• LE MINOTAURE BOUFFI (Partie 6)

    Chacun de nous est à la fois Thésée, c’est-à-dire la tête et  surtout le cœur, ainsi que le minotaure, c’est-à-dire le ventre, l’instinct et les passions. Soit le cœur, le courage, parvient à maîtriser le ventre, et humanise l’ensemble Thésée-Minotaure, soit le ventre devient le maître, et l’on se transforme en Baal bestial.

    LE MINOTAURE BOUFFI (Partie 6)

     

     

    Mac Benah « La chair quitte les os »

     

    « Pourquoi ? » « Ici, il n’y a pas de pourquoi ! ». Le conseil général de l’Isare a construit son siège au cœur d’un labyrinthe, et a mis dans ce labyrinthe, le minotaure. A partir de ce point, il est tout à fait inutile de se poser des questions sensées : tout est fait pour alimenter le minotaure, rien de plus, rien de moins. Celui qui alimente périodiquement en chair fraîche, ce sont les cabinets de recrutement Profess et Licht, à coup de contrats grassement rémunérés. Sur place, le grand prêtre au service du culte est Yanick Duhaut.

    Chacun de nous est à la fois Thésée, c’est-à-dire la tête et  surtout le cœur, ainsi que le minotaure, c’est-à-dire le ventre, l’instinct et les passions. Soit le cœur, le courage, parvient à maîtriser le ventre, et humanise l’ensemble Thésée-Minotaure, soit le ventre devient le maître, et l’on se transforme en Baal bestial.

    Lorsque l’on pénètre dans un labyrinthe, après avoir cheminé dans un sen et dans l’autre, l’on parvient enfin dans son centre. Là il n’y a que deux façons d’en sortir : soit le fil d’Ariane ou d’Arachné, permet de sortir par le même chemin que celui par lequel on est entré. Si cette solution permet de préserver la vie, elle ne favorise pas l’initiation. L’autre solution est de sortir par la verticale : c’est-à-dire que l’initiation a permis que poussent des ailes, et l’on sort par le haut, par la spiritualité.

    Ceci est l’histoire de Jean Paul Thé, emporté par Yuri Clamour dans l’antre de Jules (Yules) Minotaure, et soumis aux manipulations perverses de Yanick Duhaut, grand prêtre en exercice du culte bestial et infernal.

    Voici comment, ces trois mauvais compagnons, Yuri Clamour, Yanick Duhaut et Yules Minotaure en voulant néantiser et transformer en rien Jean Paul Thé, le précipitant devant les nombreux spectateurs plus ou moins passifs que sont les agents de l’administration départemental, ont fait pousser des ailes à Jean Paul Thé et l’ont fait s’élever dans le monde spirituel, celui du maître secret.

    Ceci s’est passé à Bello, dans les années de grâce 2010  et 2011.

     

    ACTE 1

    UN BILLET POUR L’ENFER !

     

    Présentation du Minotaure, le labyrinthe, l’organisation du culte du Minotaure, les victimes.

     

    Avec l’argent des contribuables isariens a été construit, au milieu d’un grand parc luxuriant, au bout du dédale des chemins verdoyants, à Bello, un temple à la gloire du minotaure. Là se sont concentrés les instincts les plus bas et les plus vils, les trois points inversés du diable : l’argent qui corrompt, le sexe pornographique et le pouvoir autocratique. A cet endroit, face au jet d’eau et à l’étang artificiel, le président endosse obligatoirement, sans qu’il puisse faire jouer son libre arbitre, l’uniforme du minotaure. Peu à peu, de façon pernicieuse et tragique, jour après jour, s’est construit le culte moderne du minotaure, avec son protocole et son rituel. Chaque jour, tout en hurlant sa peine et en implorant la délivrance de cette malédiction, le président est contraint d’organiser le culte de ce minotaure, lui apportant son lot de chair sacrifiée, de sang et de larmes. C’est un palais moderne où se réfugie une créature artificielle, ogre assoiffé de reconnaissance, de profits, ainsi que de la chair humaine.

    A partir du siège du conseil général de l’Isare est née et s’est développée une créature à la fois fantomatique quant à son essence, mais bien réelle quant à son existence, puisque le président, bien malencontreusement, lui a permis de cohabiter dans son corps : le mort a saisi le vif. Trois prêtres impies sont particulièrement affectés au culte satanique et bestial. Leur objectif unique est d’alimenter le minotaure par le sang, les larmes et la chair populaire. Chaque jour est déposé aux pieds du minotaure une dose de sacrifices. Tous trois sacrifient délibérément leurs qualités humaines, leurs dignités et leurs vertus au culte du minotaure, en rationalisant les instincts les plus bas et les pires émotions. Leurs comportements fallacieux prend l’apparence des plus beaux et plus nobles sentiments, invoquant en paroles le bien commun, la liberté, l’égalité la fraternité et la laïcité, ainsi que toutes les belles vertus dont a surgi la république. Mais ces discours trompeurs sont démasqués, et les trois prêtres impies, Dubas, directeur de cabinet, Dumilieu, dit « le bras droit du président », et Duhaut, directeur général des services apparaissent pour ce qu’ils sont véritablement, les thuriféraires du culte du minotaure.

    Marie-Laure Martigue est l’une des victimes sacrifiées. Sa carrière professionnelle a été mise à mort pour contenter la soif de pouvoir du minotaure. Jeune innocente de vingt-cinq années, ayant beaucoup de volonté de servir et de bien faire, recrutée dans le cadre d’un contrat à durée déterminée, sa fonction était d’assurer les conditions de voyage du président dans ses déplacements tant en France qu’à l’étranger. Mais dès l’origine, son destin était tracé, et elle était condamnée à disparaître de façon catastrophique, car elle n’avait pas compris qu’elle devait d’abord et avant tout tout faire pour glorifier et adorer le minotaure. Marie-Laure a organisé le voyage d’une délégation du conseil général au Liban, au mois d’octobre 2010, pendant quatre jours. Cette délégation comportait quatre élus, un fonctionnaire et l’épouse du président. Afin de compliquer la tâche, et également pour s’éviter à soi-même des difficultés de gestion, le directeur de cabinet, Dubas, refuse que la régie d’avance accolée au cabinet, puisse servir pour permettre l’avance de fonds pour les voyageurs. Malgré les retards que cela pourrait causer, Dubas impose la création d’une nouvelle régie par Marie-Laure.

    Le directeur général des services, Duhaut, saisit Marie-Laure d’une demande qui émane, dit-il, directement du président. Celui-ci exige que le billet d’avion de son épouse, qui va accompagner la délégation du conseil général de l’Isare dans le voyage au Liban, soit pris en charge directement par la collectivité territoriale, et figure sur une facture unique du voyagiste. Le président estime consacrer suffisamment de son temps personnel à son activité au service des isariens, pour avoir le droit de mettre en œuvre une telle prérogative.

    Ainsi se met pernicieusement en marche une mécanique visant à broyer un agent scrupuleux, et donc à imposer le culte sacrificiel au minotaure. L’instrument du destin est l’épouse du président, même si celle-ci est parfaitement ignorante de ce qui se trame malgré elle, et le scénario est mis en œuvre par Duhaut. En paroles, Duhaut refuse toute dérogation à la légalité. Il souhaite une conformité, dans la forme, strictement aux textes réglementaires, quant aux apparences. Mais en réalité, tout est mis au service du culte du minotaure, rien n’y déroge, et c’est avec la plus grande rationalité, et aussi pour pouvoir survivre lui-même, qu’il va organiser le culte satanique. La résistance passive à tant d’injustices va coûter cher à Marie-Laure : livrée à elle-même, sans soutien, le président retire sa présence de la délégation et envoie à sa place, pour ce voyage, la directrice de la culture. Ensuite, il sera reproché à Marie-Laure les conditions dans lesquelles s’est déroulé le voyage au Liban : le fait que le président et son épouse aient voyagé en classe affaires, séparés des autres membres élus et fonctionnaires de la délégation, qui ont voyagé en classe économique, ainsi que le fait que le président ait été reçu à Beyrouth par un secrétaire de troisième catégorie de l’ambassade de France et non par l’ambassadeur lui-même, de même que les mauvaises conditions de transport en taxis. En fin de compte, le contrat de travail de Marie-Laure ne sera pas reconduit et elle sera mise en cessation d’activité un mois plus tard, le 23 novembre 2010. Duhaut poussera alors l’élégance à faire l’éloge funèbre de Marie-Laure, affirmant qu’elle avait été nulle, pas dégourdie, peureuse et mal encadrée. C’est là la partie émergée de l’iceberg : la volonté de disposer d’un personnel domestiqué et aux ordres, prêt à assurer dans toutes les conditions le culte du minotaure. Mais que recèle la partie immergée de l’iceberg ?

     

     

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