• La mission de la franc-maçonnerie en France au XXI° siècle.(Première partie)

    Il y a une multitude de voies qui mènent au même objectif : l’Un, le sommet de la montagne. Quel est le travail du franc-maçon ? C’est, en partant de la pierre brute, de transformer celle-ci en pierre cubique.

     

    Introduction :

    La méthode.

     

    Il y a plusieurs façons d’appréhender la franc-maçonnerie. Nous en distinguerons au moins deux : mythos et logos.

    On peut étudier la franc-maçonnerie d’un point de vue légendaire, le mythe. C’est la façon de la concevoir que l’on trouve dans les « Constitutions » d’Anderson de 1723. On disposait alors de peu d’éléments historiques et on n’avait pas connaissance de faits relatifs à la franc-maçonnerie. Ceci expliquer le recours à la mythologie et à l’allégorie. Par exemple, l’affirmation que la franc-maçonnerie « existe » depuis l’origine du monde, élément qui est représenté par le fait d’ajouter quatre mille années au millésime de l’année (an 6014 jouir 2014), a un aspect symbolique. De même, on évoque différents personnages « fondateurs » de la franc-maçonnerie : Adam, Noé, Salomon, Pythagore, etc.

    Mais aujourd’hui, on dispose d’une connaissance de faits historiques relatifs à la franc-maçonnerie :

    • De 1717 à aujourd’hui, il y a une histoire de la maçonnerie, soit près de trois siècles de faits connus et de documents écrits ;
    • De même, dès sa naissance, la franc-maçonnerie a suscité l’apparition de mouvements dirigés contre elle, avec également l’existence de publications diverses : Barruel, Léo Taxil, le régime de Vichy…
    • Enfin, depuis plusieurs dizaines d’années, la franc-maçonnerie fait l’objet d’une branche spécifique de l’histoire scientifique, la maçonnologie.

    En conséquence, la méthode retenue est le rationalisme (logos), l’histoire scientifique de la franc-maçonnerie, le recours à la raison pure et dure, en éliminant toute référence à la sentimentalité, à l’émotion, à l’allégorie.

    Quels éléments fiables peut-on retenir de l’histoire de trois siècles de la franc-maçonnerie ? L’objectif est de tenter de définir ce qu’est la franc-maçonnerie et d’en donner une définition. Egalement, il s’agit de s’interroger sur ce que l’histoire passée de la franc-maçonnerie nous apprend sur la mission de la franc-maçonnerie, aujourd’hui, au XXI° siècle, en France.

     

    Première partie :

    Définition de la franc-maçonnerie.

     

    L’idéal maçonnique est la fraternité universelle.

     

    1.1)        La franc-maçonnerie dans l’histoire :

    S’il ne s’agit pas d’exposer une conception de l’histoire, on peut néanmoins accepter les axiomes suivants :

    • L’histoire a un sens : elle a un développement nécessaire et déterminé.
    • L’évolution historique n’est pas une ligne droite, ni un cercle fermé, avec le retour du même, mais l’histoire peut être représentée par une spirale, avec des avancées et des retours en arrière.

    Ceci posé, la franc-maçonnerie, au sein de l’histoire française, peut être partagée en deux périodes bien distinctes :

    • Des « pages blanches », des périodes « pacifiées », ou de gestation : la vie maçonnique suit son cours, avec toutefois des crises et des périodes de « glaciation », mais toujours une certaine continuité ;
    • Et puis des périodes de rupture, des coups de tonnerre et des éclairs.

    Le symbole pourrait être le changement d’état de l’eau : l’eau chauffée reste liquide de 0 à 100 degrés. Puis à 100 degrés, il y a un saut qualitatif et l’eau liquide se transforme en vapeur d’eau. Inversement, si l’on baisse la température de l’eau, pour la faire passer en dessous de 0 degré, elle va geler et se transformer en glace solide.

    Il en est de même de la franc-maçonnerie :

    • Il y a des périodes de « calme » relatif, par exemples :
      • De sa « création » en 1717 à la Révolution française de 1789 ;
      • Lors du consulat et de premier Empire, ou lors du second Empire ;
      • Ou encore depuis la fin de la guerre de 1945, à aujourd’hui.
    • Puis, il y a des périodes de ruptures. Nous prendrons à titre d’exemples, trois périodes de ruptures :
      • La Révolution française, de 1789 à 1794 ;
      • La Commune de Paris de 1871 ;
      • La Résistance française de 1940 à 1945.

    La franc-maçonnerie est un phénomène urbain, élitiste, dont le mode de sélection des adhérents est l’argent et la culture. La franc-maçonnerie crée de la sociabilité, mais dans les classes aisées. Au XVIII° siècle, ces classes sont l’aristocratie et la haute bourgeoisie. Au XIX° siècle, ces classes sont la bourgeoisie, la petite bourgeoisie et l’aristocratie ouvrière.

    L’Autre a toujours été exclu : les pauvres, les femmes, les hommes de couleur, les juifs, les handicapés, les personnes laides, difformes, homosexuelles, libertins, athées, saltimbanques, artistes et comédiens, musulmans,,…

    Il y a une contradiction entre ce qui est affirmé en tenue : l’égalité, l’universalisme, la « République universelle », etc. et complètement nié par la réalité : c’est un phénomène masculin, urbain, « république chrétienne », élitisme, blanc, culture bourgeoise,…L’argument donné pour n’accepter que les personnes ayant un certain niveau de richesse est qu’il faut pouvoir participer aux « œuvres de bienfaisance ».

    Le mur de l’argent est un obstacle suffisant pour écarter les catégories sociales modestes. Derrière des discours maçonniques généreux, le poids du réel demeure prégnant.

    Le Règlement (1779) de la loge toulousaine de Clermont précisait : « Nul ne pourra être reçu ni affilié qu’il n’ait 25 ans accomplis, qu’il ne soit noble ou officier de Cour souveraine. Quoi que la maçonnerie égale tous les états, il est cependant vrai que l’on doit plus attendre des hommes qui occupent tous un état distingué dans la société civile que l’on ne doit attendre du plébéien ».

    Les classes populaires, urbaines et rurales, sont donc absentes des loges, à l’exception des frères servants, dont la situation est précisée dans une circulaire du Grand orient de France : « Un domestique quel qu’il soit, ne sera admis qu’au titre de frère servant ». (Concierge, factotum, cuisinier, …).

    Le grade de maître (et parfois même de compagnon), leur était refusé !

    Le recrutement des loges d’adoption était encore plus inégalitaire.

     

    1.2)        Les valeurs maçonniques :

    Depuis son « origine », la franc-maçonnerie a une certaine idée d’elle-même. Si on lui tend un miroir, quelles sont les valeurs dont la franc-maçonnerie se réclame ?

    Ces éléments se trouvent dans la « Constitution » du Grand Orient de France. La franc-maçonnerie se définit elle-même comme le « centre de l’union ». Elle vise donc à réunir toutes les personnes, sans condition de race de sexe, de genre, de classe, de religion, quelles que soient les différences (beau-laid, bonne santé-malade, riche-pauvre,…). Ce sont notamment les valeurs suivantes :

    • La fraternité universelle (Tous frères/sœurs) ;
    • La tolérance :
    • Les diverses libertés (de réunion, d’expression, etc.)
    • La laïcité.

    Pour résumer ce panel de valeurs, on peut utiliser le mot d’ordre : « Liberté, Egalité, Fraternité ».

    Il est à noter que cet « idéal » a lui-même une histoire, et il ne s’est pas imposé en une seule fois. Des obstacles ont empêché l’affirmation de cet idéal, dont diverses exclusion : exclusion des femmes, etc.

    Par opposition à ce socle de valeurs communes se sont opposées d’autres valeurs contraires : le fanatisme, l’ignorance, l’intolérance, les privilèges, etc. On peut symboliser ces valeurs contraires à celles de la franc-maçonnerie, par le terme de « barbarie ». Cette barbarie s’est manifestée, selon les périodes, par les aspirations religieuses, fanatiques et dogmatiques, notamment de l’Eglise catholique et du communautarisme, ou les aspirations politiques, tels le fascisme et le nazisme ;

    Il y a donc, d’une part, l’idéal maçonnique « Liberté, Egalité, Fraternité », et d’autre part, divers obstacles à cet idéal, à savoir tout ce qui divise et sépare les humains et les êtres vivants : privilèges, classes sociales, nations, races, sexes (patriarcat),...

     

    1.3)        La « machinerie » maçonnique :

    La franc-maçonnerie se vit à trois niveaux :

    • Au niveau individuel : transformer sa pierre brute en pierre cubique, transformer le plomb en or ;
    • Au niveau de la Loge : un maçon libre dans une Loge libre ;
    • Au niveau de l’obédience, qui est un Ordre et un regroupement administratif.

    Pour réaliser l’idéal maçonnique, il y a un ensemble de procédures et de moyens : l’initiation, les rituels, les tenues en loge, les agapes, la chaîne d’union, les hauts grades, l’étude des symboles, etc.

    La franc-maçonnerie regroupe des personnes très différentes, d’où l’absence en Loge des discussions sur certains sujets qui divisent. Tout peut se dire en Loge, mais de façon fraternelle, d’où l’importance du secret et de la discrétion, afin de permettre l’expression de tous les points de vue.

    La franc-maçonnerie peut être appréhendée de deux points de vue : c’est à la fois une démarche individuelle et une démarche collective.

    La démarche individuelle est bien sûr personnelle. En quoi consiste-t-elle ? C’est une voie qui a un début et une fin : le début, c’est l’initiation et la fin, c’est l’Orient éternel. C’est, de manière imagée, escalader une montagne, partir du multiple pour parvenir à l’Un. L’objectif est d’atteindre le sommet de la montagne, où le point de vue est unique. Ceci suppose que la franc-maçonnerie est une voie parmi d’autres. Il y a une multitude de voies qui mènent au même objectif : l’Un, le sommet de la montagne. Quel est le travail du franc-maçon ? C’est, en partant de la pierre brute, de transformer celle-ci en pierre cubique. A noter que cette pierre cubique existe depuis toujours au sein de la pierre brute, tout comme la statue est présente au cœur du bloc de marbre que va travailler le sculpteur. Il y a deux façons de travailler cette pierre brute. La première façon, c’est de travailler « en profondeur », d’aller au fond de soi. Il s’agit, sur le chemin de la vie, de perdre des choses, c’est le « ni-ni ». La seconde façon, c’est de travailler « en superficie ». Dans ce second cas, on enrobe la pierre brute, en la falsifiant, et en lui donnant l’apparence d’une pierre cubique. C’est créer un « super-ego » ? C’est donner de l’importance au paraître et non à l’être. Dans le premier cas, il s’agit du maçon « mûr ». Dans le second cas, il s’agit du maçon « non-mûr ». Quelle expérience a-t-on de la pierre cubique ? Tout être dispose de cette « pierre cubique ». D’autres traditions appellent cette pierre cubique le Soi, le « fond », l’ « écran blanc », … La pierre cubique est ce qui est éternel, immuable, infini. Le franc-maçon peut en faire l’expérience lors de l’initiation : alors est levé le voile pour la faire apparaître. La pierre cubique est ce qui fait que les hommes peuvent communier les uns avec les autres. Chacun doit en faire l’expérience individuellement. La seule chose que peut faire la franc-maçonnerie, c’est de donner les poteaux indicateurs, les outils, les symboles.

    La franc-maçonnerie est aussi une démarche collective : qu’avons-nous à faire ensemble ? Quel est le but collectif ? Trois réponses sont possibles :

    • La Loge doit créer les conditions permettant de se réaliser soi-même, d’aller vers l’Un, la sagesse,…
    • Au niveau de l’obédience, il s’agit de créer, avec d’autres traditions, les conditions permettant l’émergence d’une société libre, égale, fraternelle, qui favorise la réalisation de tous.
    • Enfin, concernant la fraternité universelle, il s’agit d’aller vers la fraternité universelle (suppression des nations, des classes sociales, des guerres et des conflits…

     

    1.4)        Praxis et théorie :

    Chaque franc-maçon, individuellement, mais aussi chaque Loge et chaque obédience, doivent aussi appliquer à l’extérieur du Temple les vérités apprises. Chaque franc-maçon est aussi un citoyen. Cela signifie que la franc-maçonnerie refuse l’entre-soi et le sectarisme. La franc-maçonnerie a la volonté d’agir sur et dans la Cité, sur la réalité, que ce soit individuellement ou collectivement.

    La contradiction à surmonter est la suivante :

    • La franc-maçonnerie regroupe des personnalités très différentes, opposées même :
        • Du point de vue politique : gauche/droite,…
        • Du point de vue religieux : athée, catholique, musulman,…
        • Du point de vue économique : riche/pauvre,…

    De ce point de vue, la franc-maçonnerie est le « centre de l’union », qui regroupe des personnes qui, sans la franc-maçonnerie, ne se seraient jamais rencontrées.

    • Afin de pacifier les débats en Loge, et de permettre cette fraternité entre personnes (très) différentes, les discussions sur des thèmes qui divisent, comme la politique et la religion, sont interdits.
    • Mais chaque franc-maçon s’engage aussi à appliquer à l’extérieur du Temple les vérités acquises dans le Temple. Dans son ensemble, comme l’affirme la Constitution du Grand Orient de France, la franc-maçonnerie s’engage à améliorer l’état moral et matériel de l’humanité, et à combattre pour une humanité où existe la fraternité universelle. Ceci suppose une lutte intransigeante contre les obstacles qui s’opposent à cet idéal : racisme, antisémitisme, nationalisme, sectarisme, individualisme,…

    Il y a d’une part, la théorie maçonnique (l’idéal), et d’autre part la pratique maçonnique. Le critère de vérité est la pratique, qui doit être en liaison cohérente et en résonance avec la théorie.

    A partir de ce critère, on peut distinguer le franc-maçon « mûr » et le franc-maçon « non-mûr ». Les maçons mûrs sont les maçons qui réalisent effectivement ce dont ils parlent. Les maçons non-mûrs ne font que parler, et restent sur le plan théorique, sans passer à l’action. Les maçons non-mûrs répètent en Loge les principes maçonniques, l’idéal maçonnique, mais refusent de mettre en œuvre cet idéal.

     

     

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