• La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle.(Treizième partie)

    Le rôle de la franc-maçonnerie :

    La franc-maçonnerie ne pouvait pas voir plus loin que l’avant-garde de la classe ouvrière, qui est devenue la classe la plus avancée de la société. Dans la mesure où les intérêts stratégiques de cette classe ont été trahis par les dirigeants révisionnistes et opportunistes de celle-ci, la seule optique était la réalisation du programme du CNR.

    Pourtant, depuis la Révolution française de 1789, mais surtout depuis les révolutions de 1848 et de 1871, se sont posées avec de plus en plus d’acuité les questions de la démocratie, de la liberté et de l’égalité.

    Ces problèmes se posent de la façon suivante :

    • L’Etat bourgeois, c’est la liberté, pour une minorité de plus en plus restreinte d’exploiter d’autrui. C’est l’absence de démocratie et d’égalité pour le plus grand nombre. C’est une organisation parfaite de la micro-économie, au niveau de chaque entreprise prise individuellement. Mais c’est l’anarchie au niveau de la macro-économie et de l’organisation de l »’économie dans son ensemble.
    • L’Etat socialiste, c’est la démocratie et l’égalité pour la majorité, une organisation planifiée de l’économie, assurant à chacun des moyens de vivre (travail, logement, loisirs,…). C’est aussi la dictature sur la minorité des anciens exploiteurs. Le point clé est la collectivisation des moyens de production.
    • La société, dans son ensemble aspire au socialisme, et donc à une prise en charge de l’économie par la classe ouvrière et ses alliés.

    En conséquence, seul le socialisme véritable est satisfaisant quant à l’application des principes de « Liberté, Egalité, Fraternité ».

    Comme en 1789, 1848 ou 1871, les classes privilégiées n’accepteront pas de gaîté de cœur de renoncer à leurs privilèges.

    Le passage de l’ancien système au nouveau système nécessite donc une période difficile, de rupture, une période révolutionnaire, qui sera forcément une période de guerre populaire.

    La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle.(Treizième partie)

     

    Le programme du Conseil National de la Résistance, programme bourgeois de restauration du capitalisme français

    Si le programme du CNR est un programme stratégique, il y a alors mensonge sur la marchandise de la part du PCF : car c’est un programme de restauration du capitalisme traditionnel français. Sans doute ce programme met fin à la phase fasciste du capitalisme français, phase ouverte par le Régime de Vichy en 1940, mais il ne met pas le pied à l’étrier de la classe ouvrière pour aller vers l’étape stratégique qu’est la sienne : la destruction de l’ancien Etat, l’Etat bourgeois, et l’instauration d’un nouvel Etat, l’Etat socialiste.

    Par opportunisme, les dirigeants du PCF privent donc la classe ouvrière de toute autonomie et la place sciemment à la remorque de la classe bourgeoise, pour l’instauration d’une Quatrième République.

    En fin de compte, les dirigeants du PCF n’ont anticipé aucune étape, et ont déjà renoncé à la révolution socialiste, se plaçant dans une optique, non pas de luttes des classes, mais d’une lutte pour les places (places de parlementaires, de conseillers généraux, de maires,…). Ceci explique leur volonté de rendre les armes, de faire fusionner les FTP avec l’armée bourgeoise : c’est la stratégie de traîtrise : « Un seul Etat, une seule armée, une seule police ». Puis bientôt, l’appel est lancé pour un productivisme effréné en faveur des entreprises bourgeoises.

    Puis peu à peu, le P « C » F est devenu un embryon du social-impérialisme russe.

    On peut lire, en 2013, une afficha du PCF/Front de Gauche, ainsi libellée : « Prenez le pouvoir. La VI° République, c’est maintenant ». Quelle duperie. Après cinq républiques bourgeoises, les ouvriers et le peuple sont appelés à créer une sixième république bourgeoise rénovée. Ainsi, le PCF a renié définitivement son objectif de rupture avec le capitalisme, de révolution sociale et d’instauration d’un nouveau système, le socialisme. Il s’agit seulement de faire la « révolution citoyenne » dans les urnes, et de remplacer un système ancien et pourri par un système rénové et « moins » pourri. « Voter, c’et lutter » : comme si cela allait changer la vie quotidienne des ouvriers et du peuple !

     

    Un des facteurs clés qui permet de départager les personnes en 1940 et le vote ou non des pouvoirs spéciaux au maréchal Pétain. C’est un des marqueurs essentiels de cette époque. Il ne faut jamais oublier que Pétain a été mis en place par une chambre « de gauche » : socialisme et fascisme sont bien deux frères jumeaux.

    A la lecture du programme du Conseil national de la Résistance, plusieurs constats sont évidents :

    Le point clé, c’est qui dispose du pouvoir réel ?

    Incontestablement, c’est la bourgeoisie, représentée par de Gaulle.

    Le programme vise à restaurer une république bourgeoise. Pour le reste, il ne s’agit alors que de vœux pieux.

    Pour le moins, si le PCF avait été dans son rôle de représentant de la classe ouvrière et du peuple, il aurait du doubler ce programme d’un second programme socialiste, dont l’objectif est de briser l’Etat bourgeois et d’instaurer le socialisme.

    La démarche stratégique aurait dû être : d’abord un front commun et uni, pour vaincre l’ennemi commun, le nazisme et le régime de Vichy, et en même temps, et puis dans l’étape suivante, une étape de prise du pouvoir, la mise en avant de la nouvelle contradiction principale entre le PVF et de Gaulle.

    Les sacrifices humains consentis par le peuple et les ouvriers n’auraient été ni moins lourds, ni plus lourds, avec une telle perspective.

    Au lieu de cela, il y avait de la part du PCF, une stratégie unique : le front commun sous la direction de la fraction de la bourgeoisie représentée par de Gaulle. Le résultat est le mot d’ordre défaitiste et opportuniste : « Un seul Etat, une seule police, une seule justice, une seule armée », à savoir l’Etat bourgeois restauré.

    Ceci explique la mollesse de l’épuration, bien plus faible en France que dans d’autres pays européens. Car la bourgeoise, pour son compte, a su mener la guerre de classes, en épargnant ses représentants collaborationnistes, afin de préparer tout de suite la phase suivante, à savoir la lutte contre les communistes. La bourgeoisie a su faire l’union sacrée de sa classe, y compris avec une fraction vichyste compromise, pour mener la lutte pour la domination du peuple et la mise à l’écart de la classe ouvrière.

    Affaiblissant encore plus sa position, le PCF a opté pour une stratégie uniquement électorale, trouvant dès lors face à lui, le MRP, la SFIO et les gaullistes.

    Les dirigeants du PCF n’avaient plus qu’une dernière offensive pour tromper les ouvriers, c’est d’appeler à la production, ce qu’ils ne manquèrent pas de faire, dès la guerre terminée.

    Tout le contenu du programme devient alors un verbiage typiquement bourgeois, sans incidence réelle sur la vie quotidienne des masses :

    • « Union des patrons et des ouvriers » ;
    • « Union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l’a dit le Général de Gaulle, de l’insurrection nationale » ;
    • « Union étroite de tous les patriotes, sans distinction d’opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée… ».
    • « Rester unis après la libération ».
    • « Démocratie la plus large » ;
    • « L’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ».
    • « Le droit au travail et le droit au repos ».
    • « La sécurité de l’emploi ».
    • « Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales ».
    • « Une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale ».
    • « Dans l’union de tous les Français rassemblés autour (…) de son président le général de Gaulle ».

    Tout ce qui s’est déroulé après-guerre viendra démentir toutes ces bonnes intentions mensongères :

    • Droit des populations coloniales ? Guerre d’Indochine, d’Algérie, néocolonialisme,…
    • Libéralisme et république bourgeoise qui conduisent à une aggravation des inégalités sociales, aggravation lente pendant les « Trente Glorieuses », aggravation accélérée pendant les « Quarante Piteuses ».

    Le programme remet en route la machinerie électorale, en précisant que la démocratie sera représentative et non directe : ce sont les élus qui exerceront un contrôle et non directement le peuple.

     

    Le rôle de la franc-maçonnerie :

    La franc-maçonnerie ne pouvait pas voir plus loin que l’avant-garde de la classe ouvrière, qui est devenue la classe la plus avancée de la société. Dans la mesure où les intérêts stratégiques de cette classe ont été trahis par les dirigeants révisionnistes et opportunistes de celle-ci, la seule optique était la réalisation du programme du CNR.

    Pourtant, depuis la Révolution française de 1789, mais surtout depuis les révolutions de 1848 et de 1871, se sont posées avec de plus en plus d’acuité les questions de la démocratie, de la liberté et de l’égalité.

    Ces problèmes se posent de la façon suivante :

    • L’Etat bourgeois, c’est la liberté, pour une minorité de plus en plus restreinte d’exploiter d’autrui. C’est l’absence de démocratie et d’égalité pour le plus grand nombre. C’est une organisation parfaite de la micro-économie, au niveau de chaque entreprise prise individuellement. Mais c’est l’anarchie au niveau de la macro-économie et de l’organisation de l »’économie dans son ensemble.
    • L’Etat socialiste, c’est la démocratie et l’égalité pour la majorité, une organisation planifiée de l’économie, assurant à chacun des moyens de vivre (travail, logement, loisirs,…). C’est aussi la dictature sur la minorité des anciens exploiteurs. Le point clé est la collectivisation des moyens de production.
    • La société, dans son ensemble aspire au socialisme, et donc à une prise en charge de l’économie par la classe ouvrière et ses alliés.

    En conséquence, seul le socialisme véritable est satisfaisant quant à l’application des principes de « Liberté, Egalité, Fraternité ».

    Comme en 1789, 1848 ou 1871, les classes privilégiées n’accepteront pas de gaîté de cœur de renoncer à leurs privilèges.

    Le passage de l’ancien système au nouveau système nécessite donc une période difficile, de rupture, une période révolutionnaire, qui sera forcément une période de guerre populaire.

    Il convient donc de s’y préparer, le contexte général pouvant être, soit une paix relative entre les Etats, soit une guerre entre les nations. Pour la classe ouvrière, il est donc nécessaire de la préparer idéologiquement, afin d’éviter qu’elle ne rate à nouveau le coche et ne se mette de nouveau à la traîne d’une fraction de la bourgeoise, que cette fraction soit de droite, de « gauche » ou ouvertement fasciste. La classe ouvrière, ainsi que ses alliés c’est-à-dire, quel que soit le contexte, notamment entre les nations, paix ou guerre, doit avoir une conscience claire de ses intérêts propres stratégiques, et mène la lutte jusqu’au bout, sans se laisser dévoyer par les révisionnistes, composante de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière.

    C’est avec raison que le Régime de Vichy a désigné la franc-maçonnerie comme un ennemi mortel : en effet la franc-maçonnerie irrigue la société de principes républicains qui vont tout à fait à l’encontre du fascisme et même du capitalisme.

     

    Il est capital d’étudier la réalité historique telle qu’elle est.

    Par exemple, différents dictionnaires de francs-maçons font l’impasse sur le fait que certaines personnalités étaient francs-maçons, comme Pierre Laval. D’autres francs-maçons sont devenus collaborationnistes et fascistes. Ignorer ce fait, c’est un peu éluder la réalité.

    Il est important de mesurer le nombre de francs-maçons qui sont devenus d’une part résistants, et d’autre part collaborationnistes et fascistes. C’est un phénomène probant, tout comme les communistes qui se sont transformés en leur contraire et sont devenus fascistes, comme Jacques Doriot.

    Certains historiens affirment qu’il y avait plus de francs-maçons du côté de la collaboration et de l’Occupant, que du côté de la résistance : ceci est un élément à étudier ;

    Il en a été de même à toutes les époques historiques :

    • Lors de la Révolution française de 1789, certains francs-maçons étaient hostiles à cette Révolution (les émigrés, La Fayette,…), d’autres se sont comportés en traîtres (Mirabeau,…).
    • Lors de la Commune de Paris de 1871, certains francs-maçons étaient opposés à ce mouvement (les Versaillais, les anciens généraux de Napoléon III,…). De nombreux francs-maçons, communards, se sont transformés en boulangistes ou conservateurs (Rochefort, Malon,…).

    Voici quelques éléments qu’il serait utile d’étudier d’un point de vue statistique, sociologique et psychologique :

    1. L’évolution sociologique des francs-maçons dans les ateliers :
    • Au XVIII° siècle : présence d’aristocrates et de la haute-bourgeoisie ;
    • Au XIX° siècle : présence de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie (artisans, aristocratie ouvrière,…).

    A chacune de ces périodes, la fraternité est « censitaire », et se caractérise par l’absence des classes populaires. Il y a une ségrégation sociale, organisée notamment par le recours aux « hauts-grades », et les loges « entre-soi ». Par exemple, au XX° siècle, il existe des loges composées exclusivement de médecins, d’avocats et de magistrats, d’hommes politiques, de chefs d’entreprise,…. Il y a une forme de fraternité spécialisée « entre-soi », ce sont les « fraternelles ».

    1. L’évolution de la mythologie maçonnique et des rites, des divers thèmes, comme l’égalité. Par exemple, un trait de génie des initiateurs de nouveaux rites a été l’introduction de la maçonnerie templière, et de la lutte contre les deux piliers de l’oppression, le Roi et l’Eglise. Autre exemple : la liberté. La loi du frère Le Chapelier a conduit à l’interdiction de tous les regroupements, y compris les réunions de loges.
    2. La fonction de la « machinerie » maçonnique, et de l’égrégore maçonnique. Si la « tradition » maçonnique traverse toutes les périodes, son objectif reste le même : c’est préparer l’étincelle qui « met le feu à la plaine ». Plus précisément, c’est l’élément qui associe une partie des classes « d’en-haut » aux mouvements révolutionnaires. La franc-maçonnerie place une partie des classes privilégiées dans une position résolument progressive. Elle est un élément déclencheur des crises sociales majeures et des révolutions.

    La franc-maçonnerie contribue à scinder les classes privilégiées en deux fractions : l’une conservatrice, l’autre progressive. Ceci en deux périodes bien distinctes : d’abord, entre deux crises, la franc-maçonnerie sert de moyen, parmi d’autres moyens (académies, clubs,…), de diffusion des « lumières » dans l’ensemble de la société, en propageant des thèmes comme la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité … dans l’ensemble du tissu social. Ensuite, elle sert à déclencher la crise en mettant en mouvement, par une scission avec ses éléments réactionnaires, une fraction de la classe privilégiée, entraînant les classes populaires dans ce mouvement d’édification d’une société nouvelle.

    Dans ce cadre, il convient de distinguer une maçonnerie « purement théorique », qui reste au niveau des mots, et une maçonnerie pratique, qui considère que ses valeurs sont des réalités à mettre effectivement en œuvre pour la première maçonnerie, dite « théorique », les valeurs sont des faire-valoir, la fraternité a un aspect « bisou nounours », tout à fait irréel et éthéré. Pour la maçonnerie pratique, les valeurs sont prises « au mot », et doivent trouver leur réalisation dans la réalité sociale.

    Les francs-maçons, hommes politiques, sont souvent peu assidus en loge, mais ils calent leur manière d’être sur leurs « électorats ».

    Concernant le féminisme, l’Obédience du GODF a eu longtemps une manière de voir rétrograde et patriarcale. C’est ainsi que les responsables de l’obédience ont du violenter la majorité pour imposer, de façon très peu démocratique, l’initiation des femmes.

    1. Chaque loge de fait, agit sur la Cité, en vertu de l’adage : « Répandre à l’extérieur du Temple les vérités acquises ». Ceci se manifeste notamment par une opposition irréductible de la franc-maçonnerie par rapport à l’extrême-droite, le fascisme, le racisme, l’antisémitisme, c’est-à-dire toute forme de fanatisme.

    Membres du Conseil national de la Résistance au 27 mai 1943 :

     

    Outre Moulin et ses deux collaborateurs, Pierre Meunier et Robert Chambeiron, ont participé à la réunion du 27 mai 1943 :

    Les représentants des huit grands mouvements de résistance :

    Pierre Villon du Front national de la résistance créé par le Parti communiste français

    Roger Coquoin pour Ceux de la Libération,

    Jacques Lecompte-Boinet pour Ceux de la Résistance,

    Charles Laurent pour Libération-Nord,

    Pascal Copeau pour Libération-Sud,

    Jacques-Henri Simon pour Organisation civile et militaire,

    Claude Bourdet pour Combat,

    Eugène Claudius-Petit pour Franc-Tireur ;

    Les représentants des deux grands syndicats d'avant-guerre :

    Louis Saillant pour la CGT,

    Gaston Tessier pour la CFTC ;

    Et les représentants des six principaux partis politiques de la Troisième République :

    André Mercier pour le PC,

    André Le Troquer pour la SFIO,

    Marc Rucart pour les radicaux,

    Georges Bidault pour les démocrates-chrétiens,

    Joseph Laniel pour l’Alliance démocratique (droite modérée et laïque),

    Jacques Debû-Bridel pour la Fédération républicaine (droite conservatrice et catholique).

     

    Le programme du Conseil national de la Résistance.

     

    I - PLAN D’ACTION IMMÉDIATE

     Les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

    Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l’oppresseur hitlérien poursuit avec l’aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d’un million de prisonniers, par la déportation d’ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l’emprisonnement de 300.000 Français et par l’exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.

    Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l’armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d’abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l’avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l’envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.

    Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l’espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l’Europe, a placés dans leur volonté d’abattre l’Allemagne nazie, par le déclenchement d’opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l’épreuve décisive.

    Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu’il mette tout en œuvre afin d’obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la résistance ne veulent pas et d’ailleurs ne peuvent pas se contenter d’une attitude passive dans l’attente d’une aide extérieure, mais qu’ils veulent faire la guerre, qu’ils veulent et qu’ils doivent développer leur résistance armée contre l’envahisseur et contre l’oppresseur.

    Ils constatent, en outre, que la Résistance Française doit ou se battre ou disparaître ; qu’après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l’offensive des Français contre l’ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.

    Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l’ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l’union des patrons et des ouvriers, l’échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l’appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l’armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu’il doit poursuivre et accroître cette lutte.

    En conséquence, les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

    Déclarent que c’est seulement par l’organisation, l’intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l’union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l’a dit le Général De Gaulle, de l’insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R, sous l’autorité du C.F.L.N, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d’assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.

    Ils ont l’espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l’état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l’aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l’ennemi commun, ainsi que l’a démontré l’exemple glorieux des patriotes corses.

    Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l’armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.

    Pour mobiliser les ressources immenses d’énergie du peuple français, pour les diriger vers l’action salvatrice dans l’union de toutes les volontés, le C.N.R décide :

    D’inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d’entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n’existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.

    Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L). Ils seront soumis à l’autorité des C.D.L qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d’action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.

    Le but des ces comités sera, à l’échelon communal, local et d’entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l’ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l’assistance active à l’égard des patriotes sous l’impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d’entraîner les Français qu’ils auront su grouper à l’action armée pour la Libération.

    Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation imposées par l’ennemi, de l’extérieur et de l’intérieur.

    Ces comités devront :

    1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l’ennemi et augmentant le potentiel humain de la résistance ;

    2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de Darnand ainsi que les mouchards et les traîtres ;

    3) Développer l’esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;

    4) Développer, d’une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés ; d’autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

    5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d’obtenir l’augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l’ennemi, de façon à rendre à la population un minimum de vital en matière d’alimentation, de chauffage et d’habillement ;

    6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers, des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

    7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d’installations industrielles pour le compte de l’ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l’ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

    8) Défendre à l’intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l’Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.

    Tout en luttant de cette façon et grâce à l’appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d’entreprises devront en outre :

    a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l’Intérieur par l’accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;

    b) En accord avec les états majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I, organisées milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l’encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l’ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l’établissement effectif de l’autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I dont l’autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

    Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R prescrit de l’état major national des Forces Françaises de l’Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

    1) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I de combattre dès maintenant l’ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d’armes et de munitions afin d’en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

    2) Faire distribuer les dépôts d’armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l’avenir immédiat ;

    3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l’échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d’efficacité ;

    4) Coordonner l’action militaire avec l’action de résistance de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d’appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d’empêcher les réquisitions de vivres et d’installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l’occupant provisoire.

    Ainsi, par l’application des décisions du présent programme d’action commune, se fera, dans l’action, l’union étroite de tous les patriotes, sans distinction d’opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l’insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.

    Ainsi, par l’effort et les sacrifices de tous, sera avancée l’heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d’immenses richesses pourront être préservées.

    Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d’entreprendre au lendemain de la libération la plus grande œuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie. »

     

    II - MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

    Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la libération :

    1) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

    2) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

    3) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’armistice par les gouvernements de l’axe et par leurs ressortissants, dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

    4) Afin d’assurer :

     L’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;

     La pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;

     La liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ;

     La liberté d’association, de réunion et de manifestation ;

     L’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;

     Le respect de la personne humaine ;

     L’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

    5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

    a) Sur le plan économique :

     L’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;

     Une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;

     L’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;

     Le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;

     Le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

     Le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

    b) Sur le plan social :

     Le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;

     Un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;

     La garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;

     La reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;

     Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;

     La sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;

     L’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance conte les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;

     Une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

     Le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

    c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

    d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

    Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation.

    Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.

    L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi.

    En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président le général De Gaulle !

    En avant pour le combat, en avant pour la victoire afin que VIVE LA FRANCE !

    LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE »

     

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