai pas sur des habitudes et des préjugés, ce que je fais ou ne fais pas, mais tout doit pour ainsi dire couler. Ce que je recherche est au-delà des mots, et je le réaliserai lors des périodes inattendues de douleur et de malheur : c’est lorsque tout va mal que je dois penser au Soi.

    Je serai encore plus proche et plus aimant par rapport à ma famille : de ce côté-là, j’ai beaucoup de chance et j’apprécierai cette chance à sa juste valeur. Dieu m’a permis d’avoir des parents formidables, une belle famille, un bonheur certain.

    Le seul point positif auquel je suis arrivé, est la récitation constante du mantra de la Gayatri :

    « OM,

    BHUR BHUVA SVAHA,

    BHARGO DEVASYA DHEEMAHI,

    DHIYO YO NAH PRACHODAYAT ! ».[1]

    Seule l’action sans fruits et l’action désintéressée sont un but et un objectif : devenir le Soi, devenir ce que je suis déjà, ne peut être un but, mais c’est une prise de conscience. Dieu seul peut me donner cette grâce, s’Il le souhaite et s’Il me sait prêt.

    1 – Ai-je essayé, pendant ce mois passé, de me montrer plus obligeant et plus

    Je fais en sorte de limiter mon ego, de mettre entre parenthèses mes problèmes personnels pour m’intéresser plus aux autres. Je travaillerai encore sur moi, pour être plus équanime, et vivrai chaque période, chaque stade, en faisant ressortir les aspects positifs.

    2 – Les exercices de rétrospection et de concentration m’ont-ils permis d’être plus efficace dans mon existence quotidienne ?

    Je m’examine moi-même, mais l’application des exercices est encore trop irrégulière. Je les ferai aussi avec plus de profondeur, en me rappelant que seule la pratique compte. Quelles difficultés à surmonter tous mes défauts : mon Dieu, aide-moi !

    Dans une vie antérieure, je devais avoir une vie débauchée de pédophile : aujourd’hui, encore, lors des séances d’onanisme, je visualise des scènes de viols et d’attouchements d’enfants. C’est une forme de recherche de l’innocence et de la pureté, qui provient de mes rapports avec mes parents – peut-être – mais surtout d’une vie antérieure : que la vie présente me serve au moins à éliminer ce mauvais karma-là ! C’est l’un de mes défauts essentiels que je dois éliminer. Lorsque cela se produit, je lirai un extrait de la Bible ou du Coran. 

    Cette application de l’onanisme m’a permis, au cours de la présente vie, de rester fidèle, et d’être l’homme d’une seule femme, d’un seul amour, mon épouse – cela m’a maintenu chaste et pur, puisque, si j’ai souillé mon propre corps, je n’ai pas souillé le corps d’autrui, même si de ce côté-là, j’ai aussi parfois des désirs impurs. Désormais, je considérerai toutes les femmes comme des mères et des sœurs.

    J’ai des difficultés à jeûner, c’est-à-dire à lutter contre l’avidité quant à la nourriture. Parfois je fais preuve de gourmandise, avalant une grande quantité d’aliments, et n’importe lesquels : viande, friandises… Le minimum auquel j’atteindrai est de limiter la nourriture, de jeûner un jour par semaine et d’être végétarien.

    J’en appelle à Toi, Seigneur Dieu : sans doute, mes efforts sont insuffisants, sans doute il demeure des grands défauts, sans doute l’ego est encore bien là et bien présent, mais Toi, Tu le sais bien, je n’arriverai à aucun résultat tangible si Tu ne me donnes pas Ta grâce. Fais un pas vers moi et donne-moi une parcelle d’illumination, donne-moi Ton darshan[2] et envoie-moi un peu de force vitale, afin que je puisse monter plus haut, fais-moi entrevoir le Soi.

    Seigneur Dieu, Tu es témoin, jour après jour, de mes efforts pour parvenir à occuper le Soi. Ces efforts, discrets et non publics, sont néanmoins constants et continus. Seigneur Dieu, Tu vois aussi les obstacles que ma cécité ne me permet pas toujours de distinguer : aide-moi à les surmonter et à les détruire, mais ne laisse pas loin de moi le calice. Permets-moi, avant de disparaître de cette vie, de goûter le Soi ! Seigneur Dieu, fais-moi un signe !

    Je sais ce que je Te dois. J’ai par mes mauvais choix, en pensées, en paroles et en actes, par mes fautes et par mes erreurs, mes limitations et mes péchés, sûrement contrecarré Tes plans grandioses ; mais j’ai pris sur moi-même et me voilà devant Toi, soumis à Ta volonté. Seigneur Dieu, éclaire-moi : pourquoi Ton silence ? Y a-t-il un prix trop lourd à payer et veux-Tu me préserver de cela ? Oui, tout T’appartient et tout est Ton jeu divin, mais qu’à cela ne tienne, fais-moi un signe, car je suis prêt. Ne puis-je pas coopérer à Ton œuvre lucidement et consciemment ? Ne tiendras-Tu aucun compte des efforts – oui, je le sais, efforts humains, humbles, modestes, sans doute insuffisants – que j’ai pu faire ? Tu m’as mis sur le chemin rosicrucien, et aujourd’hui, Tu le sais plus que n’importe qui, c’est de Toi, de Toi, de Toi seul que j’ai besoin : j’aspire à ce que Tu me touches, mon cœur T’est ouvert, viens T’asseoir sur le trône qui T’appartient et ne me laisse pas dans la désespérance !

     

    SAMEDI 11 DECEMBRE 1982 

    Je considérerai mon ego comme mort et malgré cela je serai un guerrier de Dieu.

     

    VENDREDI 17 DECEMBRE 1982

    J’affirme continuellement que « je ne suis pas le corps », mais cela reste une affirmation intellectuelle, qui tarde à passer dans la vie concrète.

    Mes fantasmes me conduisent parfois à imaginer des scènes pédophiles et sadiques : si je ne suis jamais passé à la pratique, ces cauchemars me « mangent » une partie de ma vie et de mon énergie, et m’empêchent sûrement de progresser sur le chemin spirituel. Ces rêves renvoient à une vie antérieure : c’est un mauvais karma que j’apurerai. Chaque fois que ce type de fantasme surgit, je l’analyserai, prierai, méditerai et ne lutterai pas frontalement contre lui, pour ne pas le renforcer. M’intéresser plus aux autres et servir de manière désintéressée, sont les outils pour dévier ces pensées malsaines et pour éviter que ces « idées fixes » ne deviennent des actes.

     

    SAMEDI 1° JANVIER 1983

    Ce que je suis et ce que je recherche.

    Depuis longtemps, je suis à la recherche d’un trésor, mais j’ai commis beaucoup d’erreurs dans cette recherche. J’ai d’abord recherché ce trésor en dehors de moi-même ; ce faisant, j’ai trop compté sur les autres et je n’ai pas eu assez confiance en moi-même. J’ai recherché dans les livres, mais les livres ne sont que des poteaux indicateurs qui montrent le chemin, sans plus. J’ai recherché aussi dans divers groupes fraternels, mais ce ne sont aussi que des poteaux indicateurs, et il m’appartient de faire les efforts pour progresser. Par ailleurs dans certaines circonstances, ces groupes fraternels peuvent devenir des sources d’illusion et la pire des choses, avec de l’affairisme, un pseudo occultisme, c’est-à-dire, le contraire des idéaux annoncés. Dans ces groupes, il convient de rechercher les graines de spiritualité à développer ensuite par moi-même.

    La famille a une grande importance, épouse, enfants et tous les parents, mais la famille, c’est aussi, dans une rivière, des morceaux de bois qui flottent et se rencontrent, cohabitent puis se séparent. Ne pas  oublier que je nais seul, que je meurs seul et entre les deux, je vis seul. Il s’agit d’un constat sans sentimentalisme.

    J’ai eu dans le passé, trop de refuges : le rêve, le travail, les illusions diverses. Je deviendrai ce que je suis déjà : le Soi. Il n’y a rien à apprendre, rien à étudier : tout est déjà là. Je refuserai l’érudition et donnerai plus d’importance à l’intuition. Dans l’avancée spirituelle, je refuse toute illusion et je n’accepte rien que je n’ai expérimenté moi-même. Tous les attachements vont à l’encontre de l’idéal et nuisent à celui-ci : à chaque fois, c’est le mental qui reprend le dessus et j’oublie l’arrière-plan essentiel, l’écran blanc, le Soi, sans lequel il n’y aurait pas de film, la réalité quotidienne. J’agis sans chercher les fruits de mon action, Dieu seul recueille les fruits bons ou mauvais. La mort, objet de méditation, sera acceptée comme le stade suprême, l’ultime initiation et comme une naissance nouvelle : seul le mental craint cette échéance. Le seul point important, c’est l’Amour : tout sera annihilé, sauf l’Amour qui sera diffusé partout. Le trésor caché, c’est le Soi, à la fois Amour, Lumière et Vie.

     

    DIMANCHE 2 JANVIER 1983

    Seigneur Dieu, fais moi rencontrer l’Ange, qu’il m’inspire et me guide !



    [1]Traduction :

    « Om,

    O Puissance Divine qui illumine le Grand Soleil,

    Et les trois mondes de la Terre, de l’Air et du Ciel,

    Nous vous implorons afin que cette illumination,

    Nous conduise de l’obscurité vers la Lumière. »

     

    [2] Darshan : Voir ou être en compagnie d’une personne de haute nature spirituelle.

     

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