• LA DICTATURE DU PROLETARIAT (partie 54)

    « La nécessité d’inculquer systématiquement aux masses cette idée – et précisément celle-là – de la révolution violente est à la base de toute la doctrine de Marx et Engels. » (201)

     

     

    LA DICTATURE DU PROLETARIAT (partie 54)

     

    1)                  LA REVOLUTION VIOLENTE

     

    « La nécessité d’inculquer systématiquement aux masses cette idée – et précisément celle-là – de la révolution violente est à la base de toute la doctrine de Marx et Engels. » (201)

    L’Etat, cet appareil bureaucratique, économique, policier, militaire, ne peut pas être transféré tel quel, sans changement d’une classe dominante à une autre classe dominante. Il est nécessaire de le briser pour en construire un autre, approprié à de nouvelles fonctions. Le prolétariat ne saurait prendre le pouvoir en détournant l’Etat bourgeois de son cours normal : il doit le casser pour se doter lui-même de l’outil politique dont il a besoin, adapté à ses propres besoins.

    « Qu’est-ce en effet que la révolution du point de vue marxiste ? C’est la démolition par la violence d’une superstructure politique surannée dont la non-correspondance aux nouveaux rapports de production a, à un certain moment, amené la faillite. » (202)

    D’une façon ou d’une autre, le prolétariat organisé en parti, devra arracher les privilèges de la bourgeoisie : la lutte des deux classes est une guerre civile larvée qui peut devenir une guerre civile ouverte. Le prolétariat oppose à l’Etat bourgeois, violence réactionnaire organisée à l’égard du peuple, la violence révolutionnaire organisée de son parti. La violence ne s’exerce pas essentiellement contre des « individus » particuliers et indifférenciés. C’est une violence de classe qui s’exerce à l’égard d’une classe, non d’individus particuliers. La lutte de classe n’a rien à voir avec la « lutte pour la vie », notion confuse qu’ont avancé de pseudo savants tel Malthus. La violence n’est pas au-dessus des classes ; lorsqu’elle s’exerce contre la bourgeoisie, il s’agit de la violence révolutionnaire, lorsqu’elle s’exerce contre le prolétariat et les travailleurs en général, il s’agit de la violence réactionnaire.

    Le révisionnisme moderne, soit se déclare hostile au « culte de la violence », et prêt à « rechercher les solutions par la voie normale et constructive de la négociation », soit se donne des apparences dures, s’empare des justes mots d’ordre de la classe ouvrière, ressentis par la base, et les vide de leur contenu de classe prolétarien, en y mettant le contenu bourgeois du révisionnisme, allant parfois même jusqu’à ne pas nécessairement respecter la légalité bourgeoise (grève avec occupation). Mais les révisionnistes modernes ne peuvent ni encourager, ni soutenir un mouvement révolutionnaire des masses (comme mai 1968). Peu importe les différentes formes que revêtent les « luttes » des révisionnistes, leur contenu est le même : ils veulent être de meilleurs défenseurs du capitalisme que les capitalistes eux-mêmes. En fait, ils prêchent la « paix sociale » et la « collaboration de classe ». Pour les révisionnistes, la guerre entre le camp socialiste et le camp impérialiste n’est plus inévitable ; la rivalité est uniquement une compétition économique et il peut y avoir « coexistence pacifique ». Ils déclarent ceci, alors que Lénine a démontré que l’essence de l’impérialisme est « la rivalité de plusieurs grandes puissances tendant à l’hégémonie », que par sa nature agressive et oppressive, l’impérialisme est fauteur de guerre, que le seul moyen de débarrasser la surface du globe de la guerre, c’est de faire la « guerre à la guerre », c’est-à-dire de détruire l’impérialisme, de répondre par une guerre juste à une guerre injuste, par une guerre révolutionnaire à une guerre d’oppression impérialiste. De plus, les révisionnistes soutiennent que le « passage pacifique » est possible dans de nombreux pays capitalistes, notamment la France : « Aujourd’hui, disent-ils, les conditions ont changé », « nous ne sommes plus en 1917 ». Les révisionnistes, pour apporter de l’eau à leur moulin, s’appuient sur le fait que Marx a pensé, en 1870, à la possibilité d’une révolution « pacifique » en Angleterre et en Amérique. Lénine a expliqué dans La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky les raisons de cette position : à savoir l’absence du militarisme et de la bureaucratie dans ces pays en 1870. De nos jours, aucun pays capitaliste ne connaît cette situation, et de mémoire d’hommes on n’a jamais vu une classe dominante mettre aux mains du peuple les moyens de production sans qu’on les lui ait arraché de force par la violence révolutionnaire.

    Le prolétariat révolutionnaire n’exclut pas a priori une voie différente de passage du capitalisme au socialisme, mais il démontre par l’expérience que le passage pacifique, vu les conditions actuelles, est impossible. Aussi vouloir exclure du plan théorique et pratique tout recours à la violence révolutionnaire c’est se livrer pieds et poings liés à la dictature de la bourgeoisie. Au temps de Marx et Engels – du capitalisme libéral – la règle de la violence révolutionnaire comptait encore, à la rigueur, quelques rares exceptions. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis n’avaient mis en place qu’un appareil de bureaucratie relativement faible. Leur prospérité économique, leur histoire politique, le rôle particulier joué par la marine dans la défense du territoire anglais et par les milices dans la défense du territoire des U.S.A., limitaient étroitement le développement du militarisme. Il était encore possible d’imaginer qu’une bourgeoisie anglo-saxonne se laisse surprendre par le prolétariat et que l’Etat lui échappe sans guerre civile. Au contraire, sur le continent européen, la nécessité pour la classe dominante de s’organiser contre la concurrence d’un capitalisme britannique plus ancien et la persistance de certaines institutions héritées de l’ancien régime avaient rendu nécessaire l’existence d’un pouvoir politique fort, efficace, et centralisé. Mais le passage du capitalisme libéral au capitalisme des trusts, puis au capitalisme moderne, où l’Etat joue un rôle économique considérable, a entraîné la généralisation de la bureaucratisation à travers les pays anglo-saxons comme à travers les autres pays industrialisés. En outre l’armée permanente s’est massivement développée au cours des expéditions coloniales et des guerres impérialistes mondiales. La marine ne suffit plus à personne et les milices de type « américain blanc » non plus.

    L’idée même que cette énorme machine de répression et d’exploitation, sans laquelle le système capitaliste ne peut pas fonctionner un seul jour, tombe par surprise entre les mains du prolétariat, est absurde. L’appareil d’Etat est désormais plus qu’une simple excroissance de la société, plus qu’un ensemble d’institutions qui se placent au-dessus des hommes vivants. Il est toujours cela, et il est, de plus en plus, inséparable de chacune des activités patronales.

    « La révolution prolétarienne est impossible sans la destruction violente de la machine d’Etat bourgeoise et son remplacement par une nouvelle qui, selon Engels, « n’est plus un Etat au sens propre du mot ». » (203)

     

    3)         UN ETAT D’UN AUTRE TYPE

     

    Le passage d’un régime à un autre est un processus long et complexe et pour faciliter ce passage, un pouvoir politique fort est indispensable. Dans la société capitaliste, la bourgeoisie détient le monopole de la contrainte légale, et elle exerce la violence contre la masse populaire : il s’agit de la dictature d’une minorité sur la majorité. La minorité, c’est-à-dire ceux qui possèdent les usines, les instruments de production, les terres, en un mot les moyens de production, exploite la majorité. La minorité bourgeoise organise l’Etat, ses institutions parlementaires et l’appareil productif, de telle façon à en écarter les masses laborieuses.

    Ce qu’il y a de commun entre la dictature du prolétariat et celle des autres classes, la dictature des propriétaires fonciers au moyen âge, la dictature de la bourgeoisie dans tous les pays capitalistes, c’est qu’elle est due à la nécessité de briser par la violence la résistance de la classe qui perd sa domination politique. Ce qui distingue la dictature du prolétariat de celle de toutes les autres classes, c’est que ces dernières exerçaient la violence et la contrainte d’une minorité sur une majorité, alors que la dictature du prolétariat est la répression par la violence de la minorité de la population, les capitalistes et les propriétaires fonciers : cette violence est exercée par l’ensemble des masses laborieuses, qui organise l’Etat, ses institutions et son appareil administratif, de telle façon à en écarter la classe bourgeoise et à assurer le maximum de démocratie socialiste au peuple.

    « Nous avons toujours su, toujours dit, toujours répété qu’on ne peut pas « introduire » (par des plans) le socialisme, qu’il apparaît au cours de la lutte de classes la plus intense, la plus aiguë, la plus âpre, la plus farouche, et au cours de la guerre civile, qu’entre le capitalisme et le socialisme s’étend une longue période « d’enfantement douloureux », que la violence est toujours l’accoucheuse de la vieille société, qu’à la période de transition de la société bourgeoise à la société socialiste correspond un Etat spécial (c’est-à-dire un système spécial de violence organisée à l’égard d’une classe donnée), à savoir : la dictature du prolétariat. Mais la dictature du prolétariat présuppose et exprime un état de guerre latent, des mesures militaires pour lutter contre l’adversaire du pouvoir prolétarien. » (204)

     

     

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